LES MONUMENTS
D’ÉMAILLEBIE BYZANTINE.
L Autel de S1 Ambroise tle Milan. — La Déésis du couvent de Martvili (Mingrélie).
La Pala d’oro de S1 Marc de Venise. — La S1'' Vierge de Khakhouli au couvent de G-hélat (Mingrélie). — La S*« Vierge Nicopéa à S‘ Marc de Venise. — Les images de la S« Vierge au couvent de Khopi (Mingrélie). — La Sts Vierge Hodégétria au couvent de Martvili. —
Le Christ du couvent de Ghélat. — L’icone du couvent de Schemokmédi en Gourie.
L’image du Christ au couvent de Kozkheri (Mingrélie). — La S« Vierge sur le trône et le S* Démétrius de la collection Balaschotv à S‘-Pétersbourg. — Le S* Théodore Stratélatus de l’Ermitage de S‘-Pétersbourg. — Les archanges Michel et Gabriel du couvent de Dshoumati (Gourie). — L’Adoration du couvent de Ghélat. — La croix de Lotkaire à la
cathédrale d’Aix-la-Chapelle. — La croix de la cathédrale de Cologne — La croix debout
de Notre-Dame de Namur. — La croix de S10 Euphrosine au couvent du Sauveur de
Polotsk. — Les croix pectorales du couvent de Martvili. — La croix de Nikorzminda en Imérétie. — La croix de l’archevêque Antoine à la cathédrale S“ Sophie de Novgorod. — Les croix des collections Beresford Hope et Saltykow au South-Kensington. — La croix portative de l’Eglise d’Essen. — La croix pectorale de la reine Dagmar au Musée de Copenhague. — Les croix d’autel de l’Eglise d’Essen. — Le crucifix Sévastianow de la collection Botkine. — La croix de la collection du comte Ouvarow. — Médaillon de la Chersonèse taunque. — La Crucifixion de la Svanétie et celle de la collection Botkine. — La croix de cuivre de la collection Ouvarow. -- Les reliures du palais des Doges et de S1 Marc de Venise. — Gaine de reliure de la Reiche-Capelle et reliure de Henri II à la Bibliothèque royale de Munich. — L’évangéliaire de Mstislaw à la cathédrale de l’archange Michel de Moscou. — Reliures de la Bibliothèque de Sienne et du trésor de la cathédrale de Milan. — Le médaillon de Kiow. — Le reliquaire de la Sainte-Croix de Limbourg. — Plaque de
reliquaire de la cathédrale de Gran. — La staurothèque de Livadia (Crimée). Les
triptyques de la collection Walz à Hanau. — La staurothèque de la lawra du Mont-Athos. — Ecrin de la croix pectorale de la reine Tamar au couvent de Khopi. — Reliquaires des Saints Ossements. — Gaine du bâton de S‘ Pierre au trésor de la cathédrale de Limbourg. — Calices et patènes. — La couronne de fer du trésor de Monza. — La couronne de St Etienne
au trésor royal de Pesth. — La couronne de Constantin Monomaque au Musée national de Pesth. — La couronne de Charlemagne du trésor de Vienne. — La couronne votive de S‘ Marc de Venise. — Joyaux du S‘ Empire romain du trésor de Vienne. — Les poroutschi du métropolite Photius au trésor synodal de Moscou. — L’infula de Linkjoping au Musée National de Stockholm. — Les agrafes, les fibules, les pendeloques et les bagues.
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vaut d’examiner les monuments d’émaillerie byzantine cloisonnée, rappelons que les émaux jouaient un rôle trèsimportant à Byzance et qu’ils étaient très-répandus dans rJék l’ancien Orient chrétien. Les témoignages les plu»
précieux à cet égard sont contenus dans l’ouvrage connu sous le titre: De caerimoniis aulae byzantinae, composé par ordre de l’empereur Constantin Porphyrogénète (913-959). Le livre 1" qui comprend des descriptions de la cour et s’étend depuis Justinien (527—507) (même depuis Constantin le Grand [323—337] en ce qui concerne les campagnes militaires) jusqu’à Constantin Porphyrogénète, nous offre, en dépit de son manque d’unité, un tableau très-complet de la cour de Byzance, de son étiquette, de son cérémonial dans les solennités profanes et religieuses en temps de paix comme en temps de guerre; il nous renseigne sur les expéditions des empereurs et sur l’introduction des ambassadeurs. La partie essentielle de cet ouvrage est le second livre, rédigé par l’Empereur lui-même; il est surtout consacré à ces réceptions d’ambassadeurs," et suivant la préface, il a pour but de „ consolider d’excellents et glorieux usages, et de faire éclater à tous les yeux la majesté imposante de l’Empire romain, afin qu’elle demeure toujours un sujet de vénération pour ses sujets et d’étonnement pour les Barbares.-2’
Les émaux jouaient un rôle important dans la décoration du palais impérial, et on les choisissait de préférence pour les dons offerts aux khalifes,
aux émirs et aux princes barbares.3’
Les visites très-fréquentes d’ambassadeurs étrangers à Byzance, l’accueil extraordinairement solennel dont ils étaient l’objet, enfin l’importance politique de ces cérémonies de cour aux IX™ et X™ siècles expliquent pourquoi l’auteur s’y arrête si longuement: il décrit dans ses moindres détails la décoration des appartements d’apparat, où les ambassadeurs sarrazins, maures et russes étaient reçus par les empereurs byzantins.
On ne voyait d’émaux que dans les salles d’apparat. Dans les cours et sous les colonnades ornées de riches étoffes, des lampes d’argent étaient
.) Constantin! Porpbyrogeniti De cœrimoniis aulæ byzantinœ, II, 15, p. 5GG-598; Corpus smpforum historiœ byzantines , ed. Bonnæ.
») Ibid. II, præfatio, p. 517.
>) Non pas que les émaux fussent un monopole de l’empereur, mais parce quon en fabr.qua.t do plus beaux et de plus riches à Byzance qu’ailleurs.
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suspendues à des chaînes d’argent ou de cuivre argenté, que l’on empruntait aux églises du Palais. La décoration était encore plus somptueuse dans les salles de banquet et de réception, dans le triclinium de Justinien, dans le chrysotriclinium, le palais Labclia, le triclinium du palais Magnaura; — dans les salles voisines s’étalaient de riches étoffes multicolores et historiées ainsi que des tapis persans; là brillaient des vases d’argent artistement ornés (Mt'fcïla àvàrXucpa uuiroaKOÜTuUa kcù (iivffoùpm). Aux embrasures des fenêtres et sous la coupole de la salle du banquet pendaient également des vases et des plats d’argent d’un beau travail. Mais toute cette décoration encore purement antique était éclipsée par l’ornementation de certaines salles et des trônes impériaux. Ces ouvrages essentiellement byzantins : différentes pièces d’orfèvrerie et de joaillerie, des stemmata, c’est-à-dire des couronnes votives empruntées aux églises, et des émaux, les êpra xoMoua mentionnés par Constantin. Tous ces ornements étaient (comme il le fait remarquer dans ses descriptions des réceptions solennelles sauf une seule) toujours suspendus dans des salles spéciales.11
Le fait de suspendre des ouvrages précieux est un usage de l’antiquité classique, qui fut adopté à Byzance pour des raisons toutes particulières. A Byzance les banquets avaient lieu le soir,* 2’ à la lumière des bougies : aussi ornait-on les salons de lustres. En dehors de cet éclairage chaque niche du triclinium était illuminée au moyen d’autres lustres suspendus à des chaînes d’argent, afin de faire ressortir encore davantage l’éclat des pierres précieuses qui scintillaient probablement sur les stemmata3’ et sur les émaux.
Constantin ne dit point ce qu’étaient les fpra xeihéutoi qu’on suspendait ainsi. L’épithète încitpopa qu’il emploie dans deux passages seulement semble indiquer que rémunération de ces objets lui paraissait superflue ou peu commode.
Mais il ressort de ses renseignements que les émaux, alors relativement rares, étaient fort prisés.4’ L’état de l’émaillerie était très-florissant à cette époque et les émaux étaient très-répandus dans le commerce; cela n’empêchait
*) De cœrimoniis aulœ byzantinœ, ed. Bonnæ, II, p. 571, 572, 580, 581, 582, 591, 597. — Labarte (Histoire (les arts industriels, III, p. 527) ne commente pas assez clairement tous ces passages.
2) Constantin Porphyrogénète fait observer (De cœrimoniis , II, p. 580) que le chrysotriclinium n’avait point été décoré pour la réception des Espagnols, car il n’y eut point de banquet pour eux en présence de l’empereur: ioréov, ôn ô xPU(*oTpiK\ivoç èv Tri èXeùoei tûjv ’lorraviuv où KaxeKoapriSq, èrrei&ii où ouveOTiaGqaav toîç paaiXeOoi rrj i^pépa xqç boxnç oi dîrô ’lairaviav èXOôvreç Trpéajleiç.
3) Ibid., p. 581.
4) Labarte (Histoire des arts industriels, III, p. 528—29) soutient, au contraire, que les émaux étaient chose assez commune à Byzance, car les orfèvres de la ville étaient à même d’en fournir de grandes quantités à l’hipparque pour décorer le tribunal du palais de Magnaura — la grande salle de réception.
pas d’y attacher un fort grand prix. C'est ce qui explique pourquoi, dans les descriptions, ils sont cités à côté des ouvrages les plus précieux — epra xpudâ kcù xtiptuTà et les stemmata, et pourquoi toutes les salles n’en sont pas décorées, mais seulement certains endroits1’, certains baldaquins de gala, le pentapyrgion à cinq pointes en forme de tentes du chrysotriclinium et sept niches (Kapàpai) de la salle du banquet. La huitième niche était de toutes parts décorée de stemmata.®
Labarte dit qu’à Byzance les plats comme les harnais de chevaux étaient ornés d’émaux. Cette constatation ne mérite pas qu’on s’y arrête. Ni les plats de grandes dimensions, ni les harnais ne pouvaient servir ici. Les objets décoratifs des salles principales avaient, à coup sûr, un caractère plus solennel, plus religieux: c’étaient probablement des images saintes, des manteaux impériaux brochés d’or et rehaussés d’émaux, des bannes, des ornements pectoraux (irviKTâpia), des croix, des calices, des coupes, des reliquaires, des xylothèques ou staurothèques et des lipsanothèques, des figures symboliques de la colombe, des reliures d’évangéliaires, des encolpia ou panagies, des médaillons avec les portraits d’empereurs et leurs parures etc.
Nous croyons pouvoir corroborer cette hypothèse par les indices suivants, Constantin emploie deux fois, au lieu de ëpïa xeipEuxà le mot tpropouKm : s) celui-ci n’est, selon toute vraisemblance, qu’une abréviation de èpTopoutàma, c’est-à-dire mosaïques qui, faites tout entières de verre, ressemblaient aux émaux.4. Il est fort probable que les ëpTopouKia étaient un produit d’art déjà ancien au temps de Constantin : c’étaient sans doute des ornements émaillés pareils à la mosaïque, c’est-à-dire consistant en plaques de verre placées dans des alvéoles et consolidées dans les interstices au moyen d’une pâte vitreuse. Constantin dit qu’un assez
‘) Une des salles les pins difficiles à expliquer sous ce rapport était celle du Palais Magnaura, appelée Anadendradion. Constantin dit, p. 571, qu’on la décorait généralement d’étoffes de soie (t>iKr)v TpoiriKqç ?) et, lors de la réception des ambassadeurs espagnols, de scaramanges et d’émaux, provenant du trésor impérial (toû <pé\ctKoç). Le sol de cette salle et du vestibule (ttoOXttitov) menant au triclinium étaient recouverts de riches tapis persans, ibid., p. 571. Reiske prétend que dvctbevbpdèiov signifie vérandah ornée d’une treille: c’est une erreur. Par la comparaison des divers passages où ce mot est employé par l’empereur Constantin, nous sommes arrivés à cette conclusion qu’on appelait ainsi les salles du palais à ciel ouvert (sub divo, bypètres), correspondant aux péristyles de l’ancienne Grèce. Il est possible qu’il y eût des émaux suspendus sous les colonnades.
*) Labarte ne distingue pas les stemmata des émaux. Voyez le chapitre „Couronnes“.
s) De cœrimoniis aulcc byzantines , ed. Bonnæ, II, p. 582, 592.
4) Labarte ( Histoire des arts industriels, II, p. 47, note) est le premier qui ait émis cette hypothèse. Les Byzantins employaient differents termes dérivés de xpfjqpoç ou vprjqpiç pour désigner la mosaïque: bideemç ipqtpt&oç, qnppoXoYeîv, èvappôZeiv vjjqcpîai; plus tard ils se servaient des mots pouaeîov, pouaidruip, piuaiov, ex. pwcrtov xpuoôv, ûéXiov xpu^év dans quelques auteurs.
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grand nombre de ces objets était déposé dans la fameuse basilique du grand martyr Démétrius et dans le trésor de Ste Sophie ; il ajoute que les chœurs de cette cathédrale étaient ornés de croix d’or et de reliures d'évangéliaires.
Quant aux saintetés à suspendre, nous savons par la même source que les empereurs byzantins possédaient des iconostases de campagne transportables et d’autres pour l’usage domestique, sur lesquels on suspendait différentes images saintes formant à certains jours et à certaines fêtes de l’année des cycles entiers d’iconographie.11 Il était d’un usage commun à Byzance de suspendre, en guise d’ornements, et de porter des croix (crrauph-Zm); on en voit qui sont souvent citées, à côté de calices,21 dans l’ornementation des édifices et des salles. Même en campagne et au camp le grand intendant des appartements de l’empereur portait, suspendue sur la poitrine, un petit écrin avec un morceau de la Vraie Croix.81 Nous savons de diverses autres sources qu’on portait également des réductions de temples = s ions (cet usage était suivi même par les princes russes d’autrefois), et de grands encolpia, des reliquaires d’un caractère décoratif fort riche.
Aux faits ci-dessus indiqués, et à vrai dire, peu nombreux, nous pouvons ajouter les témoignages d’auteurs grecs et latins du Moyen-Age qui parlent de l’emploi qu’on a fait des émaux depuis le IXme jusqu’au XIID“' siècle à Byzance même, d’où ils se répandirent à travers tout le monde chrétien; en Occident ils semblent avoir été copiés sur des modèles grecs.
Nous savons déjà qu’on décorait d’émaux les autels et les ciboria;41 tantôt l’encadrement seul des images, tantôt les images de l’autel et celles qui étaient posées derrière la table de l'autel entier étaient émaillés.51 Constantin Porphyrogénète parle d’une image de la Vierge en émail de l’Eglise du martyr Démétrius à Byzance. La peinture d’émail était donc usitée aussi pour les grandes surfaces, en Grèce comme en Occident: l’expression tabula de smalto le prouve de reste. Naturellement les petites images saintes servant à orner les vases sacrés et les vêtements, ainsi qu’à être portées sur le corps
') De cœrimoniis anlce byzantines, ed. Bonnæ. App. ad libr. I, p. 466.
*) Ibid., p. 170.
3) Ibid., App. ad libr. I, p. 485.
J) Super altare Sancti Benedicti argentenm ciburrium statuit: illudque auro simul et sinaltis partial exornans etc. Léo Ostiensis, Chronicon sancti Monasterii Cassinensis, Lutetiæ Parisiorum, 1668, p. 145. Ce passage se rapporte à l’abbé Hisulf VIII (du commencement du IXme siècle). Comp. Labarte, Histoire des arts industriels , III, p. 547.
6) Auream tabulam in altaris facie cum gemmis ac smaltis valde speciosis parari mandavit, quibus smaltis nonnullas ex Evangelio insigniri fecit historias. Du Cange, Glossarium latinitatis, v. smattum.
étaient beaucoup plus nombreuses. De même les grandes croix d’autel et de procession (crucem cum gemmis et smaltis ad procedendum fecit) ornées d’une série de petites images et de surfaces ornementées étaient plus rares que les croix qu’on portait au cou.
Parmi les ustensiles du culte, les calices, les patènes,1’ les flacons aux saintes huiles occupent, bien entendu, le premier rang. La décoration en émail était, en outre, très-usitée pour les reliures d’évangéliaires , les reliquaires etc. Au nombre d’anciens émaux d’Occident nous trouvons des crosses d’évêque, des mitres, des ornements d’épaules, des chaînes, 2) semblables aux maniaques byzantins et aux bannes russes, des médaillons, des agrafes, des globes, des sceptres et des glaives.
L’émail était principalement mis à contribution pour les diadèmes et les couronnes votives, les aubes,3’ les sandales,45 les manteaux impériaux, 5) les brassards et les boucliers. Quant aux selles de parade, aux housses et aux freins émaillés ils n’étaient en usage qu’à Byzance, et cela uniquement d'après des citations fragmentaires.65 Les modèles de ces ornements venaient de l’Orient et se sont conservés jusqu’à nos jours en Perse, aux Indes, à Khiva et à Boukhara.
Deux catégories d’objets émaillés constituent une véritable rareté dans l'art byzantin: ce sont, d’une part, les bagues, les boucles d'oreilles, les agrafes et les fibules; d’autre part, les coffrets (Xapvcnubia), les sacraria, les coupes et les plats manquent complètement.75 Il n’existe
») Voyez plus haut le texte de Théophile. — Comp. aussi la citation de Labarte, Histoire des arts industriels, III, p. 553 note 4: calicem aureum cum patena sua .... smaltis optimis adornatum.
s; .... pernæ smaltitæ, auripetiæ smaltitæ.
3) Tissus siciliens connus sous le nom de Retjalien (joyaux) de la maison des Habsbourg. Excepto quod .... albæ ipsarum (sambucarum) possint cooperiri aere et fieri smaltæ. Constitvtio Friderici regis Siciliæ, cap. 92. Du Cange, Glossarium, v. smaltum.
4) Dans cette garderobe impériale les ÙTrobqpaTa (bottes molles en maroquin) des monarques byzantins étaient souvent ornés d’aigles et d’émaux en dessus (voy. Codinus, De Officiis, III, p. 13; Corpus scriptorum historiœ byzantince, ed. Bonnœ : èîrl twv xapoiiv rj-roi èiràvuj twv ÙTrobruaàTwv twv pou£aidwv.
6) Le skaranikon, manteau des empereurs grecs, avait, suivant Codinus (De Off., c. III, p. 14), aux jours de fêtes, des ornements dorés chargés de perles et de pierres précieuses (ô beaTrôrqç tpopeî .... UKapciviKov XPUOOKOIKÔV, \i0dpia Kai pap-fapiTapia oütw Xe-fôpeva irepixuTa).
6) Les freins (aeXoxdXivov xpuoôv biaXi0ov xeipeuxôv) sont mentionnés par Constantin, De cœrimoniis nuire byzantince , I, cap. 17, p. 99 et 105. Pour les harnachements émaillés du XlVme siècle en France voyez Labarte, Histoire des aids industriels, IV, p. G07.
7) Nous possédons des renseignements de source arabe sur le portrait émaillé de Constantin Porphyrogénète ornant un coffret que celui-ci avait donné au khalife, de Cordoue (Labarte, Recherches sur la peinture en émail dans l’antiquité et au Moyen-Age, p. 112). Les autres spécimens de cette espèce parvenus jusqu’à nous doivent-être considérés comme des imitations fort peu réussies ou comme de vulgaires contrefaçons.
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que quelques spécimens des premiers; on en trouverait probablement d’autres en fouillant le sol de l’ancienne Byzance. Quant aux seconds, ils semblent avoir servi de modèles pour les objets analogues fabriqués en Occident.
En général il faut remarquer que le grand nombre d’ustensiles du culte garnis d’émail ne prouve nullement que l’émail ait été employé surtout pour les objets d’église. Il était, au contraire, beaucoup plus usité pour le mobilier et pour les parures profanes. En Occident, au Moyen-Age, l’ornamentum gemmis ac lapidibus, quos smaltos vocant, pretiosissimum et qui avait été importé de la Grèce, passait toujours pour très-précieux.1' Dans l’Europe orientale, par contre, comme le prouve l'exemple de l'ancienne Russie jusqu’à l’invasion des Mongols,2' les ouvrages émaillés restèrent presque exclusivement des produits d’art et d’industrie populaires; ils se rattachent de très-près aux émaux byzantins et asiatiques, surtout persans, et l’on a fait du finift russe jusque dans ces dernières années. Mais ici encore les émaux cloisonnés subissent absolument l’influence byzantine. D’ailleurs les émaux russes, fabriqués par des artistes immigrés de Byzance ou par des nationaux, apparaissent en Russie, comme à Byzance, entre le X,ne et le XIIIme siècle.
L’Orient chrétien fut jadis très-riche en ouvrages émaillés. On peut s’en faire une idée en voyant ces précieux monuments byzantins de 1a, Géorgie chrétienne, qui nous est personnellement le mieux connue; cette contrée possède des douzaines de ces objets qui sont très-pauvrement représentés dans les grands musées et les principaux trésors de l’Europe. Le trésor de S“ Marc à Venise peut seul à ce point de vue rivaliser avec la Géorgie. Il se trouve dans une situation privilégiée en ce sens que toutes ses merveilles, achetées ou pillées en Orient, y sont conservées avec un soin jaloux. Les antiquités de la Géorgie, au contraire, gardées dans des caves ou des greniers qu’on y appelle des trésors, sont exposées au froid et à l’humidité; parfois, sous prétexte de réparations, on les emporte pour ne plus les rapporter. Ce mode de conservation est beaucoup plus fatal que ne le furent les incursions des Perses et des Turcs. Ainsi périssent des monuments d’un grand jn-ix qui souvent n’ont pas leurs pareils et sont presque tous d'une date certaine.
*) Vêtus scheda in bibliotheca Chiniacensi, p. 563: Quæque cariora ac sanctiora in thesauris reperit Ecclesiæ secum Constantinopolim detulit, inter quæ ornamentum quoddam gemmis ac lapidibus, videlicet eis quos smaldos vocant, pretiosissimum, etc. Voy. Du Cange, Glossarium ad scriptores mediæ et infimes latinitatis, v. smaldus.
2) Voy. notre chapitre: „Emaux russo-byzantins de la collection A. W. de Zwénigorodskoï.
Il convient d’ajouter que à part quelques inventaires ordinaires, on n’en a jamais fait de catalogues; on les a transportés au hasard d’un endroit dans un autre, d'un monastère à l’autre, de la Géorgie turque en Imérétie, de la Cartalinie en Mingrélie et en Gourie.
Les ambassadeurs russes, envoyés dans certaines parties de la Géorgie, qui dès la seconde moitié du XVI1"' siècle cherchaient à obtenir le protectorat du tsar," s’occupèrent fort peu d’archéologie dans leurs rapports; ils avaient en effet des missions politiques plus importantes et plus délicates à remplir; il leur était enjoint en outre d'étudier attentivement la situation en Mingrélie, en Imérétie, en Cakhétie et en Cartalinie : il devaient prendre des informations précises sur l’état de l’Eglise orthodoxe, le caractère du culte orthodoxe, sur l’observance des lois ecclésiastiques etc.
Les descriptions archéologiques n’apparaissent guère qu’au XVIIme siècle. Les rapports de l’ambassade composée de Pédor Jeltchine et du prêtre Zaehariew i 1689 — 1640), contenant des renseignements détaillés sur les saintetés de la Mingrélie, peuvent être considérés comme un signe des temps et comme une preuve certaine que l'on commençait à s’intéresser de plus en plus à l’antiquité orthodoxe. Néanmoins ces descriptions ne dépassent pas le cadre de rapports ordinaires.8* Il est clair qu’il fallait être sûr d’appeler l’attention de la Cour de Moscou pour tenter des récits de voyages énumérant les moindres détails, au lieu de faire de simples relations arides. Un de ces récits qui révèle des hommes instruits est la relation du voyage en Imérétie fait en 1G50 par l’ambassadeur Xicépliore Tolotsclianow et par son secrétaire Jewlew.3*
A propos de leur voyage à Koutaïs, capitale de l’Imérétie, ils décrivent les églises qu’ils ont remarquées dans deux villes du territoire de Ratschi, ainsi que les images saintes avec leurs cadres ciselés. Ils n’oublient pas d'ajouter que „les nimbes des grandes saintes images très-vénerées4’ sont en or relevé de moussia11, c’est-à-dire do vieux émaux byzantins, qu’on appelait indistinctement dans l’ancienne Russie finift ou moussia (mosaïque); mais,
») S. Bielokourow, Snoschenïa Rossii s Kawkazom (Rapports de ta Russie avec te Caucase). Documents provenant des archives du Ministère des affaires Etrangères, Moscou, 1889, livr. I, p. 1578— 16 L3, chap. 12: l’ambassade du prince Sémen Zwénigorodskoï en Cakhétie, 1589—1590.
2) „Statieïniyé Spisski44, c’est-à-dire questionnaires que les ambassadeurs avaient à remplir.
3i Drevniaya rossiiskaya vivliothika (Ancienne bibliothèque russe), éditée par N. Nowikow, Moscou, 1788. 2« éd-, V. p. 185—251.
«, ..Miestnvia ikony“ (de miesto = lieu, endroit), icônes principalement du Christ et de la Vierge, qui sont placées sur le fond de l’iconostase entre la „Sainte porte41 (tsarskiva vrata) et les deux portes latérales à un seul battant.