L ANCIEN REGIME ET LA REVOLUTION
tëme a abouti à la caste, et en Angleterre, où il est retourné à l’aristocratie, il ajoute (p. 128) : « Je me suis « toujours étonné qu’un fait qui singularise à ce point « l’Angleterre au milieu de toutes les nations modernes, « n’ait pas fixé, plus encore qu’il ne l’a fait, l’attention « des philosophes et des hommes d’Etat, et que l ’habitude « ait fini par le rendre comme invisible aux Anglais eux- « mêmes. »
Ce qui m'étonne, moi, c’est l’étonnement de M. de Tocqueville. La différence qu’il remarque entre la noblesse anglaise et la noblesse continentale a été signalée bien avant lui, peut-être d’une manière plus concluante, et depuis longtemps elle est devenue un lieu commun. Les écoliers connaissent le fait qui explique cette déférence et qui résout ce problème historique. Ils savent que la ' conquête de l’Angleterre mit dans les mains de Guillaume la puissance féodale tout entière, et que l’effet de cette concentration de tous les pouvoirs fut de rapprocher la noblesse et le peuple, qui ne tardèrent pas à s’unir contre le roi. Une fois confédérés et également opprimés, ils profitèrent de tous les événements, et, dans toutes les luttes, les stipulations se firent, contre le pouvoir royal, à l’avantage des grands vassaux et des communes. En France, au contraire, les grands opprimant les rois et le peuple, ceux-ci s’unirent contre leurs oppresseurs jusqu’au jour où les rois, ne craignant plus les grands et n’ayant plus besoin des communes, s’emparèrent des droits du peuplé et de l’autorité de la noblesse.
Les résultats contraires, provenant de causes en apparence semblables à une même époque, sont également connus. Tout le monde sait que l’union des rois et du
peuple a produit, en France, la monarchie absolue, le despotisme, l’oppression générale, et que, au contraire, de l’union du peuple et de l’aristocratie sont sortis la Grande Charte, le Parlement britannique, la Confédération suisse, la République des Provinces-Unies.
Si M. de Tocqueville a eu tort de croire que ce fait important de l’histoire n’était pas généralement connu, il a bien plus tort encore de dire que l’habitude a fini par le rendre invisible aux yeux des Anglais eux-mêmes. Les Anglais le voient parfaitement, ils en sont fiers, et M. de Tocqueville a pu s’en convaincre, s’il a lu le discours prononcé dernièrement par lord Derby au dîner annuel du lord-maire. Il s’en convaincra mieux encore en lisant l 'Histoire constitutionnelle de Hallam et l 'Histoire d’Anglelerre de M. Macaulay, où se trouve, entre autres, le passage suivant (t. I, p. 28) : « Toute-puissante qu’était « ici l’aristocratie héréditaire, elle n’avait rien du carac- « tère odieux d’une caste, elle se recrutait constamment « dans les rangs du peuple, et descendait souvent jusqu’à « lui. La noblesse du sang était toujours respectée ; mais, « heureusement pour notre pays, elle n’était pas insépa- « rable des privilèges de la pairie. Des hommes nouveaux « étaient revêtus des plus hauts titres, et les descendants « bien connus des chevaliers qui avaient enfoncé les « lignes saxonnes à la bataille de Hastings et escaladé les « murs de Jérusalem, n’en portaient aucun. Il y avait des « Boliun, des Mowbray, des De Vere, il y avait même des « parents des Plantagenets, sans autre addition à leur « nom que le titre d’écuyer, et sans plus de privilèges « que n’en avaient le fermier et le boutiquier. Il n’exis- « tait donc chez nous aucune barrière qui séparât, comme
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« dans d’autres pays, le patricien du plébéien. Le bour- « geois n’avait aucune envie d’attaquer des dignités « auxquelles ses fils pquvaient s’élever; le grand sei- « gneur n’était pas disposé à insulter une classe dans la- « quelle ses propres enfants devaient descendre. » Maintenant, de ce que l’alliance du peuple et de la noblesse a eu, en A ngleterre, de si heureuses conséquences, en résulte-t-il, comme semble le penser M. de Tocqueville, qu’il faille chercher, dans une aristocratie quelconque, un élément de résistance au despotisme, une sauvegarde pour la liberté? En ce qui concerne la France, ce serait méconnaître les leçons les plus claires de notre histoire, et se laisser tromper par les plus faux rapprochements. L’aristocratie française a constamment repoussé la liberté et opprimé le peuple qu’elle a jeté dans les bras de la royauté. « Il faudra toujours regretter, dit M. de Tocqueville (p. 171), qu’au lieu de plier cette noblesse sous l’empire des lois, on l’ait abattue et déracinée. » M. de Tocqueville oublie que, sauf de rares exceptions, c’est de la noblesse, en 89, que vint surtout la résistance. Ce fut la noblesse qui émigra la première, qui souleva l’Europe, qui porta les armes contre la France, et quelque sévère qu’ait été son châtiment, elle l’avait bien mérité. Depuis la Révolution, elle a cessé d’exister, même à l’état de caste, et M. de Tocqueville reconnaît qu’elle « ne saurait jamais renaître. » Mais, comme il prétend en qiême temps qu’en supprimant la noblesse, « on a ôté à la nation une portion nécessaire de sa sub- « stance et fait à la liberté une blessure qui ne se guérira « jamais , » il faut en conclure que la France, manquant rl’un des éléments essentiels des gouvernements libres,
n’est pas faite pour la liberté. Et alors, je ne connais pas de livre qui puisse, au même degré que celui de M. de Tocqueville, jeter les esprit® dans le découragement.
Ce qu’il y a, dans ce livre, de moins sérieux, de plus inexact, de plus complètement démenti par les faits, c’est le jugement que M. de Tocqueville porte sur la conduite de l'Église pendant le dix-huitième siècle. A l’en croire, le clergé était devenu infiniment plus tolérant qu'il ne l’avait été jusque-là; et il ajoute (p. 176) : « J’ai com- « mencé l’étude de l’ancienne société plein de préjugés a contre lui, je l’ai fermée plein de respect. » Comme je ne veux pas mettre en doute la sincérité de M. de Tocqueville, je conclus de sa déclaration qu’il a très-légèrement étudié et qu’il connaît très-peu l’histoire ecclésiastique du dix-huitième siècle. Cette histoire porte à chaque page la preuve de la guerre incessante déclarée par le clergé, par le haut clergé surtout, non-seulement à la raison humaine, 'mais à toute tentative d’émancipation politique. 11 faudrait un volume pour rappeler tous les faits; je me borne à en citer quelques-uns.
Le 17 août 1750, l’assemblée du clergé adresse au roi des remontrances ou elle dénonce « les écrits pleins dq « blasphèmes qui se multiplient tous les jours; l’affreuse « philosophie qui se répand comme un venin mortel. » L’assemblée renouvelle chaque année ses remontrances jusqu’au 5 octobre 1755, où les dénonciations prennent un caractère de violence qu’elles n’avaient pas eu jusqu’alors. Elle ne se contente plus de dénoncer les littérateurs et les philosophes, elle s’en prend aux imprimeurs; elle n’accuse plus seulement ses adversaires d’impiété, elle les signale comme des révolutionnaires qui, en rai-
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sonnant avec une hardiesse sans exemple sur l’origine de la souveraineté, attentent aux droits de la puissance royale. « Sire, dit l’Assemblée, la licence de penser et « d’écrire est portée aux derniers excès. De coupables « auteurs ne respectent ni la pureté des mœurs, ni les « droits inviolables de la puissance souveraine, ni les plus « saintes vérités de la religion. On raisonne avec une har- « diesse sans exemple dans la monarchie française sur « l’exercice de la souveraineté. On oublie cette doctrine « salutaire qui reconnaît dans la royauté l’empreinte inef-
« façable de la majesté divine Des imprimeurs aussi
« avides et aussi criminels prêtent à ces écrivains le se- « cours de leur art. Le poison préparé par les uns est « multiplié parles autres, et les mains vénales qui le dis- « tribuent assurqjit le cours de la contagion. Des maux « si funestes peuvent-ils .être compensés par l’intérêt du « commerce ? »
L’Assemblée renouvelle ses dénonciations le 13 octobre 1738 et le 7 juin 1760. Le 22 août 1765, elle indique les ouvrages dont elle veut la suppression, et la demande est signée par 139 évêques, par les membres des divers chapitres et des facultés de théologie. Le 6 août 1770, elle adresse au roi un mémoire où, après avoir peint le nombre des mauvais livres grossissant, leur circulation impunie, les bibliothèques infectées, toutes les provinces, toutes les classes exposées à la séduction, elle ajoute : « L’impiété, sire, ne borne pas à l’Église sa « haine et ses projets de destruction. Elle en veut tout à « la fois à Dieu et aux hommes, à l’empire et au sanc- « tuaire, et elle ne sera satisfaite que lorsqu’elle aura « anéanti toute puissance divine et humaine. » L’Assem-
blée appelle ensuite l’attention du roi sur les troubles divers dont la liberté remplit les États. « C’est, dit-elle, « cette fatale liberté qui a introduit chez les insulaires « nos voisins cet esprit d’indépendance et de rébellion «qui a tant de fois ébranlé ou ensanglanté le trône.» L’effet de ce rapprochement avait été bien calculé ; sept des livres dénoncés furent condamnés au feu, le 18 août, et brûlés par la main du bourreau. Encouragée par ce succès, l’Assemblée renouvela ses dénonciations le 19 décembre 1772, le 19 septembre et le 4 décembre 1775: Elle adressa au roi deux nouveaux mémoires, à la suite desquels l’auteur du Système de la nature fut banni à perpétuité.
Le 2 mai 1766, le clergé avait dénoncé « la hardiesse « des protestants à exercer publiquement leur culte. » Le 4 août 1788, dans sa dernière assemblée, il réclame l’immunité de ses biens, et proteste contre l’édit rendu le 19 novembre précédent en faveur de la religion réformée.
En présence de pareils faits, le profond respect de M. de Tocqueville pour la tolérance des prêtres du dixhuitième siècle s’explique difficilement. On comprend mieux la haine que le clergé avait inspirée aux contemporains, et qui finit par s’attacher à la religion elle-même. A ce sujet, M. de Tocqueville commet une nouvelle et singulière erreur. « C’était bien moins, dit-il, comme « doctrine religieuse que comme institution politique que « le christianisme avait allumé ces furieuses haines. » Rien n’est moins exact. Ce que les écrivains du dix-huitième siècle ont attaqué en prose et en vers, en raisonnement et en facéties dans leur correspondance et dans
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leurs ouvrages publies, c’est une doctrine dont les ministres prêchaient l’intolérance, soutenaient le despotisme, et dénonçaient comme des malfaiteurs et des ennemis publics les écrivains qui défendaient la souveraineté de l’homme et l’indépendance de la raison. Et, du reste, par une étrange contradiction, M. de Tocqueville le reconnaît lui-même, lorsque, réfutant au chapitre \\ ce qu’il affirme au chapitre 2, il dit (p. 232) : « Les autres pouvoirs ne se faisaient sentir à eux que de « temps en temps ; mais celui-là (l’Église) étant spéciale- « ment chargé de surveiller les démarches de la pensée et « de censurer les écrits, les incommodait tous les jours. « En défendant contre elle les libertés générales de l’es- « prit humain, ils combattaient dans leur propre cause, « et commençaient par briser l’entrave qui les serrait eux- « mêmes le plus étroitement. » Ce n’était donc pas comme institution politique, mais comme ennemi des libertés générales de l’esprit humain, que les écrivains du dix-huitième siècle attaquaient le clergé.
L’un des chapitres les plus remarqués du livre de M. de Tocqueville est celui qui traite de la centralisation. M. de Tocqueville y montre très-bien que ce n’est pas de 89 que date, pour la France, le malheur d’être trop gouvernée ; mais en signalant le mal, qu’il exagère beaucoup, il aurait dû indiquer le bienfait qui en résulta et qui contribua au succès de la Révolution. L’étendue de la monarchie avait été l’une des principales causes de sa durée. Avant 89, les sujets de révolte ne manquaient pas; mais, dans urî pays où toutes les classes étaient isolées et tous les intérêts différents, ceux qui auraient voulu se soulever, ne sachant sur qui compter, se contenaient. L’ignorance,
l’isolement, l’étendue du pays, tels furent doue pendant longtemps les garanties du despotisme. Quoique la France, en échappant à l’oppression des seigneurs pour tomber sous le pouvoir des rois, n’eût fait en apparence que changer de servitude, ce changement simplifia beaucoup la question. Quand la royauté eut dégradé la noblesse, affaibli et usurpé les pouvoirs communaux, humilié les parlements, et, en détruisant ce qui protégeait contre elle, détruit ce qui la garantissait elle-même, elle se défit pièce à pièce, et la France, n’ayant plus qu’un maître, n’eut plus besoin que d’une révolution. C’est là l’avantage immense par lequel la centralisation a compensé le mal que nous a fait l’application exagérée de son principe.
Quand on examine l’état de l’Europe à la fin du dixhuitième siècle, on trouve, et M. de Tocqueville le remarque très-bien, que l’oppression était moins forte en France que partout ailleurs, qu’en Allemagne, qu’en Russie, qu’en Espagne ; cependant, tous ces pays restèrent tranquilles, et la France fit sa révolution. Pourquoi? « La cause de ce phénomène, dit M. de Tocqueville, « est que le paysan français était devenu propriétaire « foncier. » C’est là, selon moi, une vue incomplète et inexacte. Le premier motif de la révolution n’a pas été d'affranchir la terre. Qiloique la propriété, la liberté et l’égalité se garantissent réciproquement, l’intérêt de la propriété et de la liberté n’a eu, les premiers jours, qu’une importance secondaire.
Le premier rôle a été joué par la passion de l’égalité qui poussait tous les hommes de quelque valeur à pénétrer dans les rangs réservés jusque-là à la naissance, et à
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substituer à la noblesse du privilège la noblese du mérite.
La natioii ne lit d’abord aucun culcul, elle consulta son amour-propre et son honneur, elle chercha le triomphe de l’orgueil national beaucoup plus que la garantie ‘des fortunes et la liberté individuelle; la dignité humaine passa avant les intérêts. C’est ce qui a fait dire à *
Siéyès, répéter à Rœderer et à tous ceux qui ont vu de près le mouvement de 89, que la Révolution avait été moins chère aux Français, comme utile, que comme honorable; que les servitudes de la propriété furent repoussées moins comme onéreuses que comme injurieuses, et qu’il n’y eut pas de villageois qui ne se réjouît plus d’en voir finir l’humiliation que d’en retirer les profits. M. de Tocqueville en fournit la preuve lors- qu’il dit qu’aux environs de Paris, où il y avait plus de bien-être, la Révolution fut accueillie avec enthousiasme, et que- la résistance lui vint des marécages du Poitou et des landes de la Rretagne. « De telle sorte, ajoute-t-il,
« qu’on dirait que les Français ont trouvé leur position « d’autant plus insupportable qu’elle devenait meilleure.
« Une telle vue étonne. » Elle doit étonner, en effet, ceux qui ignorent que la Révolution fut le résultat de la civilisation, et que les lumières répandues par la philosophie produisirent dans tous les esprits un peu cultivés l’uniformité d’aspirations qui rendit irrésistible le mouvement de 89. •
Malheureusement, la Révolution a trop gardé l’empreinte de son origine, et l’importance que l’opinion a donnée aux principes proclamés par l’Assemblée constituante a presque toujours été en raison inverse dè leur utilité actuelle. La France a montré un attachement par-
ticulier à l'égalité, et tous les pouvoirs qui ont su courtiser cette passion aveugle ont pu attenter impunément à la li- , berté, qui est aujourd’hui le plus précieux de nos droits, celui qui implique et garantit tous les autres, qui fait la gloire, la force et la dignité des peuples. Il y a là-dessus, dans le livre de M. de Tocqueville, des pages admirables de style, de pensée et de douleur ; seulement, je trouve que cette douleur, qui honore M. de Tocqueville, l’égare jusqu’à la plus inexplicable inconséquence. Ainsi, il prétend que la Révolution a confondu dans la même ruine ce que l’ancien régime contenait de plus mauvais et ce qu’il renfermait de meilleur; il croit qu’un prince absolu eût été un novateur moins dangereux, et il ajoute : « J’incline « à croire qu’accomplie par un despote, elle nous eût a peut-être laissés moins impropres à devenir un jour une a nation libre, que faite au nom de la souveraineté du a peuple et par lui. »
Compter sur le despotisme pour fonder la liberté, c’est méconnaître la nature même des choses. Voyez, d’un côté, la Prusse, l’Autriche, la Russie où, pendant le dix-huitième siècle, des réformes se sont accomplies par les despotes; voyez, de l’autre, l’Angleterre où les réformes se sont faites au nom de la souveraineté nationale et avec le concours du peuple, et comparez les résultats. Le despotisme n’est bon à rien qu’à dégrader les nations, qu’à pervertir l’esprit, le cœur et la morale dès peuples. Ces inconséquences, qui ne sont pas rares chez M. de Tocqueville, expliquent les impressions vagues et contradictoires que la lecture de son livre laisse dans l’esprit du lecteur. Il prouve victorieusement la nécessité et la légitimité de la Révolution, et presque portout il en dénature le carac-
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tère, il en diminue la grandeur. En résumé, je trouve que, dans tout le cours de son livre, M. de Tocqueville parait plus sûr de ses sentiments que de ses principes.
Ces défauts, sur lesquels il me serait facile de m’étendre, sont rachetés par quelques chapitres fort remarquables. A la fin du vingtième, M. de Tocqueville fait, en deux pages,une très-exacte peinture delà nation française, qu’il trouve « plus extraordinaire qu’aucun des événements de son histoire. » Mais, ce qui est bon, bien étudié et instructif, c/est le chapitre consacré à l’état des paysans. Il est impossible de mieux montrer à quel point l’ancien régime violait les droits particuliers et les intérêts publics, et de justifier plus complètement la philosophie et la Révolution de l’ardeur qu’elles ont mise «à détruire ce régime détestable. Quanta l’Avant-Propos, il a un caractère particulier d’élévation et d’éloquence, et je le signale à tous les amis de la liberté. Ils y trouveront les sentiments du bon citoyen admirablement exprimés par l’homme de talent.
La publication de ce livre a produit une sorte d’émotion qu’il importe de constater. Cette émotion prouve que le divorce entre nous et l’ancien régime, c’est-à-dire entre nous et le despotisme, est irrévocable ; que, sur ce point, l’esprit public, quoi qu’on puisse espérer d’un côté et craindre de l'autre, ne dévie pas, et qu’il est toujours peu disposé à transiger sur les principes de la Révolution. En ce sens, il est incontestable que M. de Tocqueville a fait une œuvre utile, et dont il est juste de lui savoir trèsbon gré.