Boucle d’oreille de la collection Balaschovv
*) Voyez la gravure d’en tête du 1er volume du voyage de Morier (édition française) : voyage en Perse , Paris, 1818.
*) Voyez Gay, Glossaire archéologique au mot Boucle d’oreille.
3) Dans le district de Glazow connu par ces colliers (griicny), qu’on rencontre par d< dans ces parages. Ceux dont nous parlons ont été trouvés en 1883, avec des monnaies du JX* dans le village de Poi’ezsk.
Ces kolti ne diffèrent en rien des objets analogues de Kiew si ce n’est que l’utilité pratique de la partie creuse est plus facile à déterminer. Le kolt est une espèce de petit sac qui ressemble à une perle trouée et sertie dans un double cercle assez large. Ce sac. a une longueur de 2 Va centimètres et (dans sa partie bombée) une épaisseur de 2 centimètres. Il est pourvu sur la face d’une alvéole garnie d’émail byzantin; sur le revers on remarque un réseau de fils d'or, en arceaux, d’une finesse extraordinaire, dont la partie inférieure offre un petit grain d’or. La dénomination de „petit sac“ ou „ sachet1 “ semble le mieux convenir à cette disposition : il était destiné sans doute à recevoir un brin d’étoffe, trempée dans un parfum, qui, pénétrant à travers le réseau, parfumait les cheveux de la tête.
Le cercle ou la sertissure est solidement soudé de tous côtés. Il a une largeur de 8 millimètres; il présente de chaque côté un très-fin réseau de fils métalliques et de cellules toutes petites dans le style du Xme siècle; les bords sont garnis de tout petits grains, et ce grènetis a été imité dans les ouvrages russes d’une époque postérieure. Au cercle extérieur sont soudés sept petits crochets finement filigranés; à travers passaient les fils métalliques destinés à maintenir de grosses perles. Le long de la bordure courent cinq grenats syriens, ronds d’un côté et affectant de l’autre la forme d’une feuille de lierre ou d’un cœur de carte à jouer. Même décor au revers, sauf qu’il y a encore là des grenats en forme de losanges.
L’émail est d'une exécution très-fine. Quant à l’ornement, il a, au centre, la forme d’un cœur, entouré d’une triple bordure : bleu clair parsemée de points blancs, une seconde en zig-zag de différentes couleurs et une troisième dentelée; l’anse composée de deux crochets tient à un petit anneau double percé d’une pointe d’or et aboutit à une charnière; à l’un des anneaux est attaché un chaînon auquel un objet quelconque était probablement suspendu. L’anse se meut absolument comme dans les boucles d’oreilles russes décrites plus haut.
Cependant il y a entre les boucles d’oreilles byzantines et les anciennes boucles d’oreilles russes une si grande différence qu’on se demande malgré soi si ces dernières ne se rapprochent pas davantage du type grossier trouvé chez les Cosaques du Don et, par suite, d’un prototype encore inconnu, venu de la Perse ou d’Asie. Effectivement les boucles byzantines de la collection J. P. Balaschow ressemblent davantage aux boucles antiques décrites plus haut, tandis que la boucle russe rappelle plutôt un modèle barbare.
Nous avons donné le nom de kolti aux boucles d’oreilles russes; cette dénomination, qui nous parait juste, a été adoptée pour la première fois par J. E. Zabéline qui en a donné la définition suivante : „Les boucles d’oreilles kolti ou kolodki consistaient en un anneau qui dans sa partie inférieure se terminait par une petite plaque de différente grandeur, tantôt ronde, tantôt ovale, ou simplement bombée, ou polygonale, ou pointue etc., qui s’appelait kolt ou kolodka ou broussok (petite pièce de bois). Le kolt était toujours muni de pendeloques ornées de perles et rehaussé d’émaux ou de pierres précieuses. Les kolti les plus anciens sont ornés d’oiseaux, d’animaux, de sirènes, délions, de fleurs etc. en émail. ul) Cette définition s’applique bien aussi aux objets dont nous venons de parler. Toutefois dans les textes des XVT"e et XVIImc siècles ce mot est employé pour désigner seulement le disque métallique plat (croissant), ou bien toute petite plaquette ornée de figures qui sert de pendant à la boucle aussi bien qu’aux colliers, aux boutons, aux agrafes etc. ,2) ainsi que les divers écussons et pendeloques rehaussés d’entrelacs émaillés.
Nous devons au savant linguiste slave J. W. Jagic l’explication philologique suivante: kolt (comme ses diminutifs koltok, koltik, kolotok) est un vieux mot slave, russe. Ce qui prouve qu’il est bien d’origine slave c’est qu’il est employé dans le dialecte d’Archangel sous la forme de k oit ou s ch i, koltouscliki (boucles d’oreilles, pendeloques). Les habitants de Novgorod attachaient la même signification au mot kolotki. Le professeur Jagic en conclut que ce mot doit être de la même famille que le verbe koltat, kolykhat (balancer, bercer). En petit-russien boucle d’oreille se dit kowtok ou koltok, (de kowtati, osciller); en polonais kolstka signifie boucle d’oreille et bracelet; en serbe klato et klatno viennent du même radical; ce dernier mot signifie battant d’une cloche (en russe kolotilo); d’après Vouk Ivaradjic klato est un collier pour les cochons, composé de trois pièces de bois et destiné à empêcher ces animaux de pénétrer dans les jardins potagers.
Cette explication philologique est entièrement satisfaisante pour les pendants d’oreilles, mais non pour les boucles qui sont toujours des cercles plus ou moins minces passés dans l’oreille (en allemand Ohrring
*) Domashni byt rousslcikh tzaritz (La vie domestique des czarines de Russie), Moscou, 1800, p. 608 et suiv.
2) Voyez Zabéline, ibidem, II, p. 47, 591, 592.
du gothique ausahring). Il y avait des pendants d’oreilles en argent de différentes formes : c’étaient des anneaux, ou des plaquettes massives, ou des écussons ornés de pierres etc. Le mot kolt désignant toute pendeloque qui se balance n’a été appliqué que par extension à nos boucles d’oreilles dont le nom véritable nous est inconnu. De même nous ne saurions dire pourquoi kolt (comme cela ressort des textes) est toujours confondu avec kolodka, et ce dernier n’est-il pas un terme spécial.
Les anciens kolti russes se présentent sous deux aspects différents: ils sont en or décorés d’émaux byzantino-russes, ou en argent niellé. Leurs dimensions et leurs ornements sont très-variables : les kolti d’or ont 45 à 57 millimètres de diamètre en longueur et 40 à 50 en largeur; les kolti d’argent sont plus lourds, plus bombés et mesurent 70 à 80 millimètres de diamètre. Dans les premiers le cercle du contour est généralement garni de vraies perles, à l'exception toutefois de ceux de Tchernigow, où les perles sont imitées en or; dans les seconds les perles sont toujours fausses et les côtés de la boucle d’oreille sont ordinairement ornés de petits tubes terminés par de petites boules d’argent.11 Les boucles d’or émaillées sont généralement décorées sur la face d’oiseaux et de sirènes, quelquefois (celles de Wladimir, par exemple) des portraits en buste de martyrs ou de la Femme mystérieuse; l’ornement du revers est toujours byzantin.
Les kolti d’argent, dont il est inutile de parler plus longuement à cette place, sont également décorés sur la face d’oiseaux, d’animaux pliantastiques de style roman, do griffons, de lions etc., dont les formes produisent des tresses de courroies, et n’ont rien du style byzantin, lorsque la fonne fondamentale du kolt est plutôt asiatique que byzantine. Enfin les boucles d’oreilles en or sont de toute façon plus anciennes que celles en argent. Les premières datent du XI"" ou du XII"" siècle (nous n’en avons pas encore rencontré appartenant au X""); les secondes ne remontent guère au delà du XIII"" ou du XIV"1' siècle. Cependant (et c’est un fait à noter) la trouvaille Jessikorski de Kiew contient en même temps une paire de kolti en or et une autre en argent; mais ces objets ne datent certainement pas d’une époque postérieure au XII"1' siècle.
») Le décor en perles est propre à la Perse, aux Indes et en général à tout l’Orient. Mais si les kolti reproduisent la forme de l’huître perlière, on peut y voir aussi une imitation de la nature : la grosse perle naît au milieu de la coquille, les petites viennent se ranger tout autour „corame si elles y étaient placées par la main d’un maître, “ dit Morier en rapportant les paroles de pêcheurs de perles dans son Voyage en Perse, Paris, 1813, I, p. 76.