LE POSITIVISME ÉVOLUTIONISTE. H. SPENCER
entité pour résoudre le problème universel déclaré par Comte insoluble, et « unifier intégralement le savoir^). Il y a longtemps, aurait dit Comte à Spencer, s'il eût vécu quelques années de plus pour s'instruire des découvertes relatives à l'équivalence mécanique des forces physiques : « il y a longtemps que la science a cessé de rêver telle chose qu'une force qui s'appliquerait à un mobile, le mettrait en mouvement, l'animerait pendant son mouvement. C'est une entité qu'il faut renvoyer au temps oii l'on croyait les planètes mues par des dieux ou par des anges. Nous ne connaissons aujourd'hui que le phénomène du mouvement lui-même, rapport variable des positions respectives des corps ; puis les fonctions de ce rapport à l'égard de leurs propriétés physiques et physico-chimiques. Si les nouvelles découvertes se vérifient et s'étendent, » — ce si eût appartenu à Comte — « il se trouvera que notre Descartes avait raison, quand il embrassait d'une vue de génie une loi qu'il ne pouvait encore ni justifier ni préciser, et qu'il accompagnait d'une erreur grave, mais qui serait celle-ci en termes exacts : sous tous les phénomènes sensibles, il y a des mouvements moléculaires des corps; ces mouvements de parties extrêmement divisées peuvent se changer mécaniquement en des mouvements de masse, ou. vice versa, les mouvements de masse se distribuer dans les parties du corps, sans que leurs quantités, leurs sommes, mesurées par une cer-, taine fonction mathématique cessent d'être constantes; et les qualités sensibles : lumière, chaleur, électricité, les affinités chimiques, sans doute aussi les modifications de l'esprit sont en corrélation de variations avec la forme de ces mouvements. Cette corrélation est analogue à celle qui est connue depuis longtemps dans les rapports des sensations sonores avec les vibrations des corps. Elle se vérifie aujourd'hui pour les sensations
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lumineuses, et semble devoir s'étendre ù toutes les sensations. »
« Telle est eût continué Comte, après cette leçon donnée à Spencer, la signilication scientitique, ou positive, de la théorie cartésienne, ou mécanique, de la physique générale. Imaginer, au lieu de cela, que les sensations et les idées sont de la force transformée; que « les forces physiques subissent des métamorphoses » ; que « les modes de l'Inconnaissable que nous appelons mouvement, chaleur, lumière, etc., sont transformables les uns dans les autres et dans ces modes de l'Inconnaissable que nous distinguons comme sensations, émotions, pensées, lesquels àleur tour sont retransformabies en leurs formes originelles », cV^st, sous ces noms Ao. forces, modes ou formes, donnés à des phénomènes, restaurer les essences, les entités, et sortir des voies positives où la science est entrée il y a trois siècles. La découverte de V équivalent mécanique de la chaleur est une belle confirmation de ma loi des trois états. Je vous engage à la méditer :
« En l'état théologique, les hommes se représentaient chaque corps planétaire comme guidé par un dieu qui lui faisait parcourir dans l'espace un cercle parfait. Aristote lui-même a cru cela, et Kepler encore, remplaçant seulement le dieu par un ange et la sphère par une ellipse.
« En l'état métaphysique, les savants ont personnifié les forces, entités du genre abstrait, causes transitives, par [lesquelles ils ont imaginé, comme vous, que les mobiles devaient être informés, grâce à la communication du mouvement, et tout le temps qu'ils le gardent.
« En l'état positif, aujourd'hui, nous savons que le mouvement lui-même, ses lois, ses fonctions et fonctions de fonctions constituent tout ce que l'intelligence
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peut ajouter de théorie à nos perceptions de la locomotion dans le temps et dans l'espace. »
C'est ainsi qu'Auguste Comte eiit régenté H. Spencer en mettant à profit, pour sa loi des trois états, les découvertes nouvelles, et il eût éfé dans le vrai en ce qui touche l'interprétation des relations mécaniques et physiques, qui ressortissent réellement à l'ordre positif ou scientifique, et dont le philosophe évolutioniste n'a pas compris la vraie nature.
La force transformée est, après la force réalisée, une autre imagination, — le réalisme s'appliquant cette fois à l'image même des changements opérés dans les corps, — qui nous permet de remonter jusqu'à Heraclite d'Ephèse pour trouver l'expression générale de la doctrine qui a séduit H. Spencer. Le Feu avait, pour Heraclite, un sens à la fois empirique et symbolique, désignant la Matière en tant qu'active et continuellement lluente, force organisatrice du monde, immanente au monde, mais subordonnée à VJEon qui préside à la série des évolutions. Telle est aussi l'idée de la Force-Matière, dont les transformations produisent tous les phénomènes en qualité de symboles de l'Inconnaissable. Le nom (VJEon s'adapte à merveille à ce principe inconditionné surmontant l'évolution. Il rappelle aussi le Temps sans bornes, fiction réaliste que le mazdéisme, au temps de décadence de cette religion, employait pour se représenter le plus ancien des êtres.