‹ Histoire et monuments des émaux byzantinsChapitre 28 sur 43 · LES ÉMAUX RUSSO-BYZANTINS DE LA COLLECTION A. W. I)E ZWÉNIGORODSKOÏ · texte numérisé non relu

LES ÉMAUX RUSSO-BYZANTINS DE LA COLLECTION A. W. I)E ZWÉNIGORODSKOÏ

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Constantinus Porphyrogenitus, De coprimoniis oui ce byzantince, Acx»^ Tfjç 'EXyaç rr)ç 'Pwaévriç, II, cap. 15, ed. Bonnæ, p. 607.

mission des produits byzantins, et même de ceux qui venaient des points les plus éloignés.

L’Europe Occidentale a recherché avec le plus grand soin comment la civilisation romaine a pénétré chez elle et comment ses populations septentrionales ont pu arriver à la possession du riche héritage légué par l'histoire. Les savants d’Occident se sont donné la peine d’élucider la question de savoir comment les peuples germano-gaulois vécurent de traditions romaines depuis Tacite jusqu’au XIIrae siècle inclusivement. C’est à la science russe qu’incombe la tâche, tout aussi obligatoire que fructueuse, quoique bien compliquée, de rechercher par quelles voies historiques ont passé les divers objets d’art et d’industrie orientaux et byzantins pour pénétrer en Russie et chez les Slaves du Sud. Disons tout de suite que ces peuples, une fois mis en possession de ces nouveaux éléments, commencèrent à les transformer et à les adapter au goût national bien plus tôt qu’on ne l’a cru jusqu’à présent. Mais comme la barbarie des populations septentrionales et, par conséquent, de la race slave, surtout quand il s’agit de formes extérieures de la civilisation même antérieure au IXme siècle, est une conception éminemment défectueuse et même complètement conditionnelle (les archéologues occidentaux ne sont pas éloignés d admettre ce fait), 1 investigation, pour être réellement historique, c’est-à-dire scientifique, devra remonter plus haut et examiner l’original avant la copie. Sans l’étude préalable de ces originaux (de l’art, de la vie, de l’industrie de Byzance, par exemple), l'archéologie occidentale s'efforcera en vain de découvrir le travail de transformation originale opéré par leurs contrées et de trouver les origines de l'art national en Italie et en Allemagne.

L’on a classé les monuments de l’Europe barbare du Nord sous la dénomination de „ Antiquités préhistorique s“. Cette classification a eu deux conséquences fâcheuses : d’une part 1 archéologie préhistorique, cette branche hâtive, établie à la légère et se basant sur des données fausses, a oublié sa mission principale qui consiste à étudier les formes artistiques, pour se vouer à l’étude de questions pour elle étrangères, aussi générales et problématiques que la vie de 1 homme préhistorique; d autre part 1 histoire générale de l’art, quelque solide que soit sa base, se tient à 1 écart des antiquités dites „ barbares 11 , lorsqu’elle entre dans le domaine de la ciéation artistique personnelle. L’histoire de l’art n est plus en état dès lois de déchirer le voile épais de théories diverses dont 1 archéologie préhistorique a enveloppé ces antiquités, ni d’en tirer les matériaux d’une réelle valeur

COLLECTION A. W. DE ZWÉNIGORODSKOT.

historique. C’est ainsi que l’histoire de l’art de nos jours se croit autorisée à affirmer que l’art national de l’Europe ne se manifeste guère qu’à la fin du X™' siècle; encore ne nous montre-t-il que des formes traditionnelles, généralement romaines, rarement byzantines, mais légèrement transformées. C’est au XIII™ siècle seulement, disent certains historiens, qu’un art national commence à paraître; il se produit en même temps, ajoutent-ils, un changement dans l’art industriel (qui jusqu’au XIII™ siècle ne connaît que l’Eglise, son architecture, le mobilier et les ustensiles sacrés, les livres etc.) et dans la vie même qui, barbare, c’est-à-dire primitive, chez le peuple, était restée quasi romaine dans les classes supérieures.

Cette opinion absolument fausse, profondément enracinée dans le monde scientifique, s’est propagée plus que de raison. Notons que bien peu ont essayé jusqu’à présent de réduire à leur juste valeur des assertions qui ne reposent que sur des études hâtives et à peine abordées sur l’histoire générale de l’art en Europe.

L’archéologie préhistorique est comme un cours d’eau impétueux qui trouble le grand fleuve de la science; mais il ne le trouble que momentanément. Tôt ou tard on étudiera les antiquités nationales de l’Europe comme nous l’entendons, c’est-à-dire non pas sur la foi de quelques données obscures et mystérieuses que de prétendus spécialistes ont déterrées dans les tumuli pour les élever à la hauteur d’une théorie du „mécanisme de la vie préhistorique*1, mais en s’appuyant sur le développement et les transformations successives de l’art partout où l’homme a exercé son génie et sa main. C’est alors que l’on comprendra que l’état primitif des races septentrionales de l’Europe prend fin, à vrai dire, à peu près à l’époque de la naissance de Jésus-Christ. A ce moment-là déjà une civilisation qui se développe et se transforme suivant des lois historiques vient se substituer à la barbarie : tels peuples habitant plus à l’ouest et au nord de l’Europe sont, dès les premiers siècles de T ère chrétienne, appelés à la vie politique et civile; tels autres, plus à l’est, jouissent déjà d’une civilisation assez florissante qui se révèle dans l’industrie et en général sous tous les aspects extérieurs de la vie. Les peuples créaient des productions absolument originales bien avant le X™ siècle, car les commencements de l’industrie artistique se manifestent moins dans l’architecture religieuse que dans la vie journalière, dans le costume, dans les parures etc. La vie populaire revêt des formes originales de très-bonne heure, dès avant le V™ siècle, lorsqu elle s’approprie la culture de Byzance et de l’Asie Centrale, culture qu’elle était d’ailleurs toute préparée à recevoir.

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Ces considérations diamétralement opposées a l’opinion communément admise nous sont inspirées par l’étude des antiquités russes. L’émaillerie, par exemple, était connue dans l’industrie populaire russe bien avant qu on eût connaissance des émaux cloisonnés byzantins.1' Même dans la Russie Méridionale, comme nous espérons le démontrer plus loin, l’émaillerie constituait déjà au Xme, sinon au XIme siècle, une branche artistique entièrement indépendante. Et ces émaux ne servaient point, à cette époque, à décorer les églises ou les ustensiles du culte (car dans ce cas on donnait la préférence aux maîtres byzantins), mais bien à orner les objets de toilette et les parures profanes.-1

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Les boucles d’oreilles (kolti) émaillées anciennes russes.

jUÿes planches 20 et 21 de la collection A. W. de Zwénigorodskoï, représentant des spécimens d’émaux russo-byzantins sont un document qui complète l’histoire des émaux byzantins et qui, en même temps, nous initie mieux aux relations intellectuelles qui unissent la Russie Méridionale à l’Asie et à Byzance.

Les deux grandes boucles d’oreilles d’or avec leurs revers et les six fragments d’une grande chaîne de cou (planche 20; voyez les profils à la planche 21) sont des objets remarquables et précieux du XIme et du XHm“ siècle. Ils ont une grande importance au point de vue de l’histoire de l’émaillerie russe si l’on considère que jusqu’à présent on n’a trouvé d’émail russe que sur les objets ci-dessus indiqués, sur quelques croix pectorales et sur quelques saintes images ornant des cadres d’icones. Les parures profanes, ornées d’émaux, tout objets de luxe qu’elles étaient, se rencontraient en très-grand nombre dans l’ancienne Russie.

De ces boucles d’oreilles d’or (soit dit ici en passant), on en portait même plus tard, entre le Xme et le XIVme siècle. On les appelait, à ce qu il paraît, kolti. C’est un type absolument russe et qu’on n’a trouvé jusqu’à présent qu’en Russie. En voici une description que nous donnons d après les spécimens que nous avons sous la main.

1) Indépendamment des mots smal et swalt, communément appliqués à l’émail, le serbe sawat, le bulgare sedef et lepiriote kalorites désignent-ils la même substance, c’est ce que nous ne saurions dire au juste.

*) Ce fait a été depuis longtemps établi par les belles monographies de Znbéline, de Filimonoiv et de Stassow, que nous aurons encore l’occasion de citer.

Deux feuilles d’or rondes ou légèrement ovales sont d’abord martelées de façon à devenir un peu concaves, puis elles sont soudées aux deux bords d’un anneau assez large, en sorte que l’objet a l’apparence d’un petit sac ou plutôt d’une boîte de montre. Le revers n’est pas un revers dans le sens propie du mot, car il est orné de dessins comme la face, avec cette différence toutefois qu’au lieu de figures, ces dessins ne représentent que des ornements. Ils sont, comme tous les émaux byzantins, émaillés avant la soudure, c’est-à-dire que la place de chaque figure, de chaque ornement est d’abord creusée au marteau dans toute la feuille métallique. Puis le dessin tracé au moyen de petites lamelles d’or forme des alvéoles dans lesquelles on verse la poudre d’émail. Ensuite celle-ci, suivant la recette, est soumise à l’action du feu, polie etc. Pour les parties les plus menues, telles que, par exemple, les pattes d’oiseaux, il n’y a pas, bien entendu, d’alvéoles spéciales; elles sont directement creusées dans la feuille d’or et remplies d’émail.

Les deux plaquettes concaves 11e sont pas, nous venons de le dire, soudées l’une avec l’autre, mais bien jointes au moyen d’un cercle qui a il millimètres d’épaisseur ( voyez planche 21). On soudait à cet anneau quatre ou cinq petites boucles à travers lesquelles passait un fil de bronze ou de mauvais argent garni de grosses perles. Le bijou était après cela encadré d’une rangée de perles, dont l’éclat argentin mat contribuait à augmenter la beauté des couleurs sur fond d’or. A ce point de vue les objets dont nous venons de parler sont un des spécimens les plus caractéristiques des parures byzantines entre le IXme et le XI”® siècle.

Le détail le plus important de ces boucles d’oreilles, c’est une incision faite en forme d’entaille à la partie supérieure sous l’anneau qui sert à accrocher le bijou. Cet anneau tourne autour d’un axe, et rentre par son autre extrémité également munie d’un anneau, dans une autre charnière, qui la retient en place. On peut se convaincre, en examinant plusieurs exemplaires, que l’anneau se fermait de devant en arrière. Quant à l’entaille, elle a 1 à 2 centimètres de diamètre et environ 1 centimètre de profondeur. Sa disposition intérieure, que notre reproduction malheureusement 11e rend pas, est la suivante : cette entaille dont le milieu offre une cavité en forme de lentille qui est fermée par une feuille d’or ou de deux segments de cercle. Dans certaines boucles d’oreilles cette entaille est si grande qu’on voit tout

Cela nous est prouvé par les boucles d'oreilles de diverses trouvailles (voyez plus bas).

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Origine historique des kolti.

l’intérieur de la boucle d’oreille, dans d’autres elle est plus étroite. Il faut en conclure qu’elle servait, dans certains cas, à mettre un objet quelconque et que, dans d’autres, elle n’était plus que la reproduction décorative d’un détail pratique dont on avait oublié l’usage ou plutôt dont l’usage était tombé en désuétude.

Ce détail a attiré depuis longtemps l’attention des archéologues qui ont essayé de l’expliquer de différentes manières. Il ne nous paraît donc pas inutile de l’examiner de plus près.

avant tout que les boucles d’oreilles à entaille de cette espèce appartiennent à la catégorie des parures qu’on peut appeler „disques lunaires" : ils étaient employées dès la plus haute antiquité jusqu’à la fin du Moyen-Age et le sont encore de nos jours, sous différentes formes, chez les peuples d’Orient.

Inutile de rappeler à ce propos les pendeloques des harnais de chevaux,

des chaînes, des fenglii de Byzance etc. Il suffit de comparer la forme de l’oreille à la forme lunaire de ces boucles d’oreilles pour expliquer toute cette série de parures.

On assure que les Phéniciens, pour faire certaines boucles d’oreilles, transperçaient des perles et les remplissaient de substances odoriférantes qui, s’échappant au moindre mouvement de tête, arrosaient les épaules et parfumaient constamment le costume et le corps des femmes. Des coquillages ou des imitations de coquillages en or ou bien de perles tirées des profondeurs de la mer et brillant d’un pâle éclat lunaire, avaient la forme

du dernier quartier de la lune, et représentaient, aux 3reux des adorateurs

de cette planète, la divinité elle-même. C’est dans cette forme qu’il faut chercher l’origine des boucles d’oreilles en question, qui ont subi d’ailleurs de nombreuses modifications avec le cours du temps.

Au fond ces boucles d’oreilles semblent avoir eu pour modèle primitif un simple anneau brisé et aminci vers la brisure, do manière à pouvoir être passé dans l’oreille, tandis que la partie opposée, plus massive et plus lourde, maintient toujours la boucle d’oreille dans la même position.

Il n’y a pas loin de cette forme aux belles boucles d’oreilles phéniciennes qui sont le prototype des kolti et qui rappellent vaguement la forme

du kalatsch russe.11 On trouve un choix remarquable de ces boucles d’oreilles d’origine phénicienne au Musée du Louvre (antiquités égyptiennes et orientales) ainsi qu’au British Muséum. Cette forme simple et très-naturelle n'est peut-être qu’une imitation en or des boucles d’oreilles en verre soufflé;21 on la l'encontre dans certaines fibules romaines, où elle prend un caractère décoratif mal défini. La boucle offre à l’une de ses extrémités une ouverture qui était probablement destinée il y introduire un liquide et qui affecte la forme d’un coquillage analogue à la structure d’une oreille, ce qui est déjà exprimé par le language lui-même.

Un grand nombre de croissants (boucles d’oreilles en forme de croissants) se rattachent par leur ornementation, dès le début, aux coquillages. C’est un point que nous ne pouvons qu’effleurer ici. Il faudrait en chercher la preuve dans les croissants d’argent des antiquités russes. Mais l’étude de leur ornementation serait en dehors du cadre de cet ouvrage.

La forme coquillage se rencontre, à vrai dire, dans quelques boucles d’oreilles grecques, mais seulement dans les plus anciennes; elle disparaît de plus en plus dans les ouvrages plus récents. En revanche, elle est trèsdistincte dans les objets greco-orientaux et orientaux proprement dits, et c’est là le point essentiel pour nous.

On trouve de très-bonne heure dans l’art greco-orientaJ des imitations en or de différents coquillages. A cette catégorie appartient, par exemple, la boucle d’oreille de Curium (Chypre)31 : elle a la forme d’un croissant avec un crochet en or décoré de filigrane (fig. 92).

Des boucles analogues, munies de pendeloques d’or garnies de perles, ont été découvertes en Etrurie, en Sardaigne etc.11

A la même famille appartient une charmante boucle qui provient peut-être de la Cappadoce : elle est en or et a également la forme d’un coquillage creux imité en or, orné d’une perle à chaque bout, de triangles et de filigranes. C’est un travail greco-archaïque ou phénicien.

Fig. 92. Boucle d’oreille de Curium.

*) Fontenay, Les bijoux anciens et modernes, Paris, 1887, p. 101 et 102—103, figure.

2) Voyez ibidem, p. 102, une boucle d’oreille qui ressemble beaucoup à un objet en verre.

3) Perrot et Chipiez, Histoire de l’art dans l’antiquité, III, p. 823, fig. 576 c.

4) Ibidem, III, fig. 577—579, 589.

s) Ibidem, IV, p. 774, fig. 764.

Il est très-probable que ce type de pendant d’oreilles vient directement de la Syrie, car dans l’ancienne Grèce il ne dépasse jamais les confins orientaux de la culture grecque. L’usage de ces objets rentre en Orient dans le nombre des parures compliquées servant à contenir des parfums. Telle a dû être aussi la forme des anneaux dits Nesem que l’on passait dans le nez (comme le khergeh des femmes de Damas) ou que l’on portait au front. Si l’on en juge par la partie inférieure de ces parures qui est évidée, on est en droit de supposer qu’elles renfermaient également des parfums.

Sur une statuette cypriote coiffée à la manière asiatique plutôt que grecque (c’est une perruque) et parée d’un riche collier de perles, 1J on remarque la représentation intéressante d’une boucle d’oreille en forme de coquillage, qui devait être en métal et suspendue à un anneau autour duquel sont enroulés des boucles de cheveux. Il est évident que l’artiste a voulu représenter là une boucle d’oreille assez lourde qui ne se portait pas passée dans l’oreille, mais suspendue à la perruque des deux côtés de la tête, en dessous de l’oreille. Le coquillage est rouge, sans doute pour figurer l'or. Cette pièce a, au point de vue de notre étude, une importance considérable : il est possible en effet que les boucles d’oreilles de Kiew n’aient pas été portées d’habitude aux oreilles, mais d’une autre manière. Nous en parlerons d'ailleurs plus bas.

En réalité on employait non seulement des perles (qu’il était d’ailleurs difficile de percer et dont le prix devait être très élevé), mais aussi des huitres perlières et divers autres coquillages pour broyer le fard rouge et autres couleurs, ainsi que pour conserver les fines épices dissoutes dans l’huile.2) A l'époque préhistorique déjà l’on portait les coquillages dits oursins en guise de pendeloques et d’amulettes, et les Phéniciens qui connaissaient bien les merveilles de la côte s’en inspirèrent pour créer toute cette décoration originale imitant les perles et les coquillages. On a commencé de très-bonne heure sans doute à imiter en or, en bronze etc. les objets fournis par la nature.31

l) Perrot et Chipiez, Histoire de l’art dans l’antiquité , III, p. S17, fig. 384. \ oyez sur cette, statuette p. 561—562. note 2. L’auteur la compare aux petits écussons (disques) d’argent, qu’on porte chez les Frisons en Hollande.

*) Pot.tier et Reinach, Nécropole de Myrina, Paris, 1888, p. 245 et 246.

») Pour les objets en or et en bronze voyez Drevnosti Bosfora Kimmeriyskago (Les antiquités du Bosphore Cimmérien), planche XXIV, 26; Compte-rendu de la Commission impériale archéologique de St-Pétersbourg pour l'année 1872, p. XVI, et l’article de Castellani dans la Gazette archéologique, 1879, p. 16S.

Les hémisphères évidés eu or de forme irrégulière que nous avons appelée du nom de kalatsch et qui forment une espèce de petit sac pourvu d’un petit arc en fil d’or, et quelquefois d’un petit bouchon en or servant à fermer l’une des extrémités, sont assez communs parmi les antiquités de Kertscli.

Ces objets comme beaucoup d’autres de même provenance ne peuvent guère être considérés comme purement grecs. Nous savons d’ailleurs qu’on les portait, en même temps que des amulettes, en guise de pendants de boucles d’oreilles et même de colliers.11 Mais le fait le plus important est qu’ils semblent avoir servi surtout à contenir des huiles odorantes.

Dans le kourgane Bolscliaïa Blisnitza l’on a déjà trouvé des boucles d’oreilles en forme de hémisphères creux, munies de crochets arrondis et ornées de filigranes. Immédiatement après vient une série de boucles d’oreilles de Kertsch longues et soigneusement travaillées, entourées de rosettes et de pendeloques sonnantes d’un effet très-décoratif. On en voit de semblables au Cabinet des médailles de Vienne; des traces d’émail sont encore visibles sur le croissant.21

Cette série d’ouvrages gréco-orientaux ou purement grecs trouvés sur le sol de l’Orient ne se continue presque point en Occident ni sur le sol romain. On n’y rencontre que la forme générale du croissant métallique plat rehaussé de divers ornements typiques. Toutefois, grâce à l’extension des relations commerciales avec la Perse et l’Inde, les perles apparaissent de plus en plus dans les boucles d’oreilles, et les types fondementaux de leur décoration s’inspirent des modèles d’Egypte et de la Syrie. Ce n’est pas sans raison que pendant les trois premiers siècles après Jésus-Christ, les boucles d’oreilles avaient systématiquement en Orient et dans les contrées qui s’y rattachaient, presque exclusivement la forme de grosses perles, reproduites en métal. Sous l’empire romain la mode voulait qu'on portât

') Compte-rendu de la Commission impériale archéologique de S'-Pctershourg pour 1877, planche III, n° 3B.

2) Voyez Les Antiquités du Bosphore Cimmérien, planche XII a, 5; XIX, 4, 5. Ces boucles d’oreilles sont exposées dans la salle de l’Ermitage consacrée à ces antiquités (pyramide IV, rayon VII, n°" 118 .0, 119 et 119.4). Toutes proviennent des tumuli de Kertsch; la pièce que nous mentionnons, en dernier lieu, ornée de triangles en perles de verre, appartient à une époque plus récente. Quatre paires de boucles d’oreilles analogues, provenant d’Eltiguena (probablement l’ancienne Nymphéa) datent du Vme siècle avant Jésus-Christ. Voyez dans le même Musée (vitrine 21, rayon 2, nos 119 B et 119 C) une boucle d’oreille en coquillage double forme soufflet. — Les kolti des kourganes de Bolschaïa Blisnitza ont été décrits dans le Compte-rendu de la, Commission impériale archéologique pour JS7(J, planche II, 3.

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dans certaines classes de la société des boucles d’oreilles ornées de perles; il y en avait toujours trois (tribacca) à chaque boucle; elles étaient naturelles (uniones) ou imitées (vitrum pretiosum). Cette mode, venue d’Orient, mais typique dans les parures byzantines, donna plus tard naissance aux boucles d'oreilles en fils métalliques sur lesquelles sont enfilées trois petites boules à jour. On retrouve de ces boucles d’oreilles également dans la péninsule des Balkans et dans l’Italie Méridionale jusqu’à la fin du Moyen-Age, et les trouvailles faites dans les tumuli du Rhin prouvent que tous les peuples barbares de l’Europe connaissaient cette forme de boucles d'oreilles, mais sous un aspect défiguré. Elle semble s’être propagée pendant longtemps de l'Europe Méridionale dans le Nord.

Il convient de joindre à ce type purement byzantin les boucles d’oreilles qu’on nomme à tort trilobées: c’est une sorte de croissant renversée auquel sont suspendues trois perles. Elles apparaissent de, bonne heure, sous l'Empire romain, dans la Russie Méridionale; plus tard la mode en passe à Byzance et chez les barbares du sud de l’Europe. S* Jerome dit à ce propos que de son temps la coiffure des femmes était ornée de croissants descendant de la tête ad Isaïe, III, 18 — 21 : „e.t usque hodie inter cetera ornamenta mulierum soient aurei circuli in os ex fronte pendere, quas lunulas appellant11). Cela se pratique même à présent dans l’Asie Centrale, et dans l’antiquité cela était de mode en Syrie.11 Maxime le Philosophe, dans son poème, et Jean Stobaeus, dans ses Eglogues, parlent du préjugé qui s’attache au talisman en forme de croissant. Sidoine Apollinaire2 dit que, de son temps, pendilla gemmifera mordebant suppura bullae et (Ad Virg. 18): incendunt niveum lunata monilia collum. Worsæ conclut de l’origine sud-orientale des croissants que les relations du Nord Scandinave avec la Russie commencent dès le IV"' siècle et qu'elles s’affirment de plus en plus.3' Nous en avons la preuve dans les monnaies d'or byzantines (notamment pour les Vme et VIme siècles), ainsi que

Fig. 93. Boucle d'oreille des tombeaux coptes.

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V) Des boucles d’oreilles de ce type syrien se rencontrent dans les tombeaux coptes, voyez les figures 93 — 94: ce sont des boucles d’oreilles de la collection de W. S. Golenishtchew, à St-Pétersbourg.

2) Carmina, II, 324; Y, 18 — 20.

3) Antiquités du Nord au Musée Royal de Copenhague. St-Pétersbourg, 18G1, p. 13.

dans les magnifiques anneaux d’or et autres objets dont l’origine se rattache au croissant ciselé.

Ainsi donc non seulement le croissant fait de bonne heure son apparition chez les barbares, en tant que talisman principal; mais, qui plus est, cette forme se renouvelle et se rajeunit constamment, grâce aux manifestations extérieures d’un culte à moitié oublié venu d’Orient. Le lieu d’origine des monuments de ce culte fut, jusqu’à la fin du Moyen-Age, l’Asie Antérieure. C’est de là que vinrent tous ces objets qui, à l’époque romaine, se répandirent jusqu’en Angleterre.' 1) Il n’y a aucun doute à cet égard; en effet tous ces objets d’art ont un certain air de parenté même avec les parures d’hommes et de femmes de l’Inde actuelle. Et ici, comme dans les croissants barbares, les principaux ornements sont les perles, les rubis et surtout les émeraudes; ces dernières sont toujours employées poulies boucles d’oreilles trilobées. Cette forme de croissant est aussi celle des amulettes en général, des bracelets, des médaillons ornant les turbans, des pendants et médaillons de colliers et des Kumballah, sorte particulière de boucles d’oreilles. Il est incontestable que l’adoration superstitieuse de la lune et la croyance à sa puissance mystérieuse remontent, dans beaucoup de pays, à une très-haute antiquité. Indépendamment de toute influence, les Scythes et les Perses, les Indiens et les Byzantins ont pu avoir la même superstition qui apparaît dans l’ornementation de leurs chevaux (le fer à cheval n’a-t-il pas aussi la forme d’un croissant?), dans celle des chars et des étendards. Il est évident que cette superstition a pu réagir sur les industries d’art orientales ou, inversement, y puiser toute sa force.

Parmi les croissants de cette esj)èce, très-fréquente dans les parures de l’Europe barbare, il semble qu’on doive éliminer celui qui a la forme d’un kalatsch creux muni d’une anse ou d’un crochet. Nous serions tenté de le considérer comme un type à part pour l’époque si le hasard n’avait fait découvrir dans les tombeaux de la Marne en France des spécimens analogues qui nous en font espérer d’autres encore. Ces tombeaux, d’ailleurs peu remarquables, mais qui datent sûrement d’avant le IIme siècle avant Jésus-Christ renfermaient des boucles d’oreilles bombées et creuses en or de cette forme originale.25

*) Voyez les croissants eu bronze de Kingsholm, de Glocester, de Westmoreland etc. au British Muséum.

2) Le Musée de St Germain possède trois pairs de ces boucles d’oreilles, dont une complètement lisse (salle num., vitr. I, nos 27634, 27740, 27749); elles ont été trouvées à St Jean sur Tourbe et Gorge

L’identité de ces pièces avec celles trouvées près de Taganrog sur les bords du Tsclioulek1' est un fait extrêmement intéressant. Les unes comme les autres sont faites d’après un même original qui nous apparaît dans des objets gréco-orientaux et grecs : c’est incontestable. Mais ici se pose une autre question : comment expliquer cette identité de formes à plusieurs siècles de distance? Car si les boucles d’oreilles de la Marne proviennent d’avant le II"" siècle avant Jésus-Christ, les magnifiques plaques de harnais ornées de verroteries couleur grenat syrien et les autres parures trouvées sur les rives du Tsclioulek ne remontent guère au delà du 111"" ou du IIm“ siècle de notre ère.

Chose plus curieuse encore, dans la collection dite des antiquités sibériennes (provenant des rives de l’Irtish, d’Astrakhan etc.) au Musée Impérial de l’Ermitage, il existe trois exemplaires de boucles d’oreilles semblables, dont un est omé de grenats.2* Certes ici, comme dans beaucoup d’autres cas analogues où il s’agit d’établir la filiation des formes artistiques, les opinions sont partagées sur la provenance du prototype qui a servi de modèle. D’après les uns cette boucle d’oreille aura été faite d’après un des modèles italiens, ou gréco-italiens, ou étrusques, qui ont passé même en France: d'après d’autres elle serait d’origine orientale et l’Orient, de son côté, l’aurait copié, pendant un laps de temps beaucoup plus long, d’après un modèle antique.

Il est hors de doute que cette forme se maintint longtemps en Orient, notamment en Syrie; nous en avons la preuve dans ce fait qu’au déclin du Moyen-Age, après les Croisades, les pèlerins portaient sur la poitrine un coquillage (nacre de perle ou en 'forme d’œuf) en signe de pèlerinage achevé. Le coquillage était le signe distinctif des pèlerins qui se rendaient à l’église S* Michel l’Archange, au mont S’ Michel, et à S' Jacques de Compostelle; il était devenu l’emblème d’un ordre spécial fondé en 1469. Dans les inventaires du XIV"" siècle sont souvent mentionnés des f remaillets d’or (en forme de coquillage), parfois en argent, parsemés de perles et munis d’un couvercle. Si l’on se rappelle les petites ampoules de la cathédrale de Monza (VT’" ou

Meillet (Marne) etc., au dire d’un témoin oculaire. Avec ces boucles d’oreilles on a trouvé des bracelets fins en bronze ainsi qu’un torques d’un type connu. Voyez Eugène Fontenay, Les bijoux anciens et modernes, Paris, 1<387, p. 119.

1) Elles sont exposées au Musée de l’Ermitage, Section des antiquités scythes.

2) Salle Scythe, vitrine 79, n”- 1014, 1015 et 1016. Ces objets requièrent une publication digne de leur valeur.

VU™ siècle après Jésus-Christ) qui contenaient de l’huile du Tombeau du Christ ou d’autres localités sacrées de Jérusalem, on comprendra pourquoi les pèlerins ont adopté pour emblème les coquillages qu’on leur avait distribués au Tombeau du Christ.

Presque tous les peuples d’Europe (sauf les Dalmates” et les habitants de la côte est de l’Italie Méridionale etc.) ont renoncé à la forme croissant ; elle, s’est maintenue, au contraire, dans plusieurs contrées de la Sy-rie et même chez quelques peuplades des rives de l’Afrique Septentrionale, où elle a été importée pâlies Arabes. Les colliers de femmes, dans la Syrie de nos jours, renferment des croissants qu’on remarque dans les ouvrages de l’Europe Septentrionale depuis le VU"" jusqu'au XII"10 siècle. Ce sont des espèces de petits écussons en forme de croissants, ornés sur la face de filets cloisonnés métalliques (XT“ — XII"1' siècles), avec trois pierres précieuses ou perles, avec une frange de petites feuilles et de petites plaques rondes suspendus à des anneaux. Ces amulettes se portent attachées à une chaînette spéciale.21 Dans ces derniers temps on a trouvé également ce type sur le Wolga, chez les Kalmouks etc.

Une fibule d’épaule (fig. 95), d’origine syrienne,31 que nous avons eue entre les mains et que nous reproduisons ci-contre, a la forme d’un croissant, orné d’un réseau métallique; à l’anneau du contour décoré de boutons en forme de perles sont suspendues cinq petites plaques rondes; l’épingle, à laquelle est attachée une chaînette, passe dans deux petits anneaux fixés aux extrémités du croissant. Enfin, au-dessus du creux supérieur est fixé

Fibule d’épaule du Musée de Vienne.

') Les parures populaires de la Dalraatie actuelle reproduisent certains types qui régnaient du IXme au Xllme siècle jusque dans les talismans musulmans cylindriques destinés aux textes du Coran. Dans le nombre on rencontre des boucles d’oreilles creuses, en argent, absolument semblables à celles qui nous occupent ici.

2) Voyez Le Bon, La Civilisation des Arabes, Paris, 1884, p. 539—540, fig. 286, 287.

3) Au Musée d’art industriel à Vienne (Section des parures populaires. n° 5515).

Fig. 96. Boucle d’oreille en or du village de Kaïbaly.

un bouton avec une perle, servant cle bouchon au creux du petit sac. Le tout est en argent et d’une belle exécution.

Voila pourquoi, après un intervalle de plusieurs siècles, c’est-à-dire après les types les plus anciens de boucles d’oreilles que nous offre 1 art oriental, nous rencontrons tout à coup un objet remarquable : c’est une boucle d’oreille en or, trouvée en 1851 11 dans le village de Kaïbaly (gouvernement de Samara ), sur les bords du Wolga (fig. 96 et 97). Cette boucle d’oreille est sans contredit d’origine barbare et appartient à la catégorie des objets d’orfèvrerie en verroterie cloisonnée.2) La trouvaille du Wolga est, poulies investigateurs futurs, de la même importance que le sont les antiquités du Caucase dans la question des styles mérovingien et gothique. Autrefois des verres multicolores ornaient non seulement le bord de la rainure, mais encore la surface de l’anneau. Ils ont disparu, ayant été sans doute enlevés par des gens cupides qui les prenaient pour des pierres précieuses.

C’étaient sûrement des verroteries de la couleur du grenat syrien et non point des grenats réels : nous en avons la preuve dans la trouvaille de Tschoulelt et dans beaucoup d’autres objets de la Russie Méridionale, du Caucase etc. Cependant on ne doit pas manquer de noter l’absence du fond strié. Il serait difficile d’expliquer le sens du dessin et de toute la forme de cet objet, mais il n’est pas inutile de rappeler à ce propos une pendeloque analogue, provenant d’Egypte, mais d’une époque récente,

*) Au Palais des armes de Moscou, n° 3391. — Voyez de Linas, Origines de l’orfèvrerie cloisonnée, II, planche A, 7.

-) Cette boucle d’oreille semble avoir fait partie d’une série d’objets dont il ne restait d’ailleurs, au temps de l'empereur Nicolas Pawlowitch, lorsqu’ils lui furent offerts, qu'une chaîne en or massif: c’est un fait qui ressort des archives de l’Arsenal. Mais de cette chaîne même il n’existe plus qu’une pendeloque reproduite chez de Linas, II, planche A.

Fig. 97. Idem.

peut-être romaine : elle représente sur la face (fig. 98) un épervier aux ailes éployées. ]) Notre dessin paraît être la représentation d’un oiseau semblable. Chose intéressante à constater, on a trouvé en 1888 une boucle d’oreille en or d’un dessin et d’une forme identique sur le territoire des Cosaques du Don.2) La seule différence c’est qu’elle n’était ornée ni de grenats ni de verroteries. On a trouvé avec cette boucle d’oreille (selon le témoignage du vendeur un bracelet en argent massif, dont les extrémités sont très-épaisses : si l’on en juge par la ciselure

ou plutôt par les entailles grossières et les trous profonds, cette pièce doit être une imitation barbare en argent d’ouvrages en or, avec filigranes et verroterie cloisonnée. Le second objet trouvé en même temps est encore plus remarquable : c’est un vase d’argent qui a la forme d’une bouteille plate; toute l’ornementation faite au repoussé sur une plaque épaisse nous révèle, par les détails du style et du sujet, une pièce fabriquée en Perse (ou dans l’Asie Centrale?) à l’époque sassanide primitive. La composition en est trèshabile : au milieu de trois arbres sacrés on voit trois grands oiseaux (cigognes ou grues). Malgré le caractère hiératique des arbres avec leurs volutes et l’attitude pour ainsi dire arcbitec-

pour

tonique et toute conventionnelle des oiseaux, toute cette composition ne manque pas de vie et se rapproche du style antique. Aussi, sans entrer dans d’autres détails, croyons-nous que ces deux objets datent du III,ne — IV,nc siècle de notre ère.

Deux faits se dégagent clairement des exemples que nous venons de citer: d’abord la parenté des antiquités dites gothiques avec les antiquités russes, ensuite la, relation intime qu’il y a entre les premières et l’Asie. Tout, depuis les dimensions, la rainure, l’attache des pendeloques, l’ornementation en émail ou en verroterie, révèle cette ressemblance, cette parenté, cette provenance. Certainement l’antiquité avait déjà perdu l’habitude de se servir de ces boucles d’oreilles creuses comme des flacons à parfums;

Fig. 9S. Pendeloque égyptienne.

') Fontenay, Les bijoux anciens et modernes , p. 138.

2) Nous avons vu cette boucle d'oreille dans la collection privée de G. D. Filimonow, à Moscou.

mais l’objet pratique devint purement ornemental, comme toujours en pareil cas : cela produit ordinairement les types les plus durables.

Toute une série de petits objets, faisant partie de parures d’hommes et de femmes et appartenant à l’époque de la migration des peuples, a été trouvée, en 1890 (à ce qu’il paraît dans un kourgan pillé), près du village Wozchvijensky, district Novogrigoriewski du gouvernement de Stavropol. La majorité de ces objets1' appartient à la catégorie des ornements usuels barbares : ce sont des plaquettes d’or et des boucles d’argent pour courroies. Les boucles sont massives; elles ont des ardillons d’or du type mérovingien.

Face. Revers.

Fig. 99 et 100. Boucle d’oreille du gouvernement de Stavropol.

Les plaquettes d’or, au contraire, se distinguent par un travail liâtit'; elles avaient été, évidemment, destinées aux funérailles et grossièrement exécutées au repoussé dans des feuilles minces et coupées en forme de petites croix, de croissants et de courroies étroites; leurs bordures sont piquées en forme de listels et ornées de grenats. Mais deux boucles d’oreilles (fig. 99 et 100) fixent tout particulièrement notre attention. Elles ont l'aspect d une plaque ovale d’or, avec une petite annexe en haut ayant la forme de segment; l’oval est bordé, en bas, jusqu’à la naissance du segment, d’une rangée serrée de petites boules-perles ornées d’un grènetis d or et fixées sur de forts tubes-supports. La plaquette elle-même et son segment sont recouverts d’un ornement triangulaire en grènetis; dans leurs interstices apparaissent sept alvéoles avec des morceaux d’ambre décomposée; le segment contient

l) Ces objets sont entrés dès 1S90, par l’entremise de la Commission Impériale archéologique, à l'Ermitage Impérial, section du Moyen-Age, salle XIV, vitrine 4. n" 141.

aussi des alvéoles pareilles destinées aux incrustations. La face antérieure reproduit évidemment le type d’une boucle d’oreille et le segment avait la signification de l’anneau habituel d’un kolt.

En Perse on porte encore de nos jours des boucles d’oreilles du même type suspendues à, un cordon de perles enroulé autour de l’oreille.1) On sait que la Perse du temps des Sassanides était riche en parures de luxe; l’art y avait créé différentes formes pour l’usage de la vie habituelle qui, à dater

du IVmP siècle après

ces transactions le rôle d’intermédiaires était rempli par les manufactures de la Syrie,2) qui avec leurs produits d’imi- 3 tation bien fabriqués contribuèrent le plus à la conservation des formes anciennes.

L’industrie arabe transportait jusque dans le Nord lointain, le long du cours du Wolga et du Kama, d’anciennes formes phéniciennes. Au milieu de nombreuses parures d’argent tordues et de fausses bractées sassanides avec la représentation du roi à la chasse et de monnaies sassanides du IN",e siècle, on rencontre, par exemple dans la province de Wiatka,3) des boucles d’oreilles du type phénicien que nous venons de mentionner.

Le type byzantin qui se rapproche le plus de l’ancien type russe est visible dans une précieuse paire de boucles d’oreilles (fig. 101 et 102) de la collection J. P. Balaschovv de S-Pétersbourg, achetées à Constantinople.

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