‹ Histoire et monuments des émaux byzantinsChapitre 30 sur 43 · COLLECTION A. AV. DE Z W E N I C. O R O D S K O I · texte numérisé non relu

COLLECTION A. AV. DE Z W E N I C. O R O D S K O I

De même les antiquités trouvées à Orel i trésor Terikhow), parmi lesquelles il y a des boucles d’oreilles en argent, ne sont pas non plus postérieures à l’invasion tartare.

ne nomenclature détaillée des objets de cette espèce nous donnera une idée complète de la décoration, du caractère artistique et de la signification exacte des anciens kolti russes. Ils ont été pour la plupart découverts par hasard et portent le nom de trésors. Ils avaient été enfouis dans des vases avec d’autres objets précieux pendant une invasion d'ennemis, ou par crainte d’un envahissement; plus tard on les avait oubliés, de sorte que leur découverte n’était arrivée qu'après bien des siècles. Peut-être aussi quelques-unes des boucles d’oreilles auront-elles été attribuées à des trésors enfouis, pour cette raison qu’on ne connaissait plus les circonstances dans lesquelles elles avaient été trouvées.

Il est cependant très-probable que plusieurs boucles d’oreilles de la catégorie des kolti, même celles en or de Kiew n’étaient point une rareté dans les temps les plus anciens; en effet on en a trouvé à Kiew dans les moindres fouilles et travaux de fondations, de canalisation etc. Ces trouvailles ainsi faites au hasard de la pioche témoignent assurément de l’abondance de ces objets, mais ne nous permettent nullement de préjuger le résultat de fouilles systématiques qu’on pourrait entreprendre. Et ces fouilles même n’avanceraient guère la solution scientifique du problème, si les objets en question ont été enfouis dans des époques troublées, c’est-à-dire à la hâte, n’importe où.

Voici quels sont, dans l’ordre chronologique, les kolti trouvés jusqu’à ce jour :

Les fouilles exécutées en 1826 par Annenkow à Kiew, près de l’église Dessïatinnaia, de la Porte d’Or etc. ont mis au jour quelques belles pièces. L’une d’elles, une boucle d’oreille fait partie aujourd’hui de la collection A. W. Zwénigorodskoï ; elle est reproduite au centre de notre planche 20. Sa paire se trouve au Cabinet des Médailles de l’Université de Kiew (n° 450).

Une paire de pendeloques de kolti en or trouvée également à Iview. nous ne savons au juste à quelle époque, est actuellement dans le Musée du comte A. S. Ouwarow à Poretschié; elle ressemble absolument à la paire que nous reproduisons sur notre planche 20. Leur face est décorée de deux

Trésors a vec antiquités émaillées en Russie.

oiseaux accotés à. un arbre; le revers porte au milieu un petit écusson avec des croix en forme de lis. entouré d’un nimbe composé de quatre parties trapézoïdes dentelées. Emaux employés : bleu clair, rouge brique, blanc, lilas et bleu turquoise.

Parmi les objets du trésor Leskow découvert en 187G, également à Kiew dans les environs de l’église Dess'ïatinnaia^ figurent : cinq kolti d or, une chaîne de cou en or, un collier d’or formé de boules et de lis, des boucles d'oreilles avec des boules serties à jour, des anneaux d’or etc. Une paire de kolti extrêmement petits (seulement 4 centimètres de diamètre) offre, sur la face, dans une auréole bleu foncé des têtes de femmes avec diadèmes (sans rayons) et un costume tout brillant d’or. Il nous est bien difficile d’admettie que c’est la tête de la fameuse Femme mystique; nous croyons plutôt que ce sont des Sirènes, d’autant plus qu’au revers on remarque deux oiseaux accotés à l’Arbre Sacré, d’un style identique à celui des émaux des kolti de la collection Zwénigorodskoï (voyez plus bas). Toutefois sur le fond de l’auréole le Paradis est figuré d’une façon emblématique, au moyen de rosettes et de perles, comme dans les représentations de la Femme mystique.

Le trésor trouvé à Kiew en 18801 2> consistait en boucles d’oreilles d’or, agrafes, trois magnifiques médaillons de barmes avec des images de la Déésis en émail, une chaîne formée de plaquettes ornées d’oiseaux (voyez plus bas) et une paire de kolti d’or émaillés. Sur ces derniers on voit un lis entouré d’un cercle et flanqué de deux Sirènes portant un nimbe bleu foncé et une couronne d’une forme plus ordinaire de la stemma, à coiffe rouge pourpre et ornée de rubis, comme les couronnes persanes. Les émaux employés sont : le rouge, le bleu foncé, le brun marron foncé, le vert émeraude, le blanc et le rosé pour les chairs. Le revers contient un médaillon avec des fragments d’un petit nimbe vert émeraude.

Le trésor Jessikorski de 1883, s) à Kiew, contenait une série d’objets très-variés, enfouis à la hâte, à quelque époque de troubles; parmi ces objets

1) Sur les terrains de M. Leskow, on coin des rues Wladimirskaïa et Dessïatinnaia. Cette trouille appartient maintenant an Cabinet des Médailles de l'Université de Kiew (seulement les kolti!

.2300—2385. Elle était contenue dans deux vases, l’un de terre, l’outre de bronze. Differentes pièces, telles que colliers etc., ont été soustraites pendant les fouilles.

2) près de la propriété Kouschinow sise grande rue de Jitomir. Ces objets découverts lors du creusement d’un canal ont été acquis par la Commission Impériale archéologique pour le Musée de l'Ermitage. Le diamètre horizontal de ces kolti est de 55 millimètres.

») Découvert dans la vieille ville rue Troïtzki. non loin de la cathédrale de Ste Sophie, dans un pot de terre, dans la propriété de M. Jessikorski. Cette collection a été acquise par la Commission Impériale archéologique pour l'Ermitage. Les kolti ont 5 centimètres de diamètre.

nous voyons une paire de kolti en or et une autre en argent. Cette série comprend : des anneaux d’argent et d’or, des anneaux de bras, des ornements de cou, des colliers, 28 boucles d’oreilles en fil d’or garnies de perles (type dit de Kiew), des monnaies (grivni de Kiew), des fragments d'or, d’argent et de vermeil formant une bague, des morceaux d’étoffe, une serrure etc. Les kolti, bien conservés et d’une belle exécution, sont ce qu’il y a de mieux. Leurs émaux sont plus épais que ceux des boucles d’oreilles mentionnées plus haut, ce qui semble indiquer une date postérieure (peut-être le XII™ siècle). Le dessin des Sirènes est également changé : les nimbes ont une forme ovale très-caractéristique et sont ornés d’émail vert foncé. Les couronnes d’or (jaune de chrome), semblables à des calottes, ont une coiffe rouge et portent au centre une pierre d’un bleu foncé. Les faces des Sirènes d’une forme ovale allongée se rapprochent davantage du type byzantin plus récent, mais il y a moins d’assurance et de vigueur dans le dessin. La queue des oiseaux forme une volute peu naturelle. Au revers, une croix en forme de lis, dans un cercle et, de chaque côté, deux fragments d’un nimbe, avec des pousses d’acanthe à l’intérieur, comme sur les kolti précédents.

La trouvaille faite en 1887 dans la cour du couvent de S‘ Michel Zlatoverkhi à Kiew, lors de l’établissement de conduits d’eau, est non moins précieuse. Tous ces objets qui étaient contenus dans un pot de terre, sont dans un parfait état de conservation.11 Ce sont : une chaîne faite de plaques rondes d’or décorées de figures d’oiseaux (voyez plus bas), un collier composé de 50 boules en or soufflé en forme de petits tonneaux. Cette parure se compose de deux parties : l’une, la plus ancienne, offre un réseau de fils métalliques d’un travail extrêmement fin; la seconde, plus récente, ornée de 30 boules, est une imitation grossière de la première; elle en diffère, de plus, en ce que l'or porte un fort alliage d’argent. La pendeloque qui y est attachée a la forme d’un temple minuscule rehaussé d’émaux sur les côtés; 163 bordures d’or, destinées à porter des perles servant à orner les vêtements; enfin une paire de kolti en or qui ont 65 .millimètres de diamètre horizontal et 55 de diamètre vertical et qui dépassent, par conséquent, comme dimensions, les kolti moyens de la collection de Zwénigorodskoï. Ils ont des anses en or et quatre petits crochets pour maintenir les filets de perles. Sur la face, on voit, placées dans un cercle, deux Sirènes accotées

l) Ils ont été achetés par la Commission Impériale archéologique et sont conservés à l’Ermitage (Département du Moyen-Age).

à une flenr (sorte de lis bleu), comme sur notre planche 21. Les têtes de femme de ces oiseaux sont coiffées d’une espèce de bonnet qui figure une couronne, ornée de pierres précieuses. A.u revers, sur un fond dentelé en forme de croix, les ornements ordinaires de la croix réunie à une rose.

Une paire de boucles d’oreilles de Tscliernigow (d’une époque d’ailleurs inconnue), actuellement au Musée Impérial de l’Ermitage, se rapprochent du type des kolti byzantins qui sont le mieux représentés dans la collection J. P. Balaschow. Mesurant 52 millimètres de diamètre et munies d’une anse assez petite, ces boucles sont faites avec une coquille ou un kolt à peu près deux fois plus petit (23 millimètres). Le reste consiste en une bordure orné d’un filet de perles en or et d’une raie d’or garnie de petits grains d’or en forme de têtes. La face de la coquille ou du kolt est décorée de deux oiseaux (sorte de faisans), tournés l’un vers l’autre; ils sont d’un émail bleu foncé parsemé de points blancs. Au revers, un petit écusson en forme de croissant à bord dentelé et un lis blanc renversé dans un cercle bleu turquoise.

On a trouvé à Tscliernigow, en 1850, en creusant les fondations d’une maison,11 quelques petits détails de parures en argent, des bracelets, des bagues etc. et deux pendants d’oreilles d’or d’un style qu’on pourrait presque appeler style de Tscliernigow, car on le constate également dans les kolti d’argent de la même localité (voyez plus bas). Ce n'est point une paire, mais bien deux boucles d’oreilles distinctes. Sur la face de l’une d'elles, on voit deux petits oiseaux aux côtés d’une petite fleur (un lis blanc); au revers une sorte de palmette. Dans la seconde boucle d’oreille l’ornementation ressemble à celle de la boucle de Balaschow, avec cette différence que le revers ne représente qu’une petite croix dans un cercle. La bordure de la dernière boucle d’oreille de cette collection (n° 457) contient un réseau de fils métalliques d’un excellent travail et du même type; ce ne sont pas des fils cordés, mais de petites baguettes dentelées.

En creusant, en 1883, une tombe au cimetière de la cathédrale de Tscliernigow on a trouvé, avec des boucles d’oreilles ordinaires en or avec des boules et avec deux chaînes en mauvais argent, une paire de kolti en or du même type, mais dont la destination est moins facile a reconnaître.2* Ces kolti sont ronds et n’ont pas l’échancrure en forme de rigole, mais ils sont pourvus d’une anse large en fil métallique, ce qui leur donne l’apparence

»') Ces objets appartiennent au Cabinet des Médailles de l’Université de Kiew, n0“ 451 — 457.

!) Ces objets ont été acquis par la Commission Impériale archéologique pour l’Ermitage Impérial.

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d’une panagia. Le kolt, bombé de chaque côté, a 2 centimètres de diamètre; il est orné d’un lis au milieu d’un cercle en émail. Ce milieu est d’ailleurs le véritable kolt ; tout le reste n’en est que la bordure, comme dans les pendeloques de la collection J. P. Balaschow. Le filet plat de la bordure est enchâssé dans un cadre de fils tordus; celui-ci est muni de quatre petites boucles qui maintenaient un fil auquel s’enfilait une rangée de perles. On voit encore sur un des kolti une rangée de perles complète. La seconde bordure est garnie de petites boules d’or imitant des perles. Enfin la bordure extérieure offre une suite d’entrelacs à jour en arcades, de réseaux et de petits hémisphères plantés sur des tubes. Cette bordure est reproduite dans tous les kolti d’argent.

Deux paires de belles boucles d’oreilles figurent dans un remarquable trésor découvert à Kiew en 1824.” Il comprenait un calice, une patène avec figures et inscriptions grecques, deux médaillons (ayant fait partie de bannes) avec les figures émaillées du Sauveur et d’un grand martyr (S‘ Démétrius?), des plaques d’or, des fermoirs d’une couverture d'évangéliaire etc. Ces boucles d’oreilles ressemblent par leur disposition générale aux boucles d’oreilles ordinaires de Kiew, do dimension moyenne; mais leurs émaux de la face et du revers en font un type original. Les sujets et le dessin sont déjà, complètement russes, comme on peut le constater sur certaines monnaies, bagues etc. Le griffon de la face a deux ailes qui forment une espèce de croissant et une queue qui dans son intérieur contient le dessin d’une feuille d’acanthe. Tout son corps est recouvert de lis héraldiques, de triangles et de perles minuscules. Un oiseau héraldique semblable se voit sur le revers : il a une aile pliée et tombante, l’autre est déployée et se termine par une plume bizarre (comparez l’Oiseau d’or des contes populaires); sa queue lourde, largement éployée en forme de lis donne, à toute cette figure l’empreinte des sculptures sur bois, des ciselures et des vases d’Orient. Pendant que Constantinople se plaisait à créer des aspects nouveaux pour ces formes, l’Orient orthodoxe et, par suite, la Russie, ignorant encore la beauté réaliste des industries de Byzance, semblèrent avoir donné la préférence aux formes

*) Ce trésor a été décrit dans les Mémoires de la Société d'histoire et d’archéologie russe de l’Université de Moscou (en langue russe), IIIn>e partie, vol. I, Moscou, 1826, par le métropolite Eugène de Kiew. Comme nous n’avons pas eu l’occasion de voir les originaux, dont le lieu de conservation nous est inconnu, nous ne pouvons en juger que d’après la médiocre reproduction de la planche V, 10, 11. Cependant nous croyons que ces objets n’ont été appelés ici objets en argent que grâce à leur fort alliage d’argent.

fantaisistes de païens, et ils y revinrent l’importation directe de produits byzantins devenant plus difficile et plus rare.

La paire de boucles d’oreilles mentionnée ci-dessus constitue donc une intéressante transition aux kolti d’argent à figures d’animaux de type roman.

Le trésor découvert en 1865 à "Wladimir et décrit en détail par W. W. Stassow1} comprend des sujets d'une autre nature et des kolti dont la destination était toute autre. Il est difficile de dire si ces boucles d’oreilles font une paire, car la composition du métal et leur forme (leur convexité notamment) ne sont pas tout à fait identiques. D’un autre côté, cette différence de facture s’explique assez par l’inexpérience des artisans locaux et leur travail à la main; il n’est donc pas impossible que les deux boucles constituent une paire. Elles ont chacune 50 millimètres de hauteur sur 56 de largeur; la bordure qui unit les petits écussons bombés a 8 millimètres de large; la convexité commune est de 23 millimètres. Au centre de la face de chaque kolt on voit le buste en émail des martyrs S1 Georges et S‘ Démétrius, d’un type jeune, comme l’indique leur chevelure bouclée; chacun tient de la main droite une petite croix contre la poitrine. Les nimbes sont d’un bleu cendré à bord rouge; les cheveux étaient autrefois d’un brun foncé, mais l’oxydation leur a donné un ton brun pâle. Le corps a une teinte rosée qui rappelle beaucoup la couleur du vin; cette couleur qu’on retrouve dans beaucoup d’autres exemples indique que ce travail remonte tout au plus au Xnme siècle. De même le chiton bleu cendré et la chlamyde d’un bleu foncé avec un loron turquoise (contrairement à tous les monuments byzantins où le loron d’or est obligatoire) révèlent un travail indigène et une imitation très-libre d’originaux byzantins. L’artiste qui ne connaissait pas le sens de cette pièce cousue qui était un loron, avait fait descendre jusqu’au bord du manteau la pièce d’étoffe carrée cousue à celui-ci, à la hauteur de la poitrine et lui avait donné ainsi une forme irrégulière. La composition des ornements est aussi modifiée : le martyr est lourdement flanqué des deux côtés d’un cercle avec des lis et d’un angle avec des ornements dentelés; au revers un cercle bleu foncé (auréole) renferme quatre autres petits cercles non reliés entre eux; ils sont d’un bleu pâle avec des lis rouges, et tout autour on voit une mauvaise copie de fragments d’un petit nimbe orné de feuilles d’acanthe, le tout d'un dessin lourd et maladroit.

l) Voyez l’article de W. W. Stassow, accompagné de dessins, dans les Mémoires île In Société il' Archéologie Eusse (texte russe), tome VI, 2pie partie, p. 128 — 133, 142—151, planches I — III.

Leurs émaux prouvent encore mieux la date relativement récente et le caractère local de ces kolti. Le bleu foncé, d’habitude si pur, a ici des reflets de couperose foncé, le blanc est trouble et le bleu turquoise ressemble au lapis-lazuli. Les filets sont épais et grossièrement taillés; toute l’exécution rappelle beaucoup les émaux russes de l’évangéliaire de Mstislaw, dont nous avons déjà parlé et qui cependant sont plus grossiers qu'ici.

Mais ce qu’il y a, de plus intéressant dans cette pièce, ce sont les sujets représentés à la face, surtout les bustes des martyrs : leur présence dans de simples boucles d’oreilles est déjà un fait rare et original. Admettons que ces kolti ont bien pu servir à recevoir des morceaux d’ossements sacrés, des parcelles d’encens, des morceaux de la Vraie Croix;11 il n’y a point de couvercle sur la fossette, et cette lacune ne saurait infirmer notre opinion.21 Mais cela ne suffit pas et il serait vraiment curieux d’apprendre comment on a pu confondre si étrangement, dans un même emploi, les boucles d’oreilles et les reliquaires, les kolti et les encolpia ou colpia. Nous comprenons que depuis les temps les plus anciens on ait porté de ces encolpia sur la poitrine, attachés à des chaînes pectorales ornées de petites croix.31 Mais un reliquaire en forme d'une boucle d’oreille ordinaire nous paraît être une chose bien singulière.

Voici une explication qui nous paraît plausible. Les kolti du trésor Wladimirski ôtaient des pendeloques d’une sainte image : un prince russe quelconque, se conformant à la foi naïve et sincère de son temps, aura voulu orner cette image, celle de la Vierge, par exemple, et aura suspendu ces kolti à son nimbe. En effet, comme nous le verrons plus loin, les kolti n’étaient pas passés au moyen d’un crochet dans le lobe de l’oreille, comme les boucles d’oreilles ordinaires; suspendus au nimbe, ils pendaient autour des oreilles. Cette opinion est corroborée par le caractère même du trésor de Wladimirski qui contient des objets religieux et profanes, ainsi que par

*) L’article cité plus haut de W. W. Stassow laisse ouverte la question de la destination de ces boucles d’oreilles, l’auteur déclai-e que le défaut de documents ne permet pas de juger de 1m forme primitive. Depuis, le nombre de documents a quintuplé, mais ils se ressemblent tous et appartiennent à peu près à la même époque, comme le prouve notre aperçu, de sorte qu’ils ne peuvent servir que fort peu à la résolution définitive de la question. Nous n’avons laissé de côté que des détails insignifiants.

s) Sans en excepter les grands médaillons de Rïazan (voyez plus bas). Toutes les petites boucles et charnières des bordures de boucles d’oreilles étaient destinées à maintenir des rangées de perles ou à servir d’anses, mais on n’a encore trouvé dans les boucles d’oreilles rien qui rappelle des couvercles.

3) Il serait d’ailleurs absurde d’admettre, comme l’a fait Strekalow dans son „Costume russe“ (texte russe) que ces boucles d’oreilles n’étaient portées que sur la poitrine et se balançaient ainsi attachées à des chaînettes.

HISTOIRE IïES ÉMAUX BYZANTINS.

la coutume que rapportent les chroniqueurs et qui consistait à suspendre ,,une chaîne d’or“ aux saintes images.

Cette coutume naïve des Busses d’associer les éléments profanes et religieux dans la parure populaire (surtout entre le X"10 et le XIIme siècle) permit évidemment d’orner les boucles d’oreilles de saintes images. Une paire de petits kolti d’or, découverts en 1887, à Tschernigow,1* est décorée d’images des grands martyrs (S1 Georges et S’ Démétrius) d’un beau travail russe. Ces personnages ont des nimbes bleu turquoise, des cheveux marron bouclés, un visage jeune et imberbe. Leur costume consiste en un manteau blanc (qui, pour une raison quelconque, remplace le manteau lilas ou pourpre), orné de feuilles de lierre rouges et de points rouges, au lieu de perles blanches. Sur les épaules et sur les côtés, des épaulières et des pièces d’étoffe cousues avec des dessins dentelés. Une bordure blanche, également inexplicable, sur l’épaule droite, remplace le loron; le vêtement de dessous est bleu turquoise. Autour des saints deux fragments d’un petit nimbe rehaussé d’ornements dentelés. Au centre du revers un petit arbre avec un tube-support rempli d’ornements dentelés sur un sol bleu turquoise; son sommet est divisé en cinq parties, en guise de palmier. C’est évidemment l’Arbre de Vie; il est aussi entouré d’un nimbe. Il est incontestable que nous sommes ici en présence d’une paire de boucles d’oreilles ordinaires de femmes.

La question relative à, la destination des kolti revient une nouvelle fois dans toute sa force à l'occasion des deux gros médaillons-pendeloques de Bïazan-1’ Ancienne. C’est ce qu’on appelle les barmes de Bïazan. Trouvés en 1822, ils constituent aujourd'hui un des plus précieux ornements du Palais des armes (Oroujeïnaïa Palata) de Moscou.21 Ce ne sont pas des barmes proprement dits, c'est-à-dire des ornements d’épaules en plaques unies suspendues à une chaîne de petites boules. Il n’y a en effet que six médaillons

*) Place Alexandre; ils sont conservés à l’Ermitage Impérial.

•) Ils ont été trouvés dans un sac de cuir et faisaient évidemment partie d’un trésor qui se composait de barmes, de kolti, de petits temples à suspendre, de perles à jour ayant décoré des colliers, de deux croix pectorales, d’un bracelet, de deux bagues, en tout onze pièces. Nous ne croj’ons pas que ces objets aient appartenu à une parure complète avec laquelle un prince russe aurait été enterré, comme on le prétend dans l'ouvrage : Oroujeïnaïa Palata de Moscou, 2me édition, 1860, p. 51. Ces objets ont été successivement publiés dans : Les lettres sur les recherches archéologiques dans le gouvernement de Ilïazan par K. Kalaïdowitsh (en russe), Moscou, 1823, planches I — V ; puis dans 1 Atlas de Th. Gr. Solntzew: Dessins des antiquités russes de Rïazan (sept dessins), ouvrage en langue russe; enfin dans les Antiquités de l’Empire russe (Drewnosti Rossiiskowa Gossoudarstwa), lime partie, planches 33—37. Mais aucune de ces publications ne leproduit convenablement l’élégance, la beauté de ces parui'es, la délicatesse de leurs ornements ni l'éclat de leurs émaux.

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plats rehaussés de pierres précieuses et trois avec les images de la Vierge, de S,e Barbe et de Ste Irène; ces dernières doivent provenir d’une parure d’épaule ayant servi à une princesse. Mais c’est un point qui demanderait à être appuyé de preuves plus certaines que celles qu’on a jusqu’à présent eues sous la main.

Les deux pendeloques mentionnées plus haut semblent, au contraire, n’avoir rien de commun avec les bannes; elles sont très-grandes, ne sont suspendues à aucune chaîne et, par suite, ne peuvent avoir servi comme parure d’épaules.

Toute cette série très-intéressante n’a pas encore été décrite d’une manière satisfaisante. Ce sont aussi des kolti (fig. 108), consistant en deux plaques d’or bombées, réunies par le bord au moyen d’une bordure , échancrées en haut de manière à former une rigole qui, avec l’ouverture, a 25 millimètres de largeur. Par cette ouverture violemment fendue par les fouilleurs on peut se rendre compte de la disposition intérieure; on voit que dans l’épaisseur de la plaque métallique on a ménagé la place pour les plaques d’émail et pour les alvéoles, ainsi que des chatons pour les pierres précieuses etc. Aussi chacun de ces kolti pèse-t-il 94 zolotniks (environ 1 livre russe). Leur diamètre horizontal est de 13 centimètres; le vertical sans fossette, de 2 centimètres de moins; ils ont 4 Va centimètres d’épaisseur,

(un des médaillons est écrasé). Les charnières sont construites de telle façon qu’on y laissait passer des anses et que les kolti, une fois suspendus, pouvaient se balancer librement en tous sens.11 C’est peut-être à cause de cela que le revers, étant souvent visible, contenait des pierres précieuses et, par conséquent, était plus richement orné que ne le sont généralement les kolti émaillés. Si l’on comprend que des encolpia et dos pan agi a soient très-épais,

') Rien ne justifie la restauration tentée par Th. Gr. Solntzew dans son album (planche 3), restauration qui a passé dans l’Atlas des Antiquités (voyez plus haut).

Fig. 103. Face latérale de l'un des grands médaillons de Rïazan, vu d’en haut.

cette épaisseur est moins explicable quand il s’agit de simples pendeloques pectorales.

Au centre de la face on voit (fig. 104) une large plaque (7 centimètres) ornée do l’image émaillée d’un martyr en costume de prince russe : ce sont

Fig. 104. Médaillon des barmes de Rïazan. Face.

évidemment S* Boris et S* Gleb, princes russes martyrs (f 1015). Ce doit être un travail do la première moitié du XIIme siècle, époque à laquelle les images de ces martyrs se propagèrent avec les légendes qui y étaient attachées. Le nimbe, bordé de lilas (pourpre), a un fond bleu turquoise très-gercé et pâli. Le bonnet (kolpak), ou plutôt un klobouk, est en étoffe pourpre semblable au velours et garni d’une fourrure marron ; il est orné sur le devant d’une aigrette d’or et de deux perles cousues sur les côtés. Les longs cheveux bouclés sont châtain foncé; les chairs ont un reflet rose vineux qui est particulier aux émaux du XII'ne siècle. Les princes portent un vêtement de

dessus (kaftan) pourpre et un manteau bleu foncé sans manches (mïatl, privoloka), brodé de petits cercles blancs avec des lis ou de petites croix au milieu. Aux côtés du prince deux lis, l’un bien foncé, l’autre bleu turquoise avec des pistils bruns.1’ La plaque où est l’image est enchâssée, comme les kolti, dans une rangée de perles enfilées fort bien conservées; la large bordure est ornée de dessins de plantes faits de fils métalliques soudés droit et striés par dessus. C’est là une particularité technique du XIT"e siècle. Sur six alvéoles à pierres quatre reposent sur des arceaux filigranés et d’un travail merveilleux; c’est dans ces dernières que sont sertis des cabochons do cristal de roche, de grenat et de verre vert.

Au centre du revers se trouve une grosse /JJ 7;,

pierre précieuse (jacinthe blanc) sertie à jour ; tout autour, le long de la bordure, au milieu d’un réseau exquis, sont compris dans neuf chatons (sur une

pièce il n'y en a que huit) trois grenats, une amé- ÆJB» MB

thyste, une émeraude, un saphir, un jacinthe etc. pKlf «0L ’ il

Notons un ornement en forme de volute qui décore lp|| | Bl ^ jlj J '&

les bords du cercle latéral et qui est identique mllllfil ’ÆiO wIIÊêÊ à l’ornement du kolt du Don, que nous avons décrit plus haut.

Tous ces détails comme l’ensemble nous autorisent à penser que ces deux kolti faisaient partie de l’ornementation d’une couronne d’image sainte. Un prince russe les aura suspendues de chaque côté de cette couronne, comme ces princes faisaient des ornements spéciaux appelés grivni, des chaînes d’or, des grandes plaques (tzata) et des pendeloques diverses, afin de témoigner de leur respect et pour orner un objet sacré.

La conclusion que nous avons à tirer de ce que nous venons do dire, c’est que tous les objets composant le trésor trouvé à Rïazan en 1822 sont des antiquités russes, de travail russe, sauf une seule exception. En effet, parmi les médaillons plats des barmes de Rïazan il y en a un (fig. 105) qui est un ouvrage purement byzantin. La finesse des fils métalliques, la délicatesse de la sertissure des pierres, l’excellente qualité des couleurs d’émail, tout cela fait qu’on dirait ce médaillon exécuté d’hier seulement, bien qu’il

Médaillon des barmes de Rïazan.

') Voyez la Description du costume et mobilier des souverains anciens russes, par P. J. Sawwaitow dans les Annales de la Société archéologique russe (en russe), XI, p. 447.

Technique et ornementation des boucles d'oreilles émaillées.

ait séjourné sous terre aussi longtemps que les autres : toute dénote une autre facture. Bien que dans le sujet représenté ici. qui est le Crucifiement, on remarque tous les détails et tous les traits d'une époque postérieure (les yeux clos du Christ, le sang jaillissant du côté, la tète d’Adam au milieu d'ossements humains etc.). Cet objet diffère tellement des autres au point de vue technique que son origine ne saurait être douteuse. Il est d’ailleurs de forme ovale et n’a que 55 millimètres sur 45. Et cependant les fils striés, les alvéoles percées, la disposition des pierres, enfin l’ornement, tout cela est bien russe. C’est donc une pièce russe, mais d'importation en partie byzantine. C’est là un fait important à constater en ce sens que bien des ouvrages qui passent pour être byzantins pourraient bien être russes, tel, par exemple, la couronne de Monomaque, dont nous aurons à parler ailleurs.

technique de l’émailleur doit servir de base aux conclusions de ce genre. C’est elle (nous l’avons déjà surabondamment démontré) qui permet do distinguer la main habile d’une main maladroite, l’artiste qui connaît tous les secrets de son art de l'artiste inexpérimenté. L’émailleur doit travailler en connaissance de cause et non au hasard, à l’aveuglette. Parmi les plaques des bannes de Rïazan il en est trois qui sont émaillées. Sur l’une d’elles on voit une image de la. Vierge, les mains élevées devant la poitrine dans l’attitude de la prière (le médaillon central a 8 centimètres de diamètre). Sur les deux médaillons latéraux les grandes martyres S"' Barbe et Ste Irène (l’inscription dit : Orina) (fig. 106). Ces deux médaillons ont 7 Va centimètres de diamètre.

Selon toute probabilité ces médaillons auront constitué des bannes de femmes. Le type de la Vierge est encore byzantin, mais la technique ne l’est plus : le chiton bleu clair, le maphorion bleu foncé et la coiffure blanche sont d’une couleur sale; la carnation est rougeâtre-jaune, celle de la S11' Irène tire un peu sur le bleu pâle et la couleur de cire. Son nimbe et son maphorion sont bleu foncé, le chiton est d’un jaune verdâtre. Mêmes couleurs troubles et peu harmonieuses dans l’image de Ste Barbe. Le dessin a beaucoup souffert, les contours des vêtements de dessus et de dessous se confondent, la silhouette générale de la figure est lourde, comme il arrive chaque fois qu'on veut imiter la virtuosité byzantine.

Nous pourrions à la rigueur passer sous silence les kolti d’argent laisses, car ils sont toujours niellés et non émaillés. Mais leur forme originale vient corroborer nos conclusions sur l’origine russe de ces travaux et leurs dessins nous initient au procès de formation de certains types d’art industriel.

Parmi les objets du magnifique trésor de Kiew de 1885 (trésor Jessikorski) il y a deux pendeloques d’argent de ce type qui sont une répétition exacte de celles en or, type Tschernigow (ainsi nommé par nous d’après les objets trouvés dans cette localité).

Le kolt mesure 25 millimètres de diamètre. Comme dans les originaux d’or, il est composé de deux plaques d’argent maintenues par un cercle dont les bords sont repliés sur elles.

Le dessin en creux est rempli de nielle et non d’émail. Aucune raison apparente ne sert de base à cette facture sauf le désir de produire une copie de tout point complète, ou même celui de faire une pièce fausse trompant l’œil, car elle pouvait être recouverte de dorure. Sur la face deux oiseaux affrontés avec les queues enlacées; au revers un médaillon avec une palmette au centre.

Fig. 106. Médaillon des barmes de Rïazan.

La composition et l’ornementation ste Irène,

byzantine ont déjà fait place ici à

un type nouveau. Autour du petit sac que forme le kolt il y avait une large bordure que devaient garnir des perles; mais toutes les bouclettes d’argent sont complètement détruites. Enfin le long du bord court une autre bordure ajourée, mais sans perles de métal; elle est maintenue en haut par un cordon d’argent tressé, enroulé d’un réseau de fils métalliques.

On retrouve le même type dans les pièces suivantes : 1° Une boucle d'oreille de Kiew, conservée au Musée de l’Université de cette ville (n° 1248), mais malheureusement à moitié détruite ; l’oiseau à la queue héraldique se rapproche davantage du type byzantin. 2° Une paire de boucles d’oreilles avec un oiseau de chaque côté : trésor de Kiew, de 1876. 3° Une paire de boucles d’oreilles du trésor de Kiew, avec un griffon en marche : elle

appartient au prince Troubetzkoï. 4° Enfin une boucle d’oreille trouvée en 1885, dans la ville de Pereïaslaw (gouvernement de Poltawa), pourvue de grossiers ornements géométriques et conservée actuellement au Musée Impérial de l’Ermitage.

Trois paires de kolti en argent, trouvées avec d’autres objets précieux au village de Terekhowo (district de Bolkhow, gouvernement d’Orel),} nous offrent une variante de ce type. Une de ces paires peut être considérée comme le spécimen le plus parfait du genre connu jusqu’à ce jour. Chaque boucle d’oreille a 7 centimètres de diamètre ; elle consiste en un petit sac composé d’une seule pièce martelée, et cerclé d’une bordure de petites boules rondes, enfilées sur un lil métallique qui passe à travers les bouclettes de l’anneau. En haut, une fossette peu profonde et à chacune de ses extrémités une anse maintenue dans des charnières. Le dessin est gravé et les contours en sont légèrement niellés. Sur la bordure il y a un ornement composé de méandres, de denticules et de zig-zags. Sur la face, au centre, deux lions-griffons ( style byzantin), les queues enlacées, tournés vers un lis renversé. Au revers une espèce de treillis formant un nœud symbolique également byzantin. Ces deux pièces se distinguent par une éxécution fine quoique un peu sèche ; mais tant qu’on n’en aura pas trouvé d’autres analogues, il sera bien difficile de porter un jugement définitif sur cette exécution. En tout leurs très-grandes dimensions, la technique des petites boules soufflées (composées de deux moitiés, dont chacune a été produite par le martelage d’une feuille d argent) spécialité caractéristique des produits russes des Xme — XII",e siècles, enfin toute la façon dont l’argent y est travaillé, nous révèlent une provenance russe.

Les deux autres paires de boucles d’oreilles de ce trésor (1 une a 7, l’autre 5 centimètres de diamètre) sont d’une exécution ordinaire et même grossière. Les traits distinctifs de ces objets sont : une bordure en petites boules soudées sur des pointes et un dessin du style dit roman. Lin griffonlion s'avance en étendant les pattes. Le fond est grossièrement niellé.

Voici quelques spécimens analogues du même type :

1° Une paire de kolti, trouvés dans le district du trésor de Kanew (gouvernement de I\iew),2) absolument semblables, comme dessin, à ceux de grandes dimensions que nous venons de décrire. 2° Ceux du trésor du village

*) Ce trésor a été trouvé en 1876; ïl est conservé au Musée Impérial de l’Ermitage.

2) Voyez Comte A. A. Bobrinsky, Kourgani bliz mestetshka Sméli (Tumulus près de la petite ville de Sméla), St-Pétersbourg, 1887, planche XX, fig. 7, 8.

placent l’ancien nimbe ou auréole. Une cle ces boucles,

décorée de petites boules fixées sur de longues points, a

65 millimètres de diamètre, mais le petit sac lui-même, u \\

c’est-à-dire la partie centrale, n’en a que 35. 4° Les [I M

boucles d’oreilles faisant partie du riche trésor de Rïazan, \ jjj

découvert en 1887.1} Fort bien conservées, ces boucles

d’oreilles qui sont le meilleur spécimen du genre, se

rapprochent le plus des boucles d’oreilles en or, reh a ns-

sées de dessins d’émail. Le kolt qui ne mesure pas

plus de 45 millimètres de diamètre, est encadré d’une Fi^io?

bordure de petites boules soufflées enfilées sur des fils Boucle d’oreille de Pannonie, , , t , , t . , au Musée de Pesth.

métalliques et ayant un diamètre de 0 centimètres; de

chaque côté, deux oiseaux aux queues enlacées; finement ciselés sur fond niellé, ils ont la tête tournée vers un lis formé par le même entrelac; tout autour un fin rinceau de pampres. 5° Les boucles d’oreilles du trésor du district d’Epiphane (gouvernement de Toula), /. p \ trouvées en 1881 et appartenant au même type,2) sont

r §lk ornées de deux griffons enlacés.

Ainsi donc le sujet le plus communément représenté sur les boucles d’oreilles russes en émail est une fleur flanquée de deux oiseaux. Le motif

;e ou une

Fig 108. Idem. principal, de

de l’antiquité qui est suspendu. Les anciennes b d’oreilles barbares du Moyen-Age offrent de nombreuses fi.

meme

') Au Musée du gouvernement de Rïazan dirigé par la Commission scientifique des Archives. !) Au Palais des armes de Moscou, n° 9491.

HISTOIRE DES ÉMAl'î BYZANTINS.

d’oiseaux gravés de chaque côté de branches d’arbre et d’une fleur. La bordure du kolt ressemble à une rangée de perles.11

Non loin de Korsoun (gouvernement de Kiew) on a trouvé une boucle d’oreille en cuivre avec deux oiseaux de chaque côté d’une fleur."

On voit également deux oiseaux aux ailes dressées aux côtés d’une perle bleu foncé, sur une paire de boucles d’oreilles en argent en forme d'anneaux munies de pendeloques en forme de disques ajourés et ornés de petites boules en argent et d’émail multicolore. Ces boucles d’oreilles ont été trouvées sur le territoire du gouvernement de Twer.81

Ces pièces nous offrent des types depuis la période des migrations jusqu'au XIVme siècle inclusivement. Ce qu’il y a d'intéressant en elles, c’est la reproduction d’une pensée artistique du monde antique. Il serait superflu d'insister davantage sur ce point : il suffit de rappeler les reliquaires sacrés des églises en forme de colombes suspendues, les colombes tenant dans leurs pattes ou dans le bec des couronnes votives etc., motif décoratif trèsemployé dans les églises de Byzance depuis le YIIIme jusqu’au XV"' siècle. Mais il est important de constater que ce furent les anciens originaux de Byzance qui donnèrent leur empreinte même aux produits du Nord le plus lointain. C’est ainsi que les magnifiques boucles d’oreilles de Perm en forme d’anneau avec un oiseau au centre qui tient une perle dans son bec, datent des IXnH' — XIIme siècles et sont imitées de modèles byzantins. Les oiseaux représentés ici appartiennent généralement à la famille des pigeons; leurs plumes multicolores annoncent des espèces rares, importées de la Perse ou des Indes. Effectivement les Indes envoyaient des oiseaux chanteurs à Byzance et à l'Europe barbare déjà au temps de Jean Chrysostome.* * 3 4*

Mais le motif purement antique fut mêlé de bonne heure avec des éléments empruntés à la mythologie et à la poésie mystique. Les oiseaux placés par couples sur les côtés de l’arbre symbolique ont un caractère tout aussi sacré que les oiseaux phantastiques à deux têtes. Les colombes et les perroquets ne devinrent que plus tard motifs décoratifs, au même titre que les aigles héraldiques, l’ancien „oiseau Sirène11 etc.

*) Elles sont conservées au Musée National de Pesth.

*) Comte A. A. Bobrinsky, Kourgani bliz mestetshka Sméli , St-Pétersbourg, 1887, p. 147, planche VI, 8.

3) Elles sont conservées au Musée de Twer, n° 1761. Voyez la publication périodique Drevnosti (Traveaux de la Société archéologique de Moscou) (en russe), tome XI, Ire partie, p. 41, planche.

4) Jean Chrysostome, Oj>era, édition Migne, V, p. 467.

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