‹ Histoire et réfutation du socialismeChapitre 3 sur 9 · SI · texte numérisé non relu

SI

Les hommes perdent leur temps en folles disputes qui ne font qu'aigrir les esprits , envenimer les plaies , décourager ceux qui veulent faire le bien , détruire la confiance, et qui ne font pas avancer le progrès d\m pas , -^ au contraire.

Toutefois, dans la polémique entre MM. P.-J. Prou» dhon et Pierre Leroux, ces publicistes nous ont fourni des armes Fun contre l'autre. Au reste, M. Pierre Leroux n'est pas le seul socialiste avec lequel M.Proudhon ait engagé la lutte. Il a même attaqué les communisted, et pourtant la raison et la logique l'avaient fait considérer comme leur grand-prêtre, — comme leur plus ardent sectaire.

Il prouve les irréparables injustices de la communauté, la servitude qu'elle impose aux sympathies et aux répugnances secrètes du cœur humain; il montre, avec cette doctrine, la conscience violentée, la liberté détruite , la société plongée dans la plus triste atonie. Il constate combien les critiques conservateurs ont eu de facilité à dégoûter les hommes de cette dégoûtante théorie.

S'il est une cbose^ontre laquelle M. Proudhon ait vomi plus d'injures que contreJa propriété, c'est assuré-

ment la communauté. Il est d'une impertinence aussi superlative avec Tune qu'avec l'autre. Et il fait feu de tous côtés à la fois : il comprend dans un même anathème , avec le communisme, négation de la propriété, la royauté, ja démocratie, la philosophie et la religion, qu'il regarde comme des formes diverses de propriété, et auxquelles il préfère : — « rÀNARCHiE et I'Athéisiie , ces i< fondements de mon système réfraclairs à touU autorité a divine et humaine l »

M. Proudhon, conmie tous les autres socialistes proprement dits, se défend avec beaucoup d'énergie d'être communiste. Son cri sauvage contre la propriété, qu'estce donc, cependant, si ce n'est la formule communiste par excellence? Et il a été contraint de Favouer lui-même, dans une réponse aux attaques des communistes: ff Qui plus que moi, s'ést-^il écrié, a bien mérité du communisme ? »

Et c'est vrai ; personne plus que lui ne peut se vanter d'avoir excité les haines et les passions contre ia propriété. Nul plus que lui n'a été un instrument de discorde.

Cela n'a pas empêché M. Proudhon de flétrir les autres socialistes, — contradiction inspirée par la jalousie, dont les conservateurs de la Propriété et de la Famille ont profité. Il les tourne tous en dérision , et, avec eux, la fra- ^emité, la charité, confondant ainsi le bien et le mal dans un même blasphème.

M. Proudhon» qui raille si fort la fraternité dans un

passage, en fidt fortement Fapologie dans un antre.

M. Proudhon flëtrit les républicains de la veille , les politiques de l'école de Robespierre , -> ces ambitieux grotesques dont nous avons vu l'incapacité au pouvoir; il flétrit aussi le système de Fourier, comme entaché de bé^ Use et dUnfamie. Il n'a pas assez d'indignation pour ce système d'une si profonde immoralité.

Et, chose bien digne de remarque ! M. Proudhon détruit les socialistes , et dans cette œuvre , — la seule dans laquelle il se montre intelligible et raisonnable , — il se sert des aimes du Cathoheisme , auquel il ne croit pas ! 11 l'outrage, et il lui emprunte sa logique , — tant est forte la force de la vàîté !

Il écrase le soicialisme avec cette puissance de logique dont il est si généralement si dépourvu. Il répudie toute espèce dé solidarité avec le socialisme, qu'il traite — « de ramas impur de turpitudes et d'immoralités, propre seulement à faire des « dupes et des escrocs ».

Il le montre ignorant et vantard, faisant grand bruit de ses prétendus spécifiques , de sa fausse science, et ne reculant, dans sa vanité, devant la solution d'aucune difficulté. Il le montre propageant dans l'ombre la politique 'de club et d'estaminet ; — « Pour moi , je le déclare , en présence de cette propagande souterraine qui , au lieu de chercher le grand jour et de défier la critique, se cache dans l'obscurité des ruelles; en présence de ce sensualisme éhontéy de cette littérature fangeuse^ de cette mendicité sans frein ^ de cette hébétude d'esprit et de

cœur , qui commence à gagner une partie des travailleurs! je suis pur des infamies des socialistes. »

Vains discours ! menteuses paroles dans cette bouche ; paroles hypocrites, qui ne peuvent donner le change à personne. Non, Monsieur! vous n'êtes pas pur des infa» mies des socialistes. Comme eux , vous avez propagé les plus odieuses doctrines; ce qu'ils ont attaqué, vous l'avez attaqué , et vous avez eu leur tendresse pour les mêmes utopies, pour les mêmes crimes. Et qu'osez-vous bien leur reprocher? Vos écrits ne respirent-ils pas, au moins à l'égal des leurs , un sensualisme odieux et brutal ? Votre littérature n'est-elle pas ausâ fangeuse que la leur? N'avez-vous pas, comme eux, égaré les travailleurs ? Il vous sied bien , vraiment, de les blâmer des excès que vous commettez avec eux, et comme eux.

Quoi qu'il en soit, vous leur dites de rudes vérités, et, dans l'ardeur de votre polémique , vous vous oubliez jusqu'au point d'avouer que, « si par fois le pauvre se récrie contre l'inégalité dont il soufire, c'est moins encore par zèle de justice que par rivalité de concupiscence ».

Vous parlez en termes amersi de ce que vous appelez Végàîsme indisciplinable du pauvre^ et aux socialistes qui disent que l'homme est né bon, et que c'est la société qui le déprave , vous répondez, avec le Catholicisme, que le mal est dans l'honune ; vous vous faites arme du péché originel !

Et puis , vous vous mettez à nier la firatemité , la cha- '^ dévouement*

M. Proudhon attaque ensuite chacune des idées socialistes; il les prend à corps une à une et les terrasse; il accable le communisme de M. Louis Blanc et le communisme de M. Cabet, Ylcarie du second, l'utopie non moins tyrannique du premier.

Il prouve que tous ces systèmes désorganisateurs n'ont qu^un but, Texpropriation, et nous mènent tout droit à la loi agraire, à la misère générale. Il s'élève, avec une vigueur juvénile, contre V Organisation du travail ^ \e Droit au travail^ Y Association, Y Impôt progressif et la République démocratique et sociale,

M. Proudhon , ce travail de destmction accompli avec un grand soin , on doit le reconnaître , revient encore à Tutopie communiste , qu'il avoue être le seul socialisme logique , et il déclare nettement que la nature de l'homme est antipathique au communisme, — cette négation de la liberté et du progrès , qui ferait de nous les plus abjects et les plus malheureux des animaux. Il prouve, avec une indomptable énergie, que le communisme mène nécessairement à la communauté des femmes et à Fabolition de la famille.

Et son système, à lui, où mène-t-il donc? Car abolir la propriété et supprimer le culte de Dieu, n'est-ce pas abolir la famille et supprimer l'amour?

Religion , Famille, Propriété , ces trois pierres de l'édifice, se touchent et se^outiennent mutuellement; en briser une seule , c'est faire écrouler l'édifice tout entier.

Après avoir montré les erreurs de tous les socialismes.

il y retombe lui-même arec la persëvéraDoe la plus entêtée , et il déclare infâme la justice qui protège le libre exercice de la propriété.

M. Proudhon avait eu un moment lucide; il $'en dédommage amplement. Il rattrape rapidement le temps perdu , et il conclut comme il a commencé , parle néant.

Ses ouvrages sont, en somme, le plus monstrueux assemblage qu'on puisse rencontrer; aux imprécations succèdent les blasphèmes, à Tanarchie le chaos. — C'est révoltant, et c'est triste.

M. Proudhon ne veut pas de gouvernement ; il est pa]> tisan de l'an-archie^ -^ c'est son mot.

On le voit, il a le sombre cynisme de la position qu'il s'est faite. Il déclare qu'il s'appliquera sans relâche à détruire le préjugé du gouvernement; et il ajoute que l'idéal d'une société libre et bien organisée est l'anarchie. D'après lui , Dieu et l'Autorité sont des mensonges qui empêchent les hommes d'être libres; l'anarchie est l'incarnation nouvelle de la liberté sur la terre. Le néant est la transformation socialiste de l'autorité.

On le voit, par ses dogmes, le socialisme abrutit l'esprit de l'homme, pervertit son cœur et asservit sa liberté.

— iS —

Ainsi , c'est pour arriver à la liberté que H. Proudhoa proclame la négation absolue de Dieu et de tout gouyer* nement l

Ce malheureux est dans l'aveuglement le plus complet , et il nous trompe avec lui quand il vient nous dire qu'il est un homme de liberté. ^ C'est comme quand û proteste qu'il n'est pas socialiste.

Vous parlez toujours de liberté, et vous ne comprenez même pas ce mot sublime! Gomment serez-vous libre, si vous êtes l'esclave du péché ? Affranchissez donc d'ab<H*d votre âme ! Vous ne serez pas libre tant que vous serez dans la servitude de la matière. Tant que vous nierez l'existence de Dieu , vous ne serez pas libre : car il ne saurait exister de liberté qu'en Dieu. — 11 en est de même de la fraternité , — doctrine d'amour, — car l'amour vient de Dieu seul.

Gomment serez-vous libre, si vous ne savez vous soumettre à aucune loi , à aucune puissance, à aucune autorité ? L'obéissance est le plus grand acte de liberté ; obéir volontairement , c'est le dévouement de la liberté. Sans obéissance , il n'y a ni ordre moral ni ordre matériel. L'obéissance est la loi de tout être. L'harmonie du corps cesserait si les membres n'obéissaient pas à la tête.

Vous n'avez donc aucune logique dans l'exercice de votre exécrable apostolat?...

Quand chacun serait libre de faire tout ce que bon lui semUerait, il n'y aurait plus de liberté pour personne.

Vous le Toyez , votre aflraise docMne , loin d'être une conquête heureuse dans la carrière de la dignité humaine , est un pas rétrograde vers la route lugubre.

Vous préconisez une société sans Dieu et s^s gouvernement, une anarchie perpétuelle, dans laquelle tout homme, envisagé isolément, n'aurait rien de cominun, par les croyances et les liens du cœur, avec ses semblables , rien de commun que la froide et sèche solidarité d'échanges égoïstes de produits. Chacun travaillerait et consommerait comme il pourrait, ne devant rien à autrui , ne pouvant rien lui demander. Chacun ferait toutes ses volontés.

Tel est votre système.

Et vous appelez cela Y avènement de la liberté ! C'est avec cela que vous avez la prétention de renverser l'idéal chrétien , — cet idéal appelé à faire les sociétés si riches , si fraternelles et si heureuses I

Quoi de plus sec, de plus aride , de plus étroit?

Et puis, comme vous êtes en contradiction avec vousmême ! Vous avez commencé, comme économiste, par vous déclarer partisan d'un pouvoir spoliateur qui dépouillât les voleurs^ c'est4-dire les propriétaires; aujourd'hui, en politique, vous ne ne voulez plus de gouvernement du tout. Vous ne sentez pas quelle inconséquence! quelle contradiction I<.. Dans le premier cas, l'Etat demandait à tous les producteurs de la France , c'est-à-dire à dix millions de citoyens , s'ils voulaient avoir la bonté de s'imposer une cotisation de 1 p. 100

sur la totalité du capital mobilier ou immobilier du pays, de même que Mandrin demandaU au passant s'il voulait avoir la bonté de lui prêter sa bourse.

L'Etat aurait ainsi plus d'un milliard, ce fameux milliard que les.socialistes demandent avec tant d'instance. Cet argent aurait servi à la création d'une banque hypothécaire à 1/2 p. 100, dont le but était d'abolir l'intérêt de l'argent , de rendre le crédit gratuit. Vous prêchiez encore l'équivalence des édianges. Avec cette combinaison, l'Etat était tout; la liberté individuelle, rien.

Maintenant, voilà que, faisant brusquement volte-face et changeant, tout à coup de tactique, vous démoUssez vos projHres fortifications; vous ne voulez plus de gouvernement; la liberté individuelle est tout; c'est à son tour l'Etat qui n'est plus rien.

D'où vient cela ? étes-vous Tbomme d'hier ou rhomme d'aujourd'hui? Que voulez-vous, définitivement?

Ahl je crains bien que votre seul but ne soit de vous &ire un nom par le scandale, l'antiUièse, la négation, la peur. Vous êtes le croquemitaine de la société. Vous posez tous les problèmes dans un style brûlant et coloré ; vous les posez contradictoirement; vous vulgarisez le triste talent du pour et du contre. Cette dextérité de sophiste nous récréerait fort si elle n'était dangereuse ; ai les sots, les niais, les envieux, les méchants, ne se faisaient une arme de chacun des gobelets de votre arsenal de charlatan.

Maintenant, que vous déclarez que vous voulez la li-

berté individuelle absolue et sans limites, vous ne pen^ sez donc plus que la propriété soit un vol? car le premier exercice que Thomnie fait de sa liberté , c'est d'acquérir I

Après avoir d'abord conclu au néant, vous consentez donc à nous laisser notre Dieu !

Allons, franchement, vous n'avez pas de système. Vous n'avez d'autre système que de n'en point avoir. Vous n'avez aucune ligne arrêtée; vous ne suivez aucun chemin. Toutes lès routes vous sont bonnes oh il y a des fruits à abattre. Et puis, en bon prince, quand vous ftvez tout détruit , vous voulez bien reconstruire çà et là une partie de ce que vous avez démoli. Ainsi, après avoir anéanti Dieu, la foi, la religion, la propriété, l'idée même de gouvernement, vous nous permettez de remettre tout cela dans votre creuset, et vous daignez nous prom^tre de les reconstruire par la science» Vous avez la science, en effet, mais c'est la science fatale qui perdit notre premier père , c'est la science du mal. Ainsi , où nous conduises-vous ? — Au néant î

Et vous le proclamez avec la folie de l'orgueil.

Votre idée de Banque £ échange n'est pas nouvelle , et, de toutes vos idées, je crois que c'est la seule dans laquelle vous persévérez. Vous aviez commis, à l'effet de provoquer un appel de fonds assez agréable , un prospec* tus d'un lyrisme attendrissant, — la plus pompeuse des réclames. Votre Banque du Peuple promettait d'être (c l'or^ « ganisation du crédit et dé la circulation , la solution

« du problème social , sans impôts , sans emprunts, sans « numéraire, sans réquisition, sans banqueroute, suis « loi agraire , sans taxe des pauvres , sans ateliers na^ (( tionaux, sans association, sans participation, sans i< intervention de TÉtat , sans entrave à la liberté du <f commerce et de Findustrie, sans atteinte à la pro- & priété, etc. »

Eh bien ! vous n'avez tenu aucune de ces belles pro* messes. Vous n'avez pas du tout organisé le crédit et la circulation; vous n'avez résolu aucun probité, aucun* Vous avez échoué piteusement. IVautres socialistes vous ont bafoué eux-mêmes ; ils vous ont accusé « d'avoir mentt « à votre programme , d — ce morceau le plustranscen dant du genre.

En vérité , ce simple et naïf aperçu de ce que vous pouvez faire vous a fait le plus grand honneur I... Après cela, il vous reste la ressource usée de dire que vous n'avez pas été compris ; mais l'on vous répondra que ce n'est pas, en tout cas, faute d'avoir fait du hrmU

Si la société pouvait encourager l'application de toutes les utopies, elles se seraient bien vite tuées elles-mêmes par le ridicule. 11 en serait de toutes les écoles socialis* tes comme de la Banque d^échange de M. Proudhon et du communisme icarien de M. Cabet.

Mais il est impossible à la société de donner a tous les habitants do Gharenton ou à tous ceux qui sont dignes d'y être les moyens d'appliquer leurs rêveries; ces extravagances nous coûteraient trop cher. S'ilss'inspiraient

de la religion , nous nous garderions bien de blAmer ces penseurs hardis qui cherchent les moyens d'améliorer le Bùci de ceux qui souffrent; nous applaudirions de tout notre cœur à leurs efforts , car nous^méme , bien des fois, nous avons réfléchi sur le problème hideux de la misère, et notre âme s'est emplie de pitié et d'amertume. Ce que nous blâmons , ce sont ces utopies qui peuvent armer ies citoyens les uns contre les autres; ce sont ces doctrines qui n'ont pas eu pour point de départ la pensée de Dieu , -^ ce foyer de tout bien , de toute grandeur, — cette source ardente de tout ce qui est amour.

Pour résoudre cet effrayant problème, autant que le permet la faillibilité et l'imperfection humaine, il faut d'abord s'inspira: de l'Évangile. Or, c'est ce qu'aucun écrivain socialiste n'a fait jusqu'à ce jour. — De là leur faiblesse.

Les réformateurs modernes se préoccupent par trop des choses matérielles ; il semble que Tâme , l'art , les choses de l'esprit, n'existent pas pour eux.

Loin de moi, bien loin de moi, la pensée blasphématoire de dire que tous les ouvriers sont trop heureux , qu'ils ont largement plus qu'il ne leur faut , que le travail ne leur manque pas quelquefois, et qu'il n'y a rien à faire pour leur amélioration morale et matérielle !... Mais, s'i est juste de s'occuper des réformes légitimes qui concer-" nent les ouvriers, il est juste aussi de penser à une mul iitude d'autres citoyens qui , pour ne pas porter la blous du travailleur manuel , pour ne pas servir de marche"

pied à des ambitieux vulgaires, n*en sont pad moins très intéressants. C'est cette foule de pauvres employés, qui ne gagnent pas plus que Touvrier, et qui ont, de plus que lui , des frais de représentation que leur imposent, et les devoirs de leur profession et la fréquentation obligatoire monde ; eette foule d'écrivains, desavants, d'artistes, qui attendent un nom et creusent le rude sillon dans le cbamp de la pensée.

Que de misères, là aussi! que de veilles! que de douleurs ! que de soufiirances ! que de larmes ! que de découragements ! Âh ! pour être fièrement supportée, pour être digne, calme et muette, cette infortune n'en est pas moins amère !

Les Socialistes, qui prétendent que l'État doit être fabricant, manufacturier et marchand , —ce qui est re« connu être matériellement impossible, — voudront-ils aussi que l'État donne du travail aux hommes de lettres sans éditeurs, aux journalistes sans journaux, aux employés sans occupation, aux artistes sans commandes, aux médecins et aux avocats sans clients, aux savants sans position? Non! Ils excluent forcément les professions libérales; ils les suppriment dans leur sombré logique, au mépris de la liberté humaine, au mépris des droits du progrès moral et de la civilisation !

Si ces impures et formidables doctrines ne faisaient que sommeiller dans des livres, inutile serait-il de s'en occuper autrement que pour plaindre l'erreur humaine ; mais le danger est qu'elles se transportent dans l'arme

ardente des passions enflammées, qu'elles se traduisait en combats sanguinaires , en luttes coupables, en misères douloureuses, en crimes monstrueux.

Les Socialistes sont surtout très maladroits, en ce sens qu'ils ont eflrayé les populations. Or, tant que la peur domine, le commerce ne va pas; la consommation se ralentissant, la production s'éteint. La confiance ne se commande pas, et tous les systèmes d'économie politi* que qui ont un caractère oppressif, qui menacent la sécurité et le repos publics, qui rappellent les jours de terreur et de spoliation, sont par cela seuls mauvais, et doivent être condamnés comme tels. Toutréformateurqui déchaîne les tempêtes, au lieu de les conjurer, ne réussira pas; -et il en sera ainsi de tout réformateur qui ne s'inspirera pas, avant tout, de l'esprit de paix et d'amour de l'Évangile.

Vin.

Non, encore une fois, M. Proudhon n'a pas de système. C'est un critique quand mémo, ce n'est pas un réformateur. 11 fait du désordre pour le désordre, comme on fait de l'art pour l'art. C'est un aventurier audacieux sur les mers infinies du libelle et du paradoxe; ce n'est ni un homme d'Ëtat, ni un philosophe, ni un penseur.

— Kilo Tai choisi le {xreimer enite tons, parce qae, quoi qu'on en ait pu dire, il m'a paru le moins dangereux. On parle de lui comme il parie des autres et de tout, en jouant; c'estun sujetbon pour essayer la plume. Ce grand agitateur n'agitera plus rien. La curiosité même se re^ tire de lui. C'est un Prêtée orgueilleux et paradoxal, un bravo moral, quonelleur et r(^ulsif, personnellement moins féroce qu'il ne tient à le paraître ; Don Quichotte de la puUiciié, dont on rirait s'il n'y avait pas en France un nombre suffisant d'imbéciles et de coquins pour l'écouter et lui élever un piédestal. Là est toute sa force, et cela seul l'a rendu dangereux.

M. Proudhon n'est pas le seul des socialistes qui ne veuille aucun gouvmnement.

Un des apôtres les plus résolus du parti sociaUste a publié , ces temps derniers, un livre qu'il appelle le Cfedo soeiaHste. Les doctrines génércdes des sociidistes y sont exposées avec soin, le tout mêlé des plus impudents blasphèmes, des plus impudents mensonges. A signaler ces perfides manœuvres il y a haute obligation. Il y a obligation d'empêcher le pouvoir du faux de prendre un détestable empire sur l'esprit public égaré; il faut à la caleimnie opposer la vérité; il faut empêcher que les

méchants n'attisent les haines et ne déchaînent les préjogés ; il faut les mettre dans Timpossibilité de conompre la sincérité du langi^e et de dénaturer les droits de la liberté: car il ne saurait y avoir de liberté sous la tyrannie do ces odieuses doctrines.

' Voici, en substance, ce qu'il est dit dans le Credo socialUte : — Les ennemis des socialistes sont des veleurs^ des scélérats^ des aristos^ qui rampent aux pieds du pouvoir, qu'ils veulent fastueux, riche et omnipotent, parce qu'ils partagent avec le Gouvernement les dépouilles du peupk^ et qu'ils se livrât aux plus effroifables^ débauches^ aux orgies les plus dégoûtantes,

-r II faut dépouiller ceux qui possèdent.

— Ceux qui veulent un gouvernement n'en sont partisans que pour partager ses excès, pour s'enivrer avec lui, pour séduire avec lui les femmes et les filles du peuple/ pour se permettre tout impunément, pour échapper aux châtiments que méritent leurs crimes. Quand donc, «t cela, dit l'auteur, arrive tous les jours, quand ces bandits qui sont partisans d'un gouvernement à la tête de la société ont déshonoré le pays, se sont mouillés de uiols et à! assassinats j ils trouvent des procureurs parjures à la justice pour amnistier leur scélératesse privilégiée, —

Tel est ce beau début. Le public sera très curieux d'apprendre que la société marche delà sorte. Mais c'est pourtant ainsi que le prétend ce livre efironté. .

Continuons : — Ce ne sont pas les criminel» qui sont au bagne qui méritent le mépris public^ ce sont les juges

qui les y ont envoyés ! Le misérable n'est pas le voleur et l'assassin, c'est le volé et la victime! —

Jamais la rage du crime en délire n'est arrivée à un pareil paroxysme. C'est le renversement de toute justice et de toute morale. D'après les socialistes, u tous ceux qui possèdent, tous ceux qui sont au pouvoir ou qui sont partisans d'un pouvoir quelconque^ tous ceux qui ont gouverné ou qui veulent un gouvernement quelconque^ ne sont que des eecrocs^ des voleurs des assassins et des bandits affreux, »

Telle est la ferme conviction que doit avoir tout bon so^ ciatiste l

Cela s'est écrit, s'est imprimé et s'est distribué <lans les rangs des ouvriers.

Voilà les socialistes !

Et ils ajoutent qu'ils ont des preuves irrécusables de ces calomnies abjectes au moyen desquelles ils espèrent rendre le peuple parjure aux lois de Dieuetdeshommes.

Les gueux, les forçats, les repris de justice j dit le Credo socialiste j sont plus honnôtes et plus dignes d'es- « time que ceux qui veulent un gouvernement ! »

Jamais on n'avait fait avec autant d'effironterie l'apologie du crime.

Mais poursuivons.

— Les conservateurs, les adversaires du socialisme, ne sont qu'un foyer d'infection^ un cloaque infect^ les protégés de femmes galantes en crédit^ passait leur temps dans le jeu, dans les excès de Vintempérance la plus crapuleuse^

et à suborner les femmes et les filles du peuple. Lenr vie n'est qu'un tissu de débauches, d'orgies, de turpitudes. Ce sont des sycophantes^ des oppresseurs, des voleurs; il faut les tuer ! — Ils doivent tomber, tous ceux qui ne sont pas partisans de Vannirchie^ « dans le sang et la botte]» —

C'est inouï de cynisme. Ces gens-là se voient dans nos yeux.

Ah ! oui, vraiment, les socialistes sont tous des fripons, des dupes ou des assassins !

Dites-le, — de pareilles doctrines ne sont-elles pas faites pour dégoûter profondément rhonncte homme ? et, si progressif qu'il soit, il a peine à ne pas maudire une liberté qui a enfanté une pareille licence !

Ainsi, cela est bien convenu, si ces socialistes-là triomphaient jamais, tous ceux qui sont dans les bagnes ou qui ont mérité d'y être seront au pouvoir, et les autres seront dépouillés et exterminés I

Agréable perspective pour l'humanité! on ne s'étonne plus de trouver tant de voleurs se disant socia-listes.

Le Credo socialiste^ ouvrage de l'école de M. Proudhon, compare les professeurs de barricades aux nartyrs chrétiens; il les compare aussi à Socmte, à Mahomet et même à Jésus-Christ, — « ce premier sans^culotte » que les Pharisiens clouèrent à l'infâme gibet.

On va plus loin dans cet évangile socialiste; on fait l'a» pologie de socialistes condamnés pour banqueroute frau^

Meust «t autres crimes ! On les appelle « les sabiimes c victimes de Toppression des forts et des puissants »• Les jurés qui les ont condamnés sont « des réaolion- « naires calomniateurs et sanguinaires » ; — et on pro-> met à ces sublimes victvnes l'admiration des peuples, quand le socialisme aura triomphé. — Elles ont le temps d'attendre!.:...

— ft Les épitliètes de forçats et de repris de justice sont, dit l'auteur du Credo^ des titres au respect des socialistes. Vhomme flétri est un martyr quHl faut vénérer en comparai^ son de ce qu'il a souffert, n *

À la bonne heure! voilà de la franchise, au moins !... Ainsi, les honnêtes gens et le peuple sont prévenus, — . bien prévenus. Le triomphe des socialistes nous amènerait le règne des forçats et des repris de justice, des vénérables flétris !

Tels sont les dogmes du socialisme; nous ne calom* nions pais, ici ; nous n'inventons pas, nous citons textudlement.

Poursuivons : -^ « La magistrature inspire la haine et le méprisr ! »

Voilà les doctrines, les discours, les écrits, au moyen desquels les socialistes prétendent arriver à Yémancipa^ lion humanitaire ^ à la régénération sociale l... Les criminels atteints par la loi , condamnés par un jury libre , par leurs concitoyens et par les magistrats du pays , sont ^ des martyrs de îa cause du peuple toujours persécutée

U toujours finaiisanU sùu$ 1$- rostne du vautour gouverne^ mental».

Au reste, Fauteur du Credo sooialute parle non-seulement pour ses « frères et amis » , mais il parle aussi pour lui-même, car voici ce que je lis dans le journal d'au* jourd'hui sur son compte : u Un individu nommé Dupuy, qui se disait peintre en miniature et homme de lettres, et ancien agent politique de M. Ledru-RoUin, voyageait de ville en ville sous prétexte de propager les bonnes doc- Irines démocratiques et sociales. — Mais, ayant fait des dupes nombreuses à Libourne , il fut incarcéré dans la maison d'arrêt de Pâîgueux, jusqu'à ce que Ton instruisit son procès* Il a été prouvé , au grand jour de Taudience, devant le tribunal de Libourne, qu'en outre de cinq an^ nées de réclusion prononcées contre lui , en 1826 , par la Cour d'assises de la Seine, pour vol qualifié ^ cet audacieux personnage a été condamné parla cour d'assises du Puy-de-Dôme à un an d'emprisonnement pour cris séditieux ; à un mois de. la même peine par le tribunal de Gien, pour escroquerie] également à un mois d'emprisonnement par le tribunal d'Épinal, fouv falsification de passeport et mendicité] puis, successivement, par les tribunaux de Grenoble, de Beaune, de Saint-Marcelin, de Mimes, de Tournon, de Troyes et d'Yvetot, pour rupture de ban. — Ces précédents judiciaires ont été reconnus à l'audience par Dupuy, qui n'en a pas moins persisté à se poser en homme éminemment irréprocba-

ble. Il a eu le malhear d'être incompris ; Tavenir le réha* bilHera. Le tribunal a jugé sa conduite avec moins d'indulgence, et , le déclarant coupable tout à la fois d'escroquerie , d'abus de conllance et de rupture de ban , il Ta condamné à un an et un jour d'emprisonnement, 50 francs d'amende et aux frais. »

Le peuple, heureusement, a trop de religion et de probité pour se laisser entraîner par ces agents de l'iniquité. Il ne prêtera pas l'oreille aux artisans du crime j de l'athéisme et du mensonge. Son âme immortelle ne se laissera pas souiller par ces funestes enseignements. Au symbole socialiste qui désespère et qui donne la mort le peuple préférera toujours le symbole chrétien qui encourage et donne la vie !

Après avoir attaqué le gouvernement politique , lels so* clalistes attaquent l'autorité religieuse.

— « Les prêtres sont des fourbes. Les socialistes doivent s'afiranchir de leur joug odieux. »

Ainsi , ils abaissent l'humanité dans la fange de la ma* tière; ils la précipitent haletante, éperdue, désespérée, dans les sombres abîmes du néant. Ils arrachent les fruits de vie des mains de nos pieux pasteurs, et les foulent aux pieds dans le chemin ; ils privent les âmes de leur nourriture céleste; ils éteignent la lumière qui éclaire; ils tuent la Foi qui sauve, l'Espérance qui console, et leur chaste sœur, la Charité ! Us arrachent la croix féconde, et ils la brisent !... Ils souf&ent sur le pur et généreux esprit de l'Évangile !. . . Us nous prennent tout ce

qui nous faisait trouver la paix, la vie, la liberté!...

La liberté I Ah I comment osent-ils prononcer son nom? Ils prennent pour la liberté la licence odieuse, Tindépendance chimérique de la matière, le rêve ambitieux de leur raison.

Malheureux ! ils devraient sentir que la terre manque à leurs pas. Daus leur fol orgueil, ils chantent sur des ruines. Us chancellent dans leurs excès , ils frémissent dans leur ivresse, et ils se proclament sagesl Ils rejettent le joug de Dieu, et ils se proclament libres ! Ils se proclament libres, et ils sont esclaves du vice; ils adorent la matière; ils remplacent ledelpar le néant! Ils disent qu'ils sont forts , et ils laissent le mal triompher d'eux !

Libres et forts, ils ne seraient pas les esclaves de cette indépendance insolente qui avilit et dégrade ; ils s'affranchiraient de l'empire honteux des passions et des vices qui oppriment le cœiu' de l'homme.

On n'est fort, on n'est libre, que quand on est vertueux • la liberté , la force , c'est la foi , c'est le dévouement^ c'est l'amour de l'humanité, inséparable de l'amour de Dieu, qui l'inspire.

Vous ne résoudrez pas le sombre problème de la misère en dehors de l'esprit religieux.

La misère ! Âh ! je sais les humiliations , les amertumes les douleurs, les angoisses, les désespoirs infinis, que causent le manque d'argent, le manque de travail ! Je sais les drames déchirants de la misère , et mon âme en pleure et en saigne , et jamais je n'ai vu un frère mal^eu-

reux sans lui tendre la main , et sans le soulager dans la mesure de mes moyens et de mes forces.

Ce sentiment m'est inspiré par le Christianisme. Si, au contraire, j'étais matérialiste, la douleur des hommes me serait égale; je vivrais pour moi, non pour les autres; — je ferais cela, ou je ne serais pas logique.

M. Proudhon est une plume ardente, un esprit faux, mais brillant, un talent souple, facile et vigoureux. U dit qu'il aime la liberté, je veux le croire ; mais qu'il se recueille en lui-même, qu'il descende dans sa conscience : il y trouvera le témoignage de cette Providence qu'il a tant outragée , qu'il a niée si formellement , — le malheureux I Qu'il ouvre les yeux , qu'il contemple cette belle nature qui ne s'est pas faite toute seule, et que lui, M. Proudhon, n'a pas encore eu la prétention d'avoir faite; et que, saisi enfin par la vérité , il s'incline et prie.

Le recueillement et la prière consolent le cœur; ils qalment la fièvre de l'esprit et les orages de la conscience. Qu'il implore la grâce , qu'il demande la foi au divin Créateur ; qu'il tombe à genoux devant son image, et, quand il se relèvera repentant et régénéré, [il sera plus fort^ plus heureux, — et plus grand.

Et quel beau spectacle il donnera au monde qu'il a tant

scandalisé, quand il ccmfesséra son erreur avec Tëclat d'un converti sincère , quand , se signant le front et se frappant la poitrine, il abjurera Tidolâtrie de la matière!

Qu'il vienne à l'Église ; qu'il vienne à elle dans son humilité et son repentir, ses bras lui seront ouverts encore: car le Catholicisme a des pardons pour toutes les fautes, car seul il procède de l'amour et pratique la charité.

M. Proudhon sera, je le répète, plus heureux alors: car peut-il être heureux celui qui ne croit à rien, et qui, par conséquent, n'espère rien?... Sort lamentable! Il s'est brisé le cœur à plaisir, à plaisir il s'est privé de toutes ces nobles croyances qui font le courage et la joie de Fhomme.

Âh ! vraiment, je le plains autant que je le blâme.

Nier ce que tout le monde affirme, faire des ruines autour de soi, être le plus grand des sophistes : triste renommée! Calomnier par envie et par orgueil la vérité; se faire une sanglante pâture des débris de toutes les saintes choses; couvrir la terre de désolation; acquérir Une popularité scandaleuse, toute de curiosité, une popularité de mépris , non d'estime ; être enfin proclamé le plus audacieux des fourbes et des impies le plus effronté : — non, mille fois non, là n'est pas le bonheur.

Allons, courage! il n'y a pas de honte à revenir au Seigneur! Replacez-vous dans la dignité de la foi; débarrassez-vous des langes impurs de l'athéisme; afiranchîssez-voQs du despotisme de la matière ! Brisez ce joug

honteux; revenez à la vérité; fbites-vous libre! Faitesvous libre , et ne cbantez pas tant la liberté. Renoncezvous vous-même : ce sera le plus dur des sacrifices, je le sais; mais il le faut. Pour être vraiment vertueux, il faut Fetremper son âme au creuset de Thumilité. Beaucoup vous critiqueront; de nouvelles injures pleuvront sur vous; mais alors vous vous rendrez ce témoignage d'être persécuté pour la justice, tandis que, maintenant, vous n'êtes persécuté que pour Terreur.

Puisque vous aimez tant la liberté, faites de la vôtre le plus noble , le plus bel usage.

TROISIÈME PARJIE-

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