‹ Histoire et réfutation du socialismeChapitre 7 sur 9 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

us GonDinns ambis r ioubib

De toutes les doctrines socialistes Jusqu'à cette heure répandues, celle du Communisme est la plus radicale. C'est le dernier mot, c'est l'oméga.

Le Communisme est la négation absolue de la liberté humaine e( de la civilisation. Tel est son véritable caractère, et c'est ce qui sera facile à démontrer.

Le Communisme réduit l'homme à l'état de la brute , de l'animal.

Une cité communiste serait une immense ménagerie.

Le Communisme déprave l'honune par ses enseignements; le Catholicisme sème dans les cœurs le bon grain de la vérité.

Le Catholicisme dompte les appétits et les inclinations

charnelles; le Communisme leur donne une complète sa^ tisfaction.

Le Communisme détruit la propriété, au mépris de la justice étemelle, au mépris du sentiment le plus vivace du cœur humain , au mépris de nos aspirations les plus intimes, de nos tendances les plus radicales.

Tentative inutile ! Il y aura toujours le toi et le moi , il y aura donc toujours le tien et le mien.

Le vice profond, le vice radical, des écoles socialistes, c'est qu'Qtle^.portint toQieik isUenite à la lii^^té humaine.

Eh bien ! du moment où un système blessera un seul intérêt légitime pour s'appliquer, il est condamné. Il est condamné du moment oti il procède par la spoliation et la violence. Après quelques années de ce joug odieux, nous serions devenus les êtres l&à plus ignorants , et par conséquent les plus féroces, de l'univers. Nous n'aturions plus rien de l'existence morale;

n faut assurer à tout le monde du pain par son travail, disent-ils ; mais manger n'est pas tout ; il en est |y6urfant ainsi dans toutes ces théories. On h'^y cherche que la sartisfaction des passions animales et des grossiers besoins ; — de la vie de l'âme , pas un mot ! On veut fairef de nous une société d'agriculteurs ; on tue, en proscrit. Fart, la science , le sentiment. C'est là barbarie organisée.

Mais, si le Socialisme est infâme kvi point de vuedu sentiment , — il est stupide , inapplicable , au point de vue de Técottomie politique et ëocralé.

Malgré ses saperbes prétentions , il ne peut que détruire, il lui est défendu de rien organiser.

Le Gomnranisme n'est pas une prédication nouvelle.

L'histoire nous montre cette monstrueuse utopie levant sa tête de vipère dans chaque mare de sang et de boue répandue dans les révolutions violentes qui onl agité le monde.

L'<HÎgine du Communisme remonte à l'antiquité. Sa source est là. Aussi les modernes partisans de l'uto^ (He ont-ils cherdié dans le passé leur autorité. Ils y ont trouvé des modèles dignes d'eux.

Le Communisme était appliqué à Lacédémone et dans rîle de Crète. Ces pays durent à cette législation leur honte, leur misère et leur décadence.

Pour pouvoir vivre, le Communisme antique convmença par s'appuyer sur Vesclavage.

La plus grande partie des citoyens était esclave de la minorité , laquelle vivait en communauté.

C'était donc une aristocratie communiste, opprimant une majorité de serfs. Tyrans entre eux, les gentilshom mesrépublicains*communi8tesde Sparte étaient les mai très cruels d'une foule d'infortunés, dont les soufirahces^

demeurées 'célèbres , sont, dans Thistc^re, Tétemelle condamnation de leurs maîtres.

Lycurgue , — le premier législateur communiste , — avait procédé par la force , système mis encore en vigueur de nos jours par les disciples du Communisme. Il organisai Terreur avec une bande de scélérats : les biens furent partagés , et parmi les biens les esclaves , les ilotes ; l'argent fut aboli ; les repas durent être pris en commun.

Grâce à ce régime et à l'éducation rigoureuse donnée à la jeunesse, les Spartiates ne tardèrent pas à devenir le peuple le plus dégradé du globe, les plus féroces des animaux.

Pour prévenir l'excès de la population , les législateurs conununistes encourageaient la chasse aux hommes ^ — Fextermination des esclaves et l'assassinat des nouveaunés — L'avortement et l'infanticide étaient permis par la loi.

Au-dessus de ce brigandage organisé planait un gouvernement despotique , terrible , implacable.

Une société édifiée sur bes bases de férociié, d'ignorance et de matérialisme, ne tarda pas à se dissoudre.

« Du fer et du pain! y> Les Spartiates, qui avaient proscrit les arts et les lettres, ne demandaient pas autre chose. Mais bientôt la civilisation, c'est-à-dire la propriété , les engloutit, — car ils n'avaient plus ni pain ni fer. Les lois de Lycurgue , — ces institutions inspirées par l'esprit altier et barbare du conmiunisme, et doai^,

par une déplorable ignorance , on ne fait que trop la dangereuse apologie dans nos collèges , — se fondirenti comme la neige sous les rayons du soleil, au souffle brûlant de la civilisation, •

Les Lacëdémoniens ne tardèrent pas à s'afiranchirdu joug odieux sous lequel ils gémissaient ; ils firent amende honorable au principe de la propriété, détruisirent Tégdité absolue et se laissèrent aller aux inspirations de la liberté individuelle, longtemps étouffées par le régime communiste.

tant il est vrai que la prc^riété est un sentiment naturel et profondément inhérent au cœur de Tborame, et qu'il est impossible d'organiser une société heureuse , prospère et libre, sans le plus grand respect pour ce droit sacré !

Ce qui se passaà Lacédémone se reproduisit dans File de Crète , dont Minos fut le Lycurgue. — Ces deux prétendus sages se valent l'un l'autre comme législateurs.

En Crète , comme à Sparte , il y avait une aristocratie communiste et des esclaves voués aux travaux, aux fatigues, aux désespoirs, — à la plus horrible ty* rannie.

Les mœurs des Cretois étaient dissolues. On y trouve à rétat d'embryon toutes les sales idées de Fourier et des communistes-matérialistes. Les lois de Minos encourageaient la polygamie , là débauche , et puis encore les relations contre nature , infimes.

Le oommumsme crétois eut le sort da communisme Spartiate. Cétait dans Tordre.

Tels sont ces républicains vertueux de raniiquité, que quelques pédants sans science ni mordité nous ont représentés, sur les bancs des lycées, comme les meilleurs exeÉDptes à suivre. Pour qui pénètre avant dans les faits et comprend la philosophie de Tbistoire, ces fiers guerriers n'étaient que des conwnunistes féroces, ignorants, paresseux, vaniteux, débaucbéis, — et ils forent la cause de la ruine de la Grèce.

Comment en eùt^ll été autrement? — Les lois de Minos, entre autres crimes, — proclamaient Tinsurrection comme le plus saint des devoirs. — Une société ne peut pas subsister avec une pareille législation.

Les jacobins, les conununistes, ont hérité de ces maximes.

Avant eux , Platon avait été touché de la profonde sagesse de ces lois , et il avait formulé' une doctrine communiste d'après ces belles inspirations.

Qans son Traité de la République , il développe Vi. dée communiste dans Jk)ute sa laideur. II ne fléchit devant aucune des exécrables conséquences du prindpe. — C'est le propre des esprits orgueilleux, une fois engagés dans une voie mauvaise avec quelque éclat, de ne jamais revenir sur leurs pas , malgré toutes les bonnes raisons qu'on leur donne, malgré même le cri de leur conscience alarmée.

Tel fut Platon.

— li« —

Le disciple de Socrate , oomme Lycnrgue et Mînos ,

admet, d'abord, l'esclavage en bas.

Pour lui aussi , le droit commun , c'est resclavage; le nom de citoyen est un privilège du patriciat.

Platon voue à Hgnominie, au mépris, à la misère, à la servitude étemelle, la classe des ouvriers, des produe* teurs. — Il crée une aristocratie de guerriers, comme à Sparte et à Lacédémone , - à laquelle, — voulant sans doute se réserver une place, ainsi qu'à ses amis « — il adjoint une aristocratie de philosophes.

Chez Platon , comme chez les autres philosophes de son époque, comme aussi chez Thomas Morus, l'idée de pa* trie est poussée jusque dans ses exagérations les plus égoïstes; le monde n'existe pas pour lui au delà de sa cité mesquine , qu'il veut petite , étroite , éloignée du corn merce des autres pays , bien éloignée du contact de toute civilisation. Il parque, en un mot, la communauté dains une prison. Il avilit le travail, que le (christianisme est venu honorer; il méprise la pauvreté ; il méprise le peuple. Il appelle inFàmes les hommes libres qui s'abaisseront à s'occuper utilement: il déclare que « le travail dégi^ade rhomme » ; que les ouvriers ne sont que « de vils mercê** naires , misérables sans nom , qui doivent être exclus , par leur état même , des droits politiques ».

Platon remplace le mariage par des unions annuelles que règle le sort; toutefois, les magistrats sont autorisés à user de fraudes patriotiques ^ pour unir ensemble les ci-

toyens et les citoy^nes , de telle sorte que ieg t^ces s'embellissent au lieu de s'abâtardir.

Plus tard , Thomas Morus exigea que la nudité la plus stricte présidât à ces unions.

Les enfants appartiennent à la communauté ; ils ne connaîtront pas leurs parents. — Les femmes ne sont plus mères, elles sont nourrices publiques/ le nouveau-né est enlevé des bras de celle qui lui a donné la vie, et elle ne le reverra plus que si le hasard les met plus tard en relation. C'est la bestialité dans sa plus sauvage application. — Les enfants mal constitués , difformes ou délicats sont mis à mort.

C'est un moyeii radical d'en débarrasser pour toujours la communauté !

L'avortément est non-seulement toléré , mais il est obligatoire. La femme qui aura conçu après sa quarantième année devra se faire avorter, sous peine de mort ^ attendu qu'il est probable que son enfant ne serait pas assez bien constitué, probable qu'il ne ferait pas honneur à la communauté.

La famille est ainsi abolie , avec ses illusions , sa noble ambition, ses poésies et ses bonheurs.

Les enfants sont élevés en commun; ils reçoivent une éducation commune. Les filles sont élevées comme les garçons; au mépris de toute pudeur, elles vont nues au gymnase, oU elles s'exercent à la lutte ; elles apprennent la chasse et la guerre. Les deux sexes sont assujettis aux

mômes lois; leur éducation est toute matérielle. — Daps la communauté, dans la meilleure des Républiques , les arts, la poésie, la littérature, sont littéralement proscrits.

Telles sont les turpitudes, tel est le dévergondage, qu'engendre la négation du droit de propriété ! Il n'est pas permis au philosophe et à Thomme d'État de chercher ailleurs la cause de ces atroces doctrines, qui tendent à ravaler l'humanité au-dessous des animaux.

Comme dans tous les états communistes, il n'y a de liberté^ dans la république de Platon, il n'y a de pouvoir et de jouissances, que pour la secte des philosophes, — les grands-prêtres du communisme.

Au milieu de ce honteux dévergondage, de ce plus grand monument d'imbécillité et d'infamie dont l'esprit humain ait à rougir, on voit semées, ça et là, comme une frappante inconséquence, quelques idées justes, qui seules ont rendu Platon célèbre.

Au surplus, l'antiquité rejeta unanimement son système de communauté , bien qu'il fût, avec l'esclavage, plus facile à appliquer qu'aujourd'hui, où l'esclavage est heureusement aboli.

Si attaché que fût ce célèbre utopiste à son erreur, il est bien probable qu'il y eût renoncé dans uqc société composée de citoyens tous libres , tous égaux devant la loi.

Remarquons encore que Platon, plus logique dans sa criminelle erreur que certains communistes nos con-

temporains , ne prend aucun ménagement avec les bonnes mœurs et la morale. Il comprend que la communauté, c'est Tabolition absolue de la famille comme de la propriété.

Son Livre des Lois, traité d'économie politique, faisant suite à la République, est le résumé des moyens qui lui paraissent bons pour frapper doucement la propriété et concilier la conservation provisoire de ce préjugé avec l'égalité absolue. Mais son esprit s'est engagé en vain à la poursuite de cette chimère insensée. L'égalité absolue et régalité des fortunes sont des utopies impossibles à réaliser. Chercher les moyens d'organiser une société durable sur ces bases est une puérilité. C'est perdre son temps de la plus folle manière. C'est même déshonorer sa raison que de tenter de résoudre cet insoluble problème.

Platon , au reste , n'avait accepté cette transaction qu'avec peine; il avait compris qu'il était impossible de marier ces deux mots : Propriété , — Communauté ; aussi, tout en essayant de ne pas trop effrayer les partisans de la propriété, il n'en continua pas moins, dans son Livre des lois, à se déclarer le partisan de la communauté la plus absolue, c'est-à-dire la plus logique. Il affirme que le comble de la vertu politique, c'est de vivre en communauté , mais dans la communauté radicale ; il veut (( les femmes communes, les enfants communs^ les biens de toute espèce communs », et il recommande « d'apporter tous les soins imaginables pour retrancher du

commerco de la vie jusqu'au nom même de propriéié ; de sorte que les choses mêmes que la nature a données en propre à chaque hemme deviennent en quelque sorte communes à tous autant qu'il se pourra... »

Platon fot le plus éloquent défenseur du communisme; mais qu'importe le talent, pour la défense et la propaga* tion du vice et du mensonge? Il n'eut que peu de dis* ciples; aucun peuplé, aucune cité, ne voulurent consentir à accepter G^;le législation. On repoussa ce rêve d'une imagination dépravée et en délire, comme, do nos jours, la conscience publique indignée le repousse encore.

Platon eut un mérite, la frandiise. Il ne prit aucun Biënagement, aucun détour; il exposa dans toute sa sincérité cette plaie qui devait ronger le monde depuis; il affronta même , dans son fanatisme furieux , les périls de l'im^palarité. Je crains bien qu'il n'ait sacrifié à la honte de passer pour l'homme le plus extravagant de son époque l'honneur de passer pour le plus intelli-» gent.

Il commença, il faut le dire, à se rendre justice de son vivant II n'osa plus , après les remarquables critiques d'Aristote sur la communauté , et après avoir été re« poussé par plusieurs villes auxquelles il avait proposé son système, — il n'osa plus l'offrir à d'autres cités.

L'antiquité tout entière applaudit à la rigoureuse logique d'Aristote, et Platon fut relégué, comme de nos

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jours HM. Pierre Leroux, Gabet et consorts, àssas le monde des lunatiques.

La philosophie platonicienne n'eut pas d'autre succès, — et ce fut bonne justice.

Lorsque le Christ fut venu affiranchir le monde, lorsqu'il eut expiré sur le mont Golgotha , aux portes de Jérusalem, dans les convulsions de l'agonie, cette vieille civilisation édifiée sur la matière s'écroula, et ia notion du bien et du mal vint jeter ses lueurs éclatantes dans la conscience humaine.

Alors l'amour remplaça la haine parmi les homn^s, ou, du moins, à la place de la haine fut prêché l'amour* De pieux asiles, surmontés par la croix sublime, s'ouvrirent à la souffrance honorée, à la place de ces cirques où les hommes s'égorgeaient entre eux pour le plaisir de quelques patriciens.

L'idée communiste, jusque-là basée sur l'esdavage^ reparut dès lors , mais disant s'être purifiée au feu du Christianisme.

Mais la perfidie et l'injure de toute assimilation du Socialisme au Christianisme ne tarda pas à éclater à Tesprit même des moins pénétrants. Le Chriatianisme conservait la famille, la propriété individuelle et l'hérédité des biens, que le communisme abolissait. Quelques hérétiques, sortis du Christianisme, professaient, il est vrai^ le communisme, mais ils furent repoussés avec une profonde horreur par l'universalité des chrétiens.

Gomment , en efiet . confondre le Christianisme « qui est la déification de l'esprit et de Tàme, avec cette doctrine immorale qui déchaîne les passions impures, glorifie la chair , fait du sensualisme le but de la vie , et se base sur Tathéisme, sur le panthéisme?...

C'est ce que tentèrent pourtant , au XVI* siècle, quelques sectaires fougueux et fanatiques , plus avancés en*' core dans la route de la rébellion que les chefs de la Réformation , mais aussi plus logiques dans leur rage, plus conséquents dans leur crime. — Ils procédèrent, comme tous les révolutionnaires utopistes, par le brigandage et la guerre civile, par la terreur et l'anarchie.

Luther avait attaqué l'autorité de l'Eglise , mais il respectait l'autorité civile et politique. 11 avait prêché la révolte contre la Papauté et le Catholicisme; d'autres, parmi ses disciples, allèrent plus loin, et, prenant la logique du principe révolutionnaire jusque dans ses der^ nières conséquences, prêchèrent la révolte contre les pouvoirs politiques étaUis, puis contre la société ellemèmé, contre la Propriété et la Famille. S'ils se fussent contentés'de protester contre le despotisme , contre la servitude dans laquelle une foule d'hommes attachés à la glèbe gémissaient, misérables et courbés, rien de mieux. Mais, je l'ai dit, ils firent plus.

Ainsi procédèrent Nicolas Stork et Thomas Mtmzer, — fondateurs de la religion nouvelle connue sous le nom d'Ânabaptisme.

Luther, protégé par les rois et les princes, par les grands, s'éleva contre Stork et Mtinzer avec une extrême vigueur, et pourtant ces deux sectaires n'avaient fait autre chose, dans Tordre politique et social, que ce qu'il avait fait lui-même en matière religieuse.

Les fondateurs de l'anabaptisme prêchaient l'inutilité du baptême pour les nouveau-nés et la nécessité d'un nouveau baptême pour les adultes. — De là le nom qui leur fut donné.

Us se firent remarquer tout d'abord par l'emportement de leurs discours, ils faisaient un brûlant appel aux passons les plus égoïstes du cœur humain.

Entre tous Thomas Mtinzer se distinguait particulièrement par la fougue de sa parole , par l'ardeur de ses prédications. A des populations ignorantes, accablées par la dureté du régime féodal, il prêchait l'égalité absolue, le communisme avec toutes ses divagations, dans tout son radicalisme; en un mot, il ne tendait à rien moins qu'à remplacer le despotisme de la noblesse pri< vilégiée par le despotisme non moins afireux et plus dégradant encore du communisme , à remplacer une inégalité vraiment inique par l'atroce égalité absolue. S'il eût triomphé , Phumanité eût rétrogradé ; la route du progrès lui eût été pour jamais fermée; la civilisation eût été anéantie.

Parmi les chefs de ce mouvement, un aubergiste du nom de Georges Metzler se fit remarquer par la férocité de son audace et par ses vices.

Il te niit è Ift tdte d'une bande de brigands, et la lutte Gomnoença, horrible, atrece, sana nierci. Les révohitionnairea. désbonorèreat la cause <le la liberté, non-seulement pur leur propagande communiste, mais encore par les crimes qu'ils commirent dans tous les pays qu'ils parcoururent. Ils dévastaient les campagnes ; ils ne faisaient pas de [»*isonniers, massacraient sans pitié dans toutes les villes qu'ils traversaient, pillant, faisant orgie, viokiQt les femmes, égorgeant les paisibles habitants qui refusaient de se joindre à eux. — Ces bêtes féroces portaient partout le carnage et la débauche.

Ils se vautraient dans la crapule de l'ivrognerie et il n'est pas d'excès devant lesquels leur brutalité ait re* eulé.

Tandis que ces malfaiteurs portaieAt ainsi partout la misère, le désespoir et la içort, sous la conduite du cruel Metzler, MUnzer, le grand-prêtre du parti, plus distingué de formes que l'aubergiste de la Franconie, MûQzer, homme instruit, éloquent, rempli de capacité, répandait la doctrine communiste dans toute l'Allemagne.

Cette concurrence déplut aux réformateurs, et Luther essaya de ramener à lui MUnzer, dont il avait apprécié le talent. Ils eurent ensemble plusieurs conférences, mais sans succès. Ils ne purent pas plus s'entendre que ne peuvent s'entendre entre eux , de nos jours , les modernes Socialistes et les Protestants.

Ces deux hommes, également fougueux, se séparé-

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rent ennemis. Luther, tout imprégné de Tesprit d'intolérance de son époque , avait déjà fait persécuter les sectes réformées qui n'avaient pas embrassé toutes ses idées et n'avaient pas voulu consentir à te considérer comme leur chef suprême ; il lança de violents anathèmes contre les anabaptistes.

Nous ne suivrons pas ces sectaires dans toutes les phases de leurs brigandages. Disons, toutefois, que Htinzer alla s'installer à Mulhausen, capitale de la Thuringe ; qu'il fit chasser par ses acolytes le sénat de cette eité et s'empara violemment du pouvoir.

Maître absolu dans cette ville infortunée, il commença par décréter la communauté et l'égalité absolue.

Il s'instaUa dans un palais splendide, — comme plus tard, à Paris, M. Louis Blanc au Luxembourg. Mais, comme il avait la puissance suprême, Mtinzer ne se contenta pas d'exciter les ouvriers à la révolte, il ne se borna pas à attaquer les bases de toute société humaine par la parole , il appliqua radicalement le communisme. Tous les citoyens qui possédaient quelque chose furent dépossédés ; quiconque recelait une partie de ce qui lui appartenait était livré à la populace, à la vile multitude. On appelait cela le jugement , la justice du peuple.

Le dictateur rendait ari)itrairement la justice, et sans appel; il distribuait les dépouilles des riches à ses comr plices. Il rendait des oracles et se prétendait inspiré d'en haut. Il déclarait que le communisme était une révélation de Dieu.

Il avait BU acquérir ainsi une grande influence sur des masses grossières, ignorantes et fanatiques. Et puis, les mauvais ouvriers qui étaient nourris à rien faire , et passaient leur temps sur les places publiques ou dans les cabarets à dépenser Targent spolié, ne manquaient pas de trouver que Mttnzer était un grand législateur.

Cependant un pareil scandale ne pouvait durer. La conscience de l'Europe s'était émue, et ceux-là même qui étaient avides de la liberté , conquise depuis , mais que révoltaient les forfaits de Mttnzer et de ses acolytes, se {H*éparèrent au combat. Mûnzer, conmie tous les hommes jetés dans le crime, en se vautrant dans le communisme, cherchait à oublier combien sa puissance était éphémère, en en exagérant Taudace. Mais il ne put se donner le change à lui-môme , — et le moment décisif arriva enfin (1525). Il essaya un instant d'arrêter le torrent qu'il avait déchaîné, mais il fut débordé, comme cela arrive trop souvent aux chefs révolutionnaires. — Pour ne pas perdre son influence sur cette multitude dont il avait caressé tous les vices et flatté toutes les passions , il fit des préparatifs de défense.

Mais, au lieu de se battre , ces vaillants communistes se contentèrent d'entonner des cantiques. Mûnzer, en présence de l'ennemi, donna des preuves de la plus grande lâcheté. Ce charlatan avait promis Tappui de la Providence aux anabaptistes. « N'ayez pas peur de l'artillerie ennemie , leur disait-il : je recevrai tous les

boulets dans la manche de ma robe, ifoi vovs servira de rempart. »

Cette plaisanterie rendit aux anabaptistes quelque confiance ; mais c'est en vain qu'ils attendirent le miracle annoncé. Les boulets ne vinrent pas se blottir dans la manche de MUnzer.

Les anabaptistes prirent la fuite vers Frankenhausen, — otL ils furent poursuivis. Mûnzer, qui s'était caché , fut fait prisonnier. — Un frère avait vendu sa retraite. Cela se voit quelquefois.

Chose bien digne de remarque ! dans toutes les révolutions , les mêmes faits se reproduisent constamment, pour réternel enseignement des peuples I Ce sont toujours des intrigants, des ambitieux , qui se mettent à la tête des foules en délire ; rien n'est plus superbe que leur langage, rien n'est plus hautain que leur attitude; ils sont sans pitié quand il s'agit d'égorger leurs ennemis désarmés, sans pudeur pour commettre l'iniquité et la spoliation; mais, lorsque le moment solennel est venu où il faut payer de sa personne , ils laissent les dupes exposer leur vie et ils s'empressent de chercher leur salut dans la fuite.

Condamné au supplice, MUnzer tomba en défaillance au moment fatal. — Le duc de Brunswick, qui avait ordonné sa mort, le conduisit jusqu'au lieu de l'exécution, l'assistant de ses soins et de ses prières, — ^ectade bizarre qui peint toute une époque historique!

Pourtant , au moment oti le bourreau le saisit , MUn-

zer, ayant deioandé à parler, le fit en termes d'une extrême éloquence. Sa parole était haute et pure. 11 ne parla pas de communisme. U se contenta d'adresser aux princes de la terre une exhortation pleine d'onction chrétienne, dans laquelle, au nom de T Evangile, il leur recommandait l'ardente charité envers les malheureux chrétiens qui gémissaient dans la servitude. Rien de touchant, rien de pathétique, comme ces derniers adieux d'un coupable à la vie. Mûnzer, qui avait vécu conuue un brigand, mourut comme un juste.

En présence de ce supplice et des nobles paroles qui le précédèrent, on se sent à peine la force de flétrir ce malheureux. Et pourtant il faut être inexorable pour ces hommes qui abusent de leur talent pour égarer les peuples; qui, dépassant le but légitime des réformes, poussent l'ambition de la liberté jusqu'aux horreurs de la licence , et , dans l'égarement de leur fanatisme , rêvent le renversement de la société.

Mûnzer ne fut nullement, comme les démagogues l'ont représenté, le pieux apôtre et le sublime martyr de la fraternité, — dogme de paix et d'amour; — ce fut un factieux sanguinaire, soldat vaincu du communisme, — dogme de guerre et d'abrutissement. S'il avait réellement aimé les malheureux, les pauvres, les soufirants, il ne les eût pas avilis en leur imposant le joug dégradant de la matière; il n'eût pas sanctifié le crime, le meurtre; il n'eût pas flatté les populations dans leurs vices, et n'eût pas abusé de leur crédulité pour se faire

passer poar prophète. Il eût cherché sa puissance dans la force de la morale , non dans le prestige artificieux de l'imposture ; il n'eût pas avili le peuple par des violences sans nom ; il ne l'eût pas poussé dans les horreurs de l'anarchie. — Apôtre de la fraternité , ses armes eussent été la persuasion , non la haine.

La Guerre des Paysans ne se termina pas à la mort de Mûnzer; il y eut d'afireux excès, des crimes atroces. Les démagogues de l'Allemagne furent bientôt reniés par les populations , qui les avaient accueillis d'abord comme auxiliaires pour conquérir une liberté légitime ; elles les abandonnèrent à la vue de leurs forfaits épouvantables. Us furent terrassés et voués en masse au supplice.

Les représailles furent atroces , comme atroces avaient été les crimes des terroristes. On en fit une boucherie épouvantable. Ce fut un carnage horrible.

Cependant la doctrine déplorable de la communauté n'était pas étouffée.

L'anabaplisme^ chassé sur ces points , parut abdiquer pour un moment toute prétention à la suprématie politique; il s'introduisit en Suisse, dans une certaine partie de l'Allemagne et en Pologne, comme une religion nouvelle.

Les anabaptistes de la Suisse se montrèrent plus pacifiques. Ils se contentèrent de prêcher, ne se sentant pas assez forts pour imposer leur utopie par les armes.

Ce que Luther avait fait en Allemagne contre la papauté, Zwingle Tavait fait en Suisse.

Sollicité par les anabaptistes de pactiser avec eux et d'embrasser leurs doctrines, Zwingle, comme Luther, refusa.

Chassés de Zurich , les anabaptistes , qui s'étaient étar blis dans cette ville, allèrent se réfugier à Zolidone, oii ils perfectionnèrent la doctrine antisociale du commu«nisme , et la formulèrent sous le titre de : Profession de foi de Zolicone (1525).

Le principe fondamental des dogmes de cette profession de foi est la communauté des biens. Les hommes seront imparfaits tant qu'ils ne vivront pas dans l'égalité absolue.

Vient ensuite l'abolition de la magistrature , — ce rêve chéri des malfaiteurs. Les magistrats sont inutiles; un vrai chrétien ne peut être magistrat.

11 est également interdit au chrétien anabaptiste de participer au service militaire, de prêter serment en justice et de soutenir des procès.

Les anabaptistes sont déclarés impeccables suivant Vesprit] par l'âme, ils vivent ici-bas comme les saints au ciel; par le corps, toutes les impuretés leur sont permises.

Les anabaptistes ne tardèrent pas à pratiquer également la communauté des femmes. lis se vautraient dans toutes les débauches et prétendaient n'en être pas moins très purs.

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Leurs âmes , par le nouveau bqptème , étant impeccar blés , les excès auxquels ils se livraient ne pouvaient les souiller.

La luxure se trouvait ainsi protégée, dans ses dérèglements, par la religion. Ils affirmaient que, plus ils se déshonoraient dans les honteuses voluptés de la chair, plus ils se rapprochaient de la perfection divine. Plus souvent un anabaptiste changeait de femmes, et plus il était vertueux I

Tous les vices étaient ainsi sanctifiés, honorés, donnés en exemple. On ne rougissait plus de rien dans la communauté.

Ajoutez à cela les extravagances de la folie, les contorsions des convulsionnaires, les visions des crisiaques et les révélations de prétendus devins et pythonisses, et vous n'aurez pas encore une idée exacte de Tefiroyable état de dégradation et de démence dans lequel vivaient ces misérables.

Leur fanatisme les poussa quelquefois même aux plus grands crimes. C'est ainsi que , prétendant ou croyant réellement en avoir reçu Tordre de la Providence, des anabaptistes égorgeaient leurs parents, leurs meilleurs amis, et ojËraient à Dieu ce douloureux sacnfice.

Les anabaptistes se répandirent dans toute la Suisse, essayant de séduire les travailleurs par l'espoir de l'oisiveté, les pauvres par celui d'un riche butin, les débauchés par celui de jouissances sensuelles infinies. Ils troublaient l'ordre de la République helvétique, exci-

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taî€nt ft la ftédition, et quelquefois nêne esmyMeiit de fomenter la guerre civile. Ils furent Tâme de phmeurs conspirations. Après les avoir trop longtemps tolérés , après les avoir souvent avertis d*avoir à se eontenir dans les bornes d'une propagande pacifique, les magislrats de la Suisse, inspirés d'ailleurs par Tesprit du protestantisme rival qui avait envabî ce pays , sévirent contre eux, et cette fois cruellement; ils leur firent payer cher leurs avertissements dédaignés. Poursuivis comme des bétes fauves, les anabaptistes furent condamnés à être noyés, sentence horrible qui fut impitoyablement exécutée.

Luther avait été l'instigateur le plus actif de ces t^r^ ribles représailles. Il s'efforçait de foire oublier la complicité morale, qui l'unissait à cette jacquerie niveleuse et barbare, par Féciat de ses emportements contre ses b;u>» teurs. Sentant que la Réforme serait compromise à jamais s'il ne séparait pas nettement et avec bruit sa cause de celle des révoltés, il se prononça contre eux avec vigueur, déclarant qu'ils avaient exagéré ses doctrines.

d Puisqu'ils n'ont pas écouté mes exhortations, s'éN» cria-t*il, quHU soient exterminés .' que les seigneuriB pren» nent les armes ! »

Trente mille de ces misérables ayant été taillés en pièces, Luther, dont les enseignements leur avaient mis les armes à la main, en ranimant le vieux ferment hu«« sîste , qui couvait toujours en Allemagne , se montra sans pitié; au lieu d'intercéder pour eux, il exdta, au coa^

traire , les vaânqueitrs à ne pas écouter les inspiratioi» de la clémence. .

. « Pas de grâce pour les paysans , s'écria*t*il ; ils sont dans le ban de Dieu et de l'empereur ! qu'on les traite comme des chiens enragés [ »

Ceux des anabaptistes qui survécurent aux noyades se sauvèrent oti ils purent; ils se répandirent sur les bords du Rhin, en Hollande, en Pologne, dans la Silé* sie, en Bohème, oti ils fomentèrent de nouvelles anarchies.

Divisés ainsi par Toppres^on des sociétés civiliséesi les anabaptistes se partagèrent en diverses sectes (1 529). En assez grand nombre ils se réfugièrent en Moravie, où ils fondèrent des établissements communistes, sorte de couvents pour les deux sexes réunis.

Leurs fondateurs furent Hutter et Gabriel Scberding, — disciples de Stork.

Gampanella devait s'inspirer d'eux un jour.

Ces deux illuminés imposèrent un joug de fer 'à leurs partisans. Mais l'austérité ne put leur être infligée qu'au prix de leur liberté individuelle, et bientôt un grand nombre de frères moraves se détachèrent de cette asso* ciation abrutissante. Les vices inhérents au système communiste firent le reste. Le vol, l'ivrognerie, la luxure , rongèrent les établissements de la Moravie. En même temps, la jalousie avait été une cause de discorde entre Hutter et Gabriel Scberding, les deux grands-prêtres anabaptistes; ils s'étaient disputés, puis séparés,

pois anatliéiaaiis^. De là deux cMnpe, denx partis. Les socialistes ont de la propension à se diviser et à devenir égorgeurs les uns des autres.

Hutter, qui s'était retiré, ayant été répandre le poison communiste en Autriche, fut pris et mis à mort. Son compère , resté seul , alla fonder de nouvelles cokmies communistes en Silésie, qui n'eurent pas un autre soo* eès que toutes les fondations de ce genre.

Cependant, la religion anabaptiste n'était point détruite ; les protests^ons de Martin Luther étaient impuis* santés à vaincre les nouveaux sectaires. Cela se conçoit aisément. Après avoir déchaîné le mal, Luther n'avait ni le droit ni la puissance d'en arrêter les effets. La même liberté qu'il avait invoquée con^ FËglise pour se séparer d'elle, les anabaptistes l'invoquaient contre lui pour ne pas accepter son autorité. Et de fait, quand il avait livré l'Évangile à l'interprétation de la raison humaine, il &'avait pas à s'étonner que la raison conclût à une autre interprétation que la sienne. Ses emportements con** tre tous ceux qui se séparaient de sa réformation étaient donc profondément ridicules.

Ceci montre combien la division est au fond de toutes les révoltes contre l'autorité ! Procédant du doute, quoi qu'ils en aient pu dire, les réfonnatem*s du christianisme au XV1° siècle arrivaient fatalement au doute. Le mal a des conséquences inexorables. Ses pentes sont inflexibles. C'est ainsi que le socialisme nous

condiiit au coEûmuniaoEie, de mêiBe que le pTOteeUatip^ ae Qous conduit au matérialisme parle 4eute, — oe dissolvant de toute croyance.

Au jBurplua, Luther, avant de se mettre sous la proteotion des puissants de la terre, les avait flétris, et avait ind^ué lui-même la conséquence politique qu'on n'ai* lak pas manquer de tirer de ses théof ies religieuses :

« Les princes, avait-il dit, servent à I>ieu de licteurs et de bourreaux; ils sont, presque tous, ou les plus grands des imbéciles ou les plus mauvais des débauchés. »

La Réforme était entraînée, par la force même de ses principes, à r^ivers^ toute espèce d'autorité.

La Réformation, comme aujourd'hui le socialisme,* manqusât d'unité. Ses chefs étaient affreusement divisés. Us vivaient dans la haine les uns des autres, ne s'épargtfnaieht aucune injure, et ne cc»isentaientà se faire mu» tuellem^it aucune concession.

Leur polémique, toute remplie des outrages les plus bas et des plus indices violences, trahissait, comme celle de nos socialistes entre eux, la fureur de l'envie et la rage de l'impuissance.

La presse, au début de sa carrière, était déjà ce qu'on ne l'a que trop vue malheureusement depuis : outrageuse, vénale, sans dignité.

Notre ^oque rappelle ceUe->là. C'est la même licence, la mène mauvaise foi, le même dévergondage dans les idées.

« Jamais on ne vit rien de plus séditieux . ni de plus licencieux, dit un contemporain (1). On met le feu à la maison pour consumer les ordures. Le peuple secoue le joug des supérieurs et ne veut plus crpire à per*' sonne. »

N'est-ce pas là le douloureux spectacle qui s'offre à nos yeux? Les honnêtes gens étaient tremblants devant le déchaînement de ce dévergondage ; ils étaient « au milieu de ces démagogues comme Daniel dans la fosse aux lions».

Gomment eût-il pu en être autrement? Les paysans insurgés avaient commencé par adresser des demandes équitables et modérées; mais bientôt ils avaient écouté les sanguinaires discours de Mttnzer, que nous avons v» prêcher Tégalité absolue, le travail manuel obtigutoire pour tous, et la communauté des biens.

« L'heure des méchants est venue, s'éciHiit Mttnzer avec la fureur du fanatisme révolutionnaire ; — en avtttit, que le glaive ehaud de sang ne refroidisse jamais.' »

Horribles paroles! atroces provocations! voilà bien rétemel langage des révolutionnaires, des socialistes de tous les pays et de tous les temps !

Cependant, l'idée luthérienne continuait à jeter Tanarchie dans les esprits, les entraînant vers le rationalisme^ conséquence orgueilleuse du protestantisme, comme rindiflTérence en matière de religion.

(i) Ërasme.

C'était le développement de Thérésie d'Axiu» et de rhérésie de Pelage.

La soeiété était tourmentée par le doute; beaucoup d'esprits ne tardèrent pas à tomber dans le matérialisme, plaie dévorante qui ronge encore le monde à cette heure.

Lé cynique Rabelais, matérialiste audacieux, -vint £aire Tapologie de la jouissance, sanctifier les sens, la matière; attaquer Tordre socia), toutes les croyances, la religion, la science, le sentiment; faire Tfl^ologie de tous les désordres, de toutes les anarchies, de tous les sensualismes.

Tel fut, dans le monde moral, le résultat du protestantisme. Il ôta au christianisme son sublime et divin earaclère ; il airacba les saintes croyances du cœur de l'homme ; il entraîna la société civile au matérialisme et au néant, et poussa la société politique à la révolte con* tre toute espèce d'autorité, à l'anarchie, au commu* çisme.

Et, tandis que ces affreuses théories fermentaient dans les têtes, les anabaptistes, soulevés de nouveau à la voix des sectateurs deMtinzer, essayèrent de traduire en faits les conséquences dernières de la révolte religieuse.

Leur nouveau chef, Jean Mathias, boulanger, disciple de Melchior Hoffmann, Tanabaptiste hollandais, avait embrassé la religion nouvelle pour pouvoir répudier sa femme légitime et vivre dans le concubinage avec la fille d'un brasseur. Rapprochement bien digne d'être constaté : dans le même temps et pour le

même motiC, Henri YIII^ roi d'Angleterre, répudiait sa femme, Catherine d'Aragon, pour Anne de Boleyn, et se séparait de l'Église , qui n'avait pas voulu prêter une main complice à ce scandale ! £t voyez quels terribles résultats ces deux événements, — l'amour adultère d'un boulanger et Tamour adultère d'un roi, — eurent sur les destinées de l'Europe et du monde chrétien!... Jean Mathias révolutionna de nouveau l'Allemagne, sur laquelle il souf&a le communisme; Henri VHI, tyran san« guiuMre et libertin, jeta sa patrie dans les erreurs du protestantisme, — tout en feignant de rester catholique.

Mathias le boulanger était un intrigant qui ne manquait ni d'audaee ni de faconde. Il avait cette éloquence populaire qm, bien que tr^ éloignée des formes littéraires, n'en est pas moins, jusqu'à un certain point, séduisante par son abondance, sa chaleur, sa fougue entrsunante et le pittoresque de sa diction.

Mathias prit le nom d'Enoch^ à l'imitation de son maître Hc^hiann, qui s'était intitulé Elie\ — puis, cet acte de haute modesde accompli, il se nonuna douze apôtres, qu'il diargea d'aller répandre parmi les nations la théorie de l'anabaptisme et du communisme. 11 avaitété l'un des auteurs de Févangile de cette secte, livre infâme, première et sensuelle parodie du saint Ëvangile du Christ. On y prêchait :

La venue du Sauveur avant la fin du monde ,

L'extermination des puissants de ce monde par le fer et k flamme;

Lft déchéance des tmigistrstA ,

L'égftiitë absohie,

La communauté des biens,

Et la pluralité des femmes.

Les complices de Mathias allèrent porter pcrtoot leor mystici^ne démagogique; ils parvinrent enfin à s'oonp»rer par la ruse de ta ville de Munster, — capitale de ht Westpbalie. Ils en chassèrent les magistrats, pour se me^ tre à leur place, et commencèrent^ comme jadis Mtopzer à Mulhausen, à mettre h exécution leur rêve politi-» que , social et religieux.

A la tête de la république communiste de Munster se distingpaient : Rotbman, ancien prêtre catholique, puis ancien pasteur luthérien, puis ancien partisan deZwin** gle , piuîs enfin anabaptiste , esprit capable , puissant ora^ teur, mais homme immoral et versatile , sans oonscienee , n'ayant ni la dignité de son talent ni la majesté de^sa seience, intelligence de premier ordre tombée dans Tavilissement, dans les égouts de la démagogie : nouvel exemple que la capacité ne suffit pas pour réussir quand elle n'est pas accompagnée de la probité dans le carac* tère et dans les convictions !

Puis Knipper-Dolling, bourgeois orgueilleux , instruhm^t grossier dans des mains habiles, persuadé qu'il é* tait très supérieur parce qu'on le lui disait pour mieux se servir de lui ; dupe se croyant doué d'une grande rouerie, en somme maladrcnt; sacrifiant à Tambition vulgaire de devenir chef d'insurgés le repos de sa famille.

le salut de sa personne et le calme de sa oei^aeienee.

Puis enfin , de tous celui qui devint le plus oél^re , Jean de Leyde.

Son véritable nom était Jean Bocold* Il était hôtelier dans la ville de Leyde.

Il avait reçu une certaine éducation dans sa preroièare jeunesse; il en abusa pour prendre un détestable injure sur les masses. Répudié par son père, riche bourgmestre en Hollande, il avait ^ousé la fille d'un pilote. Sa maison ne tarda pas à devenir une sorte de club oti les jeunes gens les plus exaltés se réunissaient pour écouter les productions du poête-hôtelier. Là les têtes se montaient; on s'enivrait de brûlantes paroles de révolte et de haine , en même temps que de liqueurs alcooliques. — La demeure de Jean de Leyde servait également de lieu de rendez-vous à la débauche : — honte qui n'est pas rare parmi les insulteurs de l'autorité.

Avec son éducation manquée, l'ardeur de son ambition et l'audace de sa vanité, Jean de Leyde offre le type, connu dans toutes les révolutions, de ces jeunes gens impatients de bien-être, mais sans vertus, sans résignation, sans austérité de mœurs, qui, incapables de s'élever dans une société régulière au rang que leur eussent laérité leur intelligence mieux cultivée et une vie différente, se vautrent coipme à plaisir dans la démagogie, dominent la populace trompée de l'ascendant de leur parole et deviennent les chefs des insuiTections.

Jean de Leyde ^t.un homme à payons brutales.

ardent è la poursuite des jouissances , supérieur à sa profession par ses capaoilés, inférieur aux artisans par sa paresse, son immoralité et son orgueil.

L'anabaptisme promit à ce débauché un moyen facile d'arriver à la satisfaction de ses goûts ; il TembrassaaTec une fureur délirante. Il chassa sa femme, et vint ensuite en vainqueur à Munster. Il se donnait alors comme prophète, et, lui aussi , se faisait appeler Ètie. — Il était accompagné de Mathias. Après en avoir imposé à l'ignorance de la multitude par des prophéties, de faux miracles, de prétendues révélations et de terribles menaces, — les deux sectaires, devenus maîtres de la ville, y organisèrent la terreur. On vit des foules de catholiques , hommes , femmes , enfants , vieillards , chassés , menacés dans las rues aux cris de :

a f^e nouveau baptême ou la mort ! »

Ou LA MORT ! tel est Tétemel refrain des démagogues I

Munster ne tarda pas àofirirleplus indigne spectacle. Les cérémonies du culte catholique furent parodiées dans de hideuses mascarades . L'athéisme profanait la religion : c'était le carnaval du socialisme.

Tout ce qu'il y avait d'honnête et de modéré à Munster s'était enfui ou avait été assassiné.

Les brigands démagogues étaient restés maîtres souverains de la place. Les églises et les habitations particulières Airent pillées , tout fut dévasté. Le communisme inaugura son règne infâme par la destruction de tout ce qui était art et poésie. On brûla les tableaux et les bi-

bliothèques; les vitraux précieux, les statues, furent brisés : c'était le vandalisme démagogique dans toute son horreur. Cette pauvre cité était devenue le théâtre de toutes les monstraosités que le crime puisse enfanter.

La littérature , les arts , la science , furent officiellement bannis de la république.

Il est bon de remarquer que partout Tesprit révolutionnaire est le même ; c'est toujours le même fanatisme , les mêmes ruines. Tout ce que nos pères ont vu en 1793 se passait à Munster en 1535. C'était le même gouvernement, despotique et sanguinaire dans ses actes, avec des paroles de liberté et de fraternité; c'étaient les mêmes saturnales, l'espionnage encouragé, la délation récompensée, la mort pour ceux qui possédaient quelque chose, — et, au milieu de tout cela, l'anarchie, la jsflousie, la haine entre les chefs.

Mathias avait usurpé la dictature sous le nom ndicule de premier prophète inspiré.

Tombé , dans une sortie, au pouvoir des ^piscopaux qui assiégaient la ville communiste , il fut remplacé au pouvoir suprême par Jean de Leyde.

Ce jeune débauché se fit nommer roi de Sian^ se donna une cour pompeuse, et fournit l'exemple de la plus ignoble luxure au pouvoir. Il avait greffé la polygamie et la communauté des femmes sur la communauté des biens , dès le principe proclamée et mise en pratique.

c< Une de ses dix-sept femmes vint à douter de lui ,

il la (Ucapita.de aamsin aiiHHliea des seize antpes, prosternées et diafttant d^. cantûpiés (1 ). »

Les. d^beuchéa de la ville ne manquèrent pas d'imiter Texemple donné pas le» chef; la psostitiUioa devint la pubttque occupation^ de la communaaté ; les mares qui refusèrent de livrer leurs enfants, les jeunes filles dont la pudeur a^ révolta cçntse ce libartinage ei&oyable, f^I:entc violentées, cpielquefois raâme mises à mort.

En un mot, o'étaititeisègne dégoûtent damatââalisme^ de la bestialité, de la barbarie.

Toutefois, Jean, de Lejuie Qe put détruiiie la religion, lapropviâtié eL la ftamilte, sans opposition. H y eut des pèiieflk q«i Fsftisèrént. de la>66ec leuxa ^les à la merci des libettios,; — • la.mocale(cbréUenne.,la famille, la société, oi;$ra0éea» trouvèrent quelques héroïques défenseur, liais ils tombèrent bientôt, martyrs de cette plus sainte de8kCattS08» Us furent maasaoréa par les ccmununistes; leurs cadavres furent déchirés en morceaux et trmnés <1aiw.l0S rues par les socialistes, av^ec ces hurlements sanvagesi, oestiiires fénoces, ces cti&barbares, don^laFsanoe retentit dans les jours de la terreur.

On raoente que leaa de Leyde , ivre de. vin et d'ûapudiquet viotaptés , s'arrachait parfois des bras de ses conqubio^fl pour venir massacrer hii-mème qu^lcpie nuKbkAt quelque, résipiitffiiiatf 6, de saptopre main. H aîmili)r dMiS^aottideiSCM^ d^eampge, àipjonger son bras

im dang Id ventie ouvert et saDglanides victimeS) à joner avec leurs entrailles chaudes et leur cœur palpitant en** core, conune font le tigre et la hyàneauK anunaux qu'ils vont dëvoraF*

Qufii se.farouve de tels monstres panni lefthonfmes., Toîlà ce.que Vou ne comprend: pas* L'esprit humain recule épouvanté devant taat de soélëratease.

Ah } que les^oommumstes disent, s'ils le veulent, que nous scMnmes /ai ennemù du progrès et tk l'kumanUé; qu'ils nous outragent à leur aise; mais nous netee8SQBeiia.de dire aux peuples que le matérialisme sodaUste est k route de la barbarie, et qu'il nous mènerait tout droit à la sombre et dure agonie dea empijrea qui ont pendu, l'espérance avec la foi I

Jean de Leyde s'était mis au-dessus du oommun des mortels , loi et toua>les membres de sa couv , et par apn luxe et part ses. crimes. Il rendait la justice et appliquait lui-même la sentence , qui était ordinairement la mort. Ensuite il oidonnait des danses taeries autour, des cadavres de aes victimes.

Le poète de Leyde était devenu le plus cruel de toutes les bêtes féroces de Munster.

VoUà le résiitlat de l'application du camn)uniame ! . . .

Enfin, Jean de Leyde et ses complices, assiégés par. Tévéque de Munster, fuvent vaincus; la ville âii prise d'assaut; Jean de Leyde, fait prisonnier, péi^tdasa les supplices. — U n'avait pas vingt-sept ans.

Jean d6 Leyde avait yainement attendu des secours des communistes-anabaptistes de la Hollande. Ceux-ci avaient tenté une insurrection à Amsterdam, ils avaient massacré quelques soldats et s'étaient emparés de oei^ tains points stratégiques ; mais leur exécrable complot avait échoué, comme plus tard échoua à Paris celui de Gracchus Babœuf . Ils ne purent assassiner les principaux habitants , décréter l'égalité absolue, le partage des biens , le nouveau baptême et la communauté des femmes, comme ils se Tétaient promis. L'insurrection fut étouffée la même nuit (10 mai 1535).

Le communisme, chassé de la Hollande et de la Basse- Allemagne, ne fut pas encore anéanti. Le mal eai dans l'humanité.

Les doctrines des anabaptistes franchirent la Man<Ae et passèrent dans la Grande-Bretagne; elles enfantèrent là le puritanisme , qui devait engendrer une république militaire et religieuse.

Débarrassé de l'anabaptisme, la religion catholique resta encore en présence du protestantisme, qui avait déchaîné l'impétueux torrent de ces passions révoltantes.

Voici les principaux chefs de cette secte des anabaptistes :

• Melehior Hofibiann , — mourut en prison à Strasbourg.

Jean Tripenmacher, — périt en Hollande sur un bûcher.

Jean de Leyde, le pins fameux de tous, que nous avons vu nommé roi par les anabaptistes et qui avait établi la polygamie, périt avec Knipper-Dolling etKrechling, ses conseillers, dans les plus affreux supplices, après avoir été montrés tous les trois dans des cages de fer (1536)é — Leurs cadavres furent replacés dans ces cages après l'exécution, et y restèrent, suspendus à une haute tour.

En Hobgrie et en Moravie, les anabaptistes eurent le même sort*

En Angleterre, on les laissa plus libres après les premières persécutions. — Les Quakers peuvent être, jusqu'à un certain point, regardés comme les descendants des anabaptistes anglais.

Leâ modernes socialistes qui infestent la France se sont très évidemment inspirés de Tatroce démence des anabaptistes.

C'est là que MM. Louis Blanc et Pierre Leroux ont été chercher l'idée de confondre le pouvoir l'eligieux et le pouvoir politique ; c'est là encore que Fourier a pris la pensée de faire de la terre un paradis matériel; le culte deja chair, prêché par les saintHsimoniens, était en honneur à Zolicone et à Munster; — enfin, toutes les turpitudes, toutes les folies, toutes les débauches, que nous prêchent les socialistes du XIK* siècle , étaient préchées et traduites en odieux faits par les anabaptistes.

— iSO —

Ces eberrations firéBélif|aes s'enchatneat loiftes les unes les autres eomoiie des «tineaut maudits ; le»inœurs, les folies, les crimes, des socialistes de ce temps^là, ont été renouvelés par leurs successeurs dans la iroîe d'iBi-* quité, et ne manqueraient pas de Tétre enc(Mfe p^lios adversaires s'ils avaient un moment le dessus.

Les modernes sectaires du socialisme se'so'ntlnsj^rës de leurs devanciers; leurs écrits respirent le mém^^es^ prit que celui qui domine dans la République de Phton, dans la Profession de foi de Zolicone et dans «le liwe du Rétablissement,

Les anabaptistes eubc-mémes avaient renouvelé toutes les horreurs commises autrefois (lS18)>par les Jacques^ ces autres adversaires de la propriété, qui « attaqiMBat les châteaux, les brûlaient, massacraient lemns babî^nts, accablaient leurs prisonniers d'outrages et de tortures, violaient les femmes, brCdaient les enfants n.

Car partout les «nnemis de la propriété s&resseinblent.

QueUe meilleure preuve en voudrait-on que de-lnet-* tre en regard'de ces atrocités les crimes commis par les monstres-forcenés de la Terreur, en 1793!

Voici les chifires approximatife des victimes de ce temps de brigandage, que les Républicains rouges^ les Ré» publicains sanguinaires, les Répiddioains logiques, espèrent nous ramener :

Ces chifirçs ont la douloureuse' éloquence du martyre.

On compte, et c'est un Républicain lui-même qui en

a fait le relevé, 1B,613 gtiiQontinés pendant UiTélMar»

savoir ^

Ci-devant nobles. ' i,î78

Femmes id^n 750

Femmes de labonrenrs et d'aiftisims. . . 1,467

Religieuses 950

Prôlares 1,185

HommiM non nd)le6, de divers états. . • 43^83

<Éli< m.

Total 18,618

Femmes mortes par suite de oôuehiNi pté^

maturées 8,400

Femmes enceintes et en couches. . . . 848

Femmes tuées dans la Vendée 45,000

Enfants idem '22,000

Morts dans la Vendée 90,000

Victimes aous le proconsulat de Carrier, à

lofantes 89,000

dont : Enfants fusillés, 500. -«-finfontsiioyés, 1,500. — Femmes fusillées, ^64. — femmes noyées , 500. — Prêtres fusillés , 300. —Prêtres noyés, 460. --Nobles noyés, 1,400. — Artî- SMfis noyés, 5,300.

Victimes à Lyon 3i,X)00

n n'est pas cpiesiion ici des massacres , des égorgements, noyades et fustlkides de Versailles, des Citrmes, d'Avignon, de Toidon, de Marseille, etc.

Tel est le lâche i^iectacle de l'assassinat des femmes et des enfanta, que seule la République terroriste de Paris adonné au monde 1 — N'oublions pas que la moderne Blontagne et les démocrates socialistes dont nous exposons les idées acceptent la solidarité de ce temps cala* miteux, en outragent les victimes et en glorifient les bourreaux. Cela suffît pour les condamner et pour frapper de la malédiction du peuple leurs princ^es et leurs traditions.

Cependant, tandis que les anabaptistes tentaient par les armes d'établir la communauté, un phtlosc^be anglais , du nom de Thomas Morus , publiait, sous le titre à* Utopie^ un ouvrage qui fit grand bruit, non pas à cause de l'attrait qu'offirait aux imaginations trompées la société idéale inventée par l'auteur, mais bien en raison des vigoureuses, incisives et quelquefois saines critiques qu'il renfermait contre les abus de son époque.

Que Thomas Morus, chancelier du roi d'Angleterre, fût réellement comitmniste, c'est ce dont plusieurs ont douté ; mais ce qu'il est impossible de ne pas reconnaître, cNest qu'il fut très utile à nos socialistes modernes, car c'est chez lui que plusieurs d'entre eux , et principalement M. Cabet, ont été prendre leurs systèmes de régénératiQU sociale.

Thomas Morus critique avec la plus grande amertume la propriété individuelle; ces passages de son livre sont empreints d'une violence passionnée; ses Réclamations

ont servi de modèle à tous les socialisles qui se sont pro* doits depuis, et le nom de son livre est resté à ce genre de tentative.

Nous expliquerons les moyens d'applioalion de M. Cabet, plagiaire de Thomas Morus; — aussi bien est41 inutile d'entrer ici dans ces détails.

VUtapie est un pays imaginaire comme 17carte.

Comme en Icariot le luxe est inconnu en Utopie. Le travail est commun à tous ; il y a un uniforme pour tiras les associés. -* On mange tous ensemble. Thon^as Morus conserve les belles^Ièttpes , les sciences, et principalement la musique.

Il y a des hôpitaux pour les malades; — nul ne peut être soigné à part.

Uest défendu à tout communiste de T Utopie de voyager sans la permission des magistrats , car, et cela est bien remarquable, tous les faiseurs de systèmes socialistes s'arrangent toujours de façon à supprimer d'une ma* nière ou d'une autre la liberté individuelle !...

Thomas Morus prétond qu'en Utopie , la fiuniUe est conservée y mais le divorce est parfaitement admis; ch»* que famille doit avoir le même nombre de personnes ; ceUe qui compterait plus d'un certain nombre de membres serait obligée de déverser ce trop-plein dans une famille moins nombreuse.

Ce sont les magistrats qui opèrent ce transvasement selon Itors caprices. — Thomas Morus appelle cela eonr

wrv0f >h faiftffle. M. 'Pierre Leroux a oommis'Ie «mét&e abus de luigage.

On le voit, toujours cette institution de la faoaiHe eét tellement liée à celle de Iaproi»4ëtë que«eux qui détruisent Tune ne peuvent s'èmpècher de porter â4iteiiile à Pautre , directement ou indirectement.

Gomme àLaoédémone et dans Vue deCrète^ ily k des esclaves >en Utopie; ils sont recrutés pamMescondon* fiëeet les prisonnieiS'deffuene.

Les freines msocié» qui reftisent de traveiOer^fiour la oemmunauté-et conmie il codvient iaux -ladagistrate iHo* pistes sont réduits en esclavage, — nouvelte atteinte à la liberté individudle, à k spontanéité de rfaeeime I

Ce système social renferme tous les défauts des< autres productions de ce genre : c'est toujours i^homme plongé dans la servitude; rindépendance-personnelle opprimée \ le citoyen réduit à Tétat de machine, debète de somme ; FÂme étouffée, engourdie, <énervée; — despotisme « anarchie , matérialisme.

La politique étrangère de l-ile de VD tapie n'est pas moins hideuse que sa constitution sociale.

L'aiigent, qui est méprisé dans File, sert pour corrompre les diplomates étrangers , pour encourager et saiarier^es querdles intestines et les guerres civiles dans les autres pays. C'est la politique de la ruse, de la^ perfidie , -de l'injustice, de la force. Rien de plus immoral qtte<Mitte pelitiqueartificiease. C'est celle de l'Angleterre protestante.

Tel<estle Ëyre derG/())n>. AJotit<H^ magteMts

ofâmaifes «'appellent syphograntes ou phiUirques ; queutes magistrats supéiieurs s'appellent prctophUarquesm^im^

En ceci les socialistes du XIX"* siècle ont enoote hnité Thomas Morus, en inventant des mots bizaipies pour designer lesr^oses les plus simples.

'Wtopie amusa , dès son apparition , les représentanis du principe autorité ; nul d'entre eux ne vit le danger caché dans cette fantaisie. Ils ne soupçonnaient pas que, quelques années plus tard , leà anabaptistes allaient m6* 1er ces prmdpes subv^tifti à leurs idées religieuses ^t ofirir à l'Europe le spectacle d'horribles scandales.

En scmime^ Thomas Morus exerça une'acti^n fUDieste dans le monde par la publication de son Ihrre.

Que^ dans les invectives de Thotnas Morus c<lntfe 4a société de la Grande-Bretagne, il y eât, è trai^tsm ^One foule d'exagérations , certaines critiques qtli ne >ttianquaient pas de justesse, cela est bien évident. Que les misères des classes laborieuses signalées par lui «oient aussi vraies que poignantes, qu'eQes l'ai^t été encore davantage dans son temps, cela est encore certain. *Et nous n'aurions que des éloges à prodiguer à son indé*^ pendance s'il se fùx contenté de dgorier les dMW , ^ flétrir l'égoisme et d'élever une voîxealme, pacifique, généreuse, en faveur desouffirances horribles et imméHtées. Rien de mîei:a; nous l'applaudirions de toutes nos forces : car, nous aussi, nous scamiesde^eux qui^dmeat ar^

<lenmient nos semblables, de ceux qui prêchent la diàrité évangétique, la fraternité chrétienne. Mais Horus dépassa ce but honnête ; il attaqua les fondements mêmes de l'ordre social, et fournît des inspirations aux anarchistes.

Ce ne fut qu'un siècle plus tard qu'un écrivain , Cam» paneUa, vint continuer l'œuvre de Thomas Moms, et, exagérant encore les principes développés dansTUtopie, prêcha le communisme radical tel que les anabaptistes ^e Munster Tavaient pratiqué.

Thomas Campanelia, dominicain, publia un ouvrage communiste intitulé : La Cité du Soleil^ dans lequel il se déclare partisan du despotisme et de l'anéantissement absolu de la Famille.

Nul , autant que Campanelia , n'a méconnu les lois de la nature, les besoins de l'âme humaine. Moine, il veut faire du monde un immense monastère. Il prescrit la pauvreté générale; et absolue.

Gomnre plus tard lessaint-simoniens, il veut un chef, souverain pontife, père suprême, un pape de contrebande, ^une contrefaçon ridicule, qu'il appelle Soleil.

Comme Platon et Lycuigue, Campanelia veut la com« munauté des femmes : car il a compris qu'il est impossible, d'arracher le sentiment de la propriété du cœur de l'homme , si auparavant on ne l'a pas dépravé au point de le détacher de celui de la famille. Il confesse que, tant que l'homme aimera sa femme , ses enfants , son père et sa mère , il voudi^a travailler pour eux , non pour les autres , et qif il sera attaché à la propriété.

Rien de cynique , rien d'inunoral, rien de dégoûtent, comme son système de Y accouplement des sexes sous la direction tyrannique de ses magistrats. Platon est dépassé.

Ce n'est guère la peine d'ajouter que chacun est dbligé de travailler manuellement; que les repas se prennent en commun : — c'est toujours et partout, chez tous les écrivains communistes et dans toutes les écoles , les mômes moyens, — le même esprit, les mêmes erreurs.

Comme de nos jours M. Pierre Leroux, CampaneHa s'égare dans les brouillards d'une métaphysique incom* préhensible^

La maladie socis^ste offre les mêmes caractères chez tous ceux qui en sont atteints. Ils ne s'arrêtent plus dès qu'ils ont rompu avec la raison, ils se perdent dans les mêmes routes de Terreur.

Il y a très peu de différences entre tous ces systèmes. Les uns prennent pour base de l'émulation la peur des châtiments , comme Thomas Morus ; les autres le fanatisme impossible du devoir, de la fraternité, etc. ., comme Campanella, M. Louis Blanc et d'autres.

On ne fit pas attention à La Cité du Soleil de Campa^ nella de son vivant; mais ses déplorables doctrines ont été exhumées, depuis, avec enthousiasme par les socia^ listes : nous avouons qu'il était digne de cet honneur.

Son communisme est assez radical , assez despotique, assez impudique^ pour qu'il ait mérité que les ennemis de la propriété et de lafamiUe lui aient décerné leurs honteuses couronnes.

lia cMliimnftDté ne pouvait manqnérdè trouver des partisans dans ce XVII («siècle où la débaucte de l^es^ prit Apparut dans toute sa vigueur, dans toute soïi audace.

Le XVIH» siècle eut te tort de propager cette idëe, que )%ntiii{uité grecque et româineëtait un temps très rs^lr table et le type de la plus haute civilisation à laqudle rbumanité puisse jamais atteindre.

La |d)ilosopfaie de cette époque fM;'matérialisie, et par CCAxsëquent ennemie du Christianisme. Le dëtrube devint le but.de tous ses efforts; elle le tenta par tedëtsme épicurien de Voltaire, par l'athéisme de Diderot, parles tristos'adorations de Rousseau pour l'état sauvage , par le scepticisme de Bayle, parles critiques de^Bolingbroke, par les attaques contre la propriété dirigées par une foule de publicités, attaques enveloppées d'un sentimentalisme^humanitaire chez Jean<4)acques , exposées avec mi cynisme ju8que4à inconnu par Brissot de WarriUe, que les événements rendirent plus tard célèbre.

Mais si, de tous ces hardis démolisseurs , il n'en est pas qui se fussent positivement déclarés communistes , car h plupart critiquaient sans conclure , avant eux , Morelly et Mably avaient osé prêcher là communauté.

Mordly , comme Platon et Gampanella , continuateur de Lycurgue et de Platon, composa un roman socidiste qu'il appela Iles flotiantes , ûu LaBasiliade (1753).

Cet ouvrage , dans lequel il préconise une 'société vivant sous les lois du communisme , ayant été l'oi^ des

— iS9 —

attaques Jea^dus -me», Morolly publia /deox «aMa^j^lus ttffd, en^Mponse aox défenseurs de la propriétié, »«b autre li^)^HutituIé Cède de Ui Nature ^ àBjas^i&^pA il Té* sunm oés idëes iqu'il avait prônées Mmine M»*originalôs^'bientqu'il les eût prises dans la tradition funesle, torredt impUr dont nous avons rapidement remonté 4e cours.

Toutefois, plus hardi que ses devanciera, Morelly, pour donneur Une l!lëse'mérale au système, ^nia rés^» ment les sentiments les pltis'lntiines^u eœurdeyiiomiaB. Il nia que l'homme ait en lui Pamour de soi, «^«enti^ ment naturel, nécessaire^ sa propre conservation, dotti l'exagération 'is'appelle égolsme, mais que tempèrent la raison, k toorale , la pensée de Dieu.

Gotnme Fouif«r,'Morélly^légitime Doutes tes passais. — C'est la tendance générale des malérialistes , des i^ formateurs socialistes.

Le péché origind, d'après Morelly, est une pdre fiction. L'honune mtt parfait des Inains du Créateur; c'est la société qui le déprave, c'est la propriété qui le rend pervers.

Les mordistes, les législateurs, les hommes» veligîeuK, qni ont méconnu cette vérité fondamentale, sont des fourhes, des médiailts, des empoisonneurs publics. Il n'y a qu'un vice, l'avarice; détruisez la propriété, vous détruisez l'avarice. Plus de cause, plus d'efiet. — H. Prottdhon, qui se prétend si neuf, si hardi,- si original ,*ti' SpôHé tout c^a.

Danâ bt société tdle que la comprend Minndly , la propriété individuelle est abolie, comme cben M. Cabet; tout citoyen est fonctionnaire public, comme ébez H. Pierre Leroux; tout le monde travaille selon ses forces et ses talents, et les devoirs seront r^lés làdessus, comme chez M. Louis Blanc; les produits sont répartis, comme chez Thomas Morus; toutes les pas* sions doivent être encouragées, comme chez Fourier; enfin, ses décbmiations contre l'ordre social se retrouvent dans tous nos démolisseurs modernes, et s'étaimt d^à produites avec plus ou moins de violence chez les démolisseurs qui l'avaient devancé dans la lice.

Gomme après lui Rousseau, Mordly ne veut paa qu'on parle de Dieu aux enfants avant qu'ils aient atteint l'âge de raison; l'Emile de Jean-Jacques est, à certains éfSBJtdSj la brillante traduction des élucubrations de Horelly.

L'oif[anisation du travail, les lois, les décrets de Morelly , égalent tout ce qu'on connaît daûfis ce genre.

Comme qudques»uns, les plus inconséquents des corn** munistes, — Morelly conserve la famille et le mariage, mais il autorise, il encourage le divorce.

La tendresse sociale est obligatoire. -*- L'homme, étant créé bon, et n'étant plus dépravé par l'infifane propriété, aimera tous ses frères avec idolâtrie.

On ne reconnaîtra d'autre religion que celle de la Divinité ; — c'est le culte de l'Être suprême de Robespierre, c'est le déisme vague et sentimental de Rousseau.

Horelly interdil les sciences et ks arts, he frère associé est attaché à la terre; on étouffé son âme , on dégrade son intelligence, on en fait un stupide anifbal.

Tous les ocwununistes se ressemblent , et ces détails deviennent fastidieux. Passons vite.

L'organisation politique de la conununauté de Hordly, on la connaît déjà. Chacun est fonctionnaire à scoi tour; c'est l'égalité absolue organisée. Rien ne manque B^ bagage ordinaire de tout bon socialiste.

Les lois de Morelly ne sont pas douces , surtout à l'égard des scélérats qui auraient l'audace ie prononcer le mot exécrable de propriété. Celui qui aura parlé de cette chose détestable sera enfermé vivant et pour toute sa vie dans un affreux tombeau, a comme fou furieux et ennemi de Vhumanité ». Les enfants et autres parents de ce grand criminel quitteront son nom , désormais déshoncHré par le plus grand des forfaits.

Tel est le sort exécrable que messieurs les communistes réservent tous, sans exception, à leurs adver* saires , si jamais ils triomphent.

Malgré leur peu de modestie , ils avouent ioaplidtement, par les tortures qu'ils inventent contre ceux qui ne voudraient pas se soumettre à leur régime , qu'ils prévoient qu'on leur ferait une opposition dangereuse s'ils réussissaient à s'emparer un moment du pouvoir. Ceci démontre encore une fois le peu de cas qu'on doit kive de leurs protestations pacifiques et de l'affectation de leur respect pour la libertés

n çst également prouvéque ces tyrans ne sont pas de bonne foi : car, s'ils étaient sûfs de faire le bonheur de rbamanité, comme ils le disent si haut , ils né pren<^ dniânt pas de semblables précautions contre lès récalcitrants , car ils n'admettraient pas qu'il pût y en avoir. -Effectivement, qui serait assez insensé pour ïefuser de viv]% soUB une législation qui ferait de la terre un pafadis?...

Cette nécessité des châtiments , qu'ils reconnaissent indispensables, est une protestation d'eux-mêmes à euxmêmes. Si le communisme ne peut s'étâ^Mr par le consentiement unanime , il froisse donc la liberté humaiiie et «nos sentiments les plus chers? La propriété est donc un droit et un besoin nature? Puisque vous faites des lois pénales d'une sévérité inouïe pour nous forcer à travailler en commun, c'est donc que <nous tie le voudri(ms pas dé cette façon et en dehors des justes conditions que nous trouvons dans la société actuelle , c'està-dire avec l'assurance de toucher le pril de nos peines et d'en pouvoir disposer sdon notre volonté? Vous comptez donc bien peu sur le charme qu'on trouverait dans votre société, que vous inventez d'affreux supjdices pour ceux qui seraient tentés de s'en affranchir ? — Allons, en vérité , vous n^êtes pas forts , vous n'êtes pfias plus forts les uns que les autres ; mais vous êtes despotes et corrompus au m^e degré.

Le ton s^tencieux de Morelly, son orgueil , sa présomption étroite , son absence de toute pudeur et de

fdflte modestie, oat ëvidemaieiit servie mod^ i Vhisop^ïteble 6t 'Irimplnlle GutreonidaEÉee de M. Louis Bh&c. Tous deax se dëelarent juges et iateittSileB wféc le îDSiDUB ttptomb ; Mcrelly nnàll daHs Vhumanùé "en M. Leuiis'Bhiic, — comme difsit If. Pierre Leroux, — avec toutefois cette différence grande que, dans rhj{K>tbèse de M. Pienre 'Leroat,il y *& amélioration 'et progrès dtins iarénaissaoSce, tandis ^e , dans la nAtffe,'4ei il y a lAttaidissement et décadence.

Entre Morelly et OiUcchus fiaboottf on trothremti bistârién, Ifakbly, qafi,4ui ailssi, Vint Mionner sofa ooup de pied dfe socialiste à la propriété.

Ilu'a fait que<repiodaire, dans ses Doutes >iur ftffire natutel et «fi^nfltfZ'iitf Ja«o(^(é,'IeB'oritiqaes exqgéito de tons -ses <letancierB'eolitre l'oi^re soeudet leurs pftoives arguments en 'faveur de la vie en commun. -^ iLa propriété est la source hideuse de laqudle décoisde»t'lous tes matK ipû'asàiégent rhmnaMté, tous les yioes <f9x la dégradait; -^ la propriété n'est tii dans ht nature., ni dans le droit : c'est une usurpation morale s -*- la «vérité, c'est la eommunauU des biens ^ C'égalUé absolue, *et/b. Toujours ^usdem farinm. — il y a desrefniins Tusage de ces éerivains sans principes.

Mably publia aussi un TraiU de la légisMion tt un autre livre, 'Des droits et des devoirs du^eUoiyen^ dans lesquels il s'efforce de démontrer Texcellence de J'Utopie. --'Lui aussi il remplace le sentiment de la pensMmaa-

lité pnr le divoueinent^ fûnwur^ la frat$miU^ qui ne peu- Yent manquer de régner dans le cœur des heureux mortels vivant en communauté. Ce n'est pas la propriété qui inspire Fardeur du travail , c'est la passion du communisme y cette chimère de l'âge d'or, si facile à réali*ser, dit Mably.

L'auteur ne manque pas d'invoquer l'étemel exemple de Sparte , essai cependant bien loin d'être en faveui^ de l'Utopie; il adore les institutions de ce pays; Lycui^e est son Dieu, Platon son modèle. H n'ose pas, malgré cela, se déclarer athée et amateur de la communauté des femmes. 11 admet, avec Platon, MM, Louis Blanc et Leroux, qu'on doive commencer par passer par un état transitoire avant d'aj^liquer radicalement le communisme. La société est malade de la propriété, comme on est malade de la peste , et il faut prendre beaucoup de ménagements pour la guérir.

Plusieurs écrivains de cette époque (comme plusieurs écrivains de la nôtre) , sans oser se déclarer absolument communistes , se firent néanmoins remarquer par leurs invectives à la propriété.

Tel fut Jean-Jacques Rousseau : nul plus que lui ne mêla avec un plus admirable talent la vérité à l'erreur. — Au reste, plein de contradictions, déclamateur imprudent conU'e la propriété dans un passage, ardent et sage défenseur du même principe dans un autre, il ne peut, en somme , être classé parmi les communiistes , et c'est

par une de ces perfides interprétations qui leur sont familières que les communistes le proclament un des leurs*

Malgré ses erreurs , ses paradoxes , et qudque funestes et déplorables qu'aient été ceignes de ses doctrinesy il n'est pas permis d'oublier que Jean-Jacques a solenndlement déclaré que la société humaine n*éiaU pas possible sans la propriété.

Ensuite , si scandaleuse qu'ait été sa conduite privée comme père , ne se déclara- tril pas l'ardent admirateur, le poétique et dévoué défenseur de la famille, de la famille et du mariage chaste et dévoué selon Dieu?..... S'il échappa à la vérité catholique, au moins se montratril constamment adorateur religieux et sincère de la Proiddence.

Rousseau a violemment critiqué la société et même la civilisation ; mais il n'a jamais conclu à des boule- , versements absolus dans les bases de l'édifice. -^ Les ^orgeurs de la Terreur, qui affectaient tant d'admiration pour lui , et torturaient ses écrits pour les plier au caprice de leur féroce ambition, eussent été très certainement désavoués par lui. Rousseau n'eût pu voir, sans protester, de pauvres tînmes et des enfants en bas âge jetés pôle-4nêle dans les cachots, égorgés dans les charniers démagogiques ; insultés , mutilés , outragés dans leur sainteté) leur faiblesse et leur pudeur; puis traînés^ P&les, échevelés, sanglants, par des brigands hideux, sur

réebafaud de la r^fmbttque) élevé par te$^ hammeà de la fraternité/ ♦.

Oui, les socialistes modernes se sont presque tous inspirés de quelques amèrea satires du citoyen de Genève; mais, ces pages éloquentes et voil^ par la pudeur de la form^, ile lea ont traduites, dans le lapgage le plus 0}»ii* que et le> pias honteux. Ces ffilsificationa impioesi et et déloyales, très frappantes surtout ebes Fourier et chez M. ]^«J. Froudbon, ne nous^donneDtpaa le diange. Rousseau, malgré ses &|ites , ses eireora et ae^ parardoxes^ quelquefois fiinestes* et souvent tvop ngourei^ sèment pris à k lettre, est un* des adiapcaaiœs. du cooit. munisme. €'est par» oppqsitiot^ auk vices de. 1& cmUr. satioB de son* siècle qu'i) oppose. M«t de niitj:m, S^ critiques s'appliquent bien plutôt à la société si wiSPQSfkr pue, si matérialiste, sispnsneUe, da&& laquelle il vivail, qu'à la fmrmesocialeeB général; et, a'il. es^atiôA Wpore^ il serait dans notre camp, défendant, avee oea^ie 41a fois obaste> pur, spiritualistç et oeirveuaii, •?- Dieu, la famille et la propriété. Lea teixorâlea de 93; Ttuasent égoi^é, ils l'eussent envoyé à la bouchi^de démagogique comme modéras tes socialistes modernes le^ ïfmàivm^ toujoura comme modéré; ils rap^Ueraienjt aristocrate ^ homme à^ préjugée^ jésuite^ tout en espérant une itictoire qui leur persât d^ l'envoyer à réclia&ud, en cw^agnie de tous les déf^nseuia de la société, dei^jQivilmtâmi 4e la Uberté et du progrès.

Roa8S6aa,fline*iTois6ée«t malbenufUMO, ea|Ntit maladif; si élevé par les inspirayoDs, si igndble dans ji% via/, tanitôt fange, tantôt lumière^ imagînatioa cbagriDtf^ fîiAria» des moins coupables de c^ s économistes d£ ladeatmotioD et de Tanarcbie ; dans oe débordement d'immomlké^ il plaida le culte des vertus domestiques mécoBoues. et toamées en dérision-; iloompint, il aima, les illusions et les poésies de la famille et de la madennîté SI sea théories poli|,iques^ engendrèrent Fevreor, s'il essaya denture nétrogader la civilisation vers l'état aaci<^n, si les nivaleurs de la Convention, les ennemis de tou^ hiérarcUa et de toute autorité, purent s'inspiser de quelques-uneade ses paroles, on n'en doit pas moins isem^uiqueB qa'il fut le {dus souvent riq[)6tre ds la fJEuaiUa, de&doyoîrB, ds.la propriété.

Quand Rousseau a dit :

« Pour deux cœurs qui s'aiment, la commuoautâ dea biens est un bonheur et ua devoir- »,

Il a parfaitement dit vrai, mais il n'a pas du, tout fourni cet argument en faveur des cooununistea.

M est évident que deux ooeura qui s'aiment e% poun lesquels les biens de l'un sont à l'autre, d'aprèa leur volonté, ont parfaitement ce droili* C'est même le devoir d'un ami de faire tous les sacrifices à son apii^ môme ceux d'argent, qui sont les moins^pénibles pourlesâoèss» élevées.

Mais quel rapport cette communauté ainsi restreinte et volontaire, qui n'e^t, dans tous les cas, qu'une maaifes-

tation de la lib^té individuelle, a-i-elle avec ce oooinin^ niflme obligatoire et tyrannique, dont le premier et pins monstrueux résultat est de confisqua cette liberté?.... — Assurément aucun.

On demande rarement Texercice d'un droit quand ce droit est un devoir.

Aussi ceux-là seuls qui n'ont rien et n'ont pas le courage de travailler sont-ils tous partisans de la communauté , tandis que ceux qui ont quelque chose ou qui travaillent dans l'espérance de posséder se gardent bien de vouloir de ce système.

Si, connue disent les socialistes, le dévouement collectif, la tendresse pour tous les hommes, étaient dans notre cœur, le communisme ne serait pas aussi univ^sellement repoussé.

Non, il n'est pas communiste celui qui a écrit ces nobles lignes :

<K Quoi donc ! (1) &ut-il détruire la société, anéantir le tien et le mien^ et retourner vivre dans les forêts avec les ours ? Conséquence à la manière de mes adversaires, que j'aime autant prévenir que de leur laisser la honte de la tirer... Quant aux hommes semblables à moi, dont les passions ont détruit pour toujours l'originelle simplicité, qui ne peuvent plus se nourrir d'herbe et de gland ni se passer de lois et de chefs; ceux qui furent honorés dans leur premier père de leçons surnaturelles; ceux qui verroiit.^ j

(1) Origine de Vinégalité, noie 9.

dans.Fintention de donner d'abord aux actions humaines une moralité qu'elle n'eussent de longtemps acquise, la raison d'un précepte indifférent par lui-même et inexplicable dans tout autre système; ceux, en un mot, qui sont convaincus que la voix divine appela tout le genre humain aux lumières et au bonheur des célestes intelli-

gences ; tous ceux-là tâcheront, par l'exercice des vertus qu'ils s'obligent à pratiquer en apprenant à les connaître, de mériter le prix éternel qu'ils en doivent attendre, lu respecteront les sacrés liens des sociétés dont ils sont les membres ] ils aimeront leurs semblables et les serviront de tout leur pouvoir ; ils obéiront scrupuleusement aux lois et aux hommes qui en sont les auteurs et les ministres; ils honoreront surtout les bons et sages princes qui sauront prévenir^ guérir ou pallier cette foule d'abus et de maux toujours prêts à nous accabler. Ils animeront le zèle de ces dignes chefs ^ en leur montrant sans crainte et sans flatterie la grandeur de leur tâche et la rigueur de leurs devoirs »

Ce texte est positif, il me semble, et suffît pour laver la mémoire de Jean-Jacques de la flétrissure que les ennemis de la société ont cherché à lui imprimer. Malgré ses erreurs lamentables, Rousseau, au fond de son cœur, était partisan et défenseur du principe tutélaire de l'autorité.

II n'est certes pas sans reproches; sans le vouloir, sans

s'en rendre compte, ce philosophe donna des armes aux

démolisseurs, aux adversaires systématiques de l'ordre,

de tout repos public, — aux lâches et cruels ennemis

des saintes doctrines sur lesquelles repose la société.

Il eut un enthousiasme béat et stnpide pour les républiques antiques, pour ces institutions de Lycurgue et des autres sages dont notre siècle a fait justice. Cette vaste intelligence ne comprit pas le premier mot du véritable sens de l'antiquité. Cette tendresse classique Ta empêché de saisir le caractère immoral, matérialiste et oppressif de la législation de Lycurgue et des rêves de Platon.

Cette admiration ridicule fut le tort de tous les publicistes français de cette époque; il n'est pas jusqu'à la haute intelligence, jusqu'au vaste génie de Montesquieu, qui ne soit tombé daiis cette erreur déplorable.

C'est une leçon que les écrivains profondément dévoués à l'ordre et à la liberté ne doivent pa» laisser perdre ! Toute imprudence commise est une arme jetée à nos ennemis ! Admirons avec réserve ; avec réserve aussi critiquons les torts vrais de la société, car de notre enthousiasme inconsidéré et de nos mordantes critiques nos adversaires se servent contre nous-mêmes, contre la cause sacrée de l'humanité que nous défen-> dons.

C'est l'histoire de fours de la fable : pour ôter la mouche que la société a sur le nez , ne lui écrasons pas la tête.

Mais, si Rousseau doit être déchargé par l'histoire impartiale de l'accusation de communisme , il ne saurait en être ainsi de Brissot, dit de Warville*

Atui||)t Rousseau est élégant et chaste dans l'exprès-

sion, autant Brissot est cynique et crapuleux dans son style.

Brisaot, comme auparavant Diderot, et plus tard les saint-simoniens et les fouriéristes , ravale Tbomme au niveau de la brute^ et veut l'abolition de la famiHe et du mariage. Il prétend, avec les anabaptistes, que le type de la perfectibilité chez Tbomme, c'est Tétat sauvage, dans lequel la chasteté est proscrite, et oti le désir chflN nel est la seule loi de l'union des sexes.

Les sauvages, c'est à constater, sont les modèles les plus parfaits que les socialistes nous offirent eu3c-mômes. Toute théorie ayant pour but de nous rapprocher de ce type de d^radation est accueillie par eux avec des applaudissements frénétiques.

Toutes les erreurs qui avaient jusque-là déshonoi^ l'esprit humain, et qui nous ont tant agité d^uis , se retrouvent dans le livre de Brissot. Au moment où les attaques produites contre la religion prenaient les proportions les plus alarmantes, les attaques contre la morale, la famille et la propriété, venaient pousser encore à la dissolution sociale. Voltaire flétrissait dans 'Jeanne d'Arc ce que le sentiment religieux , uni à celui de la patrie, offre de plus héroïque ; l'école matérialiste de VEneydo^ pédie niait tout ce qui ne tombait pas sous la grossièreté des sens; les doctrines dissolvantes de Diderot et d'Het vétius avaient des admirateurs; l'afireuse perversité de D'Holbach et de La Mettrie était & la' mode, lorsque parut Brissot, qui les surpassa tous.

Son pamphlet (1 ) est une furieuse attaque contre la propriété, dans lequel, de nos jours, nombre de socialistes <Mit puisé, et très particulièrement M. P.^. Proudhon.

Avant celui-ci , Brissot avait dit que La propriété exclue sive était un vol dans la nature.

C'est donc à l'ignorance publique que M. Proudhon et ses pareils doivent leur triste succès de scandale et d'originalité.

On sait que Brissot de Warville racheta plus tard les fautes de sa jeunesse, désavoua un passé de violence et d'iniquité , et qu'enfin il mourut défenseur de la propriété , victime des montagnards, des communistes.

Aussi bien est-il juste de pardonner à Brissot des erreurs qui furent celles d'une foule d'autres qui, depuis, se sont séparés des exaltés et sont devenus soldats aussi sincères , aussi intrépides, de la vérité , qu'ils s'étaient monti*és actifs dans leurs premiers égarements.

Le parti de l'ordre et de la liberté est tolérant, il sait pardonner au repentir; il comprend quil est juste d'amnistier ceux qui , après avoir frayé les routes de l'erreur, comprennent enfin la vérité et s'y rallient amoureusepient.

Mais nous voici arrivé au règne des montagnards, des socialistes : — la Terreur.

(1) Recherches philosophiqttes sur le droit de propriété et le voL

Cette fois, ils ne discutent plus , — ils tuent !

Et ces odieuses doctrines ^ les niveleurs les ont dans l'âme. Us ne les cachent pas, ils les défendent. — Si leur règne fatal eût duré, Us les auraient bien autrement appliquées !

Le programme du parti montagnard, c'était Téobafaud en permanence, le massacre organisé, la brutalité matérialiste remplaçant la famille, le droit impie du piUage substitué au droit sacré de la propriété.

Malgré les protestations de Robespierre et de Saint- Just contre toute accusation de communisme, ils ne peuvent se soustraire à ce jugement de l'histoire. Leurs actes et leurs écrits sont là. Us voulaient le droit au travail et l'égalité absolue ^ — qui aboutissent nécessairement au communisme. Ils décrétèrent la spoliation; ils prêtèrent la main au pillage ; ils souillèrent de sang humain le sol de la patrie, au nom de la liberté , de l'égalité , de la fraternité !

Quel spectacle, ô mon Dieu ! quel spectacle fut oflert au monde par le parti jacobin , dont les socialistes se proclament hautement les admirateurs et les continuateurs !

Dès le commencement de l'anarchie , les doctrines du communisme se produisirent. Le 10 août avait renversé tous les pouvoirs réguliers ; les fureurs populaires étaient déchaînées; la plus ignoble démagogie ensanglantait cette désastreuse époque ; la Commune dominait l'Assemblée: les législateurs obéissaient à l'insurrection.

Marat, l'un de «es (Mta , était évidemment oômmuniate. La popularité de ce monstre sauvage n'a pas peu contribué à couvrir la Révolution d'opprobre. Ce scélérat , dont le nom inspire encore aujourd'hui le dégoût et rhorreur, répandait dans les rangs du peuple des publications sanguinaires et prêchait ouvertement le meurtre ot Fextermination de tous les citoyens qui possédaient quelque chose. Il traînait à sa suite des vagabonds, coureurs de bouges, voleurs, assassins, bonnets verts devenus rouges, socialistes qui crient Vive la république ! dans les poches des autres, — selon l'expression pittoresque et cynique de Fun deux. Us assassinaient de leurs mains ridées de sang leurs victimes palpitantes , au milieu des cris confus , des hurlements féroces « — triste et farouche émeute du crime !

Que vit-on? — Dans leur rage furieuse, les Jacobins coururent aux prisons et massacrèrent des milliers d'infortunés. L'afireuse boucherie était présidée par un communiste , îlj^ert , d'exécrable mémoire , rédacteur du plus infâme des journaux , Le Père Duchéne.

Les montagnards de quelques autres villes imitèrent l'exemple des montagnards de la capitale, et assassinèrent également les prisonniers.

Puis, après la mort, venait le vol. La hideuse démagogie ne se contentait pas de s'emparer de la vie des citoyens, c'était surtout à leur aident, à leurs propriétés^ qu'elle en voulait. Les églises et les maisons particu- Uères furent pillées par la populace et par ses chefs , les

socialistes de Pépoque, membres de la Cl>iDmutie<)M>vir h plupurt. Ces frères et awU -se putagesieilt 1«b dépouilies de leurs victimes. -— Les Toleum ordiimives avaient beau jeu; ils exerçaientieur industrieen pldiieB raes, en se disant faifiotu\ on en vit , disent les hiskK liens, dans les promenades publiques, arraelier tes bijoux des femmes pour en faire ^ disaientrils , don à la patrie ({"),

Les historiens montagnards disent :

« Comme les pa<m(tf< étaient vertueux- soiB la TenMr! la preuve qu'on ne volait pas, sous ce gouvernement mo* rai «t paternel, c'est que les prisons ne renfermaient pas de voleurs. «

Je le crois bien , les voleurs étaient patriotes ; ils^s*^ sassinàient dans les prisons les innocents dont elles regorgeaient.

Ah ! oui , Os étaient communistes , ces bandits révolu*

(t) Les moderaes jacobins ressemblent a leurs maîtres; ils se recrutent dans les mêmes rangs. En 1849, le 13 juin , les so* cialistes, détenus politiques à Sainte-Pélagie, avaient nommé BouREBAu de la République démocratique et sociale un de leurs frères, voLBua db profbssior, condamné aux galères. Si le mouvement du 13 juin avait réussi, il est probable que cet iiomme fût entré en fonctions le 14. — Plus tard , le 30 janvier 1850» les gardiens de cette prison saisirent chez les détenus politiques républicains une guillotine en bois.

a Voilà où nous vous enverrons tous, aristos! » disaient-iU à quelques autres détenus politiques connus par leurs opinions modérées.

tkmnaûm, ees forcenés scélérats, ces fous furieux, ces lâches hypocrites qui aSectsdent la saleté, portûeut des baillons, proscrivaient non-seulement le luxe, mais jusqu'à la propreté, faisaient appel aux instincts sanguirnaires, aux appétits brutaux , aux extravagances barba^ res^, il était communiste, cet Hébert, escroc de profea* sion, ce Père Duchêne^ qui, disait GamiUe Desmoulins, poussait au désespoir vingt classes de citoyens et plus de trois millions de Français qu'il enveloppait dans une proscription commune ; qui , pour s'étourdir sur ses remords et ses calomnies, avait besoin de se procurer un^ ivresse plus forte que celle du vin et de lécher sans cesse le sang au pied de la guillotine (1).

Ils étaient.communistes , ces atroces assassins , voleurs politiques, filous socialistes, écume du monde, — ces sans-culotte3 qui ordonnaient le tutoiement et proscrivaient le titre de monsieur, qui envoyaient au supplice tous ceux qui avaient de l'argent, une propriété, de l'intelligence ou du talent ! Ah ! que leurs admirateurs et leurs disciples n'espèrent pas que ce temps revienne jamais ! par le ciel ! qu'ils ne l'espèrent pas; nous les attendons: cette fois, la liberté, l'ordre, Téducation, le talent, sauront se défendre contre le despotisme , l'anarchie , la cra-« pule et l'ignorance !

Les conventionnels chargés de républicaniser les départements attentaient à la vie et à la propriété des ci- Ci) Le Vieux Cordelier^ n» 4.

toyens et s'^>andoaiiaient avec emportement à leur goAt pour la lubricité et la luxure.

Certes, les Jacobios étaient communistes : ils ne oe&sai^it d'exciter le peuple à la haine de ceux qui posaédment quelque chose. — Ils faisaient décréter un versementde 7 millions, payables par les bourgeois^ pour nourrir les paresseux et les assassins. « La Convention, disaientils, a senti qu'il était temps de faire vivre les pauvres aux d^éns des riches* »

« Il faut piller les magasins , s'écriait Marat , et pendre à la porte les accapareurs I »

11 en fut ainsi. La canaille, les hommes sans foi ni loi| les forçats dociles aux leçons de leurs chefs , pillèrent les . boutiques des épiciers.

Les Girondins, dont l'immortel honneur est d'avoir, malgré leurs fautes , lutté jusqu'à la fin contre le communisme des Jacobins, et qui périrent à cette sublime tâdie, étaient impuissants à empêcher ces excès.

La Convention décréta une taxe proportionnelle aux fortunes, et l'établissement du terrible tribunal révolutionnaire.

Cet exécrable tribunal, qui envoya tant d'hommes à la mort , jugeait sans appel les suspects , c'est-à-dire ceux qui avaient de l'argent , des biens ou de l'éducation , ceux aussi qui élevaient une voix indignée contre tant d'excès.

Ce n'était pas assez. L'établissement d'un comité de salut public fut décrété. Ce comité fut composé des dé*

pâtés les plus exaltés , les plus furieux , les plus féroces , tous jacobins.

Les terroristes étaient mdtres de toutes les existences par le tribunal révolutionnaire, de toutes les libertés individuelles par la loi àea suspects^ de toutes les fortunes par le maximum et les réquisitions; — on sait com* ment ils disposèrent sans pitié ni scrupule de la fortune et du sang du peuple !

Les Girondins, au milieu de ces brigandages, protestèrent par la bouche éloquente du député Vergniaud, prince de la parole, contre cette spoliation infâme. Il prouva , dans le plus beau langage , dans quelle infamante erreur étaient tombés tous ces philosophes socialistes qui préconisaient chez nous les gouvernements communistes de Sparte et de Lacédémone. Il fit justice de leur exagération , et de Tignorance dans laquelle ils étaient en prétendant que ces républiques antiques étaient un bon modèle à suivre.

Yergniaud défendit courageusement la propriété menacée ; il défendit publiquement la société contre tes attaques de ses ennemis. En descendant dans l'arène pour la lutte, il fit preuve de beaucoup de courageet de beaucoup de prudence. Forcé de dire des vérités déposantes pour ceux qui vivaient du mensonge , il tâchait de ne pas trop les humilier. Il tempérait le vif éclat de la'ltiknière par la distinction et la délicatesse de la formé avec laquelle il la présentait. Yergniaud ciVait les qualités les plus capables de conduire au succès, si le

suooès de la bonne foi eût été possible alors. Son calme dans le danger annonçait un de ces courages froids qui sont greffés sur la prudence , un de ce» caractères forts qui savent dominer les tempêtes. — Gomme orateur, il était, entraînant et logique. Çn se baissant jusqu'à, ses ennemis pour les combattre , il dédaignait d'empiojier comme eux l'injure. Il avait autant de modération dans la forme que de vigueur dans la pensée. 11 n'élevait p^ ses adversaires jusqu'à sa colère. Dès son débuts il commença par se déclarer contre le despotistraq <}esi Jikh)bins. Sa dignité en imposait aux cœurs \^^. pli^ pervers, qui, en le détestant, ne pouvaient sq déf<^ndre de l'admirer. La sainteté de la cause de la société^ qu'il défendait, lui donna le courage de résister à dcB.lloininos puissants et corrompus. Il triompha d'eux. Nq pouvant le vaincre, ils le tuèrent.

— « La république ne discute pas , diaaient*ils , elle frappe ! »

Mais, jusqu'à la fin , Vergniaud et ses amis firent en« tendre le libre langage de la justice éternelle.

Hélas ! que peut l'éloquence contre la fureur du brigandage? Contre le crime tout»puissant que peuvent les protestations de 1& vérité et de la vertu?...

Aflix paroles de tolérance politique et de sagesse les Jacobins, entraînés par l'ivresse du sang et par la rage aveugle du fanatisme, répondaient par les exécutions, par la morU £t, comme si la pompe et le mensonge du lasgage étaient capables de tromper les victimes et L'his*

toire même, ils n'avaient sur les lèvres que d'hypocrites paroles d'amour, de fraternité^ de vertu.

Us ne regardaient comme leurs firères que leurs complices; les autres étaient des traîtres^ des modérés \ ils n'avaient rien de commun avec eux et s'en débarrassaient comme l'homme détruit les animaux nuisibles :

— a il n'y a de citoyens dans la république que les républicains; les autres ne sont pour elle que des étroitgers^ ou plutôt des ennemis. »

Ainsi disait le farouche Robespierre.

Et Saint"Just ajoutait :

— i( Celui-là seul a des droits dans notre patrie qui a coopéré à l'affranchir ! »

Et Cotlot-d Herbois s'écriait :

— « Une goutte de sang versée des veines généreuses d'un patriote me retombe sur le cœur; mais je n'ai point de pitié pour les conspirateurs. On parle de sensibilité : et nous aussi nous sommes sensibles ! Les Jacobins ont toutes les vertus : ils sont humains, compatissants, généreux; mais tous ces sentiments, ils les réser" vent pour les patriotes^ qui sont leurs frères ; et les aristocrates ne le seront jamais! »

— a liberté! s'écria madame Rolaiid en saluant l'échafaud sur lequel ces tigres l'avaient condamnée à périr , — ô liberté ! que de crimes se commettent en ton nom I »

•— « Les forfaits ne se rachètent point contre une république, écrivait Billaud-Yarennes à l'un des com^

missaireB conventionnels : — Ils s'expient sous le gkdve! »

« Il n'y a pas une rue , disait Gollot aux Jacobins, pas un carrefour, où il ne se trouve un trdtrequi médite un dernier complot : que ce traître trouve la mort, et la mort la plus prompte 1 »

« 11 faut que nos ennemis périssent, disait Barrère à la Convention : il n'y a que les morts qui ne reviennent point ! »

« Cela va bien, disait Fonquier-Tinville : les tètes tombent comme des ardoises ! »

Ce mot est si grand dans le mal que je ne connais rien au-dessus.

Et comme Fouquier, pour aller plus vite encore, voulait faire dresser Téchafaud dans la salle même du tribunal, afin de pouvoir guillotiner cinq cents jugés par jour, CoUot-d'Herbois l'arrêta :

a Veux r tu donc démoraliser le supplice? » lui dit-il.

Ëb bien ! Tous ces misérables voulaient l'égalité absolue , la communauté ; une république à la façon de Sparte.

« Ceux qui n'ont rien sont les puissants de la terre, disaient-ils : tout homme qui possède est l'ennemi du genre humain. — Nous voulons assurer le bien-être à chaque individu. »

Pour eux, leurs complices composaient toutlepeu-

pie. Us ne cherchaient pas à les moraliser, lis les adoraient dans leurs vices.

Par toute la France, le sang fut versé par ces patriotes comme par délire. On tuait par fournées. Ce furent des masses de citoyens , hommes , femmes , enfants en bas âge, qui furent ainsi voués à la mort. Ces bêtes féroces n'épargnaient rien pour livrer leur mémoire à Texécration des générations futures : vols, débauches, massacres.

Et comme la guillotine et le marteau n'allaient pas assez vite, ils organisèrent les noyades, les mariages républicains^ les égorgements en masse.

« C'est par principe d'humanité, s'écriait le mons« tre Carrier, que je purge la terre de la liberté de ces monstres! »

C'était aussi par princi/>e d'humanité qu'ils avaient livré au bourreau la pauvre Marie-Antoinette et les Girondins : Yergniaud, Brissot, Gensonné, Fonfrède, Duchâtel, Valazé, Lacaze, etc..

Lebon dans le Nord, Barras etFréron à Toulon, CoUotd'Herbois et Fouché à Lyon, Carrier à Nantes, Talliena Bordeaux, — firent, eux aussi, acte d'humanité^ en se vautrant dans l'or et dans le sang de milliers de citoyens!...

C'est sur de semblables forfaits que les Jacobins d'aujourd'hui entonnent des hymnes de triomphe et des obants de gloire! £t qu'on ne dise pas qu'ils ne tuèrent

que les oobles et les prêtres. Ds ont assassiné 18,923 hoBuiies du peuples, 2,231 femmes d'ouvriers ou de laboureurs ; — ils ont guillotiné, fusillé et noyé 2,000 en&Dts !

Pareils crimes ne s'étaient jamais vus dans aucun temps <^ dans aucuo pays de la terre ! . . .

Eh bien ! il n'y a pas à hésiter à le dire, ce parti forcené était communiste, depuis les prétendus déistes Robe^i^rre et Saint- Jus t jusqu'aux ignobles Marat, Hébert et Chaumette. Leurs moyens étaient différents, mais leur but était le même : la confiscation de la liberté individuelle , l'abolition de la Propriété , ranéantissement de la Religion et de la Famille. Malgré leurs rivalités particulières, leurs jalousies furieuses , ils étaient d'accord dans leur haine contre la société.

C'est au fantôme du communisme qu'ils ont sacrifié tant de victimes infortunées. ,

Ils étaient communistes ceux qui , après avoir essayé de détruire la propriété par le pillage, tentèrent de détrtdre la fkmille par la prédication du matérialisme le plus grossier, et la religion en assassinant ses ministres.

Salut au martyre de ces magnanimes soldats de la liberté chrétienne tombés sous les coups du despotisme d'une minorité matérialiste, saintes victimes de la tyrannie d'une poignée d'athées factieux I Ils sont morts pour la liberté, car ils sont morts dans l'esprit de Dieu : Ubi mrUui Domini, iH HberUu.

Ha sont morts c(»nme leur maître , bravaot les iajures d'une populace ignorante et féroce et les outne^pas de leurs bourreaux.

Avec les prêtres, les Jacobins tuèrent le culte.

Le cynisme de la cruauté n'éclatait pas seulement dans les actes; les journaux de la démagogie, dumatérifti» lisme, poussaient eflrontément aux plus grands excès. Le plus ab<»ninable de tous, Le Père DuçkéneyTédifié par Hébert, parapnrasait ces deux vers atroces de Diderot, présage infâme de ce qui devait se commettre :

Et mes mains ourdiraient les entrailles des prêtres» A défout de cordon , pour étrangler les rois.

— Des boyaux du dernier des prêtres élrêtiglons le der-^ nier des rois !

Telle fut rborrible traduction de cette horrible poésie. Si bien qu'un jour, le rédacteur du Père Duchêne^ et un baron allemand, du nom d'Anacharsis Clootz, — Tor^ gueil uni *à Timbécillité , inventèrent le culte de la Raison, Ils entraînèrent Gobel, évêque de Paris, qui vint, avec ses onze vicaires, déclarer à la Convention qu'il abdiquait le Catholicisme, — «r parce que, dit-il, il ne devait plus y avoir d'autre culte public et national que celui de la Liberté et de l'Égalité ». (7 novembre 1793.)

Un prêtre, meoibre de l'Assemblée, seul protesta courageusement en ces termes :

(( Catholique par conviction et par sentiment, prê-

tre par choix, j'ar été désigné par le peuple pour être évèque; mais ce n'est ni de lui ni de irous que je tiens ma mission On ne m'arrachera pas une abdication! »

A partir de cette époque , la métropole fut transformée en Tempk de la Raison^ et les représentations de hideuses mascarades et de stupides cérémonies païennes furent données au public. Les statues des saints furent brisées, les reliques et les ornements sacerdotaux brûlés; les prêtres arrêtés, poursuivis, assassinés; la Commune décréta l'abolition de tous les clochers, parce que, « par leur domination sur les autres édifices, ils semblaient contrarier les principes de TÉgaUté ! »

C'était le triomphe- de l'athéisme sur la foi, l'inefiaça- Ue honte de la révolution , « l'orgie d'un ramassis de brigands révoltés contre Dieu même ».

Et puis , dans leur sanglant vertige , ils se tuèrent tous les uns les autres : après les Hébertistes , ce fut le tour des Dantonistes de monter sur l'échafaud ; et il fallut , enfin, que Robespierre et SaintrJust, qui avaient tant fait couler de sang , payassent leur tribut à la démagogie.

Souvent le méchant tombe dans le piège qu'il a tendu.

Tous ces héros du jacobinisme doivent être, je le répète, rangés dans la famille communiste.

Il était communiste ce Graccbus Babeuf, leur admi-

râleur et leur disciplei tpiy quelques années wptèk, tenta, par une conspiration demeurée célèbre, de s'emparer du pouvoir par la force.

On le Toit bien , toujours et partout les commmiiiilw sont les mêmes : ils se ressemblent par le but et les moyens.

Les Jacobins de la France n'étaient pas moins communistes que les Jacobins de Munster.

Toutes les maximes de nos socialistes, ils les professaient, depuis rimpôt progressif et le droit au toivail jusqu'à l'égalité absolue.

Le temps leur manqua.

Ces idées n'étaient pas encore parfaitement nettes dans leur esprit; ils ne se préoccupaient pas des moyens de puser de la théorie à la pratique, mais toujours est-il qu'ils exéoraiem la propriété et lui pottaient diaf» jour de nouveaux coups.

« Il faut donner des terres à tout le monde ^ disait Saint-Just. — L'opulence est une infamie. -^ U faut distribuer les biens nationaux aux pauvres. — Le travail doit être obligatoire pour tous. — Tout propriétaire âgé de plus de vingt^cinq ans doit être forcé de travafller i la terre jusqu'à cinquante ans. »

En un mot , il professait , ainsi que ses comfdioes , toutes ces idées communistes que nous avons exposées plus haut.

U déclara les Jacobins incarruptibleêy de mème4iue les anabaptistes se déclaraient impeccables.

Enfin , en proclamant la liberté , Ha noas eonduisaient au plus hideux des despotismes, au communisme.

Les observateurs ont remarqué que plus les goufernements révolutionnaires parient de liberté, plus abso* lument ils la confisquent.

Ainsi firent les Jacobins.

Gracchus Babeuf, leur successeur dans la route du crime, faisait partie delà lie révolutionnaire, de ces terroristes qui , privés d*appui dans toutes les classes de la population, pour la plupart anciens complices des Jacobins , et particulièrement d'Hébert , s'étairat jetés dans les sociétés secrètes pour s'emparer de rautorîté.

C'était Babeuf qui avait formé le plan de la conjuration ; son but, il le disait dans un journal rédigé dans le même esprit que l'avaient été celui de Marat et celui d'Hébert, c'était « de faire régner le bonheur commun ,

— de livrer les riches aux pauvres ».

Arec ce projet de destruction sociale, il avait organisé un vaste complot ; il avait recruté nombre de séides parmi les bandits , les voleurs > les scélérats , — ces ennemis de im>fession du bien d'autrui .

Les conjurés avaient pris le titre de Société des Égaux ^

— pour indiquer qu'ils étaient partisans de l'égalité ab* solue.

Parmi eux on distinguait Sylvain Maréchal , ancien député, auteur du Dictionnaii^ des Athées] —un Italien d'it lustre origine , Buonarotii , indigne descendant'de Michel-

Ange , qtii devint l'ami de H . Louis Blanc , après avoir été celui de Robespierre et le complice de Babeuf.

Trahi et arrêté (10 mai 1796), Babeuf fut jugé et condamné à mort. Ses complices connus furent déportés. Le gouvernement acheva de rendre odieux les hommes de 93 en publiant le plan des Egaux.

Les. conjurés essayèrent un coup de main au camp de Grenelle (10 sept<Hnbre), et furent repoussés. Ils n'ont plus demandé de succès à la force , depuis, qu'en juin

Les Egaux 8e déclaraient franchement communistes et matérialistes. Leur triomphe eût englouti la civilisation et la prospérité de la patrie , avec la liberté des citoyens. Ils disaient, eux aussi , que « la terre est à tous et les fruits à personne ; — que tout législateur vertueux doit aboUr radicalement le droit de propriété; — que la guerre contre ce droit infâme est sainte eivénérable. » Voici comment ils cultivaient la liberté et la fraternité : — Toute opposition devait être vaincue sur-le-champ par la force; les opposants devaient être exterminés, — Tous ceux qui se seraient opposés au triomphe de l'inr surrection devaient être immédiatement mis à mort. Les EgaiLx devaient être logés dans les maisons des conspirateurs, — c'est-à^lire de ceux qui n'étaient pas dans la conspiration. — Une assemblée devait être chargée, après le triomphe de l'insurrection, de terminer la révo» lution ; maie, comme ils prévoyaient que la majorité n'eût pas été assez vertueuse pour vouloir la communauté, les

députés ne devaient être nommés que par les Egaux , par les insurgés de Paris et des départements oU d'autres sociétés secrètes semblablent existaient.

« L'égalité absolue ou la mort I s'écriaient-ils. Périssent, s'il le &ut, tous les arts, pourvu qu'il nous reste l'égalité réeHe ! »

Ils se défendaient de vouloir la loi agraire.

« Nous tendons à quelque chose de plus sublime et de plus équitable : le bien commun , ou la communauté de biens. Plus de propriété individuelle ; nous réclamons , nous voulons, la jouissance commune des fruits de la terre ! — La nature a donné à chaque homme un droit égal à la jouissance de tous les biens. »

Enfin , c'était le résumé de toutes les iniquités , de toutes le» spoliations, de toutes les aberrations de cette détestable doctrine; la terreur et l'assassinat comme moyen , — le communisme radical comme but.

Tous ces conjurés voulaient porter atteinte à la propriété , mais beaucoup , parmi eux , n'étaient pas absolument partisans du système de la communauté radicale, et, en conspirant avec \e& égaux ^ ils espéraient bien leur disputer le pouvoir et les en chasser après la vietoirCi Inutile inconséquence ! La vérité est une; en dehors de la vérité, il n^y a que mensonge. La moindre atteinte portée à un principe fondamental provoque la destruction de ce principe. Les pentes du mal sont rapides; une fois qu^on y est engagé, il n'est plus possible

de s'arrêter ; il est donc logique et vrai de dire que tous

ceox-là sont communistes, qui tonchent au droit de pto» priété, depuis le socialiste timoré qui ne demande que l'impôt progressif jusqu'au socialiste radical qui' veut Tëgalité absolue.

Depuis la déconfiture des Babouvistes, les socialistes reparurent en armes en juin 1848. Maintenant Témis* saire socialiste va faire de la propagande dans les faubourgs , dans les ateliers. Il fait appel aux plus mauvaises passions de lliomme; il excite son envie. A à de rinsistance; une fois lié à lui, on ne peut s'en débarras ser; il est le maître de nos croyances, de nos pensées, de notre être. Il n'est pas jusqu*à certaines femmes qu'il n'ait enrôlé dans ses rangs. Les femmes sont naturelle^ ment faibles, surtout si on sait les dominer. Conunent résisteraient-elles^ comment se soustraieraient-eSes à ce tyran?...

Et cependant il faut qu'elles sachent bien que leur pudeur, leur dignité, leur bonheur, n'ont pas de plus cruels ennemis que les socialistes.

Depuis la défaite de juin 1848, les communistes restent cachés. Mais ils sont toujours prêts à revenir à lare^ morque, ô honte ! de ces insurgés maudits qui veulent imposer leur domination exécrable à la patrie ensanglantée. Us attendent l'heure de la curée pour se jeter sur la France honteuse et opprimée^ comme autrefois leurs frères de 93, — époque fatale où l'on vit ces corw beaux s'abattre sur les flancs déchirés de la patrie , et lui roi^er le cœur pendant quinze mois ! -^ fia attendant,

ils se foai pelks , ëuoibles , rampants ; mais ife sont tout prêts à relever la tète contre la société.

C'est là l'œuvre téoébreuse de ces homiDes dont les noms ne se sont jamais trouvés mêlés qu'aux douieun et aux humiliations de la civilisation , de la rétigion , de la société.

Vaincu par la force, le Communisme n'en devait pas moins reparaître dans le monde. Seulement il prit le mftsque pacifique. Au lieu de se produire tel qu'il ^est, brutal , sanguinaire , sauvage , cherchant dans les barricades les moyens du triomphe , il se réfugia dans la sciaace.

Le successeur direct de Gracchus Babeuf est Owen. Celui-là n'ose pas faire de révolutions, il se contente de prêdier. Il pose en principe que la propriété individuelle doit être abolie, l'égahté absolue prodaniée; il veut, en un mot, tout ce qu'ont voulu avant lui les autres communistes. Comme eux, il part de cette ^reur fondamentale que les hommes sont créés égaux et ont tous un droit égal au partage des biens de la terre, dootrine dont la fausseté est démontrée par le bon sens , car les biens ne sont que le produit du travail y car la terre ne donne aucun bien sans travail, n est absurde et injuste de faire partager à tous les fruits du travail et de l'intelligence de quelques-uns.

Frappés de cette inconséquence, commune à tous les socialistes, les saint-simoniens, qui vinrent ensuite, déclarèrent qu'ils se séparaient complètement des com-

iDunistes. Ils dirent : « À chacun suivant sa capacité; à chaque capacité suivant ses œuvres, »

Rien ne parait, à première vue, plus rationnel ; mais, en pénétrant au fond du système saint-simonien, on ne tarde pas à voir que ce n'est qu'un communisme déguisé. L'adoption de cette rémunération proportionnelle aux capacités et au travail n'est qu'une ruse , qu'une machine de guerre plus adroite. Le saint-simonisme, cette prétendue religion de l'avenir, n'est qu'une vari^ du communisme. En effet, il commence par abolir la famille et l'hérédité. 11 proclame la sainteté de la jouissance, la réhabilitation de la chair \ c'est l'organisation de la luxure et du matérialisme, — ces conséquences naturelles de tout communisme.

Enfin , te saint^imonisme nous courbe sous le joug d'un pape industriel^ — chef dé la religion et en même temps chef de l'Etat , — prince absolu qui dispose à son gré delà vie, de la propriété et de la liberté des^^itoyens.

Ce matérialisme impur, renouvelé des Anabaptistes , se retrouve chez Fourier, dont nous avons exposé la doctrine.

Le saintrsimonisme n'eut pas plus de succès que le communisme d'Owen, qui, comme M. Gabet, échoua dans ses tentatives pratiques.

On voit, par ce rapide coup d'œil rétrospectif, ce que c'est que le communisme.

£h bien ! tous les systèmes socialistes sont des routes pour arriver au communisme.

Pas un homme raisonnable et capable de discernement qui n'avoue la vérité de cette assertion.

Or, « le Communisme, c'est l'organisation de la peste », a dit M. Proudhon.

Comme le communisme est ce qu'il y a de plus hideux , les socialistes s'en défendent pour la plupart , à l'exception des Icariens et des Communistes maUnalistêêy qui ont eu l'affreux courage de porter haut leur drapeau sanglot.

Les premiers ont pour chef M. Cabet, repris de justice, on le sait, pour escroquerie. (Affiiire de l'Icarie.)

Les seconds, successeurs d'Hébert, de Babeuf et d'Anacharsis Glootz, ont leur Bible, leur Évangile, leur Coran.

Nous exposerons leurs théories, qui sont le née plus ultra du genre.

Le communisme humanitaire est ce qu'il y a de plus avancé dans le socialisme moderne.

Il faut voir avec quel sombre dédain les communistes

matérialistes ou humanitaires flétrissent ies préjugés des communistes spiritualistes^ des communistes purs !

Mais, avant de parler de oeux-Ià, il nous faut expliquer le communisme de M. Louis Blanc et le comifunisme de M. Cabet, — ces deux apologistes des saturnales de 93, des forfaits de* la Terreur.

M. Louis Blanc est de tous les socialistes cehii cpii a conduit avec le plus de rage les citoyens à la boucherie démagogique.

Aussi est-il le plus généralement méprisé.

Ce petit bonhomme , tout infatué de sa mince personne , a contribué d'une façon bien coupable à égarer les masses laborieuses, qu'il n'aime pas, auxquelles il se regarde comme très supérieur, mais dont il voulait faire un piédestal à sa grotesque ambition.

€e piètre personnage , oi^ueilleux comme l'ange déchu de Milton , est d'une incurable absurdité. Et il ne se contente pas d'être imbécile, il est infâme.

Oh ! la critique doit être sans pitié pour celui-Ia, car il à dépravé et ruiné le peuple; il s'en est fait un marche-pied.

Il le méprise eu le flattant ; m le trompant , il ravilit.

Je TOudirAift qud ce qu'un dirétien épramt d'ituâHgMtion en ««itendant M. Louis Blanc pût passer ^tm te oœur de ees malheiereuK ouvriers qu'il a troBtpés, qtt'â a i^oulu avilir et déshonorer.

M. Louis Blanc, qui , dans ses outneigeS) avait pris le manteau hypocrite d'un iKOinine pae^qua, ne voulant rien détruire , nMiis seuleoDent améliorer tovt do«cernent la société, s'est subitament dépcHiiUé, après^Ia Bévolution de Février, de sa tunique d'emprunt. Après lavoir r^andu le désordre dans l'esprit des ouvriers , il a essayé de les pousser aux combats impies. Il peut revendiquer sa lugubre part dans la funèbre et sanglante paternité des journées de mai et de juin 1 84H.

a Prolétaires ! disait*il du haut de la tribune du palais du Luxembourg, oti s'étaient hissés son orgueil et son incapacité; — prolétaires ! vous êtes soldats ! •

Et ils sont devenus soldats , ces malheureux ! non pas soldats de la sainte cause de la liberté menacée , non pas soldats de la patrie envahie, mais soldats égarés et fratricides de l'anarchie !...

Vaincus, les uns sont tombés sanglants, morts et blessés; les autres, pris et brisé», ont été envoyés dans les prisons , sur les pontons.

H. Louis Blanc, lui, s'est sauvé.

Que de pauvres veuves éplorées I que de tendres mères en deuil ! que de sang ! que de douleurs ! que de sôufirances I que de larmes ! ô mon Dieu !

Et sur qui doit retomber la terrible et hideuse re-

sponsabilité de oeg ëvënenients lameotablesT EYÎd€niment sur ceux qui ont allumé le fanatisme^) soufflé les coIèreSf inspiré les atrocités ; sur ceux qui ont excité ces fureurs par leurs prédications , sur ceux qui ont dit :

« Prolétaires 1 vous êtes soldats ! »

Et voyez la nouvelle inconséquence des socialistes.-^ Ces fM'cenés, qui ont poussé une minorité factieuse dans les barricades de juin, ils avaient passé toute leur vie à réclamer le suffrage universd , à demander le re^ spect des minorités, — à l'appeler pierre de touche du droit, — dernière loi des nations libres !...

Le triomphe d'une minorité factieuse contre la majorité conservatrice et religieuse serait le tri(Hnphe de l'anarchie, — de l'anarchie qui nous donnerait des fers.

M. P.-J. Prou<Uion ayant publié une violente pdé* mique contre les utopies de M. Louis Blanc, et l'ayant appelé controversiste et insulteur^ celui-ci répondit par d'autres grossièretés; il déclara que M. P.-J. Proudhon n'était qu'un insolent^ et il le renvoya a àCantichambrey son théâtre naturel », ce qui n'est pas mal aristocratique pour un républicain partisan de l'égalité absolue. Il est vrai qu'il est plus facile à M. Louis Blanc de répondre par des injures à M. P.-J. Proudhon, lui reprochant d'être un crâne vide, « de n'avoir rien dans sa panetière », que de répondre par des preuves de bon sens et des études sérieuses.

M. Louis Blanc affirme que la société déprave l'homme.

€'est nier le dogme chrétien un péché originel 6t le remplacer par une injure à l'humanité.

Non! le mal n'est pas dans la société, il est dans l'homme. Chacun de nous le porte avec soi. Celui qui répudie la doctrine de la chute et condamne la tradition du Christianisme étmnt en lui le sentiment moral, justifie toutes les passions; il proclame la jouissance sainte. C'est quelque chose d'inoui que l'impudence de ces gens-là , qui se proclament les plus vertueux et les plus savants de leur époque , tandis qu'ils en sont les plus vicieux et les plus ignorants.

11 a fallu que nous fussions descendus bien bas pour qu'un homme comme M. Louis Blanc pût être écouté et arrivât au pouvoir. Quelle honte pour la France! Ah! comme ce petit misérable a déshonoré la patrie ! quelle humiliation 1 comme il a déshonoré les noms de Dieu, de fraternité , de dévouement , ces noms s&crés que sa bouche profane à toute heure !

Ce professeur de barricades n'attaque pas la société de front, mais xie biais. — Il ne produit pas le communisme en plein soleil. 11 s'efforce d'en dissimuler la laideur sous le masque de la passion de l'humanité. Nul plus que lui ne cherche à se faire passer pour un réformateur pacifique, pour un navigateur pnident, éloigné des rivages maudits du communisme.

11 est, au contraire, le plus actif propagateur de la doctrine communiste ; c'est en vain qu'il enveloppe sa pensée dernière sous l'emphase d'un langage préten-

tieux. Il ne pourra surprendre la bonne foi de personne. D'ailleurs, avec quelle admiration n'a-t-il pas sahié le martyre de l'exécrable Babeuf?... Comme lui, il invective la bourgeoisie; comme lui, il s'élàve, avec une passion sauvage et brutale, contre la propriété; comme lui, il admire le dogme de l'égalité absolue ; comme lui encore, il déclame violemment contre la société et rejette sur elle tous les maux qui assiègent l'humanité.

Eh bien ! non ! le mal n'est pas dans la société : le mal, c'est le péché, et le p^ché est dans l'homme. De là ses crimes et ses vices. Certes, il est des misères hideuses, et les chrétiens doivent s'appliquer à les soulager. Mais souvent la misère est le fruit du péché, le fruit amer de l'inconduite, de la débauche, de la paresse; souvent elle est le résultat de l'abus que nous faisons de notre liberté. La fraternité , prêchée par l'Évangile, n'est pas souvent dans le cœur de l'homme, pas plus dans le cœur du pauvre que dans celui du riche. - « Fraternité I s'écrie M. Proudhon, frères tant qu'il vous plaira, pourvu que je sois le grand frère et vous lepelit^ pourvu que la société, notre mère conamune, honore ma primogéniture et mes services en doublant ma portion I »

Voilà l'homme.

Voilà le raisonnement secret que fait l'^oî»ntô de l'homme. Plus un homme a été pauvre, et plus il se montre dur quand il est devenu riche. Plus un homme est dans une position basse, et plus il abuse grossière-

m«ot de roooâsioQ qoi lui est dlnte de faire acte de poiamnoé. La Traité est wi fond de notre nature.

L'homme vent dominer et n'aime pas à obéir*

L-hommè ne sort pas parfait et bon des mains du Créateur : il en sort avec la liberté de faire le bien et le mal, et sa Tie est une tentation de toute beure. La vertu consiste à surmonter la tentation, à trioropber du péché, à jeter le mal sous ses pieds. Le chrétien accompli^ c'est rbraune fort qui n'est jamais vaincu par le destin ; rhonuBe que rien ne décourage dans la voie du Sei* gneur, ni la misère, ni la calomnie ; qui regarde ses défaites comme des triomphes, et qui contemple avec une égale indifférence ce que l'on est convenu d'appeler malbeiHr et bonheur.

11 est donc absurde de rejeter la responsabilité du mal et de la douleur sur la société : la source en est dans l'homme.

11 y a dans la critique , méchamment exagérée, sans doute, de M. Louis Blanc, certaines vérités douloureuses que notre impartialité nous oblige à reconnaître. Ce n'est que trop vrai : il est des misères afireuses dans la vie, des misères atroces, imméritées. Mais osez-vous bien prétendre guérir ces ndsères^ dont à plaisir vous exagérer l'horreur, avec votre socialisme? — Il n'y a que la religion , il n'y a que le Catholicisme, qui puisse porter remède & ces immenses douleurs ., car lui seul est le droit , la vérité, la justice ; -- kd seul est l'amour!

M. Louis Blanc propose, en attendant que la communauté radicale et absolue puisse être appliquée , en attendant que nous soyons , par nos vertus , dignes de ce bienfait , en attendant que nous ayons mériH le communisme, il propose des moyens transitoires. Ce s<mt :

La création à*ateHers nationaux. L'Etat fournirait gratuitement aux ouvriers de ces ateliers dea capitaux et des instruments de travail.

Les salaires seraient égaux; les paresseux et les maladroits seraient rétribués à Tégal des travailleurs laborieux et habiles. — Il n'y aurait aucune sécurité, aucune protection spéciale accordée à la bonne volonté et mi talent.

Puis il préconise la vie en commun, et |usqu'atu; plaisirs en commun.

Or, savez-vous ce que c'est que les plaisirs en eom* mun?

Vn monsieur Mallarmet , disciple <le ]tf. Louis Blanc, nous l'apprend. C'est tout simplement la communauté des femmes et des enfants I

Ainsi , les communistes égalitaires, les communistes humanitaires de l'école de M. Louis Blanc, espèrent étabUr la communauté radicale de logement, de gamelle, de femmes et d'enfants ; c'est pousser loin la logique. Un disciple de M. Proudhon, auquel M. Mallarmet a bien voulu confier la chose , pour son édification parti* culière, s'est montré lui-même scandalisé d'une pareille doctrine. Au reste, il ne s'est décidé à faire cette rêvé-

laiion qu'après avoir ?a son chef, M. Proudhon , son divin maître, attaqué par les délégués du Luxembourg, disciples de M. Louis Blanc. Ils avaient accusé l'homme de Canarehie de vouloir se faire chef de brigandsy de vouloir se mettre à la tête de la populace des bagnes, ces pauvres vicUmes qu'une société inconséquente et marâtre a repoussées de son sein, après les avoir contraintes d'être criminelles. Us dénoncent M. Proudhon comme voulant bire servir d'instruments à son audacieuse ambition ces maiheureiL» irrités des avantages sociaux arhitrairement dé^ valus à r oisiveté privilégiée.

Et aux partisans de M. Louis Blanc, qui prétendent que M. P*-J. ProudQion ne demande Vanarehie , la suppression des lois, l'ouverture des prisons et des bagnes, que a pour pécher en eau trouble » dans l'océan proprié* taire , les partisans de M. P.-J. Proudhon répondent que M. Louis Blanc et ses amis aspirent à la conununauté des femmes et des enfants.

Ces mutuelles accusations sont fort édifiantes. Le peuple est averti , et il saura se tenir en garde et contre ranarcbie de M. Proudhon et contre la promiscuité des sexes de M; Louis Blanc!

Avec le système de M. Louis Blanc, les ateliers nationaux font concurrence à l'industrie privée, et forment entre eux, par l'association, une vaste communauté.

Eh bien I c'est une mesure impraticaUe et inique ; c'est établir, en faveur de quelques ouvriers, un privi^*

lége moostraeux, priTilége qui profiterait oorlout aux moins habiles et aux moius laborieux*

La terre , ^^ement deyeuue propriété nationale, appartiendrait à la communauté et serait exploitée par « U$ frères associés ».

H. Louis Blanc dit cpi'il n'est pas communiste. Mais la propriété confisquée par TEtat, Tégalité des salaires, la vie en commun, n'est-ce pas là Is communisme le plus radical? En voulsnt-mettre la fortune puUique entre les mains de TEtat, les socialistes veulent la m^tr» dans leurs poches.

L'Etat , c'est eux.

« Ces hypocrites con^aoenoont par pr^b^ le com* « munisn», dit M, Proudhon, puis ils confisquent la a communauté au profit de leur yeptre. m

C'est vrai* Us veulent jouir, et rien de plus. Telle est leur moralité ; elle est à la hauteur é^ leur savoir*

Ainsi fait M. Louis Blanc. U flétrit l'activité humaine; il supprime la liberté; il nous jette sous l'oppressicm de l'Etat, qu'il veut faire di^tributau* du çapît4 l^t d^ orédit.

L'organisation du travail y U iroit 4^^ pravail^^ sont les plus grands obstacles que le progrès vrai puisse rencontrer. Co serait le despotisme le plu9 mopstrueux.

Jamais l'homme ne se contentera d'un salaire fixe; il a en lui le sentiment de l'indépendance , il a en lui upe ambition légitime dont ne tiennent i^ucun coppte ceux qui travaillent à la dissolution de la société par l'organi-

sation du travail. Chacun veut être rëcompeasé en raison de son travail, en raison de sa capacité; personne ne voudra être forcé de travailler pour son voisin. Le dévouement de Thomme a des bornes; il faut prêcher la fraternité ; mais, du moment où Fon prétend llmposer, ce n'est plus qu'une odieuse oppression, contre laquelle se révcdteat énergiquement le sens cx)mmun et la conscience humaine.

L'homme ne travaille qu'en vue du bénéfice , du bienêtre ; il a le droit d'espérer de faire fortune. Il ne souffrira pas que vous borniez d'avance sa destinée.

L'organisation du travail tue l'émulation ; elle nous courbe tous sous le hideux niveau. Comme toutes les choses humainesL, la concurrence a ses excès; mais le principe est bon , il enrante les plus grandes choses.

La haine de M. Louis Blanc à ce sujet a été l'objet des attaques les plus sensées de la part de tous les publicistes de bonne foi, et il n'est pas jusqu'à M. P.-J. Proudhon qui ne se soit emporté contre ce système rempli d'ignorance , d'illogisme , tout empcûsonné du venin de la jalousie et de la haine.

— <c M. Louis Blanc, dit M. Proudhon, raisonne de la logique et de l'économie politique comme un aveugle des couleurs. Par le mélange perpétuel qu'il fait dans son livre des principes les plus contraires , l'autorité et le droit, la propriété et le communisme, l'aristocratie et l'égaUté, le travail et Le capital, la récompense et le dévouement, la liberté et la dictature, le libre examen

et la foi religieuse, M. lx)uis Blanc est un véritable hermaphrodite , un publiciste au double sexe.

« Son système se résume en trois points :

« 1° Créer au pouvoir une grande force d'initiative, c'est-à-dire, en langage français, rendre l'arbitraire tout puissant pour réaliser une utopie ;

« 2<* Créer et commanditer aux frais de TËtatdes ateliers publics ;

c( d<» Eteindre l'industrie privée par la concurrence de l'industrie nationale. Et c'est tout. »

C'est tout, en effet ; ou plutôt c'est trop.

C'est la tyrannie de l'Etat, c'est la ruine et l'anéantissement de l'industrie.

C'est comprimer les tendances les plus légitimes de l'homme , c'est décréter la spoliation , c'est exproprier ceux qui possèdent au profit de quelques amateurs de démagogie.

M. Louis Blanc est le plus forcené propagateur du droit au travail , que M. P.-J. Proudhon a traité ainsi :

i( Je soutiens que la garantie du salaire est impossible sans la connaissance exacte de sa valeur, et que cette Valeur ne peut être découverte que par la concurrence , nullement par des institutions communistes ou par un décret du peuple , car il y quelque chose de plus puissant ici que la volonté du législateur et des citoyens : c'est l'impossibilité pour l'homme de remplir son devoir dès qu'il se trouve déchargé de toute responsabilité envers lui. Or, la responsabilité envers soi , en matière de

travail , implique nécessairement vis-à-vis des autres concurrence. Ordonnez qu'à partir du !•' janvier 1857 le travail et le salaire seront garantis à tout le monde : aussitôt un immense relâche va succéder à la tension ardente de l'industrie ; la valeur réelle tombera rapidement au-dessous de la valeur nominale ; la monnaie métallique , malgré son effigie et son timbre , éprouvera le sort des assignats; le commerçant demandera plus pour livrer moins ; et nous nous retrouverons un cercle plus bas dans l'enfer de misère dont la concurrence n'est encore que le troisième tour. »

Pour accorder le droit au travail , il faudrait que l'Etat fût riche , puissant et indépendant en dehors des individus. Or, c'est précisément le contraire qui arrive. L'Etat n'est rien par lui-même , par lui-même il n'a rien ; toute sa force , il la puise dans les citoyens ; il leur demande le crédit , il ne peut leur en donner.

Le monopole du crédit entre les mains de l'Etat, ce serait la dissolution de toute société , la mort de l'industrie et du commerce , de l'agriculture ; ce serait ruiner tout le monde , et, par conséquent, n'enrichir per^ sonne. Il y a plus, l'application de ce système est impossible. Aucune puissance ne pourrait organiser une société sur ces bases, quand bien même il n'y aurait pas d'oppositions.

Et Dieu sait s'il y en aurait !

L'égalité des salaires a soulevé les protestations de la plus grande partie de la classe ouvrière. Les paysans

surtout ont le bon sens qui les porte à repousser les socialistes. L'instinct de la conservation combat chez eux les eflets de la propagande démagogique.

« Je ne veux pas nourrir tes enbnts , répondait hier un jardinier auquel un frère et ami prêchait l'égalité des salaires ; — je ne veux pas nourrrir tes enfants , je veux travailler pour nourrir les miens. Va à tous les diables!,.. »

Le travailleur honnête et sensé dit :

« Je ne voterai pas pour ceux qui veulent que mon travail nourrisse les paresseux. Je ne veux pas être forcé de travailler pour mes trente-six millions de freines! »

Le droit au travail est une prétention insensée , une pression barbare que les socialistes prétendent imposer à la société.

Certes, au premier abord, rien ne parait plus juste que de donner du travail à l'ouvrier honnête , à l'homme laborieux et de bonne volonté qui en demande pour ne pas mourir de faim. Mais à cela il faut répondre que la société ne doit pas reconnaître un droit au nom duquel on viendrait tous les jours lui imposer à coups de fusil des conditions qu'elle ne pourrait pas remplir. Ce droit serait une arme dangereuse dans la main des factions. La société ne peut pas reconnaitre comme un droit l'obligation pour elle de fournir du travail à qui en manque , ou de faire aux ouvriers sans ouvrage des rentes à rien faire. Ce qu'on veut, c'est, sous prétexte d'humanité, désarmer la loi , déchaîner la guerre civile. La

(Charité , si dédaignée par les socialistes , est là pour venir au secours de ceux qui souffrent ; et puis, quand Tordre règne dans un pays, quand on n'y fait pas de barricades , quand il y a de la sécurité , de la confiance , du crédit , du luxe , il y a du travail pour les hommes de bonne volonté. Le luxe du riche déborde sur le pauvre. Non, la charité n'humilie pas le chrétien; Taumône n'est point vile , car celui qui la fait prête à Dieu, et il peut la recevoir demain à son tour. Reconnaissez le droit au travail , ce ne seront pas les bons sujets , les ouvriers honnêtes et laborieux, qui viendront, le fusil à la main , vous demander l'exercice de ce droit impossible, — ce serùnt les bandits, les paresseux , les filous, les ivrognes. Quand TËtat est calme , la consommation est excessive , la production est grande; quand il y a crainte, la consommation s'éteint et la production se ralentit.

La société a pour mission de protéger le citoyen dans l'emploi qu'il a su trouver de ses capacités, de son intelligence , de ses bras; mais ce n'est pas à elle à lui en chercher un ; — et , le voulût-elle, elle ne le pourrait pas , — qu'on le sache bien.

Multiplions la consommation , mais n'exagérons pas la production , car c'est là ce qui engendre les chômages. — Pour qui l'Etat produirait-il , s'il n'y a pas de consommation?

Avec ses conséquences absolues , le droit au travail , c'est donc la ruine de l'État, et, partant, la ruine de

l'ouvrier. I/État , faisant concurrence à ^industrie particulière, Tanéantirait et s'anéantirait lui-même.

Cette obligation absolue qu'on veut imposer à TEtat est une chimère. L'Etat ne peut pas plus donner du travail à un ouvrier des manufactures qu'à un médecin , à un avoué, à un homme de lettres, à un artiste. Que si vous objectez que l'Etat ne doit du travail qu'à certains ouvriers , je vous répondrai que vous créez une aristocratie, un monopole, un privilège , et que , au nom de votre égalité , je veux , moi publiciste , que la société me donne du travail comme à mon voisin le quincaillier, le boucher, le boulanger, le bottier, le tailleur. Avocat, je vous demande impérieusement des causes; médecin, des malades ; artiste , des commandes et des leçons : nous vous ferons , de force , au nom du droit au travail , des ouvrages, des tableaux et jusqu'à des saignées; — nous plaiderons des procès qui n'existent pas ! Et si vous ne pouvez pas nous donner du travail , alors nous voulons de l'argent; il nous faut, à nous aussi, du travail ou du pain, — ou la mort, — ajouteront les socialistes.

Voilà la conséquence du principe 1

Vous ne pouvez pas , vous le voyez bien , forcer l'Etat à donner du travail à tout le monde ; vous ne pouvez raisonnablement , comme le Catholicisme, qu'engager l'Etat à venir au secours des ouvriers honnêtes sans travail, et que prêcher la bienveillance , la fraternité , à ceux qui peuvent aider leurs semblables.

Et encore l'Etat, comme le particulier, a-t-il le droit

de soulager le malheur honnête à Texcluaion de Tinibr- ^ine factieuse , la misère touchante à TexcluBion de la misère vile , la souffirance vraie à l'exclusion de la souffrance supposée.

Que l'Etat soit prévoyant, qu'il cherche tous les moyens de rendre heureux les ouvriers , de faire cesser les chômages ; qu'il garde pour ces temps d'arrêt dans l'activité industrielle privée les travaux qu'il a à faire exécuter ; que nos lois et bien plutôt nos mœurs soient insérées par l'âme de l'Evangile : oh ! cela est juste , cda est bien, et pas un chrétien qui n'applaudira dans son cœur; • « — que le particulier sache noblement tendre à son semblable une main dignement acceptée , — rien de mieux : c'est le but de tous les efforts des hommes religieux ; — mais le droit au travail , jamais !

VassociaHon , — cette autre utopie socialiste , — * n'est pas d'une application plus facile que le droit au travail. Avec toute la bonne volonté du monde, l'Etat ne peut fournir des capitaux à certains ouvriers pour s'enrichir : car, outre que ce serait créer en faveur de ces ouvriers un véritable privilège, l'Etat n'a pas les moyens de se faire le banquier des pauvres.

L'association commanditée par VÊiaX^ ce serait l'anarchie introduite dans l'industrie, par la suppression de la concurrence^ qui est un principe d'émulation, dont on tait à dessein les avantages et dont on ex^ère les inconvénients; ce serait créer un monopole injuste au profit

de quelques-uns.

L'asBOciotion , — les socialistes sont contndts de le reoonnaitre eux-mêmes, — ne peut convenir qu'à une minorité de travailleurs. Elle n'est applicable qu'à quelques ouvriers agglomérés sur certains points du territoire . Elle n'a été imaginée par les chefs de quelques bandes que dans l'intérêt exclusif de ces bandes. Vous pourriez associer quelques milliers d'ouvriers dans les grands centres manufacturiers, mais il vous est défendu d'asso cier les travailleurs des campagnes , bien plus nombreux , bien plus malheureux, et au moins tout aussi intéressants que les ouvriers des villes.

L'État ne peut être la vache à lait de tout le monde , ^ comme on dit vulgairement. L'État n'a pas des milliards à sa disposition pour fournir des capitaux à tous les citoyens auxquels il plairait de s'associer.

L'association est la machine de guerre du parti <le l'anarchie. Ce serait un système ruineux pour l'État et pour l'industrie, et d'ailleurs inapplicable à la grande masse des travailleurs; sans compter que jamais l'homme actif et habile ne consentira à s'associer avec le paresseux et le maladroit.

C'est mentir au peuple , c'est lui mentir lentement et sciemment, que de venir lui dire que l'association est un souverain remède à ses maux. L'association ne prciiterait qu'à quelques meneurs avides qui exploitent bien autrement les ouvriers que tous ces patrons tant décriés, et smr lesquels, quoi qu'on puisse écrire^ pèse toute la responsabilité.

L'association , ce serait le règne violefit , le despotisme haineux de qudques ouvriers sur le capîtal, puisqu'il est reconnu , encore une fois, que l'associtition ne peut s'appliquer qu'à une poignée d'hommes qui travaillent dans des ateliers communs , et nullement à ceux qui ont des professions dans lescpielles la force individuelle est suffisante , non plus qu'aux millions de citoyens qui travaillent dans tes campagnes.

Ensuite , l'État u'a pas le droit de prendre l'argentdes contribuables pour entretenir des ateliers d'associés, pour se livrer à des tentatives imprudentes et hasardeuses au profit d'une très petite partie des travailleurs. Il n'a pas le droit de favoriser ainsi quelques citoyens sous prétexte qu'ils sont plus mutins. Et s'il ne prend pas l'argent chez les contribuables, où en trouverait-il ? Ce ne sera assurément pas dans la poche des particuliers, à moins qu'il ne le leur prenne do force : car personne ne voudrait encourager de semblables entreprises, qui ne seraient qu'une injustice pour la masse et une prime d'encouragement donnée à la violence et à la paresse.

De quelque côté donc qu'on examine la question , on n'y Yoit qu'anarchie, — ce monstre hideux qui proscrit Tordre , la sagesse, la sécurité, la justice.

L'anarchie dans l'industrie, c'est-à-dire l'association, ce serait la misère générale. Nous aurions bien véritablement alors l'égalité absolue , la cnielle et barbare égalité de la faim , du mal , du désespoir*

L'association dans nne manufacture ne tarderait pas à être suivie de rinterruption des travaux : car, chacun étant régal de son compagnon , voudrait commander, personne ne voudrait obéir. L'empire, — car en tout il faut une direction, — ne serait pas au plus capable, au plus habile, mais au plus audacieux. On ne voterait pas pour le plus honnête, ni pour le plus instruit, mais bien pour le plus intrigant. Et quand bien même on élirait le plus capable , dans quelle considération pourrait se maintenir un pareil chef?...

La dignité du pouvoir est la première loi des sociétés régulières* Les ennemis du repos public ont assez attaqué le principe du pouvoir pour que nous le regardions comme le premier soutien de Tordre général, le soutien le plus ferme de notre pauvre société.

C'est là le dernier espoir des gens de bien.

Dans une société de frères et amis associés , le chef actif qui exigerait un travail assidu ne tarderait à être chassé par les paresseux; et l'on verrait bientôt, là comme dans la société, se former deux camps: — celui des ouvriers modérés, laborieux, raisonnables, — et celui des hommes violents , paresseux , méchants.

C*est la guerre. — En politique, comme en industrie, besoin est d'une autorité forte, toute-puissante et respectée, et c'est pour avoir méconnu l'autorité en France que nous sommes réduits à ce pileux état d'avilissement, d'anarchie, de misère, dans lequel nous ont plongés les adversaires systématiques de toute autorité.

Il y a plus, des ouvriers associés, si vertueux, si dis* posés à bien faire que vous les supposiez, n'auraient, n'en doutez pas, ni l'expérience, ni la possibilité, ni la capacité de se conduire, et ils ne tarderaient pas à échouer là oti souvent succombe elle-même l'unité de volonté jointe à la science le plus incontestable et à la connaissance pratique des affaires.

Pour obvier à la paresse des a frères associé» », M. Louis Blanc a inventé un moyen qu'il trouve d'une infaillibilité fort ingénieuse, et qui nous parait à nous d'une naïveté délirante.

Dans chaque atelier commun s'élèverait un poteau sur lequel on lirait ces mots :

Le paresseux est un voleur.

M. Louis Blanc trouve cela d'un beau idéal suprême; il le répète à satiété.

« Singulière inconséquence, fait remarquer M. Sudre, que celle qui prend pour mobile et pour sauvegarde de la conununauté le sentiment naturel de répulsion qu'inspire la violation de la propriété ! »

Ainsi procèdent les socialistes, par l'extravagance et l'absurdité.

Ils se sont fort apitoyés sur le sort des prolétaires qui ne peuvent pas sortir de Tétat de dépendance du capital, qui ne peuvent, sauf quelques exceptions, devenir maîtres à leur tour. Et, tout en déclamant de la sorte, ils ont, par l'abolition du marchandage^ empêché les prolétaires

— ti4 —

intelligents, économes et habiles, de participer aux bénéfices de capital.

Le travail à la tâche était le seul moyen qu'eût l'ouvrier, n'ayant que ses bras et sa bonne volonté, de participer aux bénéfices de son patron, et de devenir, avec le temps, — qui nous élève en nous usant, — patron à son tour.

Payer l'ouvrier très habile à la journée sur le même pied que l'ouvrier inhabile, c'était assurément une injustice. Rien de plus impie, rien de moins encourageant, en effet, que de salarier le premier sur le même pied que le second.

En effet, la rémunération doit être en raison de la tâche accomplie. Mais ce système déplaisait aux malhabiles et aux paresseux, il excitait leur jalousie; les socialistes, leurs amis, n'ont pas manqué d'abolir ce genre de rétribution. Qu'arrive-t-il? C'est qu'il n'y a plus ni émulation, ni encouragement, ni possibilité, pour celui qui préfère travailler plutôt que d'aller au club ou au cabaret, de s'acquérir un petit capital qui lui permette de s'établir à son tour. C'est réduire le savant à l'état dégradant de celui dont la crasse ignorance demande l'égalité des salaires; c'est attacher fatalement l'intelligence à la médiocrité, la force à la faiblesse, l'honnêteté au vice; c'est porter atteinte à la liberté individuelle; c'est en même temps et surtout nuire le plus fâcheusement au travail, — car le travail périt, se dégrade, se ralentit, là où il n'est pas encouragé ; — c'est parquer à jamais dans

les abîmes du prolétariat et de la pauvreté de jeunes hommes en tous points dignes d'en sortir.

L'ouvrier intelligent qui entrait dans la carrière trouvait dans le marchandage une protection pour ses travaux, un conseil, un guide; on a appelé cela de Tinjure pompeuse d'exploitation de thomme par Chomme. . On lui a préféré l'égalité des salaires, — bonne chose pour les ignorants et les oisifs, — mauvaise pour ceux qui aiment le travail et la liberté.

C'est ainsi que les socialistes, ces prétendus philanthropes, ont parqué le travailleur intéressant, celui qui méritait d'être encouragé, dans une impasse sans issue, — dans un labyrinthe de douleurs sans espoir, de fatigues sans fin , de labeurs ingrats sans compensation ni conditions équitables.

Le marchandage, comme toute chose humaine , avait ses abus; — mais, en somme, il avait des avantages incontestables : il ouvrait les portes d'un avenir heureux et béni à l'ouvrier.

Les socialistes sont, n'est-ce pas? d'une déraison qui n'a d'égale que leur vanité....

Le marchandage était une main fraternelle tendue à l'ouvrier capable; ils l'ont aboli, et pour qui?

Dans l'intérôt de leurs amis, de leurs soldats, enfants des barricades, — dans l'intérêt des ouvriers trop incapables pour qu'on pût leur confier des travaux à la tâche.

Quand on aime le peuple, on l'élève, on ne l'abaisse

pas; on ne sacrifie pas le bon an maaTais; on n'encoarage pas la canaille an profit da rrai peuple, — du citoyen actif, intelligent, calme, laborieux.

Us ont proclamé le travail saint et respectable, et ils Tarrètent dans ses manifestations les plus vigoureuses! Ils ont prodamë le prolétaire digne de l'afiranehissement, et, quand il va prendre son vd y«« les régions du bienêtre, ils lui coupent les ailes!... Ils ont proclamé la fraternité, et ils découragent ceux qui avaient introduit le principe de la protection dans les fSabriques, dans les atdiers, sur les chantiers!

Ce découragement, produit de l'association et de l'égalité des salaires , est, pour les ouvriers qui l'ont ressenti, le meilleur antidote contre les poisons socialistes.

Quand il y a à soufirir de la concurrence, cela ne tombe pas sur l'ouvrier, mais sur le patron, sur le fabricant; cela est prouvé. Malgré la concurrence ardente, les sa« laires ne baissent pas et les bras ne restent pas inoccupés. C'est un fait contre lequel personne ne peut s'élever, contre lequel il est défendu aux plus chauds partisans de l'association de s'inscrire en faux. Les bénéfices du fabricant ont été moindres, et l'ouvrier, qui d'un côté n'y a pas perdu comme ouvrier, y a gagné d'un autre comme consommateur. Que le fabricant prospère ou succombe dans la lutte, le consommateur en profite; dans aucune hypothèse le mal ne pèse sur l'artisan.

Et ce qu'il y a de plus curieux , c'est que les socia-

listes, qui se montrent aujourdliui partisans forcenés du monopole, demandaient jadis à grands cris la concurrence, au nom de la liberté!

Toutes ces contradictions frappantes et successives sont un enseignement qui, nous Tespérons bien, ne sera pas perdu pour les masses.

Comment de telles doctrines ont-elles pu nous tant agiter, voilà ce qui paraîtra inconcevable aux généra^ tions futures.

La concurrence, loin d'être une cause de misère et de mine pour les ouvriers, est au contraire une source de bien-être pour eux.

Supprimez la concurrence, et vous aurez créé un monopole en faveur des artisans associés au détriment de ceux qui ne le seraient pas. Cette vérité a été démontrée victorieusement par tous les écrivains sérieux qui ont traité ces questions, qui se sont levés pour conjurer les périls de la société, — et les socialistes n'ont rien eu à répondre.

C*est la concurrence qui a enfanté les plus grandes choses dont s'honore l'humanité; c'est elle qui a inspiré le génie de ceux qui ont fait d'utiles, d'impérissables découvertes. 11 est des inventions, nous le reconnaissons, qui ont froissé certaines positions, déplacé certains intérêts; mais, à côté de quelques particuliers plus ou moins lésés, pour les populations quels bienfaits! L'intérêt individuel ne doit pas passer avant l'intérêt général.

11 importe de voir au delà*

Le progrès peut broyer quelques fortunes, mais il n'écrasera pas rbumanitë ; au contraire, il Vélève dans le bien-être, il la grandit dans la prospérité.

La concurrence est le stimulant qui produit le mieux cbaque jour. Voulez-vous Tarréter dans sa marche, vous «rrétez en même temps la civilisation. Quoi l je suis plus babile que mon voisin dans la même industrie, mon travail est meilleur, et vous ne voulez pas que je gagne plus que lui ! Vous viendrez m'ordonner de m'arrêter, de ne pas aller aussi vite et aussi bien, de ne pas lui faire une concurrence homicide! Mais cela est souverainement inique. Pour vous plaire, nous resterons tous dans la médiocrité la plus désolante, la plus honteuse. Vraiment, vous êtes aussi ridicules que vous êtes barbares I Vous parlez toujours de liberté, et le premier usage que vous faites de la vôtre, c'est de confisquer la mienne, sous prétexte que je fais concuirence à mes semblables et que la concurrence est une chose abominable! Vous contenez mou activité el mon génie dans les étroites limites de votre paresse et de votre médiocrité ! Vous posez d'arbitraires limites à mon intelligence et à mon habileté. Sous prétexte que nous sommes tous égaux, radicalement égaux, vous nous contraignez à travailler tous également.

Malheureux insensés! en vous attaquant à la concurrence, vous attaquez l'émulation, — puissant levier avec lequel on soulève le monde. Vous nous réduisez à l'im*

bécilliié, au orétinîsme, --^et au bout, toujours, toujours à la misère, à cette misère que vous dites tûulotr dé^ truire, et dont vous augmentes rhorreur*

C'est cette eoncurrence que vous flétrissez si injurieunement qui fait que les objets de premiète néeessité et les vêtements du peuple sont à bon mflrcbé.

En tout, la concurrence est un blenfeit ; en toui, c'est ttO principe fécond.

Ce que vous rendez au peuple comme producteur, vous le lui repreneK, et bien au delà, comme consom-* mateur.

La concurrence a lancé Faelivité humaine dans la carrière infinie du progrès. Vous vous proclamez hommes de progrès, et vous voulez tuer la concurrence qui Yei^ faute!

« Si le principe de la concurrence, a dit M. Tbiers, dans son livre De la Propriété] — si le principe de la concurrence a été cause que chacun, animé du désir de mieux faire que son rival, a travaillé à tout améliorer, le peuple n^y a-l-U pas gagné d'avoir du grain, des vêtements, du logement, de toutes choses enfin, en meilleure qualité et en plus grande abondance? On se ré-< crie contre les disciples de Malthusqui arrêtent l'homme prêt à se rapprocher de sa femme, en lui disant : Prenez garde, il y apurait un être de plus à nourrir sur la terre ! ... On se récrie contre ces philos<^>bes de Tabatefn tîony on les appelle barbares, on les dénonce au peuple, et on a raUon. Arrêter la fécondité du genre humain est

A chacun son droit, à chacun son bien, à chacun k produit de son travail, à chacun sa liberté, à chacun sa famille ; voilà la justicCt voilà la vérité, — malheur à qui la conteste !

Les législateurs socialistes outragent donc les lois de la nature, et ils ne manqueraient pas d'être désobéis, malgré leurs odieuses prétentions : car ils contrarient les penchants les plus légitimes de Thomme ; ils le jet^ tent dans un milieu oppressif contraire aux inclinations de son cœur.

Ils arrivent aux conséquences les plus absurdes et les plus monstrueuses; cela est surabondamment démontré.

Il faut qu'ils n'aient pas la moindre pudeur pour n'itrépas confus eu^^u^éoi^fi de leurs prédications.

Ah ! il est un seul cas dans lequel nous ne sonames pas partisans de l'hérédité, c'est celui qui se présente quand meurt un socialiste. U serait à souhaiter qu'il ne pût transmettre à son enfant Tesprit du mai qui l'anime 1.,.

Donc, M* Louis Blanc est communiste, et communiste radical, puisqu'il abolit la Propriété et la Famille, puis* qu'il établit l'égalité des salaires, puisqu'il oUige les hommes à un faux dévouement, puisqu'il est partisan de la vie en commun.

Il ne peut pas se défendre d'être partisan de la commu* nauté des femmes, car qui veut V égalité absolue veut la communauté des femmes. E^n effet, au nom de l'éga-

litë absolue un frère a le droit de dire à son frère :

« J)e quel droit te permets-tu d'exiger fidélité d'une femme ? C'est de raristocratie. Si tu es aimé de eeM femme , tu cesses d'être mon égal , tu me deviens supérieur en jouissance. Cette femme doit ôtre également à moi comme à toi! »

Que cet affireux raisonnement soit logique, cela est hien certain.

Quand donc M. Louis Blanc proclame la famille immortelle et sainte comme Dieu même , et qu'en même temps il flétrit l'hérédité dans la famille et dans ht pro* priété, et demande l'égalité absolue, l'atroce égalité du sanglant niveau , il veut nous donner le change, voilà tout*

Au reste , dans ses élucubrations historiques, ne s'estil pas déclaré partisan fanatique de tous les communistes des temps passés? Quels éloges n'a-t-il pas pour tous ceux qui , sous une forme ou sous une autre, par la plume , par la parole ou par les armes , ont attaqué la société avec ses vieilles et saintes bases : la Propriété, la Famille, la Religion? Il salue, comme la représentation de la tradition véritable de Thumanité et du progrèSi tous ceux qui ont déclaré la guerre à la civilisation.

Ses modèles , il les cherche dans ces hommes de sang qui ont inauguré chez nous pour un moment le règne de la guillotine! Ses grands maîtres, ce sont les héros de la Terreur! C'est à ces généreux bourreaux et à ceux qui espèrent faire revivre leurs crimes qu'il promet l'empire de l'avenir !

Ces infistmies sonl débitées avec Timperturbable audace que le crime puise dans son propre égoîsme. Ce sang-froid est horrible ; il épouvante , il glacb le cœur ; il a une odeur infecte , il exbale la dénonciation, le tribunal révolutionnaire. La terrible silhouette de Téchà^ faud se dessine sur toutes ces pages. Il le dit : — Les socialites n'ont plus rien de commun avec ceux qui ne pensent pas comme eux ! La mort seule peut terminer le différend.

Avant lui, nous Tavons vu, Mably et Morelly avaient prêché ces doctrines, et Graùchûs Babeuf ,,aprè^ eux^ tenta de les mettre à exécution par la force.

Lui aussi avait ramassé quelques meurtriers et les avait excités au carnage. Lui aussi avait appelé la destruc^ tion et la mort, et le pillage et Fincendie, à Taide de ses utopies; lui ausài s'était écrié avec tme sombre énergie : a Les opposants à Tégalité absolue seront vaincus par la force ; — les opposants à la communauté seront ext^mines !ïi

Seulement Babeuf a été défait sans que la guerre ci<* vile ait ensanglanté la patrie; — tandis que, pour que M. Louis Blanc pût prendre honteusement la ftute, il a faUu que les citoyens s'égorgeassent les uns les autres; — lutte atroce, dans laquelle rien ne fut épargné, pas même le saint prélat qui s'était dévoué pour porter des paroles de paix aux factieux.

. Il est tombé frappé par une balle impie ; il est tombé sous le plomb obscur d'un forcené Hais il n'a pas

emporté dans la tombe le secret de son martyre ; l'heure de la justice sonnera bientôt; — un jour, ses meurtriers seront connus

J'en ai fini avec M. Louis Blanc et avec son communisme hypocrite.

Que rombre des victimes de nos guerres sociales soit légère à sa conscience ! . . . .

Il a vécu. C'est en vain qu'il agite le drapeau rouge dans Texit, — au sein de la monarchie à laquelle il est allé demander un asile. Les masses laborieuses lui échappent.

Insensiblement les socialistes disparaissent, emportés par le flot de la malédiction publique.

Il est ttoe classe de socialistes qui , comme M. Louis Blanc, n'osant se déclarer ouvertement communistes, c'est-à-dire adversaires absolus de la propriété, espèrent la frapper par l'impôt. — Tous les chemins leur sont bons, pourvu qu'ils arrivent à l'exécrable but.

Ils ont inventé V impôt progressif et Y impôt somptuaire.

Voici <M>mment M. Proudhon lui-même, un jour, entre deux crises , dans un moment lucide , a traité Timpôt progressif :

« La conséquence de l'impôt progressif sera que les

— ne —

grands c^>itaux seront dépréciés , et la médiocrité mise à Tordre du jour. Les propriétaires réaliseront à la hâte» parce qu'il vaudra mieux pour eux manger leur proprié* té que d'en retirer une rente insuffisante. Les capitalistes rappelleront leurs fonds, ou ne les conunettront qu'à des taux usuraires; toute grande exploitation sera interdite, toute fortune apparente poursuivie , tout cai»tal dépassant le chiffre du nécessaire proscrit. La ri* obesse refoulée se recueillera en elle^çiême et ne sortira plus qu'en contrebande; et le travail, comme un homme ^attaché à un cadavre , embrassera la misère dans m accouplement sans fin.

a Après avoir prouvé la contradiction et le mensonge de l'impôt progressif, faut-il que j'en prouve encore l'iniquité?

« L'impôt progressif arrête la formation des capitaux; . de plus il s'oppose à leur circulation. . • Après avoir froissé tous les intérêts, et jeté la perturbation sur le marché par ses catégories, l'impôt progressif arrête le développement de la richesse , et réduit la valeur vénale au-dessous de la valeur réelle. Il rapetisse , il pétrifie la société. Quelle tyrannie ! Quelle dérision !

« L'impôt progressif se résout donc, quoi qu'on fasse, en un déni de justice , une défense de produire, une confiscation. Cesi V arbitraire sans limite et sans frein ^ donné au pouvoir sur tout ce qui, par le travail, par l'épargne, parle perfectionnement des moyens, contribue à la richesse publique, »

L'impôt , pour être juste y doit atteindre tous les genres de revenus; le faire peser sur le travail à rexclusioa de la propriété , ou sur la propriété à Texclusion du travail , fierait une iniquité.

L'impôt sert à payer ceux qui ont prot^é le travail , l'un par le fer, l'autre par la justice y d'autres enfin en administrant ou en gouvernant le pays.

Chaque citoyen doit donc payer Timpôt en proportion de la protection qu'il reçoit de ceux dont on salarie ]a travail et le dévouement avec l'argent de l'impôt.

Conaëquemment, l'impôt doit être proportionné à ce que ctiaqne citoyen possède et à ce que chaque citoyen gagne.

11 en est ainsi , et c'eçt justice. Tout ce qui reçoit pro^ tection doit payer pour la protection qu'il reçoit. Or, qui esti<^ qui est protégé ? La propriété, la propriété riche comme la propriété pauvre, et le travail, le travail modeste , comme l'édatant travail somptueusement rétribué^. L'exemption d'impôt serait donc la plus monstrueuse injustice : tous les citoyens sont, dans la mesiure de leur force et du bien qu'ils en reçoivent , tributaires de la société qui garantit leur sécurité.

Faire supporter les impots par le travail seulement* ou seulement p«c la propriété, serait nous replonger dans les injustices des vieux âges. : car il est des pro<» priétaires plus pauvres que certains travailleurs, et il est des travailleurs plus riches que certains propriétaires. 11 y a la propriété indigente et le travail opulent.

L'impôt progressif est une exigence insensée. €'est le pillago universel, Tarbitraire le plus monstrueux; c'est le vol organisé par l'État; cela conduit tout droit à la loi agraire ; c'est le partage des fortunes ; c'est l'inquisition ; c'est l'anéantissement de la liberté ; c'est l'organisation du dëspofisme.

De proportion en proportion, de dépouillement en dépouillement, l'impôt progressif , inspiré par le communisiae hypocrite, nous entraînerait vers le communisme radical.

Car il n^'est pas de mesure à laquelle les adversaires de la prt)priété consentent à s'arrêter. Tous les moyens leur sont bons pour la frapper. Quand ils ne peuvent directement l'assassiner, ils rattaquenttrsâlreusement (ians l'ombre. Ils n'cmt aucune pudeur, et l'on aurait tort de compter sur leur modération. Ce sont les bonnêles gens qui sont modérés. Une fois sur le terrain de l'impôt progressif, nous descendrions la pente, bon gré mal gré, jusqu'à l'abolition absolue de la propriété.

Quant à V impôt somptuaire qui frappe le travail de Ponvrier en frappant le luxe du ridie , il est jugé en ces termes par M. Proudhoii, dans un de ses rares moments de raison :

« Vous voulez frapper les objets de luxe , vous prenez la civilisation à rebours. Je soutiens , moi , que les objets de luxe doivent être francs. Quels sont, en langage éco* nomique, les objets de hixe? Ceux dont la proportion dans la richesse totale est la plus faible; ceux qui vien-

nent les derniers dans la série industrielle, dont la création suppose la préexistence de tous les autres. A ce point de vue, tous les produits du travail humain ont été , et tour à tour ont cessé d'être, des objets de luxe , puisque par le luxe nous n'entendons autre chose qu'un rapport de postériorité^ soit chronologique, soit commercial, dans les éléments de la richesse. Luxe^ en un mot, est si^no^ ntfme de progrès ; c'est , à chaque instant de la vie sociale , l'expression du maximum debien^tre réalisé par le travail , et auquel il est du droit , comme de la destinée de tous , de parvenir

« Mais avez-Vous réfléchi que taxer les objets de luxe , c'est interdire les arts de luxe? Savez-vous même si une [dus grande cherfé des objets de luxe ne serait pas un obstacle au meilleur marché des choses nécessaires , et si, croyant favoriser la classe la plus nombreuse, vous nereni&iez pas pire la condition générale? La belle spéculation, en vérité ! On rendra 20 francs au travailleur «ur le vin et le sucre, on lui en prendra 40 sur ses plai* sirs!....»

11 est très certain que toucher au luxe , c'est toucher au pain du peuple; c'est toucher à son travail, à sa vie.

Moins il y a de luxe dans un État, plus il y a de misère. Ceci est une vérité élémentaire à laquelle ne peuvent répondre les économistes de 1& pauvreté , dont le système tend à nous dégrader, à nous réduire à l'état de sauvages, de peaux-rouges, à nous dépouiller, à nous

jeter dans lamieère, à nous faire yivre tootniis, mdiHfoftt»% aflhmés, dans les ordures.

Tant qu'il n'y aura pas de sécurité pour kjuropriéiét pour la richesse, il n'y en aura pas pour le travsil.

L'iœpât somptuaire est un principe dissolvant pour une société civilisée ; — c'est la mort de l'art, la saoït de l'ouvrier.

Li'impôt progressif et l'impôt somptuaire sont doue deux genres d'oppression qui , tout en ayant l'air de frapper seulement le riche , frappent en réalité et (dos directement, plus douloureusement , le pauvre.

L'impôt proportionnel , c'est la justice pour tous , et il n'exempte que l'indigent , celui qui souffre , dont les douleurs ne peuvent être soulagées que par ceux qui Faiment , par ceux qui i^partiennent au parti de la Religion, de l'ordre et de la modération.

Il faut que le peuple ne Toublie jamais, ses amis ne sont pas ces inf&mes qui lui promettent un bcmbeur impossiUe, qui lui désignent les citoyens calmes conune ses ennemis, qui l'excitent aux guerres civiles, qui lui parlent toujours de liberté, de fraternité, de droit, de vertu ; ce sont ces conservateurs catholiquesqui ne veulent ni anarchie ni despotisme, qui comprennent que la liberté est inséparable de Tordre; ce sont ces hommes religieux qui ne le flattent pas bassement dans ses vices pour s'élever sur ses épaules , mais qui Tbonorent dans ses vertus pour le moraliser et le rendre aussi heureux

que peut être Thomoie, — ce malheureux condamné aux épreuves et à la Bouffrance sur cette terre.

Quoique beaucoup moins dangereux que M. Louis Blanc , parce qu'il est plus francet avoue audaciçuisement leur but commun , H* Cabet n'en a pas moins répandu dans les masses les idées les plus fausses et les plus coupables.

M. Cabet le. déclare sans déguisement et sans réticence, il est conuBuniste. Cette désastreuse aberration est la sienne. Loin de tenter perfidement, comme M. Louis Blanc, d'en faire mystère, il s'en fait honneur et gloire. 11 descend en ligne directe des héros de 1793, qui alimentaient l'échafaud, et il Tavoue superbement.

De plus qu'eux, il confesse la conséquence rigoureuse et logique des doctrines ultra-démagogiques. Conune Babeuf, il afiirme le but vers lequel les exterminateurs de la Terreur marchaient d'une façon plus vague. I^ donne la synthèse de leurs déclamations; il formule pour eux et en leur nom.

Ce qui ne l'empêche pas, pour capter la confiance, de déclarer qu'il est très pacifique, et qu'il ne fait que continuer l'œuvre de N.-«S. Jésus-Christ sur la terre.

A l'entendre, le Christ et ses apôtres étaient oommur nîstes; les premiers chrétiens et les Pères de rÉ£^% eux-mêmes étaient commanistes. Pour loi, le christianisme n'est autre chose que la communauté.

A l'appui de cette énormité, M. Cabet cite certains textes des Saintes Ecritures, qu'il interprète arbitrairement, auxquels il donne un sens icarien.

C'est dans un livre intitulé Voyage en Icarie^ ouvrage qu'il a répandu à profusion parmi les ouvriers, avec Taisent qu'il avait extorqué à cette classe de citoyens, qu'il a nettement posé sa doctrine.

M. Cabet ne se pose pas en inventeur de système , en cela différent des autres publicistes socialistes, qui nous donnent comme venant d'eux toutes les turpitudes ramassées dans les égouts du passé. Il avoue que, déjà républicain à la façon des grands hommes incompris de 1793, il se préoccupait de traduire en faits leurs charmantes doctrines, lorsque le livre de V Utopie ^ de Thomas Morus, lui tomba dans les mains. Dès lors, sa vocation fiit irrévocablement décidée. Il comprit que le problème de l'application du Christianisme et des principes régénérateurs des Jacobins était résolu.

A la lecture de Y Utopie ^ son âme fat touchée comme par l'ange de la révélation ; la lumière avait enfin brillé à ses regards, vive, brûlante, lui montrant le chemin de l'avenir, la route du progrès.

11 se recueillit en lui-même, non pas, comme le chrétien, pour sonder Vabime de sa conscience et converser

avec Dieu, non pour s'armer du courage persévérant de la fol et de la prière, non plus pour s'élever dans les régions infinies de la charité apostolique ; mais pour formuler la doctrine icarienne, la doctrine de la fraternité cchoh munautaire.

L'harmonie de cette voie humanitaire, il la trace dans son livre par excellence, dans son voyage vers ce pays de chimères qu'il nomme I carie.

Ce roman ne se distingue de Y Utopie j de Thomas Morus, que par une foule de détails oiseux, qui portent surtout sur le boire et le manger; fidèle en ceci à l'habitude socialiste, qui consiste à se concilier les sympathies des gourmands. En Icariey la félicité matérielle est sans bornes. Les hommes sont égaux en tout ; ils travaillent tous, et le produit est partagé entre tous; ils vivent dans une communauté de travaux et de biens; ils ont les mêmes droits, les mêmes devoirs; leurs charges sont égales, comme égaux leurs bénéfices.

. M» Gabet, toutefois, n'admet pas encore la communauté des femmes^ — ce qui lui a valu les outrages des communistes matérialistes ou humanitaires, qui l'ont traité d'honmie timoré, arriéré, peureux.

Comme M. Pierre Leroux, et avant lui Morelly, M. Cabet exige que tout citoyen soit homme public, fonctionnaire, nourri et entretenu par l'Etat. Seulement, comme la loi du Circulus est inconnue en Icarie, celui qui refusera de travailler dans l'atelier commun et de

Tivre en oommimaiité n'aura plus qu'à se jeter a Vesa ou à se laisser mourir de faim.

À l'exemple de M. Louis Blanc, H. Cabet flétrit la paresseux du nom de voleur. C'est la même plaisanterie, reproduite sous une autre forme.

Dans ce tableau de fantaisie que M. Cabet trace d'une société parfaite, les citoyens qui se distinguent de leurs semblables par leur talent, leur activité, leur intelligence, ne sont pas mieux rétribués que les autres. La Providence, c'est-à-dire le hasard, — dans sa pensée c'est tout un, — s'est montrée aveugle et injuste envers ceux qui n'ont pas de génie, et c'est à la société à réparer cette inégalité inique.

La satisfaction que l'homme intelligent et lab^ienx éprouve d'être utile à ses frères est une rémunération plus que suffisante. jCar tout le mondes'aime avec fanatisme dans l'Icarie; on s'adore jusqu'à la folie; c'est à qui se ruinera le corps et la santé pour travailler dans Tintérêt commun; on est heureux de n'être que l'égal de son voisin, heureux de travailler pour les autres, trop heureux qu'ils veuillent bien y consentir.

Tous les Icariens ont pour mobile le dévouement, et ce mobile leur suffit. Plus ils sont convaincus qu'ils produisent pour les autres, pour des frères qu'ils ne connaissent même pas, et plus ils se montrent zélés.

Le Christ avait dit :

a Aimez votre prodiain conune vous-même. »

Mais bah! M. Cabet va bien aa delà :

« Aimez les inconnus plusr que Tous-même. »

Ce qui excite Témulation de Thomme, ce n'est pas de savoir qu'il travaille pour lui et pour ceux qu'il aime, pas du tout : c'est d'être persuadé qu'il travaille pour eeux qu'il ne connaît pas, et qu'il doit aimer d'autant plus.

£n Icarie, tout le monde est condamné à travailler autant) en commua, et à des heures convenues. C'est le despotisme dans ce qu'il a de plus odieux, car il est sans espérance. La liberté individuelle n'est rien, rien l'intérêt individuel. On travaille pour les autres, non pour soi : car travailler pour soi, c'est faire preuve d*é* goïsme, d'individualisme; on travaille pour les autres^ et on y est forcé.

C^est la préconisation du système d'organisation du travail de M. Louis Blanc : ce sont les trop fameux ateliers nationaux.

Au reste, il y a plus d'une analogie entre ces deux publieistes communistes. Ils disent l'un et l'autre qu'ils respectent la Famille, mais au fond il n'en est rien. Ils ne la veulent ni l'un ni l'autre, et, voulussent*ils la conserver, ils ne le ^pourraient pas : la Famille se trouvant étroitement liée à la Propriété , conserver Tune, c'est conserver l'autre; abolir l'une, c'est frapper l'autre de mort.

Au surplus, aux communistes maUrialistes^ aux communistes humanitaires^ qui reprochaient vivement au patri-

arche de Tlcarie de faire de Iftches concessions aux préjugés d'une société pourrie et d'une civilisation arriârée en conservant la famille et le mariage, M. Cabet répondit que ce n'était pas qu'il regardât ces deux institutions comme très respectables en elles-mômes, mais qu'il avmt cru devoir les conserver, en attendant, pour faire avaler au public la pilule communiste. Il ajouta qu'il avait dû aussi se préoccuper de la police et du bureau des bonnes mœurs; que prêcher publiquement la communauté des femmes était une concession qu'il ne pouvait faire à ses amis, les rigoureux logiciens ; qu'il était des ménagements conseillés par la prudence; qu'il était certaines conséquences inflexibles qu'il fallait taire pour réussir à faire accepter les idées de progrès; qu'enfin la susceptibilité du parquet était facile à s'éveiller en semblable matière, et qu'il n'entendait pass'exposer à de nouvelles persécutions , dût un schisme se former dans la république communiste.

Platon, Campanella et les Anabaptistes, qui avaient proclamé la femme banale^ n'avaient pas reculé devant ces susceptibilités pudibondes; comme eux, les communistes humanitaires ont passé outre ; ils ont flétri M. Cabet avec sa peur de la police et la faiblesse de ses concessions à des préjugés misérables.

Toutetois , si H. Cabet a reculé devant les plus odieuses conséquences de l^on odieux système , ce n'est pas qu'il ait en lui le respect de la Famille. C'est par prudence, non par vertu. Il tremble, il n'est pas convaincu.

Il ne respecte pas la vérité , il la tolère , en attendant que le moment soit venu qui lui paraisse propice de Tétrangler sans danger. 11 ne craint pas Dieu, il redoute les gendarmes.

Pour moi , je me défie volontiers des gens qui craignent plus les gendarmes que la Providence.

« Quoi donc ! répond le père lear^ comme on l'appelle , — quoi donc ! est-ce que la communauté ne pourrait élabora exister pendant un nombre d'années plus ou moins grand avec le mariage et la famille , sauf à les abO'^ lir quand on le voudrait et quand la nécessité s'en ferait impérieusement sentir? Est-ce qu'il n'y a pas déjà assez de difficultés pour faire admettre l'idée de la conmiunaulé? Est-ce que ce n'est pas la plus gigantesque des révolutions intellectuelles ? Est-ce que l'idée de l'abolition de la famille facilitera l'adoption de la communauté? E8t*-ce que ce n'est pas au contraire l'idée qui effraye le plus les adversaires de la communauté ? Est-ce que ce îi'est pas l'idée qui présente le plus V apparence de la débauche et de l'immoralité , et contre laquelle s'élève la respectable et redoutable haine des défenseurs de la pudeur? Est-ce que ce n'est pas l'idée qui a tué les saint-simoniens? »

En attendant donc que Ton ait pu décréter la commu« nauté des femmes et abolir le mariage , sans craindre les défenseurs de la pudeur^ les gens arriérés , comme nous, chacun en îcarie est obligé de se marier, le célibat est regardé comme un crime.

On est très vertueux en Icarie. Le cœur fauinain n'a ni tentation y ni faiblesse* Tout le monde est marié , le concubinage et Tadultère sont absolument incoonas. M. Cabet ne dit pas comment il a fait pour dompter le péché.

Il est des communistes qui , pour appliquer leur système, pour mettre à exécution leurs théories, éprouvent le besoin de supprimer les grandes villes. M. Cabet , lui t les supporte , à l'exemple de Thomas Morut ^ de Morelly et de Campanella, dont il n'est que le plagiaire.

La belle Icara est la capitale de la communauté. C'est un Eldorado. Rien n'y manque. C'est magnifique. Noos passons ces détails ridicules et enfantins. Dans la République icarienne, il y a d'autres villes également splendides, où chaque frère associé trouve le confortable, surtout enfuit de nourriture. Tout y est propre, âégant, commode. Pour varier le paysage, l'imagination aventureuse de l'auteur s'égare également dans les campa gnes; les établissements agricoles sont magnifiques ; les campagnes regorgent de produits; partout l'abondance, partout la joie, le bien-être. La plus douce fraternité préside aux relations des Icariens entre eux. C'est char» mant , délicieux , sur le papier, — car on sait qu'il en a été tout autrement dans l'Amérique du Nord , où M. Ca* bet a envoyé quelques centaines de dupes qu'il avait dépouillées , conduites par une bande de fripons qu'il avait gagnés.

Dans ricane du livre, Targent est aboli , comme la propriété , comine la moimaie. Les achats et ventes acuBt interdits.

C'est l'Etat qui nourrit, loge, habille, engraisse et instruit les citoyens; il se charge de fjBur donner non-» seulement l'utile, mais l'agréable. Il Toumit à tout.

Les salaires sont payés en nature et d'une façon égals.

Le commerce est aboli. Les industriels ne sont plus que des fonctionnaires publics.

Pour que le travail soit attrayant et peu fatigant, des mécaniques fort ingénieuses , dont M. Cabet ne noua donne pas la forme et ne nous dit pas le secret, sans doute parce qu'elles n'ont pas encore été inventées, permettent de supprimer les métiers malpropres et insalubres.

M. Cabet expose , lui aussi , sa forme de Constitution démocratique et sociale. — C'est Vidée démagogique au pouvoir.

Comme M. Proudhon , il est partisan du despotisme de l'Etat.

(c La société concentre, dispose et dirige tout; il faut qu'elle soumette toutes les volontés et toutes les actions à sa règle , à son ordre et à sa discipline. »

Tel est le langage du chef des Icariens.

M. Cabet veut une seule Assemblée législative, composée de deux mille membres. Cette Assemblée est divisée en commissions et sous*commissions. Elle renvoie

ses projets de loi à la sanction du peuple , — sans doute pour ne pas le déranger de ses travaux.

Pour animer la physionomie de cette ÀssemUée, elle est obligée de s'occuper non-seulement de toutes les questions politiques , mais encore de régler les détails de la vie domestique ; elle se préoccupe même de la cuisine publique.

Il y a une quinzaine de ministres et un président du conseil ; ce pouvoir s'appelle exécutoire national; les préfets et les maires prennent le nom d'exécutoires provinciaux ou communaux.

Aucun de ces fonctionnaires n'est salarié. Ils sont tous pris le plus volontiers parmi les artisans voués aux travaux manuels; le citoyen qui se trouvait être président du conseil lorsque, dans son roman, M. Cabet nous fait pénétver en Icarie, était maçon. Inutile et basse flatterie !

La liberté de la presse est supprimée en Icarie ; il n'y a , pour toute feuille publique , que des journaux officiels, rédigés par des fonctionnaires.

11 n'y a ni juges, ni lois, dans ce pays fantastique, par l'excellente raison qu'il ne peut y avoir ni contestations, ni procès, ni crimes, dans un pays qui a l'in^able bonheur de vivre sous le régime communiste. Personne ne conspire; personne n'a une opinion politique à soi; personne n'est mécontent; tout le monde est enchanté. C'est inouï , magnifique , surtout incroyable.

Les anges an paradis ne sont pas plus d'accord et plus heureux.

L'intelhgence, étant un luxe inutile , n'a pas besoin d'être cultivée; la littérature libre est abolie; toutefois , comme M. Cabet permet aux Icariens de savoir lire, il y a des publicistes ofiSciels qui écrivent sur Tordre et sous la direction du Gouvernement, dans des ateliers communs ; leurs livres, c(»nmandés à Tavance, sont encore censurés, une fois écrits, et ne peuvent être imprimés et répandus qu'en vertu d'une loi spéciale.

L'indépendance de l'historien est confisquée à perpétuité. Il n'y a qu'une histoire officielle.

La mémoire des morts est jugée par un tribunal qui les flétrit ou les rend glorieux selon son bon plaisir.

La religion de l'Icarie est la religion de Robespierre.

Il est défendu de croire que la Bible et l'Evangile sont des livres révélés; défendu de croire que Jésus -Christ est autre chose qu'un homme de fraternité, le sansculotte de la Judée et l'un des philosophes les plus convaincus de la doctrine communiste !

M. Cabet veut bien permettre aux Icariens de croire qu'il y a un Dieu : car il n'a pu , lui , M. Cabet , se persuader encore suffisamment que c'est lui qui a fait le ciel et la terre; mais on est contraint de croire que les attributs de Dieu nous sont inconnus.

11 faut aussi déclarer qu'on ignore la cause du mal moral et du mal physique; il est inutile de croire au paradis et souv^ainement défendu de croire à l'enfer.

Les prâlreg dn pays sont des philosophes icariens, des professeurs de communisme; ik sont oontrûnls de wé marier. 11 y a égalemeot des prêtresses, pour les femmes, et qui doivent être mariées. Jusqu'à l'âge de seize ans, on ne doit pas parierderdigicm aux enfants. La loi punit ceux qui leur parlant de IHeu avant cet âge.

On voit que M. Gabet n'a rien inventé; il a ramassé tontes ces ordures dans les ^uts démagogiques.

Comment la communauté s'est-elle étabfie dans le pays que M. Cabet a pris pomr théâtre de ses exjf^ts? Vous pensez peut-être que c'est par la prédication pacifique, par la propagande honnête, parla persuasion? Du tout M. Cabet, qui proteste si énergîquement qu'il ne veut pas provoquer en France l'organisation de son système par la force, nous raconte, avec une complaisance remplie d'admiration, qu'en Icarie les choses se sont passées tout autrement.

C'est par la guerre civile que le communisme s'établit là-bas; il s(H*t, débris fumant et ensanglanté, des barricades homicides. Le grand homme qui a Fétemel honneur de rinaugm*er est un charretier, du nom d'Icar, — car à tout instant, M. Cabet reste fidèle à son système de basse adulation envers la classe ouvrière.

C'est donc ufi charretier, un boueux, qui devient dictateur du pays et qui lui donne son nom.

O bassesse de l'adulation ! c'est un outrage dans une flatterie.

Ses infortunes judiciaires ne le cèdent en rien à cdles

de M. Cabet , à Texception, toutefois, qu'il n'avait paa été condamné à deux ans de prison pour escroquerie, — malheur qui est arrivé dernièrement au vénérable chef des communistes icariens. Mais, conmie lui, il avait eu à subir les iniques jugements des aristocrates et des boui^eois. Sa peine expirée, il était sorti des cachots de la tyrannie plus violent que jamais , plus que jamais convaincu que Jésus-Christ n'était que le pro** phète du communisme , et qu'il devait continuer son œuvre. Il était devenu chef de rojq>o8ition démocratique et avait vigoureusement poussé , lui et ses acolytes , à la révolution de 93 de Tlcarie.

Cette fable est assaisonnée de toutes les diatribes connues , usées , rabâchées contre la société par tous les socialistes, contre la propriété, le monopole, rimégalitéi l'aristocratie , l'esclavage et les jésuites. — Les liévérends Pères ont amplement rh<Hmeur des attaques de M. Cabet.

Le charretier dictateur, porté au pouvmr sur un flot de sang humain, fait tout ce que font les gens de cette espèce, tout ce que faisaient les apôtres de 93, tout ce qui fut tenté dans les premiers mois qui suivirent la révo* lution de 1848. Rien n'y manque, pas même les trop célèbres BnUeUns de la République,

Comme il est impossible de passer de suite de l'état ticheux d'ignorance et de malheur dans lequel se trouve la société actuelle à l'état de science et de bien «è^e

— Ui —

qui est l'essence d'une société communiste , on prend des moyens transitoires.

M. Cabet consent à procéder graduellement.

On dépouille insensiblement celui qui possède. S'il ne résiste pas^ on lui fait grâce de la vie.

On établit progressivement l'égalité absolue. On décrète l'égalité d'intelligence et de bonne volonté. On décrète Vimpôt progressif sur la richesse. Les individualités rebelles seront brisées.

On donne du travail aux ouvriers qui en demandent.

Les biens nationaux sont distribués aux pauvres; sur leur emplacement on bâtit des villes , des fermes et des villages.

On àécvète Y impôt sompluaire , la taxe des pauvres^ l'emprunt forcé ^ et autres gentillesses du même genre.

On abolit la charité privée , — cette prière en action inspirée par le Christianisme.

Le maximum est établi ; on émet pour plusieurs milliards de papier-monnaie , qui a cours forcé , bien entendu.

Le trop célèbre impôt d'un milliard sur les riches est exhumé de son tombeau.

On donne de l'arg^fit et des subsistances à tous les «frères et amis y>; les vaincus de l'ancien régime sont condamnés à la prison et à un milliard d'indemnité envers ce que les socialistes appellent le peuple , — lequel veut bien leur faire l'aumône de sa clémence.

La magnanimité de M. (^abet va plus loin ; il abolit la peine de mort. Et ici Tardente sollicitude des socialistes pour les scélérats, pour ceux qui préfèrent la honte à la probité , éclate dans toute sa candeur. Les forçats et autres prisonniers, voleurs , escrocs , faussaires, meurtriers, enfin toutes les saintes victimes de la société, de la propriété, de l'aristocratie, sont immédiatement mis en liberté ; et, comme il faut à ces citoyens d'élite une éclatante réparation pour la persécution à laquelle leur vertu les a exposés , on les incorpore dans les armées de la République, ou bien on les admet, à leur choix, dans les ateliers nationaux!...

Il est très important d'arrêter l'esprit du peuple sur ces théories abominables, afin qu'il puisse les juger dans la liberté de son esprit et le recueillement de sa conscience. .

Il sait, maintenant, à quoi s'en tenir sur ces prédicat tiens; il connaît le sort que lui réservent ses prétendus amis, ses défenseurs ofi&cieux. Il sait qu'il rencontrera, à l'armée et dans l'atelier communistes , ces scélérats que la loi a condamnés, et qui ont manqué à toutes les notions de la délicatesse, de l'humanité et de l'honneur.

Et ils ne rentreront pas dans la vie, changés, repentants, régénérés par l'Évangile, non; ils y rentreront en héros trop longtemps méconnus et persécutés, ils y ren* treront en triomphateurs t

Le vice est un honneur; le crime est une action d'é-*

clat qui mérite une récompense. Le voleur est un sociale.

liste incompris; le meurtrier sera ouvrier communiste et soldat de la République !•••

C'est le règne de la licence et du mal , dans sa plus sauvage infamie, — C'est la déraison grefiée sur le crime et la vanité. •

Tels sont les moyens que propose H. Gabet pour arriver au bonheur commun.

Telle est la doctrine de la conmoiunauté dans toute sa franchise , à l'exception , cependant , qu'il y a encore de« socialistes plus avancés y moins timorés, que M. Cabet.

Comme H. Pierre Leroux, il se prétend le philosophe de la vraie tradition de l'humanité.

Sa prédication a été, comme celle de M, Louis Blanc, plus dangereuse sur les esprits que celle du philosophe de Boussac , parce qu'elle est moins obscure et qu'dle a pu se répandre plus facilement dans les masses. Mais une chose a complètement démonétisé M. Cabet: c'est sa déconfiture en Amérique et la honteuse condamnation qui l'a suivie.

Aucune conviction honnête et sérieuse n'a été entraînée par M. Cabet; il ne trouve plus de dupes; personne ne veut plus partir en Icarie ; ses derniers partisans veulent réaliser en France la communauté ; ils prétendcHit l'appliquer ici. Ils font cause commune avec tous ces mauvais sujets, sans dignité ni principes, qui poussent aux bouleversements, dans la vague et crioiinelle espérance du pillage.

Les eommHnistes tiennent d'une façon toute partiçui* lière à se donner une origine qui puisse les foire scoep» ter. — Us se présentent comme les propagateurs d'une idée jusque-là méconnue et se donnent un parfum de per? sécution qui touche les masses et dispose bien les routes d'une popularité éphémère. *

Les uns puisent leurs aïeux dans rhistoire ancienne; d'autres dans This^toire sainte ; certains déclarent que la communauté a déjà été mise en pratique sur plusieurs points du globe , et que les peuples n'ont eu qu'à se louer de ces essais. — L'histoire prouve le contraire, et la profondeur de cette leçon n'échappe à personne.

Quelques-uns, enfin , plus har^s, et H. Cabet est de ce nombre , affirment que leur premier maître n'est au* tre que le Christ lui-même.

H. Cabet , et beaucoup d'autres socialistes, ont l'efironterie de se déclarer les continuateurs des apôtres. Ils disent que le Christianisme prêché dans sa sincérité n'est autre que le communisme.

Voyons donc. L'Évangile ne fait aucune allusion à cette doctrine ; il est évident que, si le Sauveur l'avait regardée comme le plus haut point de la civilisation , comme le

but de sa mission divine , il n'eût pas manqué de Faniioncer aux nations. Au lieu de cela, qu'a-t-41 fait?

Il a respecté la loi mosaïque, qu'9 était venu non pas détruire , mais compléter; il a sanctifié , avec sa haute et puissante parole, f observation des commandements de Mobe. Nul plus que le Christ ne s'élève contre les crimes commis contre la famille et contre la propriété.

La Famille ! il flétrit la polygamie, le div(»rce et IV dnltère; il conunande d'honorer son père et sa mère.

La Propriété I il flétrit le meurtre et le vcd, les brdiis, la fraude, les mauvaises pratiques pour avoir le hkn d'auirui !

S'il eût été communiste, si son apostolat et son mart3nre avaient eu pour but de fxéconiser la communauté, il n'eût pas employé ces mots: le biem ifavlmt, — ipnn'a pas de sens pour les communistes. Que ses ensagnements sont différents ! Loin de piêdier ces déploraUes doctrines qui déshono^nt l'esprit humain et désertèrent son coeur, il enseigne le respect de la fiunffle et de la prt^riété. Il nous tait un devoir de la charité, de la frtfemité, de laréâgnation et du mépris des vanités du monde, des jouissances matéridles, tant esaltées par les communistes. Il aviHt la diair et ses honteux ]4aisirs, les passions etTégoîsme, et très paiticnfièrement ce bas sentiment d'^avie qui déchaîne les hommes les uns contre les autres, sons prâexte de droit & l'égalité.

Il n'est pas une idée commumste qm n'ait été d'avance condamnée par lui. Certes, il s'êlèTe avec vigueur con-

tte le riche impitoyable pour le pauvre ; il aime le pauvre, le soutient, le console; il lui fait trouver dans sa conscience l'intime récompense de ses vertus et lui montre rimmortalité bénie de Dieu pour récompense. Mais jamais il n'a permis que le pauvre dépouillât le riche; jamais il n'a permis d'abolir la propriété, qui donne la possibilité de faire la charité.

Il aflSrrae que les ricties entreront difficilement dans le royaume de Dieu; mais il veut parler non pas de tous les riches , mais de ceux des riches qui ne pratiquent pas la bienfaisance. Il conseille l'abandon volontaire d'une partie de ce qu'on a pour le soulagement de frères en détresse , et par cela même il se montre partisan de la propriété: car on ne peut donner volontairement que ce qu'on est libre de garder pour soi.

En légitimant le célibat, le Christ ne prétendait nullement attaquer le mariage , ou autoriser des exceptions contre cette institution , dont il reconnaît tout au contraire la sainteté ; il permet à ses apôtres de se dispenser, de se détacher, d'un lien terrestre incompatible avec les luttes, les fatigues , les persécutions, qui les attendent.

11 en est de même de la façon dont les premiers chré^ tiens vécurent un moment entre eux lorsqu'ils avaient à résister aux supplices. Ces chrétiens-là, il est vrai, vécurent dans un état de fraternité, je Tai dit déjà, dans lequel toutes les choses matérielles étaient communes entre eux. Mais, outre qu'il importe de regarder celte situation Comme évidemment exceptionnelle, il faut dire

la dignité de la personne et la pureté des mœurs , condamne la communauté qui détruit en m^e temps la Propriété et la Famille.

Une chose bien remarquable, c'est la corrélation , la solidarité , qui existent entre ces deux principes. Ils se soutiennent Tun par Tautre. Leurs ennemis acharnés ne s'y sont pas trompés; ils les ont constamment, toujours et partout frappés en même temps, et cela sans se connaitfe les uns les autres, sans s'être donné ua mot d'ordre. C'est qu'ils avaient l'instinct de l'attaque comme nous avons celui de la défense. Ils ne se dissimulaient pas que, pour faire rétrograder l'humanité et la plonger dans les odieuses abominations de la matière , il était indispensable de frapper du même coup la Famille et la Propriété. ♦

'Encore une fois non , les chrétiens orthodoxes. n'ont jamais été communistes : ils aimaient trop la liberté et la vertu pour cela.

Les impérissables traditions de l'histoire sainte excluent toute supposition de ce genre. Le monde chré^ tien, animé de l'esprit fraternel de l'Evangile, pratiquait la charité dans toute l'indépendance que Dieu a laissée à l'homme de faire bien ou mal , de suivre les voies de Satan ou les voies du Christ ; le monde chrétien a ennobli la propriété par la bienfaisance , sanctifié le capital par la charité à laquelle la loi de l'Evangile le soumet rigoureusement.

Nous devons nous aimer les uns les autres ^ les uns

les autres nous soulager comme des frères, comme les enfants d^un même père, qui est Dieu, — mais nul texte des Ecritures Saintes n'autorise le despotisme de ces hommes de sang et de matière qui voudraient nous ravaler à l'état des animaux les plus abjects.

Les communistes nous opposent encore les communautés religieuses.

Et d'abord , ces établissements se sont élevés librement, et ceux qui vivent de la sorte y ont consenti ; ils n'y ont point été forcés. De plus , ces communautés n'ont point été fondées comme modèles à suivre pour les sociétés publiques. — Les religieux qui vivent ainst ont puisé dans Tardent amour de Dieu le culte de la prière et de la solitude ; ils n'ont pas été obligés d'aller chercher la perfection céleste dans ces pieuses retraites: — s'ils l'ont fait, c'est dans toute la liberté de leurs consciences.

Ils vivent en commun, c'est vrai, mais dans la pure communauté des séraphins. Que leur importe ces biens de la terre à laquelle ils ont dit adieu ? — Leur existence est ailleurs, — plus haut! Ils vivent par lé cœur; ils cherchent la perfection morale et méprisent tout ce qui est matériel; tel est, du moins, l'esprit élevé de ces corporations.

11 y a là une théorie magnifique, mais qui n'est nulle, ment applicable aux autres mortels. Ceux-là ont quelque chose de surnaturel et de divin.

Et encore, respectent-ils des supérieurs. Ils ne sont

pas rég^ par la loi oppressive de régalitë absolue. Ils honorent, ils aiment, ils respectent Dieu dans leurs chefs.

Loin de vouloir tous commander, il^ se. résignent avec joie à obéir. L'obéissance est leur vertu; c'est leur foi pratique. Ils obéissent, doue ils spat libres : car c'est à Dieu qu'ils obéissent, non aux hommes..

Tel est le sens vrai de ces asçociation;^. volontaires entre des cœurs qui ont la miême foi.

Donc, que la vie en commun de pos religieux ne ressemble en rien au système de^ comipuniste& , ces partisans de l'idolâtrie impie du seusualism.e ,, — c'est ce qu'un examen sincère ne peut pa^ laisser qu doute.

Les Religieux élèvent l'âme ; les Communistes abaissent l'humanité. Les uns vivent en dehors de l'ordre social en le respectant; les seconds n'agirent qu'aie renverser , qu'à le plonger dans l'athéisme pratique; ils luttent avec opiniâtreté contre le Christianisme; Us intronisent la sensation dans le règne du monde , ils ne reculent devant aucun crime pour « marché à i'ajifenir »/ ils sèment partout les fruits les plus empoisonnéa; au nom de la vérité persécutée, ils la tyent !

Ils égarent Topinion et exercent sur 1,'ignorance une incroyable et fSettale tyrannie ; ils ameutent les passions populaires et déchaînent les révoluti<His. En morale, en politique, comme en tout, ils nient Tautorité et k liberté individuelle ^ ils prêchent un socialisme qui n'est qu*UQ ulcère au flanc de la société.

Leur Yévitafat^ mA^ leura conaéquenoeg^ itova les conoaisseï ; Matérialisme « -- Aciarofaieu

— Ordre, Foi , Amour^ répondent W» Religieux^

Et ils pousfit'nt ces cris d'une voix reteatissante et à plein cœur.

Entre eux la conscience puhliqiua a prononcée

Pour avoir raison des socialistes , qui frappent la société en spadassins, que faut-il? Leur arracher le poignard dans la rue, exposer leurs doctrines dans la près-' se, les principes qu'ils professent publiquement et ceu3( dont ils font mystère.

Leurs commentaires de T Evangile et de la tradition catholique sont iniSmes.

C'est le mensonge, c'est la calomnie, e'est l'athéisme dans toute leur perfide déloyauté.

Ils ont odieus^nent traveati la pensée du Christianisme ; ils aiguisent des phrases pour assassiner!

Nous repoussons, au nom du Christianisme» toute espèce de solidarité avec eux *, ses doctrines, ses traditions, son esprit, les repoussent égalemenU C'est une honte qu'aucun homme religieux n'acceptera. .

n résulte de tout ceci : que la vie commune que menaient les premiers chrétiens pour pouvoir mieux se dé* fendre contre leurs persécuteurs, pas plos que la vie fraternelle de certaines congrégations religieuses, n'ont de rapport avec ce que préconisent les communistes*

Les Religieux sont des luHnmes qui se sont lihsement séparés jdua ou moins rigoureusement du monde. Leur

conduite est dn domaine de la conscience. Leurs voeux ne sont plus reconnus par la loi humaine, lisent volontairement renoncé aux joies de la famille, aux tourments et aux avantages de la propriété. Ils n'ont plus besoin de famille et ont divorcé avec la fortune. Ceux qui ont conservé des rapports avec Thumanité, dont ils se sont détachés, consolent les âmes et soulagent les misères.

Leurs habitudes sont communes, mais elles sont purement religieuses. Us sont une exception dans l'humanité ; ils en sont quelquefois l'exemple, le plus souvent même ; mais ce n'est pas comme genre de vie intérieure, c'est comme vertu. Il est très évident que, si chacun les imitait, si chacun faisait vœu de célibat et de chasteté, l'humanité s'anéantirait. Est-ce bien sérieusement qu'on vient nous les offrir, ce qu'ils se gardent bien de faire eux-mêmes, comme des hommes à imiter dans leur vie privée, — et surtout comme des communistes?...

L'existence sociale, la vie politique, leur sont étrangères. Ils se sont exclus d'entre nous, au nom du principe respectable de la liberté de conscience. II serait injuste autant que ridicule de leiur interdire l'exercice de eette liberté, plus injuste et plus ridicule encore de vouloir nous imposer leurs règles rigoureuses.

Les uns sont entrés là pour chercher mieux le Dieu que nous adorons tous; d'autres pour trouver le port tranquille après les orages de la vie terrestre; d'autres se sont arrachés aux agitations du monde pour expier dans le repentir, lerecueilkanenteilaprière, un passé...

Mais qu'importe? À qui appartient-il de sonder l'abîme de ces consciences? Qui donc a ce droit?

L'homme est libre de chercher son bonheur où il lui plaît, pourvu qu'il ne porte pas ombrage à la liberté d'autrui. Là est la limite. Nos Révérends Pères ne Tout pas franchie. Que voulez-vous donc?

Toutes les routes sont bonnes, quand elles sont no* Mes, pour arriver au grand but. Toutes les voies sont saintes, qui conduisent à la destinée sublime. Le chrétien peut choisir le terrain sur lequel il lui plaît de combattre le péché, — cet ennemi de l'homme, — qui nous souille, nous ravage et nous dégrade.

Le cloître est la mort chrétienne que s'infligent quelques âmes. Ce n'est pas l'état normal des sociétés.

Respect à ces exceptions ! Salut et respect à ces jeunes hommes et à ces jeunes femmes qui renoncent à nous! Honorer leur résolution est permis, il ne l'est pas de forcer tous nos semblables à les imiter.

Dieu ne nous a pas créés tous pour un semblable sacrifice. Il nous a donné d'autres devoirs; il nous a im<posé d'autres obligations. L'homme, conmie la femme, est né pour la Famille; ils s'attirent mutuellement et mutuellement se charment. Leur mission terrestre n'est pas de se séparer, mais de s'unir ; se retrancher en masse de la société humaine, ce serait trahir les desseins de la Providence. L'homme est fils, époux et père, comme la femme est fille, épouse et mère.

La vie commune ne convient pas à ces êtres pleins

d'aideur, appelés à perpétuer leê races; elle eotatieiit à ceux qui ont renoncé à la tm^, & h fftmfHë, à la propriéié, au monde, à ceux qui ont renoncé mt Jouissaneea mondaines du corps.

Ainsi Ta institué le Christianisme.

N'oublions pas de rappeler que robsertafiCe infle^dble du cloître fut quelquefois foulée aux pieds par certains moines, rappelés dans le monde par Tinstinct de l'individualité trop comprimée, et qu'après les excès enfentés par l'ascétisme, TEglise fut contrainte de censurer des désordres blâmables, des scandales sans nom.

Nulle analogie ne peut donc être faite entre la vie en commun du cloître et le communisme. ^ Le communisme, c'est la vie du cloître prise au retours»

Le communisme , comme le cloître , supprime le mariage, mais avec cette difiérence qui est bien à constater, que le premier n'en veut pas par immoralité , le second par chasteté.

Au cloître, on supprime la propriété individuelle par renoncement; dans le communisme, on la supprime par avidité. C'est pour prendre le bien d'autrui que les communistes abolissent la propriété.

Au cloître , c'est pour obéir qu'on renonce à la liberté individuelle; dans la communauté , c'est pour commander.

Au cloître, les passions de l'homme s'abdiquent; dans la communauté , elles se déchaînent.

Les communautés religieuses sanct^nties privations

etlesâoulfr&ncès; lés èOïâMltinistèà , les socialfslès sanctifient les jouissances de la matière et donnent satisfaction aux plaisirs charnels.

D'un côté , c'est Thomme qui rapproche son âme du ciel; — de l'autre, c'est l'homme qui vautre son corps dans la boue.

Là-bas, le mobile religieux détache de la terre; ici, la soif des Voluptés viles nous jette sous les pieàs de l'athéisme.

Le cloître n'admet que des hommes éprouvés , ayant fait abnégation de leurs passions*; là communauté prend tous les hommes, avec leurs vices, sans exiger â'eux aucune vocation, aucun noviciat, et les courbe sous l'égalité absolue ; elle brisô leurs 6s sous le niveau démocratique et social.

La vie en commun religieuse peut donner la liberté à cèUîc qui l'ont embrassée ; — le communisme , qui n'a aucun point de ressemblance avec elle, tue Tinlelligence , l'individualité, la spontanéité, l'émulation, l'énergie, la dignité, le droit; il tue la lutte et le Iriortphe; il nous plongerait dans Thébétement , l'apathie , la torpeur ; il nous avilirait sous l'esclavage le plus odieux; il ferait de nous des automates.

Le célèbre Perindè aè cadaïkr Se conçoit avec là foi qui fait que l'obéissance est le comble de l'empiré qu'un homme puisse exercer sur lui-même ; mais subir l'inflexible volonté des socialistes , la terrible et ombraèëùse ty-

lunnie de la communauté démocratique , c'est ce à quoi nous ne nous résignerons jamais !

Vin

Comme les communistes étaient battus sur ce point, qui consistait à passer pour les continuateurs du Christianisme, ils ne se sont pas découragés, et, décidés à se trouver une tradition religieuse quelconque , quel que fût son aloi , ils se sont rejetés sur les hérésiaques. Ils ont dit :

a Puisque Téglise orthodoxe nous condamne^ puisqu'elle nous répudie, voyons ailleurs. Commençons par nier TÉglise. Rome est infidèle au Christ et à l'Évangile, parce que Rome n'est pas communiste; ce sont les schi»matiques qui sont les véritables continuateurs des apôtres , parce qu'ils étaient communistes. »

C'est ainsi que les modernes socialistes prétendent n'avoir fait que recueillir l'héritage des Pélagiens, des Yaudois, des Albigeois, des LoUards, de Wicleff, de Jean Hus et de Jérôme de Prague.

Dans cette assertion , qu'y a-t-il de vrai ?

Un rapide coup d'œil historique rétrospectif nous l'apprendra.

Lorsque parut le docteur Pelage , dans quelle situation était le Christianisme ?

Le Christianisme avait poursuivi avec la plus noble énergie le but qu'il s'était proposé : améliorer, afiFranchir rhomme moral , soulager, affranchir l'homme matériel. L'Église avait annoncé TËvangile aux nations et fait les plus grands efforts pour abolir l'esclavage. Hier vaia» eue, elle commence à être partout victorieuse , elle ipspire déjà la législation , qu'elle veut plus libérale , les mœurs , qu'elle fait plus humaines et plus douces. Son souffle de- Tient l'âme de ces décrets impériaux qui modifient les confiscations, adoucissent la dureté des lois, qui empêchent les combats humains du paganisme, qui interdi-* sent l'exposition des enfants , les sacrifices aux dieux du polythéisme.

11 y eut quelques prêtres cruels et avides , qui , persécutés et dépouillés de la veille , devinrent les persécuteurs et les exacteurs du lendemain. Mais telle ne fut pas l'attitude générale du clergé. Il s'empara du pouvoir pour guider vers le progrès cette société régénérée par la croix, pour lancer le monde de la sphère misérable de la bar« barie dans l'éternité de la civilisation. Il se distinguait parla dignité de sa vie, parla supériorité de ses vertus, et surtout par l'éclat de ses lumières. De là son influence sur les multitudes et sur les pouvoirs temporels,

Mais le sacerdoce , en s' élevant , devint insensiblement moins restreint dans ses choix ; il ne recruta plus exclusivement ses soldats au sein de la plèbe; il admit dans son sein des citoyens opulents et titrés , considérables par la position qu'ils occupaient .

Les pfélatfl se répandaient partout avec une incroyable activité. En héritant des autorités qui tombaient autour d'eux, ils firent les plus grandes choses. — Instruire les populations, soulager les misères des pauvres, répandre partout la parole évangélique, consoler les affligés, protéger le peuple , le défendre contre le despotisme des agents impériaux , au péril même de leur vie , -^ tel était leur apostolat. Avec la possibilité de faire le bien, leurs devoirs et leur bonne volonté s'augmentaient.

Pour fortifier le pouvoir de TEglise , l'instilution monacale fut fondée. Ces moines étaient des hommes religieux , soldats du Catholicisme, et n'appartenaient pas au clergé. Ils aidaient volontairement à la propagation de la foi. C'étai^t, dans le principe, des citoyens libres qui, mus par Tenthousiasme religieux, et dégoûtés de la corruption humaine, se séparaient de la société, à laquelle ik donnaient Texemple de la vertu, du renoncement aux richesses, du travail, de la méditation et de la prière. Plus tard, ils se réunirent en communautés.

Dans ces monastères accoururent bientôt une foule d'opprimés et de victimes. La plupart des moines firent le bien; quelqueS'^ns se rendirent ridicules par des pratiques d'une austérité cynique; quelques-uns encore se déshonorèrent par le scandale de leurs désordres, par la licence de leurs mœurs, qui les rendirent l'objet des critiques véhémentes de quelques docteurs, et entre au-» très de saint Jérôme. -- Mais si plusieurs traînèrent une vie crapuleuse, vagabonde et d^auchée^ en grand nom*

bre ils se montrèrent pieux, intelligents, laborieux. Ceux-ci furent les savants, les saints et les tnftttyrs de la foi ; ils forent les premiei^s ibndAleiirs de Técole philosophique du Ghristianhmé.

Longtemps ces moines furent les seuls dépositaires de la science; longtemps ils tùreai les professeurs du peu-* ple« les conservateurs des monuments de Tes^Ht humain. Hs poussèrent au mouvement intellectuel et sauvèrent la civilisation de la ruine , au sein de la confusion de cette époque agitée dans les douleurs de Tenfantement, au milieu des désastres matériels d'une société tourmentée par les hérésies nouvelles et les vieilles barbaries du pa-* ganisme.

C'est alors que lalittétbture chrétienne apparaît, libre,

pensive, convaincue, sociale, et rejette dans la nuit la

littératiu*e païenne, frivole et matérialiste. Glotte littéral

ture, inspirée par la théologie, est douce^ constdante,

imprégnée d'amour, de vérité; c^est la poésie de la

croyance ; elle remue les âmes ; eBe donne un spectacle

inconnu jusque-là, celui du spiritualisme proposé ftux

rêveries des âmes ardentes. Et comme ces écrivains,

comme ces orateurs puissants remuent bien les cœmrs !

comme ils ont compris, dans sa haute portée, le génie du

Christianisme ! C'est Jérôme de Bethléem , Ambi^oise de

Milan, Paulin de Noie, Hilaire de Poitiers; e'est saint

Augustin, évêque d'Hippone, le plus grand bomt^e de

son siècle, la plus majestueuse figure de son époque, «—

et qui est resté l'une des lumières les {4us éclatantes de la chrétienté.

Cette vaste intelligence, d'une admin^le et complète harmonie, cette âme ardente à la poursuite de la vérité étemelle, ce grand cœur tout bouillonnant de foi, est un génie tout moderne. Ses Confessions exhalent ce doux et triste parfum qui enivre les âmes rêveuses et choisies, — oe romanesque mélange de tendresse et de mélancolie qui nous élèvent vers les régions célestes. Mais c'est sur^ tout dans sa CiU de Dieu qu'il se montre supérieur à son siècle. 11 incarne en lui l'avenir du Christianisme. 11 lui prédit la conquête, non pas seulement parce qu'il est la vérité, mais parce qu'il est le progrès par excellence.

L'avenir du monde est à lui, parce que seul il est capable de faire marcher le genre humain vers de meilleures destinées.

Cette foi est la nôtre, et c'est en elle que nous puisons toute notre force pour cette lutte corps à corps avec le Sodalisme, qui, loin d'être un progrès, est une décadence.

Saint Augustin, — cet oracle de toute l'Eglise chrétienne, — la sauva de la redoutable hérésie de Pelage^ qui souleva quelques tempêtes, et pendant plusieurs années (354-430).

C'est grâce à l'énergie du grand saint Augustin que le Pélagianisme ne fit point schisme. — Saint Augustin sauva TEglise, le monde chrétien, en révélant aux âmes

le sentiment de la vérité, en frappant ce système Aineste, qui détruisait l'œuvre du Christ, tout en prétendant rhonorer.

Saint Augustin n'inventa pas une nouvelle façon d'ho^ Dorer Dieu; il ramena Tesprit public égaré, vers la route sainte du Catholicisme, dont Pelage s'était écarté en sulv» stituant sa volonté et ses caprices aux commandements évangéliques ; il releva la moralité, parfois bannie du sacerdoce; il parla la pure langue de la vérité aux peuples tentés par Terreur; il fit faire un pas immense au Catho^ licisme; et il opposa l'autorité du Saint-Siège au débordement des passions licencieuses qui déshonoraient les nouveaux sectaires. Sa foi était pure, sincère, dévouée. U ne fut ambitieux que pour TEvangile, dont il poursuivait le triomphe sérieux et définitif. 11 fit aux opprimés du pédié un étendard, un drapeau, et leur montra le chemin de la liberté, au nom de ces apôtres, martyrs de leur foi, au nom de cet Evangile que ses adversaires méconnaissaient par leur insubordination, de cet Evangile qui donne à ceux qui souffrent le calme et la résignation dans la douleur.

Vaillant champion, saint Augustin livra au despo*' tisme de Thérésie une guerre noble autant qu'acharnée; il trancha avec le glaive de l'esprit les chaînes de l'esclavage , de l'esprit du mal.

Maintenant , voyons donc si , comme l'affirment certains socialistes , le Pélagianisme n'était autre que le communisme , — qu'un cfaristianisme-*communiste.

C'est ce que nous allons examiner.

Le docteur Pelage, moine de la Grande-Bretagne, leva l'étendard de la révolte , à propos de la question du libre-arbitre, soulevant ainsi la question de la grâce. Avant lui , les philosophes de l'antiquité s'étaient occupés de ce problème fondamental des religions. Platon soutenait que la vertu était un don de Dieu ; Zenon , que la liberté de Thomme , pour le bien et pout* le mal, était absolue; Aristote, que nous sommes susceptibles de la recevoir et de la perfectionner.

Pelage concluait comme les philosophes stoïciens. Selon lui , l'homme naissait bon , et par conséquent capable, par la force même de sa volonté; •— c'était nier le péché originel et le baptême ; conséquemment c'était rendre la Rédemption Inutile , en un mot renvei^r le Christianisme.

À peine cette hérésie se fut«elle produite , que saint Augustin , au nom de l'orthodoxie menacée , au nom du Christ insulté et méconnn , descendit vaillamment dans l'arène.

Nier le péché originel , n'était-ce pas oiFitoser Dieu ? C'était légitimer l'orgueil de l'homme , toujours disposé à se glorifier du bien qu'il fait. L'hotbme Mit mauvais^ et il ne peut faire le bien qu'avec la grâce de Dieu , prix des victoires remportées sur lai-même* Saint Augustin alla jusqu'à déclarer qu'il croyait à la prédestination. L'Église ne le suivit pas jusque-là , maie elle condamna le Pélagianisme , dont la conséquence eût été , en arra«

chant rhomme au joug heureux de Dieu et de la ciTilisation , de le replonger dans l'indépendance du mal.

Cette querelle n'eut donc qu'un caractère purement théologique. 11 est vrai que quelques disciples de Pelage, interprétant TÈvangiie à la lettre , au mépris de son esprit , proscrivirent la richesse et firent l'apologie de la misère. Saint Augustin les vainquit comme il avait vaincu leur maître 4 II leur prouva qu'ils étaient ignorants, qu'ils n'avaient pas compris la parole du Sauveur. Certes , la cupidité doit être blâmée , la soif immodérée de l'or est méprisable , la Charité est la plus charmante des vertus ; mais à conclure de là au renversement des conditions de la vie sociale , il y a exagération.

Au surplus, les Pélagiens, malgré leurs attaques contre l'abus de la fortune, contre l'égoïsme, contre leg fraudes , l'usure et les rapines , ne se sont pas déclarés communistes. Hs ne peuvent être assimilés aux vtio^ demes sectaires du socialisme.

Ceux-ci ne méprisent pas la richesse; ils la Convoitent ; ils veulent la richesse qu'ils n'ont pas.

« Dépouillez*vous pour les pauvres » , disaient les Pélagiens aux citoyens opulents.

« Prenez aux riches ce qu'ils ont » , disent aux pauvres les communistes.

Les Pélagiens préconisaient l'alité dans la pauvreté , dans l'austérité ; les communistes marchent à l'égalité dans la jouissance , dans le sensualisme. Les premiers étaiait ascétiques, les seconds sont des épicuriens.

— ses —

Plus lard, pÊsnimeni le» Yfuidois et les Albigeois, dans lesquels nos adrensires espèrent encore pouvoir troo- Ter des prédécesseors.

On i^^lait Albigeois des peo]des du Midi habitant la partie du territoire comprise oitre Bëâers et Bordeaux , qui s'étaient séparés delà constitution sjHrituelle de r Europe. Ces hérétiques , qui avai^at emprunté leurs pratiques aux Manidiéens d'Asie , expulsés par les empereurs grecs , se divisaient en plusieurs sectes dont les doctrines sont a peu près inconnues. Ce qu'on sait formellement , c'est qu'elles s'accordaient toutes à détesto l'autorité de la Papauté « qu'elles rejetaient les sacrements , la messe, et jusqu'à cdtte langue latine qui maintient l'unité du culte et fait la force de la grande fiâdération catholique.

Ils vivaient dans l'exaltation d'un fanatisme grossier, dans la misère la plus vile , la plus éale , et se recommandaient , de l'aveu même de saint Bernard , par l'austâité de leurs mœurs.

Leurs troubadours s'en allaient parcourant les villes et les campagnes , invitant les populations à embrasser l'hérésie, et accablant d'injurieuses critiques le haut clergé catholique, d<Hii quelques membres, l'histoire religieuse le reconnaît avec douleur, scandalisaient la chrétienté par l'impudicité de leurs débauches, l'effronterie de leur luxe , la cupidité de leur esprit , la corruption de leurs mœurs.

Le danger pour le Christianisme était grand* Les Al-

bigeois avaient leurs prélats , leurs missionnaires ; plusieurs puissants seigneurs les protégeaient. La haine , non-seulement des prêtres indignes, se répandait dans le Midi , mais encore la haine des bons prêtres , des dogmes les plus sacrés, — la haine du Catholicisme. Ils tinrent un concile à Toulouse (1167).

Cette hérésie protestant contre TÉglise, reniait la patrie européenne. Si les Albigeois eussent triomphé, dans cette lutte sanglante dont les afireux détails déchirent le cœur, la fédération chrétienne était brisée dans rOccident, le Catholicisme renversé, le progrès arrêté, la civilisation anéantie. C'en était fait de Tesprit , de la vérité- en Europe ; c'en était fait de la nationalité française!...

Les hérétiques furent vaincus, cela devait être; ah! pourquoi, dans les sanglants combats de ces rudes journées , le besoin du salut général fit-il taire la pitié?...

Tout ce sang versé pour la plus sainte des causes toucha profondément le cœur du pape Innocent Ilf, sans ébranler ses convictions. 11 traita les vaincus avec bonté; il voulut faire plus pour eux, leur rendre leurs biens confisqués ; mais il en fut empêché par les représentations d'une impitoyable mais saine logique , et il dut imposer silence à sa magnanimité, en présence des périls de la cause chrétienne.

Le concile de Latran (1215) avait prononcé la cessation de la croisade contre les Albigeois.

Cependant , cette sanglante guerre n'était point encore terminée.

Les Albigeois profitëreût des l*evers dés Croisés en Orient (1219-iî2i) , pour sMnstirger de nouveau.

Ils eurent une victoire éphémère. Assiégés dans leurs villes, ils se défendirent avee une vigueur sans égale.

Louis tlll marcha contre eux, avec ses légions françaises, et le terrible drame recommença.

Avignon fut pris , après un siège qui dura trois mois (1226) : les murailles furent détruites , les soldats mercenaires massacrés , les habitants frappés d^une imposition de guerre.

Le Languedoc épouvanté paya sans résistance le tribut des vaincus. Nimes, Carcassonne , Béziers , Carpentras , Alby, se rendirent ; Toulouse seule résista.

Obligée de déposer les armes devant les Français , dous la régence de Castille, Toulouse envoya sa soumission. Un traité fut signé à Paris (1229).

Ainsi fut détruite l'hérésie albigeoise et vaudofse.

Des supplices honteux déshonorèrent la victoire , et la cruauté de quelques-uns des vainqueurs donna des armes à laréformalion du XYI** siècle , de tous les schismes le plus dangereux el le plus détestable.

Les derniers Vaudois se firent protestants, lors de la révolte de Luther et de Calvin.

L'hérésie de ces peuplades languedociennes n'avait donc aucun caractère communiste. C'était la révolte du Midi contre la civilisation du Nord et contre l'Église ca-

tholiqne, apostolique et romaine. Les Vaudois, les Albigeois et tons les autres schismatiques de ce teffips , at« laquaient rautorité du Saint-Siège , nullement la Pro* priété et moins encore la Famille. Ils niaient tout ce qu'affirme le Catholicisme : les sacrements, le culte de la sainte Vierge , les cérémonies, la transsubstantiation dans TEucharistie , enfin , toute la poésie , toute la grandeur de notre religion ; mais ils n'avaient pas la moindre idée de réforme sociale en dehors de la foi. Tous les écrivains, moines, prêtres, inquisiteurs, qui ont écrit sur ces peuples, s'accordent avec nous sur ce point.

L'imputation de communisme élevée à leur sujet par nos adversaires est une supposition gratuite. Ils respectaient les distinctions sociales; ils ne prétendaient pas avoir droit à la spoliation conununautaire ; leurs chefs étaient tous rois, princes, grands de la terre.

La propriété contre laquelle ils élevaient quelques protestations, c'était la propriété cléricale, la propriété sacerdotale; ils respectaient la propriété laïque et les seigneurs féodaux qui la possédaient. Ils ont , au surplus , dans leurs écrits qui sont parvenus jusqu'à nous , protesté de leur respect pour la sainteté du mariage et de la famille, pour le droit de la propriété individuelle. Ils déclarent coupables ceux qui attentent au bien d^autrui.

Ils n'étaient pas partisans de la vie commune et ne la pratiquaient pas; c^est inutilement qu'on a cberché à altérer la vérité sur ce sujet. Ils croyaient que les membres du clergé ne devaient rien posséder en propre, et devaient

vivre dans la plus austère y dans la plus absolue pauvreté; mais ils s'arrêtaient là. Les attirer sur un autre terrain, les présenter sous un autre jour, c'est tirer une induction forcée d'un enseignement, c'est leur faire dire œ qu'ils n'ont jamais dit. Quelle différence, en effet, entre l'opinion que le clergé doit vivre dans la pauvreté apostolique la plus affreuse , la plus dure , la plus dégradante , je le veux bien , et cette autre opinion que tous les hommes doivent vivpe en communauté !

Tout cela réduit à néant les inductions mensongères des communistes ; l'histoire ne laisse aucun doute à cet égard.

Les Albigeois avaient répandu le mauvais germe ; il enfanta d'autres hérésies , — auxquelles les communistes contemporains s'acharnent à appliquer l'injure d'une complicité avec leurs doctrines.

Ce furent, d'abord, les moines mendiants de Saint- François.

Les Franciscains étaient possédés du fanatisme de la pauvreté. Ils professaient un mystique amour pour la misère. Se posant en milice dévouée du Saint-Siège, ils disaient qu'ils n'avaient pas même la propriété de leurs alimenls; que tout, biens, vêtements, et jusqu'à la nourriture , était au Pape. Ils attaquèrent avec une sombre véhémence le luxe de la cour d'Avignon, -prétendirent à l'abnégation absolue, et, dans leur exaltation, déclarèrent que l'Église devait, comme les apôtres de Jésus- Christ, ne posséder rien ni en propre^ ni en commun.

De cette théorie au communisme, n'y a-t-il pas un abîme?...

Ceux des moines franciscains qui avaient respiré Taîr albigeois furent condamnés comme hérétiques , brûlés vifs sur les bûchers ; — ceux qui échappèrent allèrent chercher refuge auprès de l'empereur Henri de Bavière, qui leur accorda sa protection (1319).

Les véritables communistes de cette époque, ce sont ces pastoureaux^ habitants des campagnes, qui se soulevèrent contre les riches et les seigneurs, ravagèrent plusieurs provinces , rasèrent les châteaux , massacrèrent les juifs, pillèrent les églises, et furent à la fin écrasés et vaincus par la royauté , les barons , les prélats et les bourgeois réunis, qui en firent un grand carnage (1320).

Vient ensuite, dans Tordre chronologique des faits de Thistoire , Thérésie de Walter Lollard, Anglais , qui professa sa doctrine en Allemagne. Ancien barde, cette sorte de Bohême hérésiarque avait puisé chez les Vaudois ses doctrines. îleutun assez grand nombre de partisans; mais bientôt arrêté à Cologne , il fut condamné par le tribunal de l'inquisition et brûlé vif (1 322). Ses plus fidèles partisans eurent le même sort.

Les LoUards vivaient comme les Vaudois , sous la lo de la propriété individuelle, et ceux qui ont avancé le contraire ont menti à la vérité.

Le bûcher sur lequel Lollard avait sué son supplice fumait encore, lorsque John Wicleff naissait dans la Grande-Bretagne pour la lutte contre le Catholicisme.

Quoique investi de la prêtrise, Xobn Wielefi se fii remarquer, dès son début, par son excessive violence contre le pouvoir du Saint-Siège. La Papauté lui avait refusé Tévêché de Vigore et le rectorat du collège d'Oxford : il s'en vengea. Â l'ombre de l'immorale protection du roi Edouard III ^ de son fils le duc de Lancasirc et de la veuve du prince Noir, Wicleff douna un libre cours à Tinjustice et à la fureur de ses ressentiments. II renouvela, avec une brutalité d'autant plus insolente qu'il se sentait couvert par une impunité à l'avance garantie , toutes les hérésies des Albigeois , atta^juanl la Papauté et, avec elle , tout le clergé et les dogmes , — en un mot , tout ce qui avait été mis en cause par l'esprit d'insubordination et d'anarchie.

Mais dans toutes ces invectives ackessées à ce qu'il y a de plus sacré et de plus respectable , contre la propriété et la famille , pas un mot ; — pas un mol de coinmunisme.

Wielefi fut plutôt un homme politique qu'un réf(H*mateur; il convient de le juger comme un instrument entre les mains de la cour d'Angleterre. Sa complicité avec les hautes puissances de son pays , la scandaleuse protection qu'elles lui accordaient et qu'elles lui eussent assurément refusée s'il eût été le moindrement entaché de communisme , la présence du duc de Lancastre et des plus hauts seigneurs de la Grande-Bretagne lorsque Wicleff comparut devant le tribunal que Grégoire XI lu avait désigné , la hautaine attitude qu'il y prit, aux

encouragements de ses illustres amis, — tout cela n'est-il pas bien fait pour déterminer cette conviction qu'il n'y avait rien de social^ rien de communiste^ dans les protestations de cet hérésiarque?.,.

On a voulu le donner pour parrain aux chefs du parti radical qui poussa, à cette époque, à un mouvement démocratique ; mais outre qu'il ne prit aucune part à cette insurrection toute politique, il est bien certain, au témoignage de tous les historiens , que cette révolution n'avait aucun caractère communiste.

WiclefiF mourut tranquillement dans ses propriétés , en 1385 , au mépris du concile de Londres qui l'avait condamné quelques années auparavant ,. sentence dont on n'avait pas osé poursuivre l'exécution.

U eut pour successeur, dans la carrière de l'erreur, un gentilhomme de la Bohême qu'on appelait Jean Hus.

Comme son medtre, Jean Hus, loin de s'acharner après la propriété , eut pour protecteurs les membres les plus riches et les plus puissants de l'aristocratie séculière de la Bohème.

Les publicistes communistes qui nous représentent ce réformateur comme un humble prêtre , vivant dans la mortification et la prière , cultivant le jeûne et la macération, maudissant la propriété, et rêvant , par excès de vertu , par ardeur de charité, le nivellement des fortunes et le partage des biens , ont mal lu l'histoire ou nous trompent.

Jean Hus était un riche seigneur de Prague, recteur

de r Université, ami et confident de la reine de Bohême Sophie de Bavière. II en était de même de son disciple Jérôme de Prague. Il se peut qu'ils fussent éloquents , mais il est douteux qu'ils fussent austères.

Ils eurent un grand nombre de sectateurs ; toutefois leurs prédications étaient moins violentes que celles de Widef. Leurs critiques portaient généralement sur la puissance du clergé.

Cité devant le concile de Constance, Jean Hus fut arrêté, malgré le sauf-conduit de l'empereur dont il était muni ; condamné comme hérétique , il marcha au supplice avec courage (i 41 7 .)

Jérôme de Prague subit le même sort, et avec la même intrépidité, quelque temps après.

Et la meilleure preuve que ni l'un ni l'autre n'étaient communistes , c*est que ce fut la noblesse de la Bohême qui se souleva pour venger leur mort.

Et dans cette terrible guerre des Hussites , pendant tous ces épisodes désolants , pas un cri costre la propriété ni contre la famille. Il faut être possédé du délire des assimilations pour comparer ces révoltes politiques et religieuses à cette implacable et sombre doctrine du communisme. Il faut avoir le fanatisme de l'infidélité en matière de généalogie.

Ces hérésies déplorables ont assez de gravité dans le monde religieux , sans encore en augmenter l'horreur en les étendant à la société.

Ce sont elles qui ont enfanté le Protestantisnoe, mais non pas le Communisme.

La Réformation avait poussé l'Eglise romaine vers l'abime ; la Papauté se sauva par son génie ; elle opposa l'exemple du bien avec la force du droit aux outrages de ses adversaires.

Dès lors, les papes sont tous des hommes supérieurs, vertueux pour la plupart, passionnés de l'ambition du bon et du vrai.

La tiare va de nouveau s'imposer au monde parla dignité de son attitude , par son activité , par son talent , par sa justice, par ses idées de conciliation et ses principes de sages et prudentes réformes. Le Saint-Siège fit rentrer le clergé dans ses devoirs évangéliques , depuis longtemps négligés. Il éleva plusieurs établissements de bienfaisance.

C'était beaucoup , mais ce n'était pas assez ; il fallait qu'un ordre de Religieux s'élevât, inspiré par le zèle car tholique , et que , comprenant les besoins et les dangers du Catholicisme , ils se montrassent les apôtres de ces besoins, les soldats de ces dangers.

Cet ordre fut l'ordre des Jésuites. Jamais corporation ne rendit , par son courage , sa science et ses vertus évangéliques, plus de services à la religion et à l'humanité , 6t,par le plus déplorable abus de la licence et de la critique, par le plus afireux caprice de l'esprit du mal, nulle ne fut plus calomniée, nulle ne fut pareillement jetée en pâture aux clameurs des passions mauvaises. Le nom de

jéêuile devint^ dans la bouche des athées, un outrage pour tous les hommes religieux , pour tous les prêtres y pour tous les catholiques. C'est ainsi que Ton a égaré, trompe Tesprii public, et Ton vit même des intelligences supérieures subir cette avilissante tyrannie du faux.

« Il est évident que c'est le clergé tout entier et , avee lui, la religion et l'Église qu'on attaque soua notre nom » (i).

Ignace de Loyola fut le fondateur de la camp^gnie de Jétu$ , qu'il appela ainsi parce que ses membres étaient soldats du Christ , faisant la guerre à Satan.

Soldat lui-même» blessé au siège de Pampelune (i 521 ), il avait été contraint d'abandonné la carrière des armes. Dans les heures lentes de la maladie , il lut attentivement la vie de Jésus-Christ et des Saints. Son âme^ touchée par la foi, s'imprégna au plus haut degré des saintes vertus de l'Évangile , et il fit vœu de consacrer sa vie à la défense de l'Eglise. Il quitta le château de ses pères , les gentilshommes de Guipuzcoa, et parcourut TEspagne, semant sur ses pas le bien , prêchant la charité , partageant son pain avec les pauvres , visitant les malades , praticpiant eo&R , dans leur plus charmant enthousiasme ^ Les vertus chrétiennes.

Le peuple le regardait comme un saint.

Ignace vint à Paris, oti il ne tarda pas à avoir quel-

(1) L« K. P. de Eavigaaa, De re:cistence et de Vin$iiM des Jésuites, 1 vol. Paris, 1P44.

ques adhérente , — des hommes éprouvés . prêts comme Itii à s'engager au service de la religion. Ils firent vœu de chasteté et de pauvreté, et jurèrent de consacrer leor vie à secourir les chrétiens souffrants , à convertir les infidèles et à défendre le SainirSiége avec un dévouament absolu (1536).

Ignace de Loyola est la plus grande figure de celte épo^ que. — Il s'était fait remarquer par son amour pour l'Evangile, par son sang-froid héroïque dans le danger, par son caractère généreux et loyal , par son magnanime dé^ vouement pour le salut de l'humanité, par les pensées d'avenir qu'il portait dans son sein. Loyola voulait purifier le monde, par une lutte sérieuse, de tous ces abus d'interprétation qui tendaient à défigurer le culte du Christ. Il voulait faire triompher les principes d'amour et de liberté prêches par le Christ , et qui sont devenus la base de toute raison et de toute justice humaines. Son courage fut admirable; voyes-le marcher seul auilevant du danger ! Les premiers jésuites , tout le mondé leur rendra cette justice , sans autres armes que leur conviction et leur dévouement contre des adversaires puissants dans le mal , commandaient l'admiration par leurs vertus.

Loyola descendit dans la lice sans trembler. Il espérait en Dieu. — • L'espérance est le patrimoine de ceux qui aspirent aux grandes choses ! Il pensait aux splen-* deurs de l'Eternité, et il était toujours résigné au départ suprême. 11 purifia le sublime esprit du Christianisme de la rouille de révolte et d'idolâtrie que plusieurs siè«

clés y avaient attachée. Son œuvre fot difficile et les progrès en fiirents lents: car il y a, dans les choses humaines , un long chemin de la pensée à Texécution.

On voit, dans l'histoire, que rien de grand ne s'accompHt sans que les cœurs des hommes n'aient été parfaitement préparés. Pour changer les vieilles coutumes et abattres les antiques préjugés, il faut que l'idée du vrai se soit répandue partout, s^nblable à ces sources qui jaillissent des entrailles de la terre et auxquelles les peuples viennent abreuver leur soif ardente. C'est donc une tftche difficile que de faire revenir, sur le compte des Révérends membres de la compagnie de Jésus, l'opinion publique égarée.

Ignace de Loyola a eu le sort de tous les grands hommes : il a eu beaucoup d'ennemis. Quoi qu'il en soit, il a empêché le monde de tomber dans l'hérésie -, il a régénéré l'esprit humain défaillant sous les coups du doute et du matérialisme ; il a frayé la vraie route de l'Évangile à l'humanité. Il fut l'âme du Catholicisme. Ignace de Loyola se montrant aussi chrétien que le christianisme même) telle est la philosophie du XVI^ siècle. Suivre la volonté divine dans les choses humaines, voilà l'œuvre de cette philosophie.

Il en fut ainsi de saint Vincent de Paul ,~ cette autre lumière du Catholicisme , cpii , lui aussi, fournit une si belle campagne cx)ntre Tégoïsme.

Dans l'héroïsme de son cœur, Ignace de Loyola s'élançait dans la lutte sans compter ses ennemis et sans

se soucier des dangefs. Ce qui fait sa grandeur, c'est son calme pendant les orages qui grondent sur sa tète. C'est qu'une force divine le soutient; Dieu se révèle à ceux qui l'almenil

Ignace de Loyola et ses adeptes partirent pour Rome, afin d'ofirir leurs services à la papauté. Ils avaient fait serment d'obéissance. Ignace proclama l'obéissance la vertu suprême , le moyen de s'afiranchir du joug du mal. C'est en obéissant qu'il o soulève les unes après les autres et pèse au poids du sanctuaire les puissances avilies de son âme ».

L'obéissance est l'ftme de la compagnie de Jésus; ce fut leur force et ce sera leur gloire. Ce n'est pas sous le joug de la crainte que le pieux législateur courbe la volonté de l'homme , c'est sous la volonté de Dieu lui^ môme. L'obéissance est ennoblie par le sentiment de sainteté qui l'inspire.

« 11 faut, dit saint Ignace (1), apporter tous ses soins pour agir dans un esprit d'amour, et non avec le trouble de la crainte ; Ut in spiriiu amorU ei non cum pei'turbatione

timoris procedatur Dans toutes les choses auxquelles

l'obéissance, peut s'étendre avec charité (c'est^dire sans péché) , soyons aussi prompts et aussi dociles que possible à la voix des supérieurs, comme si c'était la voix môme de Jésus-Christ, notre Seigneur ; car c'est à lui que nous obéissons dans la personne de ceux qui

{\) Constitutions de la Compagnie de Jésus.

tiennent pour nous sa plaoe... PortooMMOB donc iybc grande promptitode , vwec joie flfnritndle et penévélanoe, à font ce qui mxu eeia onlmné; renonçOTB, par nne «me d'obéissance aTcne^, a toot jogement oon» traire ; et cela , dana tontes les dioses réglées par le sopérienr, eioUilnese trouve point ie pidU.

u Que chaenn soit bien ccmvainca qn'en Tivant sons la loi de l'obéissance, on doit sînoèa^onent se laisser porter, régir, r^nner, plac^, déplacer par la divine Providence, au moyen des sopMenra, anoune si on était un mort, perinde ae si eadaver essetU/ ou bien «acore comme le bAton que tient à la main jm vieillard et <pii lui sert à son gré. »

Telle est cette sublime doctrine , d'une si bante philosophie religieuse, d'une si grande indépendance, d'une si noble hardiesse , qui a servi de texte aux déclamations de l'athéisme.

Ah ! c'est qu'il faut avoir Fàme élevée pour comprendre toute la grandeur de cette discipline d'une pieuse armée. Les volontaires chrétiens qui s'enrôlent sous cet étendard savent d'avance à quoi ils s'^igagent. Ils seront forcés d'obéir, excepté dans les choses oh U n'y aura pas de péché , d'obéir jusqu'à la mort. Le sacrifice à Dieu est absolu , entier.

tf Ainsi , le religieux obéissant , ajoute saint Ignace , accomplit avec joie ce dont il est chargé par le supérieur pour le bien commun , certain , par là , de correspondre véritablement à la volonté divine. »

«Je voudrais, s'ëcrie le R. P. de Ravignan, aprèa avoir cité ces testes , je voudrais qu'on relût attetttivement ces paroles , qu'on tâchât de les bien entendre. On en a fait tant de bruit ; et cependant on n'en a pas même compris le sens, ou du moins on l'a étrangement altéré.

«Jerendraiauxmotsleursensetàlabonnefoi ses droits.

« Et d'abord je rappellerai simplement^Sque tous les ordres religieux sont liés par ie même vœu d'obéissance, que tous expriment et entendent de même la vertu d'obéissance.

« Hais veut-on aller jusqu'au fond même des choses? Veut-on parler raison et principe î

« Qu'on cherche dans ses souvenirs ce qu'il y a de beau , de grand et de mieux apprécié parmi les hommes.

« Serait-ce les magnificences de Tordre parfait? Eh bien , l'ordre est tout entier dans la juste subordination. Graviter vers un centre commun est l'ordre même de la nature ; mais c'est l'obéissance.

« L'ordre et l'harmonie du corps humain sont aussi admirables ; mais la tête commande.

« La sagesse et la sûreté des vues sont précieuses et bien rares dans la conduite des afiaires. Hais la sagesse de l'homme , dit quelque part Fénelon , ne se trouve que dans la docilité. Le vrai sage est celui qui agrandit sa sagesse de toute celle quil recueilleenautrui. Cela estjuste.

« Un homme est seul avec lui-même; il se fie à ses propres idées et s'afiranchit de tout conseil : il n'a plus ni sagesse ni prudence.

« Le religieux est donc vraiment sage ; ear pour lui le supérieur est par état le conseil , Tappui , la raison d'un père. Voyez encore une famille paisible et bien réglée ; l'âme de sa prospérité, n'est-ce pas la subordination et l'obéissance?

« Hais je dois poser ici le grand principe ; il n'est point sans doute du domaine étroit de la philosophie humaine ; il appartient à la foi. Qu'on la suppose du moins pour un moment, si on est assez malheureux pour ne la plus avoir*

« Quel est donc le sens de Tobéissance du Jésuite , et, pour parler plus juste, de tout religieux sans exception? Le voici au point de vue de la foi , le seul pratique et vrai en cette matière :

« Dieu, dans sa providence surnaturelle et spéciale, a établi au sein de l'Église un genre de vie et de perfection évangélique dont le vœu d'obéissance est le fondement et le caractère essentiel.

« C'est à Dieu même que le religieux voue son obéissance ; Dieu l'accepte , et s'oblige ainsi en quelque manière à diriger et à gouverner, par une autorité toujours présente , les actions de celui qui veut et qui doit obéir.

« Dieu vit , Dieu agit , et il préside dans l'Église aux fonctions de tout le corps, et surtout aux fonctions de la hiérarchie. Cette hiérarchie , divine et non humaine, constitue, approuve, inspire les règlements et l^s supérieurs des ordres religieux ; en sorte que l'obéisisance de chacun de leurs membres, par une vue de

foi certaine et pure, doit remooter à rautorité de Dieu

même.

« Saint Ignace exhorte à se laisser porter et régir par la divine providence (1) comme si on était un mort, per^ inde ac $% cadaver essent. Cette image n'est pas de lui , il Ta prise évidemment du grand et admirable saint François d'Assise. Cet homme si extraodinaire , st^uissant et si doux, auquel il fut donné de réaliser tant de merveilles , qui vint montrer à la terre l'Évangile vivant de la pauvreté et de la croix dans un apostolat si beau et si vrai , saint François d'Assise ne regardait comme réellement obéissant , au rapport de saint Bonaventure , autre lumière éclatante du moyen âge, que celui qui se laissait toucher, remuer, placer, déplacer, sans aucune résistance comme un corps sans vie , cot'^ pus exanime (2). Il exprimait la même pensée à peu près encore dans les mêmes termes, lorsqu'il disait son sentiment à ses religieux en les instruisant sur Tobéissance : « Ce sont des morts que je veux pour disciples, non des vivants; mortuos non vivo» ego meos volo (3) , et Cassien , longtemps avant lui , s'était servi

(1) Loc. cit.

(2) S. Bonav., vila S. Francisci, c. 60.

(3) S. Francisci Assis, opéra, colloq. 10, in-fol.; Lugduni, 1653, p. 80.

« Mais quelle ébauche sublime dans cette contemplatioti finale pour odtentr Vamour (1).

« Deux principes féconds et pratiques sont posés: Tamour consiste dans les œuvres ; l'amour consiste dans la communication réciproque des biens. tNeu même va nous servir de régulateur et de mesure. Ce que Dieu &it, ce qu'il nous donne, nous devons nous efforcer de le faire et de le donner en son nom^ c^ est justice. »

Avec ces principes immortels , la compagnie de Jésus fit contre l'hérésie du XV^ siècle ce que font tous les publicistes qui aiment l'ordre et la liberté contre les socialistes du XIX"* siècle, ces modernes hérésiarques qui nous menacent d'une ruine générale.

A l'esprit de révolte qui infestait l'Europe , la compagnie de Jésus opposa l'obéissance religieuse , et la hiérarchie d'une inflexible discipline aux débordements et à l'insubordination du protestantisme.

Ils travaillèrent avec une constance intrépide à la restaizmtion du catholicisme. Nul corps ue mena une vie plus active. Ils se répandirent partout, dans les hôpitaux, dans les prisons , dans les salons, dans les chaumières; à chaque heure iaisant le bien et combattant, comme il convient aux chevaliers de l'Eglise. Leur dévouement fut la source des plus grandes choses. Ils forent les professeurs de nos pères ; ils firent sortir l'instruction des langes dans lesquelles on Tavait jusqu'ici

(I) Exercitia, — Just. Soc.j t. 2, p. 414 «t 419.

retenue : ils devinrent célèbres dans les sciences ; ils furent les plus savants historiens, mathématiciens, physiciens, mécaniciens et astronomes de l'Europe.

Ces hommes merveilleux , types uniques dans Thistoire , consolidèrent le trône de saint Pierre , firent rentrer le clergé dans les voies de l'orthodoxie, et restaurèrent la religion catholique en France , en Italie , en Allemagne. Ils firent plus encore : — ils traversèrent les mers pour porter la foi , la science , le progrès moral et le progrès matériel aux peuples les plus éloignés.

Une mesure , non catholique comme on l'a dit, mais purement civile et judiciaire , l'Inquisition , servit à tort de reproche contre eux, et aussi contre les Dominicains. L'Inquisition ne fut qu'une arme entre les mains de la société violemment attaquée par les ennemis du droit et de la justice, gens de sac et de corde pour la plupart.

Est-ce que, de nos jours, quand les socialistes ont essayé de faire triompher leurs abominables utopies par la force , la société ne s'est pas armée pour se défendre ?

Les conservateurs d'autrefois faisaient de même contre les ennemis de l'unité religieuse et sociale. Gomme nous aussi , ils étaient progressistes dans le bon sens du mot ; et c'est parce que nous aimons le progrès et la liberté que nous exécrons la licence et l'anarchie.

Et maintenant, si, des régions élevées de la religion, nous descendons dans la sphère de l'économie politique , qu'est-c^ encore que le communii>me ?

Mon Dieu ! il est des théories telles qu'il n'est pas besoin de les réfuter; les exposer est suffisant pour les faire détester. ^

Le communisme est la négation de la personnalité humaine.

« iVe /au paj aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît. )>

Tel est le cercle de la liberté individuelle, et il est certain que ce cercle est fort étroit.

Le communisme le rend plus étroit encore.

Le communisme , c'est le dernier mot de toutes les opinions extrêmes; c'est l'oppression et la tyrannie; c'est l'abrutissement de l'humanité.

Le communisme confisque toutes les libertés , même celle de faire le bien.

La charité catholique est la plus noble des vertus. C'est pour cela sans doute que les socialistes la poarsuivenl.

L'homme n'est pas créé bon, ainsi que le prétendent les rationalistes. Il est rare que celui auquel on foit du

bien ne deyienne pu Tofre ennemi. La reconnaissance lui est lourde et pénible. Il ne lui arrive que trop sou** vent de payer le bienfait par le mal. Mais qu'importe? le chrétien ne fait pas le bien par ostentation ; c'est à Dieu qu'il donne.

S'il n'y avait plus de riches, qui soulagerait ceux qui souffrent? Etre jaloux du riche, — petitesse ! Est-ce que le riche n'a pas ses douleurs comme les autres? Est* ce que la mort ne plane pas sur lui aussi , comme sur la terre plane l'aigle au vol large? Est-il heureux, le riche qui a vu rayer tout ce qu'il aime du livre des vivants? Ah! quand le bras céleste a décliiré son pauvre cœur; quand le malheur à son front met des rides précoces; quand la mort, faucheuse universelle ^ lui a pris tous ceux auxquels il était attaché par les plus doux senti* ments, — qu'avez-vous à lui envier?...

Dans chaque existence, il est des nuages qui ternissent l'éclat des joies; nul cœur ne peut empêcher le malbeur de venir fondre sur lui à l'improviste; nul n'est à l'abri du lourd chagrin, qui nous marque d'une empreinte étemelle.

La douleur est un hôte terrible, qui, de force, nous visite et s'installe en nous; mais il est une patrie ailleurs pour le chrétien, il est une vie sans nuages et sans douleurs, et c'est vers cette pure clarté que toujours monte notre pensée ardente et ravie.

Après avoir blasphémé la Religion , le communisme attaque la Propriété, cette vérité sociale, que l'assenti-

ment de HnaBanilé a consMree; raëredHé, qui en est la conséquence; la FainîDe, cette source de tonte dignité, de tonte moralîté, ce donx lien des t^idresses, des affections, des cœnrs.

Le commnnisme confisque rindép^sdance individnelle, car fl tue le travail, l'activité productive.

n classe les hoounes par ordre, omune des animanr, et, sons prétexte d'empêcher l'homme de devenir trop riche, il le force à rester pauvre toute sa vie, le parque dans la sphère étroite de la matière, lui assigne d'avance sa destinée, l'oblige à un travail qu'il n'a pas dioisi, dans des conditions qui lui répugnent, et lui arrache le prix qu'Q a le dnnt d'en attendre légitimement.

La liberté coûte trop cher pour que nous nous la laissions confisquer par une secte de rêveurs et de forcenés!

La liberté, c*est la joie de l'âme humaine. La liberté permet à l'homme de se tromper, de faire fausse route ; la jouissance et la douleur sont le produit des efforts de cette liberté. Nul bien n'est plus précieux.

Lliomme préférera toujours la lutte libre à la monotonie d'une existence uniforme qui anéantirait toute variété, toute activité, toutes ces fortes émotions qui font bondir sa poitrine.

Nous ne pouvons vivre comme des bêtes, dans des ateliers communs, n'ayant rien en propre, rien à nous, ne nous occupant que de boire et manger, proscrivant le luxe et les arts, et tout ce qui élève t'ftme. Ce serait

s'abuser étrangememt que de croire que nous nous résignions à abdiquer ainsi notre grand rôle moral.

En vérité, plus haute est notre destinée.

Si nous n^avions pas la faculté de bien ou mal faire; si nous étions forcés de vivre d'une façon qui ne fût pas conforme à notre dignité morale; si, semblables aux abeilles et aux castors, qui vivent dans la communauté, nous n'étions guidés que par l'instinct; si nous ne pouvions ni nous aimer ni vivre par l'intelligence, ni nous laisser aller au courant de toutes les fantaisies, de toutes les indépendances, de toutes les sensations, nous ne serions pas libres. C'est précisément parce que la communauté convient à quelques animaux qui la pratiquent avec succès qu'elle ne convient nullement à l'homme.

Dans la communauté, nous deviendrions des bêtes, des polypes, des crustacées, des mollusques, des végétaux; au lieu de nous élever jusqu'à l'infini, nous nous laisserions tomber dans le néant.

Ah! combien nous préférons la vie intime, mâle, agitée , indépendante, en un mot l'ardente vie de la liberté et du mouvement, à cette vie de torpeur, à cette vie étroite et misérable que vous voulez nous faire, dans laquelle, pour que je ne manque de rien, vous me forcez de manger ce que vous voulez, quand et où vous voulez, d'être l'esclave de votre bon plaisir, et de travailler sous votre joug de fer !

Ahl laissez-nous, laissez^ous notre fière misère qui, demain, peut se transformer en prospérité; laissez-nous

l'espërance de Tëlévation et de h fortune; laissez-nous tous ces accidents, tous ces contrastes, tous ces hauts et ces bas, toutes ces variétés infinies, toutes ces charmantes situations, tantôt bonnes, tantôt mauvaises, qui nous font vraiment sentir notre âme.

C'est rhistoire du chien de la fable. Nous préférons ta liberté avec Tobligation de chercher nous-mêmes notre subsistance, à la niche communiste oti la pâtée serait si amèrel

Vous n'avez pas 4e droit de me supprimer ma liberté, de me faire esclave, sous le prétexte que l'existence m'est souvent dure et pénible ; vous n'avez pas le droit de m'assigner un genre de vie à votre fantaisie.

Je prétends choisir ma vocation , la poursuivre à ma volonté et à mes heures, l'abandonner si bon me semble, y revenir ou en embrasser une autre ; je prétends travailler suivant mon aptitude et faire du fruit de mon labeur l'usage qu'il me plaît; je prétends enfin faire tout ce qui ne gône pas mes semblables , tout ce qui ne leur est pas nuisible, tout ce que nos lois chrétiennes ne me défendent pas de faire.

Je prétends faire de mon intelligence et de ma capacité l'usage légitime qu'il me plaît; et rétemelle société prétend se consei*ver, tout en marchant au progrès , et laisser aux facultés humaines la liberté de travailler à leur développement le plus élevé.

Être soi, travailler, jouir et souflBrir ; pratiquer la vertu et s'égarer dans le vice; pécher, se repentir; faire acte

(Pégoïsme et ftiire acte de charité : voilà la liberté, roilà rhomme.

Le communisme confisque la liberté de Thomme et éteint chez lui toute ardeur pour le travail. L'homme travaille pour lui, pour acquérir la propriété; il n'aura aucun goût à le faire pour le bien commun. L'égalité des salaires produira l'égalité dans la paresse. L'homme travaille très certainement pour la prospérité publique et pour la gloire, mais ce n'est pas assez : il veut recueillir un profit personnel pour lui, pour ses enfants, pour ceux qu'il aime. La source de son activité est dans son cœur.

La vie commune n'offrant aucune récompense, engendrera l'oisiveté. Pas de labeur sans appât.

Le plaisir de vivre en communauté n'est pas un salaire suffisant, ce me semble, pour exciter l'homme aux saintes ardeurs de l'émulation. Faire du bien serait un noble mobile ; mais on le supprime aussi dans la communauté, car la charité y est interdite: on l'a tuée avec la propriété.

L'homme pourra aimer ses semblables au point de risquer sa vie en combattant pour leur défense, mais son dévouement n'ira jamais jusqu'à abdiquer sa liberté pour leur faire plaisir, et jusqu'à travailler toute sa vie pour eux. Il a l'enthousiasme d'une grande action , non la patience d'une éternelle application sans but avantageux pour lui. 11 est plus courageux qu'opiniâtre. Il risquera sa vie pour son pays, il ne sacrifiera pas son temps pour les autres.

Le communisme, c'est la révolte de Tesprit du mal; c'est la peste morale; c'est la spoliation et Tiniquité; c'est Tautorité, la liberté, la foi , Thonneur, la vertu, ie christianisme, le talent, le sentiment, la science, le progrès foulés sous les pieds des barbares ; — c'est le flambeau de la civilisation éteint; c'est la chair triomphant de l'esprit, la mort absorbant la vie; c'est le désespoir, le malheur, le vice et la honte de notre époque.

C'est le communisme, c'est cette utopie funeste qui a tant compromis la liberté et l'ordre en Europe, armé les frères les uns contre les autres, versé des flots de sang et entassé des monceaux de ruine.

C'est le communisme vaincu , mais non désarmé et toujours menaçant, qui , à toute heure , épie la société comme une proie pour rouvrir ses blessures et la pousser traîtreusement aux abimes.

Tableau douloureux et trop vrai ! voilà ce qu'ils ont fait de la patrie ! Et loin de se repentir, ils aiguisent dans l'ombre leurs armes lâches pour des luttes nouvelles! dans l'ombre ils revent de nouveaux désastres , de nouvelles batailles; encore du sang, encore des lannes, encore des deuils!...

Et ils osent se dire les continuateurs du Christ ! . . .

L'esprit du Christ qui sauva le monde en mourant , qui versa son sang pour la société agonisante et la régénéra, pourra seul sauver, régénérer encore le monde menacé par le socialisme matérialiste.

C'est par une interprétation sacrilège que leaaoaiâlis-

tes prétendent quMis descendent du Christ, afin de se»

duire les masses.

Certes, Jésus-Christ aimait le peuple. Il était venu pour essuyer les yeux de ceux qui pleurent , au voile préekux de Vamour. En naissant dans la misère , avec une crèche pour berceau, Thomme-Dieu glorifia le grabat du pauvre. Ses disciples, •— gladiateurs de la vérité, — étaient, eux aussi, des indigents. Comme nos prêtres catholiques, leurs «euls successeurs , ils consolaient l'affligé , soulageaient le malheureux ; — appréciateurs étemels de la liberté et du progrès , ils mirent Tenfant du pauvre dans les bras du riche ; ils démasquèrent la fourberie qui avilit Tesprit de Thomme et Tégoisme qui profane son sein. Us voyaient Vfaumanité dans la fange terrestre , et lui montraient la vertu , )e dévouement , l'amour, comme la loi supr^e de Dieu. C'est la fraternité chrétienne. La fraternité chréti^ne, c'est l'incarnation vivante de la passion de l'humanité souffrante :

« Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre mes frères , c'est à moi-même que vous le ferez, »

Et Jésus , ouvrant ses bras à laspufitence et à la douleur, s'écria :

(( Venez dmot, vous tous qui souffrez et qui succombez sous le lourd poids de vos pesants fardeaux^ et je vous soulcgerai. ))

Eh bien ! aujourd'hui , à cette heure de dangers communs , le Christ appelle à lui le peuple auquel les socialistes veulent infliger les haillons du matérialisme; il faut

que le peuple encore une fois entende cette voix généreuse, cette voix divine.

Malgré les outrages que lui prodiguent les socialistes , la société s'inspire tous les jours davantage de TÉvangile dans ses chartes , dans ses lois. Si le sort des classes pauvres est amélioré , si le progrès marche, si les hommes ont plus d'amour les uns pour les autres , si la sainte charité fait des miracles , si T^oisme impie recule devant elle, c'est que de généreux courages prêchent la Religion; quant aux prédicateurs socialistes, ils n'ont créé que la guerre et la misère.

L'esprit de l'Évangile est tout ce qu'il y a de plus antisocialiste.

En effet, nul rapport entre la douce parole de l'Évangile et ces doctrines anarchiques dont les sectaires méconnaissent les éléments constitutifs de la perfectibilité humaine : la famille et la propriété. Rien n'est plus inhumain que de priver l'ouvrier de son travail et de ces pur res affections de famille qui faisaient sa joie, sa consolation, qui lui donnaient du courage pour les rudes fatigues.

Émettre de semblables doctrines au nom du Christ, c'est la plus impudente profanation. Loin de réaliser sur la terre la fraternité évangélique, les socialistes en sont les ennemis acharnés.

Le socialiste boit à la fratemilé dans des banquets, et ^aitdes barricades au nom de la fraternité; le catholique visite le réduit du pauvre , le soulage , le console , lui fait

— aoi —

la cbaritë, qui n'humilie pas le chrétien, lui donne toutes les preuves d^amour et de dévouement.

Le socialiste, Tâme toute saturée de haine et de rébellion, pousse les ouvriers aux batailles sinistres et recrute ses plus chauds adeptes parmi les forçats, parmi les dégradés et les endurcis , les lâches , les désœuvrés , les vils brigands rôvant le pillage ; et parmi ceux que , derrière, pour rheure de la curée, Ton trouve, gredins douteux et pervertis , qui vivent des largesses des prostituées.

Le catholique eînseigne au riche qu'il n'est que le distributeur des biens qu'il possède, au pauvre le respect des biens d'autrui , - à tous deux il montre l'heure à venir du grand jugement. 11 dit au Pouvoir que les membres du peuple sont ses enfants , à ceux-ci que le Pouvoir est leur père.

Le peuple échc^pera, n'en doutons pas, aux prédications désespérantes du socialisme ; les ouvriers se défient de ces faux amis , qui leur promettent un bien-être surnaturel à la condition qu'ils élèveront des barricades derrière lesquelles ils égorgent leurs concitoyens : ils ont ainsi versé le sang de la France , ce sang qui est celui de la liberté et du progrès !

Contre ces excès , ces malheurs , ces tyrannies , il n'y a que la prédication du Christianisme.

Sans le Christianisme, la liberté, l'égalité, la fraternité, ne sont que des mots vides et menteurs ; avec le socialisme, la liberté, c'est le despotisme de quelques athées ; l'égalité , c'est le monstre du matà'ialismQ ; la frar

ternitë, c'est rembrassement des tôtes coupées dans le hideux panier de Vëchafaud.

J*ai entendu ces paroles sortir de la bouche d'un socialiste :

« Il faut tuer! Tant que nous n'aurons pas la guillotine en permanence, nous n'aurons pas l'alité et la fraternité absolues-! »

Terribles paroles qui résument toute la politique, toute la pensée, de nos adversaires.

' Ce langage est très particulièrement celui des communistes mntéfialutes^ dont nous allons exposer les doctrines dans le chapitre suivant.

l'ai raconté les luttes intelleotaelles et sanglantes auxquefles l'utopie socialiste a donné lieu. I^ chemin que j'ai pffl'ooum est triste , sombre ; à chaque pas j'ai eu à fouler les cadavres de mes semblables , de mes frères ! En songeant aux soufirances de l'humanité , on se sent les yeux mouillés de larmes , le cœur saigne, et nous nous surprenons dans une rêverie profonde. En parcourant cette triste histoire , on gémit sur Tasservissement dans lequel le mal retient les peuples , et il est difficile de contenir son indignation en voyant que, de tous leurs oppresseurs , les plus acharnés sont ceux qui exagèrent

les principes de progrès , des hommes dont le devoir était y au contraire, de faire triompher la paix , la modération, entre tous les enfants de Dieu.

La religion de la violence et de la matière substituée psr quelques hommes à la religion de Dieu est la source de toutes nos oppressions , de toutes nos misères et de toutes nos douleurs.

J'ai eu ^ dans le cours de ce récit , beaucoup de scandales à flétrir ; je Tai fait avec conviction. Le devoir de riristorien est de dépouiller les méchants des insignes de leur pouvoir usurpé et de les juger sur leurs actions, sftns se laisser éblouir par l'éclat de leurs déclamations, de leur orgueil , de leur violence. 11 doit porter une main courageuse sur ces utopies au moyen desquelles on cherche encore aujourd'hui à tromper les peuples ; il doit renverser Timposture et faire luire la vérité aux yeux de tous; il doit montrer aux générations actuelles les routes suivies par les générations passées , et dénoncer les erreurs , les mensonges, que les adversaires de la religion et du principe d'autorité ont voulu leiu* imposa. Il ne doit reculer devant le récit d'aucune iniquité, si ce récit cache quelque profitable enseignement.

L'histoire reproche aux serviteurs de l'idée démagogique, aux socialistes, d'avoir voulu dépraver notre caractère national , d'avoir déshonoré le progrès par une série de crimes et des monceaux de ruines ; d'avoir

porté lears mains profanes sur notre religion ; d'avoir voulu tarir les sources bienfaisantes de sa prospérité ' au lieu de faire prospérer TÉvangile, patrimoine et flambeau du monde.

Tous les socialistes , une fois arrivés au pouvoir dans la fange et dans le sang, ont rejeté les nations dans Tesclavage du mal et de l'athéisme ; ils ont organisé particulièrement pour eux-mêmes une dictature cruelle et absolue. Leurs ruines ont rempli le monde de tireur et de honte. Leurs moyens étaient aussi féroces que leur but était odieux.

L'histoire du socialisme présente au philosophe religieux une série de graves instructions. C'est toujours, là comme dans l'histoire de tous les bouleversements , des races vaincues qui essayent de secouer leurs chsdnes , et des ambitieux sans principes ni vertus qui se disputent une cruelle domination.

Pénétrez dans les annales de ces révolutions violentes. Les chefs du socialisme prétendent à un pouvoir absolu. Les plus célèbres de tous ne sont que des fourbes, toujours avilis par le crime, quelquefois même par la débauche.

Le Jacobin vainqueur n'écoute pas la prière de l'honnête homme vaincu; il fait massacrer tous les prisonniers; il attente à la propriété; il décrète la spoliation ,il est inexorable dans la paix comme dans la guerre. II suit les traces sanglantes de l'Anabaptiste.

Le Socialiste est une sangsue couchée sur le monde ; il se nourrit de sa chair et de sa moelle ; il s'engraisse de son sang ; il suce sa vie !

Que les terroristes le sachent bien , les cris de leurs victimes sont montés aux cieux 1

Le Jacobin menace même l'humble et sublime disciple du Christ, qui, préférant la foi à son bien-être, à son repos , à sa vie même , a fait depuis longtemps à Dieu le sacrifice de ses affections personnelles , et qui , immolant les plus chères espérances et les plus douces pensées mondaines, attaque avec un courage infatigable le pouvoir du mal.

DifiFamé comme tant d'autres , martyr et victime de sa foi , il attend , immobile , sa ruine avec dignité.

L'apôtre meurt, mais il n'emporte pas la vérité dans sa tombe; il meurt, mais les idées qu'il aisemées ont fructifié ; l'affranchissement et la liberté des peuples ne tiennent pas à la vie de quelques hommes!...

Pour moi , j'ai apporté dans ce travail tout le soin qu'exige une grande pensée que l'on entreprend de développer avec persévérance. Heureux si mes faibles efforts et ma bonne volonté pouvaient ramener quelques^ unes de ces âmes égarées par le socialisme. Si j'ai pu faire ccmcevoir pour le mal qui nous clégrade une horreur profonde, je serai satisfait et je ne demanderai rien de plus pour récompense.

J^'ai dit la vérité , et plus d'une fois, en exposant les doctrines et les actes des socialistes, j'ai eu de la peine

à me rendre mattre de mon émotion : car ces hommes sanguinaires et sans foi, acteurs vulgaires, ont feilii perdre la civilisation.

Nous, les conservateurs , les hommes religieux, nous ne voulons pas laisser le monopole de la publicité à ces imposteurs. Le monde est trop éclairé pour ne pas juger sérieusement entre eux et nous.

Que tous les hommes de bonne volonté descendent avec nous dans l'arène pour combattre le mensonge et l'oppression. Allons ! courage ! un dernier coup de bâche au vieil édifice communiste, dont les pierres teintes du sang des nôtres chancellent!.... Un dernier effort! C*est pour Dieu que nous travaillons. Arrachons les mauvaises herbes du champ de l'intelUgence et creusons de puissants sillons !

Il me reste à parler des communistes maiérialisks ou communistes- humanitaires.

Les communistes matérialistes poussent Ta&reuse logique jusqu'à ses plus affreuses conséquences. Us partagent les convictions de M. Louis Blanc et de ses disciples ; mais, de plus qu'eux, ils ont la franchise d'avouer le but qu'ils se proposent. Il faut leur en savoir gré.

Voici le résumé de leur doctrine :

« Il n'y a pas de Dieu.

« Le but de la vie humaine est la jouissance physique. « L'homme n'a pas d'âme; il n'a qu'un instinct plus développé qoe eelui des animaux.

« Les hommes doivent vivre tous en commun : commonantë de bien et communauté de fismmes. »

C'est ainsi. Ou*on le dise , de sembhibfes dogmes ne couvrent-ils pas la raison humaine de honte?

Les communistes vulgaires ont des vices caches , enfoncés dans les ordures, ensevelis dans la fange, sous le secret , dans Tobscurité de leur vie privée. Ils exhalent l'infamie, la luxure, l'hypocrisie, le poison.

Mais les Communistes matérialistes ne prennent pas

la peine de cacher leurs vices; ils les étalent com-

plaisamment , cyniquement, orgueilleusement au grand jour.

Les communistes humunitaitêt, comme les anabaptistes, ▼eolent l'égalité absolue, la communauté des biens et k communauté des femmes, doctrine immorale qui frappe au cœur la famille , — doctrine infirme qui flétrit la poésie de l'âme humaine, qui renverse l'amour pur et sacré; doctrine subversive et dangereuse qui ^ comme celle d^Epicure, tend à établir le matérialisme sur la terre.

Comme les anabaptistes encore, les communistes humanitaires veulent combattre la société par la violence, par la violence qui renverse et qui n'édifie pas, dont le régime sanglant est toujours fragile et pas* sager.

Voici an dilemme a poser aax communistes :

— Vous êtes de bonne foi oa vous n'êtes pas de bonne foi :

Si vous êtes de bonne foi , votre place est dans une maison d'aliénés ;

Si vous êtes de mauvaise foi , vous êtes des scélérats.

Grime ou folie, choisissez; vous n'avez pas d'autre alternative.

Il est évident que les communistes sont des voleurs ; les plus francs d'entre eux ne se font aucun scrupule de l'avouer. On sait qu'en Allemagne , plus particulièrement, le vol est recommandé comme le moyen le plus énergique , le plas naturel et le plus légitime d'arriver au communisme. Ces fanatiques sans scrupule , ces filous politiques, professent leprolétariat par le vol et Vathiisme; ils ne s'en cachent pas, telle est leur foi et leur conviction ; -- ils le déclarent, ils esfèteni lever une armée de voleurs /.«..

De semblables doctrines n'ont pas besoin de commentaires.

Non contents d'égarer les vivants, les socialistes osent outrager jusqu'aux morts. Us n'ont de respect pour rien, pas même pour la majesté du tombeau.

Parmi les communistes matérialistes , il en est qui ont proposé sérieusement, et sans rougir, de ne plu^ enterrer les hommes, de traiter leurs cadavres comme ceux

des animaux. On prendrait les corps de nos parents pour en faire « du suif^ de la colle, du noir animal ^ etc... ».

C'est ainsi. Ces monstres profanent tout, Thumanité, la vie , la mort , et jusqu'à Dieu même.

C'est le renversement de toute morale, de toute pudeur , de tout ce qu'il y a de saint , de pieux , d'honnête.

L'odieux des doctrines socialistes n'a pas échappé aux intelligences productives et généreuses de notre époque , et l'on a vu les écrivains les plus distingués entrer dans la sainte croisade de l'ordre contre la démagogie.

Ainsi, voilà ce que c'est que le communisme ; — voilà ce que c'est que le socialisme.

Maintenant , le peuple est prévenu.

Veut-il vivre comme un animal?

Veut-il l'abolition de la famille?

Veut-il que ses enfants appartiennent à la patrie ?

Veut»il que les femmes soient communes ?

Veutril que le fruit de son travail lui soit enlevé ?

Veut^l travailler toujours , non pour lui et les siens, mais pour des millions de frèrte inconnus ?

Il faut bien que le peuple se persuade surtout que les socialistes mentent quand ils assimilent leurs doctrines odieuses à ce qu'il y a de plus sacré, le Christianisme.

Cette mongtrueose jcomporaison est une impiété sans exemple.

Non ! il n'est pas permis de confondre les scandaleuses or|;ies du socialisme avec les consolants mjr^tèresde notre religion.

Le socialisme « loin d'être une religion de .salut., est la chute de Thumamté, tandis que le .dinstianisœa est sa régénération, son affi*anchissement par le sacrifice de Dieu.

Les chefs d'écoles socialistes et les explôiiatéurs de bas étage qui les suivent veulent étouffer laliberté que nous a donnée le Christ, et nous replonger dans l'esclavage du paganisme.

Le socialisme est la nation radicale ,du ^chijfitianisme.

Pour arrivera ses fins^ le socialisme » besoin 4e rejeter l'humanité dans la chute 1 . ^ • .

Avec de pareilles doctrines,, les socialiste disent qu'ils sont animés des meilleures.intentions du monde , et qu'ils n'ont d'autre guide., dans leur apostolat exécrable, que Tardent amour des masses. C'est f»ur améliorer le sort des classes laborieuses, c'est pour soulager les pauvres , qu'ils veident bouleverser l'ordre social.

Ëh bien, ils ne sont pas dans la vérité; non, cda n'est pas.

Les hommes religieux, ceux qui ont des sympathî^s

pour le peuple y ceux qui révèrent les pauvres , ^ ^ses fils aimés du Seigneur, —ceux qui poursuivent le noble but du progrès t de la fraternité, repoussent leurs moyens affreux.

Us oomprennent qu'il y a des soufiranoes^ des misères à soulager, du bien à faire , des blessures A guérir. Mais est-ce que le Catholicisme n'a pas FintelUgenee de cette situation, l'amour de ce progrès? Est-ce que sa persévérance n'est pas là pour triompher des obstacles?

Ce qui bâtera le progrès dans la vcHe de la Fnatemité, c'est un retour aux idées religieuses , aux vertus .chrétiennes , à la moralisation.

En poussant au développement ^pacifique de» pi^in* cipes de l'Evangile , le Catholicisme fait., pour leusoula. gement de oeux^qui souSrent, ce que lessodalistes leur promettent vainement de réaliser.

Le Catholicisme, c'est l'antidote du Socialisme.

Le Christianisme traversera les tempêtes >du Socialisme comme l'aigle traverse , au sein de l'ouragan, la patrie des orages et du soleil.

Non! le Christianisme n'est pas vaincu et humilié { C'est en vain que les utopistes, les athées, les socialistes, es matérialistes , se coalisent contre lui.

Le Christianisme reste l'idéal de la société humaine; les communistes ont beau vouloir étouffer la liberté , la liberté ne sort que plus forte de leurs bras !

Si les socialistes ont osé se produire aa grand jour, c'est tpie nous n'étions pas mûrs encore pour la liberté , pour le christianisme; soyons dignes de la vérité en l'adorant, et le mensonge sera détruit.

L'esprit révolutionnaire, le socialisme, le jacobinisme, dont le peuple est depuis soixante ans la victime et la dupe , consomme lentement son suicide. Il s'éteint , il râle son agonie sur son fumier sanglant. -^ C'est en vain que de nouveaux utopistes voudraient le ressusciter au profit de leurs petites ambitions et de leurs passions sauvages. — Que les honnêtes gens cessent de trembler devant le fantôme socialiste; ils peuv^it sans crainte de tomber dans ses pièges , marcher au prc^ès légitime, à l'amélioration des classes souffrantes , à leur moralisation par l'instruction religieuse.

La morale et la vertu ne'sonl pas moins un besoin pour nous que le pain.

C'est assez de douleurs, c'est assez de ruines. Il est temps de diriger la société d'après son principe étemel ; ce principe, c'est la liberté, ce n'est pas le socialisme, le plus dur, le plus honteux des esclavages;

C'est la liberté ; ce n'est pas ranaréine , ce n'est pas la licence, ce n'est pas le rè^e des factions.

C'est la liberté dans l'ordre, dans la modération, dans la justice, dans la religion : — dans la justice qui punit, dans la religion qui réconcilie et qui sauve.

Oui, le Christianisme foule aux pieds le socialisme; il

défie son audace. Sa faiblesse fait la force du Ghristianisme.

C'est ainsi que, maudit et méprisé, le socialisme rentre dans la poussière.

Enseignons donc le Catholicisme, car jamais le monde n'en eut plus besoin pour s'affranchir de ces sectaires qui pressent notre cœur pour en exprimer Tamour qui enfante la charité !

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