‹ Histoire et réfutation du socialismeChapitre 4 sur 9 · I. PIBKBE LEBOUX ET U DOCTBIIE · texte numérisé non relu

I. PIBKBE LEBOUX ET U DOCTBIIE

M. Pierre Leroux, — comme tous les autres socialistes, — parle un argot que personne ne comprend. — Seulement, il a encore exagéré leur système d'obscurité. Sa doctrine repose sur trois mots : — Triade ^ — Circu» Ins^ — Renaissance dans l'humanité.

il nous faudra expliquer tout cela : tâche ingrate et difficile I ingrate , parce qu'il est triste d'entrer dans un pareil dédale d'erreurs ; difficile, car rien n'est[fastidieux comme de rendre compte d'une doctrine remplie des contradictions les plus inouïes, toute imprégnée du mysticisme le plus incompréhensible, des obscurités les plus compactes.

Impossible de donner une idée exacte de ces fantômes qui échappent à l'analyse, de ces rêves impalpables, de

ces idées fuyantes et aventureuses qui s^ëloignent dès qu'on s'en approche, et s'évanouissent dès qu'on tend ks mains pour les saisir. — L'esprit s'épuise dans cette course sans espoir et sans but. C'est le plus fatigant travail qu'un homme cftirageux puisse s'imposer ; cette pu* nition aurait dû être prévue dans un de nos Codes. Je le dis sans plaisanterie, mais non pas sans amertume, la dissection de ces chimères est une des plus rudes corvées que nous infligent la nécessité et le devoir de combattre les utopies socialistes. Comment comprendrions-nous celui qui ne se comprend pas lui-même? Ce serait une prétention insensée.

M. Pierre Leroux, quoique compilateur obscur et indigeste, est un écrivain qui ne manque pas de science; il a travaillé, il a cherché, il a appris. Mais il s'est plu, pour le besoin de la justification de son système, à altérer l'esprit de l'histoire , à dénaturer la philosophie des événements, et il a forcé la tradition^qui le condamnait, à conclure comme lui.

Les socialistes coupent certains passages des émvains; ils se gardent bien de citer ceux cpn prêchent et ceux qui suivent ces pages, d'une véhémence peut-être irréfléchie, et ils s'en font des arguments contre la société. Ils classent arbitrairement dans leurs rangs tous ceux qui, de près ou de loin , et avec plus ou moins de discrétion , se sont laissés aller à d'imprudentes critiques.

Nous laissons aux honnêtes gens l'appréciation de la moralité de cette méthode.

Tel, par exemple , qui s'élevait contre lé scandale de certains de leurs coreligionnaires, traîtres à l'Évangile, contre l'abus que quelques hommes peuvent faire de la propriété , contre les crimes qui ont souillé certains seuils et ont affligé certaines familles, et "qui, cependant, est très attaché à la religion , à la propriété et à la famille , sera, malgré tout, incorporé de force dans les rangs des socialistes par les socialistes. Us en firent ainsi avec tous critiques virulents.

Revenons à M. Pierre Leroux.

Est-il permis d'oser dire que l'on veut régénérer le monde, de se poser en prophète d'une religion nouvelle, — car telle est sa prétention , — quand on n'a pour tout bagage qu'une métaphysique désordonnée, ridicule, insaisissable ?

M. Pierre Leroux est athée, matérialiste et commur niste. Il ne peut pas échapper à cette condamnation. C'est en vain qu'il veut nous donner le change; c'est forcément là le résumé de ses doctrines , c'est sa synthèse.

Il a, en ceci, la même méthode que M. Proudhon, — son rival et son complice.

Il procède par la protestation ; puis il s'embrouiUe dans les énigmes, dans une phraséologie nébuleuse, dans des hiéroglyphes indéchiffrables, — le tout assaisonné de lourdes et intempestives citations. — C'est le chaos, c'est la nuit.

Plus ennuyeux que c( son cher Proudhon », il n'est

ni moins paradoxal , ni moins ardent dans ses attaques contre la société et contre les autres écoles socialistes. Lui aussi s'écrie :

Hors moi, pas de science, pas de vérité, pas de socialisme !

Seulement , il ajoute :

Hors moi, pas de religion !

En cela différent de M. ProucUion , en ce que celui-d , après avoir détruit la religion , — toutes les religions , — n'en a pas encore inventé une. Et, cependant, il a la môme religion que H. Pierre Leroux, qui est de n'en point avoir.

Néanmoins, H. Pierre Leroux, sans doute pour avoir l'air de ne pas faire comme « sescbers amis » , s'indigne qu'on attaque Dieu, qu'il appelle l'humanité, — vous et moi, — lui et M. Proudhon, nous tous enfin; — la famille , qu'il détruit , et la propriété, qu'il abolit.

Il appelle cela les transformer.

Il transforme Dieu en le supprimant; il transforme la Famille en la rendant collective ; il transforme la Propriété en la donnant à l'État.

n aurait dû, avant tout, foire un dictionnaire français à l'usage des infortunés qui s'enfoncent dans ces nuageuses ténèbres qu'il appelle sa doc/nn^.

Cette doctrine, réunion d'une foule d'autres utopies, et le beau idéal du genre , est surtout inspirée par le sainir iimonUme^ — prétendue religion de quelques matérialis-

tes prétendus réformftteurs , aujourd'hui trépassée, et dont M. Pierre Leroux est demeuré le dernier Don Qoi* ebotte.

Avant d'analyser la doctrine de l humanité^ autant que le chaos peut s'analyser, — ilimpc^lede dure ce que sen auteur entend par la Triade , — ce pivot autour duquel toutes ses autres folies viennent conve]%er, sur lequel elles reposent toutes.

Dans les deux aspects, l'un religieux, l'autre politique, sous lesquels M. Pierre Leroux a la prétention d'é« tre jugé , il a une Triade.

Il a la Triadereligieuse etla Triade politique. Avec l'une, il rétablit la religion ; avec l'autre , il réorganise la société.

Quand il triadise au point de vue religieux , il est prophète et révélateur; quand il triadise bu. point de vue politique , il est historien et publiciste. Dans l'un et l'autre cas, il est métaphysicien et statisticien, philosophe et réfonnateur, écrimin humanitaire. Dans les deux cas encore, il flétrit le vieux mécanisme de la société; son idéal religieux et son idéal politique ont égal^nent pour but de la renverser, de la détruire.

En religion , il est athée et partisan delà métempsycose ; en politique et en économie sociale, il est communiste ; il veut l'égalité absolue , la démagogie jusqu'à l'anarchie, coHune M. Proudhon , — toujours par le moyen tiiadique ou triadaire.

Or, qu'est-ce donc que la Triade^ -^ cette immense mystification qu'il fait planer d'une feçon si excessive

sur la religion , sur la politique et sur la forme de la société?

M. Pierre Leroux prétend et suppose que le dogme de la Trinité doit servir de base à toute religion , à toute jdûlosophie, et à toute économie politique.

Avec cette théorie, à laquelle il donne le nom de Triade^ il conclut, en religion et en philosophie, par la négation de la tradition religieuse, par Tabsorption de Tâme par le corps, par un panthéisme greffé sur une métempsycose obscure et vagabonde ;

En politique, par l'égalité absolue, c'est-à-dire par l'anarchie, par l'anéantissement de la liberté individu^e; en un mot, par un communisroemélé d'inspirations saintsimoniennes»

Tous ses énormes travaux , tous ses rêves, toutes ses doctrines, doivent donc être résumés par ces deux mots :

PÂNTHÉISME-COMUUNISME.

M. Pierre Leroux est un panthéiste''Communiste.

Avec son air de bonhomie , il nous pousse à l'athéisme le plus brutal et à la démagogie la plus violente.

M. Pierre Leroux regarde la Trinité comme la loi suprême et générale de la vie.

Écoulez , et tâchez de ne pas rire :

Dieu lui-même est triple et un\ — l'homme aussi est triple et un,

La trilogie est partout et dans tout.

Dieu est trois , Thomme est trois ^ la nature est trois \ -— tout est ^roif.

Il cherche à prouver cela par la tradition. Il prend des exemples partout, — même oti il n'y en a pas.

Dieu est Être, — Esprit, «— Lumièbe; — total : trois.

L'homme est comme Dieu, Trinité; il est esprit, il est corps, il fait partie de l'humanité ; total : trois.

Donc rhomme est triple , ce qui ne Tempèche pas d'être un !

n est sensation , — il est sentiment , — il est connais^ sance ; total : trois.

Ce que je cite là est fort sérieux. Et il en est ainsi durant des milliers de pages. — Cette formule trinitaire est le pivot de M. Leroux; — c'est sa marotte.

Dieu est force ^ — amour y — intelligence '^ total : trois.

Il est totalité y — - cause j — existence; — total : trois.

Il est un , donc il est triple. Son unité est la p'euve de sa triplicité !

Trois est le chiffre suprême , le total suprême de tous les calculs.

Franchement , on ne peut répondre aune pareille fantaisie, à de semblables folies débitées le plus sérieusement du monde.

La religion a trois buts : elle doit expliquer Dieu , la nature et l'homme; — total : trois,

M. Pierre Leroux veut bien nous le concéder, le Christianisme était un immense progrès; mais, loin d'être le fils de Dieu, Jésus n'était qu'un philosophe de l'huma-

nité, comme H. Pierre Leroux lui-même, et de plus un philosophe triadique^ car le Christianisme a dit :

Dieu le Père , — Dieu le Fils , — et le Saint-Esprit ; total : trois.

Toujours trois et rien que trois.

Inspiré par l'humanité antérieure , le Christ est venu confirmer la fonnule vraie, la formule trinitairé , la triade ; c'était un homme de grande valeur, un initiateur distingué de l'humanité, qui a continué l'œuvre de Menou, de Bouddha et de Moïse ; — total : trois.

C'est H. Pierre Leroux qui se charge de continuer Jésus-Christ , car la religion du Nazaréen devient trop vieille : elle est usée; le monde éprouve maintenant l'impérieux besoin d'une religion nouvelle ; de la reliyiorL phUosophie^ ^* ou religion de thumanitéy ~- ou encore, pour taire le total obligé, la religion Leroux.

Or, qu'est-ce que c'est que cette religion?

Elle nous enseigne d'abord que, jusqu'à présent, ^homme a vécu dans une grossière erreur en s'imaginant qu'il était composé de deux substances : l'une matérielle, le corps •, l'autre spirituelle,-— son âme.

Nous étions des fous, — c'est M. Pierre Leroux qui nous le dit trois fois,— nous étions trois fois dans l'erreur de croire que notre principe moral était supérieur à notre principe matériel ; que, celui-oi mort, celui-là s'âançait immortel vers le ciel, où il avait à répondre de ses bonnes et de ses mauvaises actions sur cette terre.

Eh bien I cette croyance, confonne à la tradition religieuse, conforme à la Révélation , en même temps qu'à la dignité de l'homme et à la justice de l'Etre suprême, cette croyance sacrée, saluée sainte par tant de génies, c'était tout simplement une bêtise. C'est M. Pierre Leroux qui le dit, et il se charge de pousser au mouvement des idées et du progrès dans le monde avec la religion nou' velle^ — la religiott^hilosophie, — ou la philosophie-religion; un, detiXj trois!!! comme dans l'exercice. H affirme que l'âme et le corps c'est tout un ; l'homme est esprit" corps^ ou corps-esprit. Quand le corps de l'homme meurt, son âme meurt avec lui et passe dans un autre corps. Il nie ainsi l'immortalité de l'âme, comme il a nié Dieu. — Car voici conmient il entend Dieu : Dieu existe dans rhumanité; mais, en dehors de l'humanité, il n'existe pas.

C'est absolument le nier.

Il en est de même de l'âme humaine : croire [qu'elle survit à la matière, et qu'une vie future lui est réservée, c'est une illusion , une faiblesse, une chimère. ; total : trois !

L'homme n'a pas une existence individuelle ; il n'est qu'une des portions de ce grand tout qu'on appelle l'humanité. Il n'existe pas par lui-même. Il n'existe que comme humanité^ dans l'humanité.

Après avoir répété cela à satiété, M. Pierre Leroux définit l'humanité :

De même que Phomme n'est autre que l'humanité, l'humanité n'est rien autre que l'homme. L'humanité , c'est

rbomme dans son développement indéfini, eonune rhomme, c'est rhumanité dans sa mutualité.

L'humanité, c'est Y humanité' homme \ — l'homme, c'est l'homme-^umanité !

Si cela n'était pas écrit, je n'oserais l'inventer de peur de passer pour un fou.

Comprenne qui pourra cette savante et ing^ieuse définition développée en plusieurs gros volumes , tous semés d'une métaphysique inintelligible ; — mais c'est ainsi.

Voilà làreligion-nouvelky la religionr'humanitéj — la reltgion-Leroux ; — total : trois.

Vous l'avouerez , c'est le beau idéal de la folie. On se demande si ce n'est pas fait exprès, s'il n'y a pas là pari.

Ainsi , c'est par orgueil que l'homme prétend à une existence qui lui soit propre: il est humanité. La preuve de ceci, c'est que l'homme renaît dans l'humanité. M. Pierre Leroux reconnaît l'immortalité de l'homme, mais absolument comme celle des animaux. L'homme ne périt pas, donc il est immortel; mais il n'est pas immortel dans un autre monde; il est immortel dans celui-ci. Il se manifeste de nouveau; il change, il se transforme; — et ne venez pas lui objecter qu'alors c'est absolument comme s'il n'était pas immortel^ puisqu'il change au point de ne plus se reconnaître, puisqu'il cesse d'être lui-même, car il vous répondra que l'homme, se manifestant sous une fonne différente, ne meurt pas comme humanité, puisqu'il était humanié.

La vie future est la continuation de la vie actuelle dans l'humanité. L'éternité n'est donc pas en Dieu, mais bien dans rhumanité; Dieu luÎHBéme n'est pas ailleurs que* dans l'humanité.

Nous sommes non-seulement nos ancêtres , mais encore nous deviendrons nos petits-fils ! — Doncy nous ne mou« rons pas !

Telle est cette doctrine désespérante, qui brise nos plus doux espoirs, qui nous prive du ciel et de la véritable, de la seule immortalité, de l'immortalité catholique.

Comment osez -vous prétendre que vous admettez l'immortalité de l'âme avec votre métempsycose ? Quoi ! je ne retrouverai pas au ciel ceux que j'ai aimés sur la terre et qui auront mérité les récompenses éternelles?... Vous dites que je suis immortel, et je ne me reconnaîtrai pas moi-même I je n'aurai pas la conscience de mon être! ma personnalité sera détruite, mon individualité détruite, détruite mon identité! Nous ne conserverons pas même la mémoire ! je ne verrai pas Dieu ! Et Vous appelez cela de l'immortalité T C'est tout simplement du matérialisme .

Après cela, ne venez pas me parler de vos trois lois générales de la vie ; ne cherchez pas à me persuader que les religions primitives autorisent une pareille croyance: mon esprit et surtout mon cœur refusent de vous suivre dans ce dédale obscur d'iniquité. Et surtout ne me dîtes pas que vous êtes original , que vous incarnez en vous une religion nouvelle , que vous êtes un révélateur.

^Noni Monsieur! vous n'avez rien à vous, pas une idée nouvelle , pas une pensée qui n'ait été maintes fois exprimée par des rêveurs et des utopistes qui vous ont précédé dans cette voie ridicule et fatale.

WsreiiaUsint envous dans t humanité. Vous n'êtes qu'un audacieux et plagiaire. Vous avez puisé dans Platon , dans Pythagore , dans Leibnitz , dans Kant , dans Spinosa, dans le hideux Anacbarsis Clootz, même dans l'impur Fourier, et surtout dans Saint-Simon , qui , eux-mêmes, s'étaient inspirés de leurs devanciers.

Ainsi 9 d'après M. Pierre Leroux, nous sommes à jamais condamnés à recommencer cette vie douloureuse !

n convient que la misère et la douleur sont la rançon de cette vie, que le bonheur est une ombre que jamais nous ne pouvons saisir, et il nie la vie future, un monde meilleur, -^ un jugement au delà du froid tombeau.

Qu'importe, alors , à l'homme de se conduire bien ou mal ? A quoi sert la vertu ? Chacun de nous peut à l'aise se laisser aller à ses passions, puisqu'il n'a rien à espé^* rer après sa mort, puisqu'il n'y a ni ciel, ni enfer loin de la terre, et qu'il n'y a pas de Dieu hors de l'humanité, hors de ce monde.

D'après M. Leroux , notre erreur^ notre faute et notre malheur, c'est d'avoir cru à une vie future, à un Dieu juge de nos actions et de nos pensées ; c'est d'avoir cherché un Dieu éternel et une espérance éternelle hors de cette vie. Il n'y a pas de juge suprême, pas de punitions, pas de récompenses, et toutes nos aspirations vers le ciel et vers la Providence sont des stupidités ; — tout cela est mensonge^ imbécillité^ orgueil^ chimère et folie !

Ce n'est pas le philosophe de la matière qui ment , ce n'est pas lui qui se noiurit de chimères , ce n'est pas lui qui est fou, imbécile et orgueilleux, — c'est celui qui croit en Dieu et à l'immortalité de l'âme !...

Voilà toute la religion^ toute la métaphysique de M. Pierre Leroux» Il affirme que Moïse n'avait pas d'autre conviction.

Il représente sa doctrine triaàique comme la synthèse de toutes les religions passées. Elle remplace directement le Christianisme, qui n'est plus qu'un cadavre. Au surplus, il prétend prouver, par la tradition, et l'Évangile à la n^in , que « le grand homme », que nous autres , les /bttj et les tm^^cii^f, appelons iV. «S. Jésus-Christ^ était, comme lui, partisan de la renaissance dans V humanité.

Ce qu'il appelait la vie future n'était autre, dans sa pensée comme dans celle de M. Leroux, que notre reifÔtissance indéfinie et continue dans l'humanité , sur cette terre qui se perfectionne de plus en plus : car, à mesure que nous renaissons sur ce globe, nous y renaissons

meilleurs, plus intelligents et plus forts. (Compliment de M. Pierre Leroux à sa propre adresse.)

Voilà la théodicée du philosophe de Bousstc ! Et il espère rattacher à celte doctrine les plus hautes intelligences!...

Il est bien facile de prouver qu'au fond de toutes ces élucubrations ténébreuses , de toutes ces horribles diva-» gâtions, de toutes ces hérésies grossières, il n'y a que néant et matérialisme.

C'est le Panthéisme saint-simonien dans toute sa laideur; c'est la destruction de toute croyance, de toute religion, de toute morale, de toute philosophie. Rien n'est plus monstrueux et rien n'est plus impur.

C'est la négation de la Providence, de l'immortalité de l'âme, delà sainte Révélation du Christ, (^'est la doctrine de Satan ; la doctrine de Tiniquité , du néant , de la mort.

Âh I comme , après avoir lu ces blasphèmes sans pudeur, ces affirmations sans preuves, on éprouve le besoin de se retremper dans les dogmes consolateurs du Catholicisme î Comme le professorat de l'athéisme ramène à la foi ! Comme le dégoût qu'inspirent le^atéria-* lisme et la fureur anarchique rattache fortement le cœur aux pures croyances, aux saintes vertus de notre religion divine !...

M. Pierre Leroux ne connaît ni rhomme , ni l'âme de rhomme.

L'homme a nn corps matériel et un esprit immatériel, deux substances solidaires sur cette terre , mais parfai* tement distinctes.

Le corps est pétri de boue, mais comme la main du Créateur en a fait un bel ouvrage ! Plus la matière était vile, et plus l'œuvre est noble et grande I Que d'ordre, que d'industrie ! Combien tout cela est admirable !

Et comme l'âme de l'homme est plus sublime encore ! C'est ce qui pense et ce qui aime en nous. L'âme est distinguée du corps, quoiqu'elle lui soit unie; — ce sont deux natures dissemblables. L'une ne peut donner l'idée de l'autre, et elles n'ont rien de commun entre elles, quoiqu'elles j&oient intimement liées l'une à l'autre dans l'homme. Ne voit-on pas la volonté de Dieu dans cette puissance supérieure , qui attache ensemble ces deux natures différentes ? C'est lui qui commande ainsi ; c'est lui qui , avec un empire suprême , tient le corps et 1 ame dans une étroite correspondance. >

L'âme est supérieure au corps : elle le fait mouvoir, elle le domine, elle est son maître. Le corps lui obéit, comme l'univers obéit au Cr'i^ateur.

Le corps et rame ne sont donc pas une seule et même chose. C'est notre âme qui nous fait trouver en nous des traces de la Divinité.

L'idée de Tunité de Dieu, indépendante du corps , ne peut être corporelle, ni être reçue dans un sujet corporel. Elle nous découvre la nature de notre âme , essence immatérielle, qui reçoit ce qui est immatériel, et qui le reçoit d'une façon immatérielle.

Pour qui ne veut pas subtiliser, le sceau de Dieu est partout : dans les ouvrages de la nature , dans notre corps, dans notre esprit ; tout nous parle de lui , tout hû rend témoignage, tout nous l'atteste; Tordre, l'harmonie, la sagesse, qui président à tout ce qui existe, prouvent un esprit tout-puissant et supérieur, un Dieu , âme du monde entier.

Ne venez donc pas nous dire que Dieu c'est l'humanité elle-même, que notre âme et notre corps sont inséparables et forment une seule et même chose, enfin que l'homme renaît dans l'humanité.

Devant la tradition et la Révélation catholique tous les romans impurs du Socialisme en un moment disparaissent !

M. Pierre Leroux, comme tous les autres socialistes, prétend qu'il veutrendre heureuse l'humanité. Mais que nous apporte-t-il donc pour cela? Quoi ! il veut nous rendre heureux, et il ne songe pas d'abord à nous rendre meilleurs ! Car où est ^ a morale ? où est sa vertu ? Quels devoirs nous impose»t41, si ce n'est le devoir odieux

de noos oourher B(mft le Joog dëgnuhnt de la Tfld matière î

Il veut ncms rendre heureux , et il commence per supprimer ridée de Dieu, c'est-à-dire Tidée de la justice « du bien , de réternité ^ la sainte et brûlante idée de IV mourl

Il veut nous rendre heureux, dit-il, et il détruit tout ce qui fait notre bonheur et notre consolation , l'espoir que tout n'est pas fini pour nous avec cette vie amère, la douce et radieuse espérance d'une existence supérieure!...

Il veut nous rendre heureux , et il nous désespère , et il nous avilit, nous opprime et nous dégrade, et il brise tout notre idéal , tout ce qui faisait notre joie ^ notre consolation , notre espoir ! . . ,

Il nous réduit à l'état des brutes. 11 tue l'âme, le sentiment, l'amour; il tue notre vie morale. Il nous prive de tout ce qui nous élevait au-dessus des animaux, de tout ce qui nous rapprochait de Dieu.

M. Pierre Leroux est jugé comme grand-prètre d'une nouvelle religion. Cette religion est l'absence de toute religion, c'est l'athéisme avec les horribles conséquent ces qu'il engendre, c'est le matérialisme avec son terri* ble et hideux cortège de vices, de brutalités, d'infamies!...

Comme M.- Proudhon , H. Pierre Leroux nie la charité , c'est-à-dire le dévouement. Ils ne peuvent cependant se mettre d'accord entre^eux , et ils sont encore moinà d'accord avec le sens commun.

Comme tou6 les Bxsfres socialiBtea , M. Pierre Leroux,, avec ce présomptueux aplomb qui les caractérise , dédare que tout le monde est en démence « excepté lui.

Nous sommes fous de la folie la plus réflédiie , la plus consciencieuse, la plus sérieuse, la plus incurable.

Nous sommes des athées; c'est M. Pierre Leroux qui est un homme religieux 1

Si la prétendue religion de M. Pierre Leroux n'est qu'un détestable et notoire plagiat de tous les athéismes passés» -* un amalgame indigeste de faux mysticisme et de cruel et désespérant matérialisme, sa prétendue science politique et sociale n'est également qu'une conception monstrueuse inspirée par l'aberration d'un esprit en délire.

Au reste, sa théorie politique n'est pas moins embrouillée que sa théorie religieuse.

Nous y retrouvons tout d'abord la triade ^ — cette immense plaisanterie qui a si fort égayé les rieurs aux dépens de son inventeur.

La triplicité de l'homme se reproduit dans la société.

L'homme , sensation — sentiment — connaissance (to« tal^ troU)^ est, dans lia vie, enfant d'un pays; ^ il a

— Bides parents; — il possède quelque chose; — il a une patrie, une famille, une propriété; total :^r0i«!

Or tout cela est à changer. Ces trois aspects de Thomme le rendent également malheureux, triplement malheu* reux; — c'est une triple source de douleur.

Toutefois, pour se distinguer de ceux de ses « frèrei et amis » qui ont nettement déclaré, avec une sombre franchise, qu'ils voulaient détruire la Famille et la Pro-» priété, M. Pierre Leroux proteste de son respect pour ces deux institutions; mais il fait à leur égard ce qu'il a fait pour la Religion: il les transforme. Or, on sait ce que cela signifie sous sa plume. Cela veut tout simplement dire qu'il les détruit, tout en déclarant qu'il les vénère infiniment. — 11 les respecte et il les tue , ^ absolument comme le brigand qui aborde le voyageur le chapeau à la main et lui enfonce un poignard dans le dos en s'approchant de lui.

Hais ce grossier artifice ne peut tromper personne.

M. Pierre Leroux remplace la propriété, la famille et la patrie , qu'il appelle la propriété-ca«te, la famille-c(wte, la çairie-easte , par la propriété , la famille et la patrie collectives.

U respecte infiniment la propriété ; mais, comme elle est un instrument d'oppression dans les mains de quelques-uns, il s'empresse de dépouiller ces tyrans qui possèdent, et il donne leurs propriétés à tout le monde.

Il déclare la propriété individuelle oppressive du genre

humain; et voici comment, en promenant sa fantaime dans le passé, il explique la Bible :

Ce livre saint n'est qu'une allégorie , et voici la vérité, eonipuleusement la vérité :

Adam n'est pas un homme, Adam n'est pas notre premier père .* e^est l*kumanUé.

Le péché originel , c'est Tégoisme qui a engetidré le sentiment de la propriété.

Gain, c'est le riche, le voleur, en un mot, le propriétaire, cpii opprime et tue Abel , — le pauvre, le non*pro* priétaire, le prolétaire.

11 fournit à l'appui de cette assertion , un peu osée, des preuves d'une solidité telle que ceUe«K)i :

Gain , en hébreu , veut dire ou pourrait vouloir dire propriétaire, c'est-à-dire meurtrier.

En hébreu, Abel signifie pauvreté, non-possesaon.

Gain , l'exécrable propriétaire , c'est la sensation ; •— Abel, la victime, le prolétaire, c'est le sentiment; — Seth, le troisième fils d'Adam, c'est la coimaiasance; ~ tyiadel

Triade , comme on dit : Tableau /

Toujours triade^ toujours total : trois,

La Bible doit s'expliquer ainsi, et pas autrement, — c'est M. Pierre Leroux qui l'a dit.

Plus un motl nous n'avons qu'à nous incliner; il ne nous reste qu'à condamner la propriété en coUaboration avec Moïse, les Egyptiens et les Ghaldéens*

De semblables plaiflanteries se CDntinuent petidint plus de Tingt volumes. C'est d'mié extravagance abominable, d'un orgueil plus abominable encore.

Eh bien ! voilà oti arrivent tous ceux qui s'éloignent de la sainte tradition du catholicisme pour se perdre dans l'outrecuidance d'une philosophie hautaine et stérile !

Comme Fimpuissance de tous ces docteurs éclate à chaque pas ! Ils font pitié. Ces malheureux ne manquaient pourtant ni d'intelligence ni d'instructicm.

Comment se sont-ils égarés dans de semblables diva^ gâtions? Comment ont-ils déshonoré leur raison et souillé leur esprit par ces théories absurdes, folles, inconqmhensibles?...

C'est que la foi leur a manqué, c'est qu'ils ont voulii se mesurer avec Dieu; c'est que, si l'esprit du mal leur avait inspiré Faudace de l'attaque, il ne pouvait leur donner la force de vaincre !

Plus ils avaient d'intelligence et de puissance, et phis honteuse fut leur défaite.

Ils n'ont pas manqué de capacité , ils n'ont pas manqué d'audace ; — mais ils ne pouvaient triompher de rim«> mortelle vérité.

Ils eussent été écoutés s'ils eussent prêché l'Evangile, s'ils eussent poussé à la civilisation par la religion di* vine ; mais ils ont essayé de briser la société au lieu de moraliser les hommes, et ils ont été foudroyés par la puissante main de la logique.

Toute philosophie qui ne s'inspire pas de IMeu s'inspire

dd Sstan ; «- il n'y a ni philosophie, ni liberté, ni fraternité, ni amoor, ni vertu, ni {Mrogrès, en dehors du Chriatianiame.

M. Pierre L^k>ux se dit révélateur; or, qu'a-t-il ré-

Vwte ••••

Que la charité chrétienne était un principe usé et mauvais, qui iievait être remplacé par la solidarité, principe qui ne puise son inspiration que dans l'égoîsme du moi humain.

Il remplace cette divine et sublime parole :

f Aimez votre prochain comme vous-même » , par cette parole tout imprégnée de matérialisme :

^ « Aimez-vous dans les autres, aimez les autres en vous. »

Au lieu de procéder par Tamour de Dieu et du prochain , il procède par Tamour de soi. 11 détruit la morale, si élevée et si supérieure, du Christianisme, et la remplace par le principe bas et infécond de Futilité et de l'intérêt. Il tue le devoir, et il édifie à sa place Tégoïsme. Selon lui, ce n'est pas pour Dieu et pour sa conscience qu'on fait du bien à son semblable , c'est parce que c'est une chose utile. L'amour chrétien est remplacé par une «olidarité froide et calculée.

H. Pierre Leroux veut la solidaritë Ut plus étroite, la plus tyrannique. Or cette solidarité n'est autre que la Communauté. Voilà ce qu'il veut ^ incontestablement, et sa captieuse faconde ne nous persuadera jamais le contraire.

Il flétrît la charité, — cette utopie du Christianisme. D'après lui , la charité n'est pas précisément en soi une très mauvaise chose , mais enfin ce n'est pas là un pria* cipe suffisamment juste, solide et réparateur. Il le trouve trou fois imparfait :

1^ La charité méprise la nature. S® Elle a le tort de tout faire rapportera Dieu. 3"* L'homme charitable n'aime son (prochain qu'en apparence; il méprise son semblable ou son non-mot en lui faisant du bien.

Total : trois.

Ce total , qui reviait sans cesse , ne vous semble-t-il pas d'une bouflfonnerie inouie?

La solidarité est bien supérieure à la charité; la sdidarité est un droit; la charité : c'est une misère, c'est une plaisanterie , ce n'est que l'amour !

La i^lidarité sera réalisée sur la terre quand les hom" mes appliqueront ces trois mots : Liberté, Fraternité, Egalité, correspondant à ces trots autres : Sensation, Sentiment, Connaissance.

Et voilà!

La Liberté et la Fraternité doivent passer les premières , et Ton a eu t<»*t d'écrire sur les drapeaux et sur les murailles TEgalké au milieu. L'Egalité est le dernier

Biot de 1a sâiefiee sôeialêy le mot suprtaie du symbole. Mais, pour que l'Egalité cesse d*être une fiction, un leurre , une déception , il faut qu'elle soit absolue.

Absolue ! Voilà le grand mot lâché !

C'est par là que ce chef d'école se rattache à toutes les écoles sociales, c'est-à-dire communiistes. Il veut TEga- IHé absolue, la sombre Egalité de la Démagogie. Il ose proclamer l'Egalité absolue une foi, ime religion.

Pour que l'Egalité absolue triomphe, il faut vivre en solidarité , c'est-à-dire en Communauté. Ainsi , par une ccNitradiction qui lui est commune avec tous ses amis politiques , M. Pierre Leroux renverse les bases de la société tout en^ déclarant qu'il les respecte et qu'il entreprend seulement de les régénérer.

Il régénère la propriété en la supprimant, parée que la propriété individuelle est un empêchement à l'égalité absolue , — ce critérium de la justice.

A propos de l'absence d'égalité , M . Pierre Leroux s'élève contre la société actuelle avec une acrimonie excessive. Il faut le reconnaître, car c'est un impérieux besoin de ma conscience, au milieu de toutes ces attaques exagérées et empreintes du venin de la haine , il y a des plaintes amères et douloureuses qui sont justes , il y a des cris de misère qui sont légitimes. Mais est-ce que la religion du Christ ne s'est pas élevée, bien avmitles philosophes communistes, contre la corruption, contre le mal, contre tout ce qui perd, ^avilit et dégrade Thumanité? Qui, plus que ses ministres, a flétri le riche dur

au panyre, son égal et son frère devant Dieu? N'est-ee pas notre prêtre catholique qui inspire la douce charité^ qui flétrit Fégoisme , qui adoucit nos mœurs ^ qui , chaque jour et à toute heure , nous rend meilleurs et plus charitables ? N*e8t-ce pas lui qui prêche, avec une auto«rité inébranlable et un dévouement intrépide, le renoncement de nous-mêmes , la vertu , l'amour, la vraie , la sainte fraternité ?

La morale chrétienne renferme toutes les critiques Intimes contre Fégoisme, contre le vice, contre le mal.

Non , le but de l'humanité n*est pas votre égidité bestiale et vile , c'est la fraternité en Dieu , pour Dieu et par son Evangile.

' Il vous sied bien , à vous qui niez Dieu , de venir parler de fraternité t Avez-vous seulement compris ce mot sublime?... Allez ! votre égalité nous répugne, nous dé» goûte et nous opprime !...

M. Pierre Leroux réclame aussi réalité pour les femmes. — Il ue veut plus que les femmes soient opprimées et retenues par notre législation barbare et par nos mœurs stupides; il ne veut plus qu'on continue à leur refuser accès dans les carrières libérales et à les priver de leurs droits politiques, -

Cette partie de sb, doctrine fera l'orgueil et la joie de tons ces bas^bleus ridiculea, de toutes ces damed d'une moralité douteuse , qui ne se trouvent pas assez

Hères et qui rédameait Uur flace au iMnquH de Vhuma^ nité.

Ce s jstème d'égalité absolue , de solidarité absolue^ est.non-'Seuleaient, selon M. Pierre Leroux, la loi de Tavenir, mais c'était encore la loi des temps anciens. Il cherche à nous prouver cette hardiesse toujours avec sïi rengaine de la tradition de l'humaniU. Il fouille de nouveau dans l'histoire des vieux âges détruits , il den]i,ande témpignage^ux âges antiques disparus ; il mêle Minos et Uoïse ^ les Doriens avec les Spartiates ,Aristote et Ituhis, Pythagore et Lycurgue. Il parle du Sabbat , des QEno* tûens y des Cretois , de Tlnde , de la Perse , de TEgypte, de l'Italie , de l'Assyrie , de la Grèce , etc. * etc. ...

Il mêle tout cela de la façon la plus pitoyable, la, plus extravagante,, violentant le génie des lé^slateu^, traduisant les langues à sa manière, faisant plier les volon^ téa , torturant les Ceâts , dénaturant les textes au gré de ses caprices, et arrangeant tout cela pour les besoins de SjEt cause.

. C'est afireux.

Cette érudition extravagante et boursouflée donne le vertige. On y distingue que les Anciens mangeaient souvent en commun , que Notre Seigneur Jésus-Christ^ qu'il appelle le continuateur du Boudha de Finde et le plagiaire des Esséniens et des Thérapeutes , est venu prê« cher l'Egalité absolue et les repas en commun , -<t choses dont M. Pierre Leroux est fanatique.

A l'exemple de s^s oopfrères en SooiaUaiiie , M. Kerre Leroux s'occupe surtout des questions de boire et de manger; il semble que là seulement soit le but de la vie humaine. Il borne, notre idéal à une misérable question de victuaille.

Il nous montre comment mangeaient les* hommes du passé aux trois grandes époques qui constituent les trois évolutions de Thumanité. Ce compilateur désastreux fait longuement Thistoire des trois règnes d^ trois castes ; celle dé la Famille y celle de la Patrie et celle de la Pro» priété^^et, concluant par l'Egalité absolue, il flétrit, comme « son cher Proudhon », la propriété individudle,'et il lui demande la permission de lui ^oiprunter cette belle' définition :

La PROPftiÉTi, g'bst le vol.

Enfin, nous y voilà 1 la propriété, c'est le vol.— C'est pour en arriver'là qu'il nous a fallu traverser cette mer orageuse d'une érudition désordonnée. «« Que ne le di* siez-vous tout de suite?

H. Pierre Leroux proteste qu'il n'est pas communiste, et il s'associe au blasphème de M. Proudhon LU proteste qu'il n'est pas communiste, et il veut l'égalité ah* solue ! et il veut l'égalité des salaires ! et il veut que tout capital appartienne à la société l et il refuse au travail individuel le droit d'acquérir, de posséder, d'amasser J...

Si, vous êtes communiste, et de la pire espèce, comme vous êtes athée; vous êtes athée et communiste en parlant de Dieu et en attaquant les communistes!

Vous ay^z de moins qu'eux Taudace, de |^«s qu'eux rhypocriste....

Il y a entre eux et vous une parité qui saute aux yeux de tous. Comme vous, ils aspirent à faire sortir Phomme

du TRIPLE esclavage des castes; vos doctrines sont iden-

tiques , et votre haine jalouse contre le Catholicisme ^ contre la Famille et la Propriété est la même. Vous accablez d'injures les communistes, et vous empruntez leurs arguments, et, par une réciprocité charmante, ils vous renvoient vos outrages et se servent contre renne« jni commun , la société , des armes avec lesquelles vous essayez de la démolir.

Ce que vous appelez solidarité^ communion , — ils l'appellent, eux, communauté. Les mots différent, mais le fond est le même. Votre embarras se trahit à chaque page, et vos distinctions subtiles entre la famiUe^caste « et la famille-humanitaire, — la propriété-caste et la propriété-humanitaire , — ^ la patrie-caste et la patrie-^humanitaire , ne donneront le change à personne. Nous ne pouvons nous payer de ces roueries de langage. Il faut être bien puéril , pour ne pas dire bien niais , pour espérer un seul instant nous tromper sur les intentions en changeant quelques mots. En vérité , de toutes vos prétentions, celle-là n'est pas la moins audacieuse !

C'est par suite d'un détournement de conséquences, par une phraséologie insidieuse et compliquée, que vous avez cherché à nous prouver que vous n'étiez ni athée m communiste.

Renoncez à ce stratagène. — ftenoncez également à cette religion de la matière , au moyen de laquelle voua voulez détrôner la religion du Christ.

Mais , hélas ! que peuvent les conseils de la sagesse et de la raison, sortis d'un cœur dévoué au moins autant que vous a l'humanité , contre la passion aveugle ou perverse , contre le culte du mal , contre Tamour de Fanarchie révolutionnaire ?

Pour ëdiapper à Paccnsation de communisme i M. Pierre Leroux veut organiser la société à l'aide d'un principe supérieur à toutes les autres combinaisons de ee genre.

Ce prindpe , il le nomme , comme vous le comprendrez sans peine, la triade.

Il reprend sa formule favorite et divise l'humanité en trois classes : les savants, -*- les artistes, -*- et les industriels; total, TROIS.

Ici on sent le souffle du saintnsimonisme, — première erreur de M. Pierre Leroux, et qui a déteint sur toute sa vie.

Sensation, -* sentment, — connaissance, voilà l'homme.

Or, les industriels sont les êtres de la sensation ; — les artistes, les êtres du sentiment ; — les savants , les êtres de la connaissance.

S'inspirant de Saint-Simon, M. Pierre Leroux déclare que le guerrier doit être placé dans la même catégorie .que Tartiste. Mais, s'il admire la classification de Saint- Simon , il lui reproche de ne pas s'être assez préoccupé de l'égalité. Les trois classes de citoyens seront donc^ d'après son système, scrupuleusement égales entre elles. Et, pour qu'une fonction soit bien remplie, il importe qu'elle le soit par trois citoyens, possédant les TROIS facultés primordiales.

Le travail social doit donc être accompli par trois individus. Cette association s'appelle triade.

Chaque fonction a trois ateliers; il y a la triade directrice qui préside au labeur de trois ateliers.

En un mot, et pour en finir, tout va par trois. Dans la profession où il est impossible d'être trois, M. Pierre Leroux permet, bien à regret sans doute , qu'on ne soit que deux ou qu'on soit tout seul ; mais il n'en persiste pas moins k maintenir son système ; seulement il dit que, dans ce cas, la triade est à l'état lalenL

Nous sommes deux, mais c'est absolument comme si nous étions trois; — il en manque un, voilà tout : donc nous sommes trois.

Je suis tout seul; mais je suis trois tout de même, car, si je suis un , n'oubliez pas que je suis également triple; — l'homme est un et triple; total , trois.

Pour ceux qui n'ont pas lu les volumineux travaux de ce philosophe , et il y en a beaucoup, il me reste à déclarer sur l'honneur que ce que j'écris là est la vérité, la rigoureuse vérité. J'en atteste les hommes de bonne foi qui l'ont lu. Je fais appel à la sincérité de leur souvenir ; j'avoue que c'est à n'y pas croire, mais c'est ainsi. — 11 est athée, il est méchant, il est fou*^ — total ^

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