COLLECTION A. W. DE Z W E N I G O R O D S K O I
byzantin représente le disciple S' Jean, fils élu de la Vierge Marie, sous les traits d’un tout jeune homme. S‘ Jean l’Evangéliste, l’auteur de l’apocalypse et du quatrième évangile, s’offre, au contraire h nous, conformément à l'histoire, sous l’aspect d’un vieillard, comme, par exemple, dans la mosaïque de S‘ Vitale de Ravenne. Ici la figure inspirée du vieillard est d’une grande élévation ; nous ne connaissons pas de type analogue dans l’iconographie byzantine. C’est ce type éminemment grec que Giotto a su si bien utiliser dans la scène apocryphe de la Résurrection d’un apôtre de l’église S. Croce di Gerusalemme, à Florence. Il est inutile d’insister davantage sur les beautés de ce type; nous avons voulu montrer seulement que le S* Jean Evangéliste de notre médaillon ne lui ressemble nullement.
. ne petite tête mobile sur un corps également petit et mobile, une chevelure frisée, un peu plébéienne et d’un noir uni, un regard perçant, une barbe taillée en pointe, un front large, un ovale fortement aminci dans le bas : tels sont les traits caractéristiques depuis les temps les plus anciens de l’évangéliste S‘ Luc, et tels ils nous apparaissent dans le médaillon de la collection de Zwénigorodskoï (planche 7). L’exécution en est excellente et l’expression réellement remarquable. 11 Si l’on regarde ce médaillon à une certaine distance, on ne saura trop louer l'artiste émailleur qui a su marier le calme imposé par riconographie à l’allure vivante de la figure. Soumis à un examen critique, notre médaillon peut hardiment soutenir la comparaison avec d’autres représentations du même évangéliste. S' Luc bénit de la main droite et tient l’évangile de la main gauche qui est couverte. La reliure émaillée a un fond vert émeraude translucide sur lequel se détache une grande croix décorative faite de petits cœurs blancs, rouges au milieu; la décoration est complétée par de petits fleurons bleus rehaussés de perles dans les intervalles des feuilles.21 Pourquoi la stola ou clave du chiton est verte avec une bordure rouge et ornée de pierres précieuses, nous ne saurions le dire : le tissu de la stola est ordinairement d’or. Peut-être l’émailleur a-t-il voulu
*) Dans l’évangile Syriaque St Luc est un jeune homme imberbe : voyez notre Histoire de l'art byzantin (texte russe), p. 80.
2) Sous le rapport technique notre reproduction est complètement satisfaisante; seulement le ton du visage est plus pâle et n’a pas la teinte lie de vin.
L’évangéliste S< Luc.
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reproduire ici une étoffe de brocart vert dans lequel on taillait le clavus de la robe de S‘ Luc et de S* Paul.
Une particularité plus intéressante encore, c’est la calvitie de l’apôtre, que l’on prend souvent à tort pour une tonsure. On sait que l’Eglise grecque ne renonça jamais complètement à l’usage de couper ras les cheveux des personnes sacrées diacres, soit que ce fut pour faire allusion à la couronne d’épines du Christ, ou pour suivre, comme nous le rapporte la tradition, l’exemple donné par 8’ Pierre. Cet usage a bien pu avoir été suivi dans certains cas, sans qu’on y attachât un sens particulier, et cela d autant plus que la tonsure ne fut point la marque distinctive d’une corporation; mais il ne fut jamais effectivement adopté. Si parfois on rencontre une véritable tonsure dans les miniatures cl’un manuscrit grec quelconque, c est on bien un pastiche innocent de pieux moines du Moyen-Age, qui possédaient jadis ce manuscrit, ou bien le manuscrit provient d Italie (Venise, Sicile etc.) ou de Syrie; en tout cas il est postérieur à l’année 1204. Quel que fût le motif pour lequel la tradition représentait S1 Luc avec une tête chauve, nous en avons deux exemples dans les miniatures et dans les émaux : sur une reliure du trésor de S1 Marc (n° 55), où la calvitie de l’évangéliste est bordée de cheveux noirs bouclés, et dans une miniature de l’évangile d’Ostromir (1056 — 1057), 11 où S1 Luc prie devant l’emblème du veau, „sous la forme duquel lui apparaît le Saint-Esprit. “
) es exemples cités dans le chapitre précédent prouvent surabondamment que les deux grands martyrs S* Georges et S* Démétrius étaient des figures de prédilection pour les peintres et les émailleurs byzantins, depuis le X™ jusqu’au XII”" siècle. L’adoration de S‘ Georges fut instituée en Syrie dans la période comprise entre le Vme et le VIIm” siècle et vers la même époque celle de S‘ Démétrius à Salonique et en Macédoine; nous en avons la preuve dans la construction des églises, ainsi que dans les inscriptions et dans les peintures conservées jusqu’à ce jour. L’importance même de leurs lieux d’origine, le rôle souvent prépondérant qu’ils ont joué dans les destinées de l'empire, l’abondance des légendes et enfin certaines conditions
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locales ont fait que, bien avant le IXme siècle, Byzance vénérait les deux grands martyrs et les considérait comme ses patrons nationaux. Dans les miniatures du Psautier Commenté les deux grands martyrs à côté de Grégoire le Théologue représentent „les justes de la terre“ ; pour les souverains de la maison de Macédoine les images de ces saints lutteurs sont un talisman contre Ismaël et contre les barbares du nord. Il serait superflu d’insister davantage sur ces faits qui sont connus. Chose plus intéressante à noter, c’est qu’il se manifeste sur ce point dans l’iconographie byzantine un goût très-prononcé non seulement pour les formes historiques et nationales, pour les modes courantes, par conséquent pour la réalité de la vie, mais encore pour les traditions qui se développent constamment sans interruption. Il résulte de la comjraraison des légendes sur les deux grands martyrs que S‘ Georges eu Syrie et S* Démétrius à Salonique étaient le plus souvent représentés à cheval ; ils ont passé sous cette forme dans l’iconographie occidentale, qui s’est approprié le type de S‘ Georges le Victorieux.” A Byzance, au contraire, ces deux jeunes guerriers sont représentés comme des fonctionnaires supérieurs de la cour, comme des patriciens et, conformément aux coutumes de Byzance, leur costume indique aussi leur fonction militaire auprès du Seigneur. Comme dans une parade, ces deux saints, vêtus du costume de patriciens, se tiennent debout sur une sorte d’estrade, recouverte d’un riche brocart et tenant une croix : ce sont là de véritables images de la réalité et, grâce aux conditions spéciales de l'iconographie, ils s’élèvent au rang de capitaines du Souverain Céleste. Nous n’avons jusqu’à présent aucuns documents servant à prouver la thèse que nous avançons, mais en présence d’une longue série d’analogies et du caractère général de l'art byzantin plus récent, tout nous porte à croire que ces images remontent à une époque avant le Xn,e siècle. Le visage des deux saints (planches 9 et 10) porte des traces profondes de l’antiquité reculée qui ne se sont évidemment pas modifiées. S‘ Georges apparaît avec des cheveux crépus et un visage ovale, S“ Démétrius avec un ovale plein d’une noblesse antique ; sa chevelure, légèrement frisée, retombe en boucles charmantes dans le cou. Le premier type est syriaque, le second est grec pur.
Le vêtement des deux grands martyrs constitue pour l’époque un trait caractéristique qui mérite une attention toute spéciale. Il consiste en
M De là sont venues, par Novgorod, vers le XlVme siècle, nos petites croix de cuivre à jour avec l’image de ce saint.
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HISTOIRE DES EMAUX B Y Z A X T I X I
un manteau et un vêtement de dessous; mais, comme nous sommes en présence d’un buste, il est impossible de deviner comment ce vêtement de dessous était serré à la taille, ni de quelle sorte étaient les chaussures. Mais le peu que nous voyons est très-caractéristique et fort important, car cela se répète plus tard dans un grand nombre de monuments byzantins et russes.
Le vêtement de dessus des dignitaires et des empereurs byzantins
comportait toujours un manteau qui faisait partie du costume militaire et
était d’origine romaine. Mais, devenu de bonne heure, pour ainsi dire, un vêtement d’uniforme du général en chef, de l’empereur et des principaux officiers de l’armée, le manteau adopta deux formes : celle du manteau court ou sagum (c<fn°v) et celle du manteau long ou chlamys (xXapO;). Le premier c'était le manteau de guerre proprement dit. Dans l’ancienne Russie il
s’appelait korsno, et le manteau long — miatl. A l’époque où le céré¬
monial byzantin était en train d’acquérir sa forme définitive et fixe, il s’opéra dans ce costume un changement motivé par le besoin de créer une distinction solennelle en faveur des hauts dignitaires de la cour qui avaient les uns un caractère civil, les autres — guerrier. Ce costume supérieur fut diversifié, d’après les rangs et les couleurs, pour tels ou tels autres jours de fêtes etc. Mais il ressort de la comparaison des différents passages du livre De caerim on iis que ces dénominations, quoique appliquées b des vêtements de coupe différente, étaient cependant sans cesse confondues et qu’on remplaçait indistinctement telle forme par telle autre. C’est ainsi que l'empereur et son fils portent dans certaines circonstances le sagum d’or (uâriov xpuooûv), le maître de cérémonies, l’hipparque et les silentiarii — le sagum rouge (pofjç)11 C’étaient les deux couleurs le plus communément employées pour le sagum; les couleurs et les dessins des chlamydes étaient beaucoup plus variés. Celle de l’empereur était pourpre il, p. 10 — 17), mais à Pâques blanche et or (I, p. 72’) — X'î- Xeukhv xpuuccperY'î ; celle des patriciens, les jours de fête, pourpre (xX. xupea Kai priXiKOKaüpurTTa, I, p. 125, 128); celle du domestikos des écoles — bariolée (xX. xP°aKrç. I- p. 132); elle était verte pour le nobilissimus (I, p. 227), avec damiers et roses brochés d’or; àTpajSaTiità (probablement pourpre noir) pour divers fonctionnaires supérieurs, pendant les grandes réceptions d ambassadeurs il, p. 190) et pendant les simples processions des empereurs il. p. 394). On portait aussi, quoique rarement, des chlamydes ornées de
l) Coustantinus Porphyrogen.. De conimcni . 241—243; 255; 263.
auît r byzanün(r, I. chapitre 37, p. 187 et suiv.;
figures (xaôivaç kotxeutoüç), car les plis très-fins du manteau ne font pas assez ressortir des dessins de ce genre. Quant au genre de dessins employés (exemplia), il est très-probable que les plus fréquents dans le costume byzantin étaient, comme dans les étoffes siciliennes du trésor de Vienne, des paons, des aigles, des lions etc. (Taüùvaç, àeroij;, XeunoXeov-raç) de grande dimension.
Dans les représentations de S1 Georges et de S* Démétrius on remarque des chlamydes comme en portaient les patriciens de la cour, en même temps que le sagum ou le manteau court et étroit. Aussi les miniaturistes et les émailleurs représentent-ils les manteaux de ce genre sans aucun pli. Les chlamydes de nos médaillons se distinguent par une sorte de damier broché d’or sur la poitrine. Constantin nous apprend que les patriciens (la seconde fonction dans l’ordre hiérarchique de la cour) sont vêtus, le jour de la Résurrection, peia tüjv Xeuicwv xpuooTâpXujv xXavibtiuv (I, p. 24, 71), et que la, veille de l’Epiphanie, ils quittent les damiers d’or (xpucrÔTapXa) pour la pourpre (îàpXia àirô ôHéou, I, p. 142), car, ce jour là l’empereur et le sénat paraissent avec des vêtements blancs. Le texte de Constantin nous indique d'une manière précise le nom du costume que portent les deux grands martyrs, mais bien des détails restent encore indéterminés. Les Byzantins avaient certainement des motifs pour faire le sagum de S' Georges rouge" et celui de S* Démétrius vert. L’ouvrage que nous venons de mentionner nous renseigne sur les relations de ce dernier avec le parti vert de Constantinople. Pendant très-longtemps chaque dème byzantin avait coutume de porter' sa couleur.2' Les deux chlamydes sont attachées avec une fibule, de sorte que l'épaule droite reste à découvert, ce qui permet d’apercevoir une doublure blanche qui est sans doute en soie. De la fibule avec émail blanc et ronde part un cordon blanc qui passe sur l’épaule gauche et sur la poitrine et que Constantin appelle chaînette de perles.
Le manteau de S' Georges est orné de feuilles de lierre vert et or qui ont la forme du cœur des cartes à jouer. Dès les temps les plus anciens on se plaisait à varier beaucoup la couleur de ces feuilles. A Byzance elles étaient très en faveur comme parure des vêtements; Constantin qui les
*) Le terme générique est fioûcrea, le ternie particulier kôkkivo, c’est-à-dire carmin (Constantin. Porphyrogen., I, p. 229).
2) Chlamyde bleuâtre brochée d’or — x^vlbiov pévexov xpuooücpavTov ; chlamyde bleu clair — x^av^10v Trpdoivov, ibid., I, p. 105; les comptables des dèmes: I. p. 352.
appelle simplement KiaaotpuXXa1, (expression très-eompréliensible pour ses contemporains), n’en parle que d’une façon générale. Cette mode parut bien avant S' Jean Chrysostome21 qui, dans sa description des tissus d’or des barbares (c’est-à-dire de l’Orient) mentionne toùç kictooùç toùç àro niv ùcpaonàtujv irspiEpTatonévouç. Sur le sagum de S' Démétrius on voit de petites croix en forme de lys et des perles en forme de poires (uniones). Les damiers d’or du manteau sont rehaussés de hyacinthes et d’émeraudes.
Si nous comparons les jolis des vêtements de dessous des saints avec ceux du costume des apôtres, nous remarquerons une différence dans la coupe. Le chiton des apôtres a des manches très-larges; la stola, passant par l’épaule droite, descend à la ceinture et atteint la bordure inférieure de la robe. Chez nos deux saints, an contraire, les manches et la stola ne couvrent que le bras. Ce chiton étroit à manches également étroites était naturellement porté sous le sagum; on l’appelait à Byzance cmxôpiov ;* * 3) il était toujours muni d’une ceinture (livre I, p. 144, 233), et généralement pourpre etc., mais à ce qu’il paraît toujours d’une seule couleur. Nous ne savons pas quel nom- on donnait à ces pièces de broderie, les claves, qui remplacèrent les bracelets ornés de pierreries, qu’on portait autrefois au coude (PpaxioXioi xpocroî i.4) De riches bracelets d’étoffe (èfxeipia) avec la chemise blanche dessous complètent le costume de nos figures. Des données complémentaires à ce sujet nous sont d’ailleurs fournies par le S' Démétrius de la série d’émaux de J. P. Balaschow; nous avons décrit plus haut cette figure; qui forme pendant à celle de S' Georges sur la feuille de titre du présent ouvrage.
Les deux saints tiennent dans la main droite une petite croix de cyprès (elle est d’un émail pourpre) dans le genre des croix des IXme — XI’"' siècles. Les extrémités des bras sont pattées et le bras d'en haut est un peu plus long que les bras latéraux. La main gauche ouverte repose gracieusement, mais d’une manière un peu recherchée, sur la poitrine : les doigts sont
*) Voyez les Commentaires de Reiske, p. 472. Mais celui-ci déclaie qu’il ne comprend pas le passage suivant (I, chapitre 97, p. 442): (joroiov é\ov èSapoûXiv xPuoâ! Trepiopveuqévq bià xpuaûiv ùéXwv kcù KiOOocpüWujv (iiKpûiv. Voyez sur le costume du proèdre du sénat, I, chapitre 97, p. 440 : ôuo rdpXict XpuaoTTâOTUJv kcù KiooocpùXXuiv niKpuiiv.
■) Voyez l’homélie sur l’Evangile de St Matthieu, Patrol. yrœca, Opéra , VII, chapitre 49, p. 502.
3) Reiske, Comvientarii ad Constailiinum , p. 4G7, confond cmxdpiov, stichium, stica avec le chiton.
*i Des expressions ipoiTia xpuaoKXapaptKÙ èpïo&éaiov xwv xpuaoKXaPaphuv jiaaiXiKoû etc. il est permis de conclure que, vers le Xme siècle on appelait cia va toute broderie (è^appéva) excepté celles qui avaient un nom spécial.
légèrement pliés, comme si, montrant le cœur, ils faisaient allusion à ces paroles : „mon cœur est toujours devant toi. “ Cette pose de la main n’est point une invention de l’émailleur; elle est empruntée aux grandes mosaïques et aux fresques d’églises, où l’on voit les saints en prières avec le peuple, comme avec des égaux — trait touchant de l’iconographie ancienne. Rappelons-nous que, certains jours de fête, l’empereur lui-même distribuait des croix de procession à ses hauts dignitaires, aux maîtres de cérémonies, et la même chose était répétée par les maîtres de cérémonies et les huissiers à l’égard des autres personnes. Ce fait, rapproché de la prière de nos émaux indique un usage qui (autant qu'on peut en juger par les monuments fragmentaires des VT”6 et Vïïme siècles) a dû s’implanter entre le YII"'e et le IX 1,1(1 siècles.
Ainsi donc la peinture byzantine repose sur une base absolument réelle, et l’étude des monuments du Xme siècle nous amène à cette conclusion définitive que, quelque ancienne que soit la tradition qui y respire au fond, ce sont des monuments du temps dans la véritable acception du mot.
Il nous reste à ajouter que la technique de nos deux médaillons se distingue de beaucoup d’autres par une exécution délicate et charmante. La reproduction que nous en donnons n’a. pu, malgré toute sa perfection, rendre toutes les fines nuances de l’original. Ainsi les carnations sont en réalité plus rose, le manteau rouge éclatant (et non rouge brique), qui s’harmonise merveilleusement avec l’or et le pourpre du chiton; il y a également une harmonie parfaite entre l’émail vert émeraude et translucide, impossible à rendre par la chromolithographie, du manteau de S' Démétrius et le chiton bleu d’outre-mer (et non lilas). Remarquons en outre que le ton bleu turquoise et bleu de ciel des nimbes est parfaitement adapté à l’ensemble des couleurs : dans un cas, c'est le bleu turquoise, dans l'autre, le bleu clair (dans la copie il se rapproche du bleu foncé).
tête de Théodore Tiron (planche 11) peut être considérée parmi tous les médaillons — comme la plus expressive. Le type de cette tête, quoique nullement élevé, et même un peu vulgaire, avec sa masse désordonnée de cheveux noirs et frisée, avec sa petite barbe pointue et ondoyante, ne peut être appelé idéal que grâce aux rapports généralement reçus de la largeur des deux parties de la tête, la supérieure et l’inférieure. Mais ce que
Théodore
Tiron.
nous appelons expression, dépend ici du port de la tête qui est fort original et énergique : cette tête s’incline légèrement vers l'épaule gauche, le mouvement en est vigoureux et le regard dirigé de côté — fort rapide. Ce qui a pour nous dans tout cela une grande importance c’est que ce même port de la tête et ce même regard se répètent, ainsi que le type entier, dans toutes les représentations de S* Théodore jusqu’aux époques les plus récentes. Nous avons peut-être ici la représentation de ces militaires soudoyés par Byzance qui de l’état de simple soldats parvenaient quelquefois jusqu’au trône. C’est un modèle excellent pour le portrait idéal d’un Basile le Macédonien, d’Andronic etc.
Théodore Tiron, originaire d’Amasie, grand martyr, immolé en Héraclée sous Maximien, semble avoir été d’abord simple archer,11 mais aux époques postérieures de Byzance le nom de „ Tiron - paraît avoir été affecté aux détachements militaires de la garde impériale.2 L’Eglise attacha à ce nom un titre honorifique, et 1 iconographie byzantine attribua à S' Théodore, comme nous le voyons dans notre médaillon, le double caractère de guerrier et de patricien, en lui donnant pour vêtement le costume suprême de patricien, identique à celui que nous avons décrit plus haut. Mais le chiton ou sticliarion de S* 1 Théodore est rouge : que ce soit ou non l’effet du hasard, nous ne devons pas passer sous silence les faits suivants. Les anciens monuments iconographiques représentent S' Théodore Tiron sous l'aspect d’un guerrier, avec, un bouclier rouge derrière l’épaule gauche et une lance d'or à la main, mais revêtu d’un manteau bleu foncé et d'un chiton rose, portant un pantalon rouge ornementé et des bottes (campagia) pourpres.
Les anciennes saintes images peintes en Géorgie (XIIP"e siècle) représentent S‘ Théodore Tiron avec une barbe pointue, une chevelure frisée, et revêtu d’une cuirasse par-dessus un costume de dessous rouge; la cuirasse est recouverte d’un manteau.31
Les cordons blancs qu’on aperçoit sur ce manteau, ne peuvent être que des chaînettes de perles, partant de la fibule.41
i) Voyez ce mot, avec ses différentes formes: xipwv, TipiüviKa oxp., xûpw, xriput — chez Ducange, Glossariu m grœcitatis.
-) Pour les silentiaires originairement tirons, voyez Constantin, De cccrivioniis aulai byzantines ,
I, chapitre 86.
3) Ces images saintes sont décrites par l’évêque Porphyre dans les Mémoires de la section orientale de la Société Impériale Archéologique Eusse (en langue russe), 1886, lîvr. I, p. 16.
*) Le grand domestikos chez Codinus, De officiis, IV, p. 17, éxei ôè xai axapâviKov -pipurôev è-rri toû UÊTiLiTrou aeipav uap'fapixapeîvriv.