‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 118 sur 182 · LA PHILOSOPHIE CHKZ LES PENSEURS DU XI.V SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE CHKZ LES PENSEURS DU XI.V SIÈCLE

loi du progrès et Finexplicablc état de la société actuelle, eût été bien plutôt porté vers un sombre pessimisme, sans sa foi robuste en l'avenir inconnu, garanti par la Science.

Tout autre fut la marche de l'esprit de Renan. Parti, lui aussi, do la confiance positiviste, après la rupture de ses liens de religion, on le vit à travers une suite de beaux travaux d'érudition et d'histoire, se créer peu à peu le caractère d'un éci'ivain humoristique, décidé, quoi qu'il eût à penser de ce pauvre monde, à la plus inaltérable bonne humeur. Ce fut, dans ses écrits, un étonnant mélange du plus grand sérieux avec le badinage, et des aflirm.itions hardies avec le doute transcendant. Léger dans ses jugements, quoique pénétrant dans ses analyses, et souvent profond dans ses aperçus, il a cru voler plus haut que les philosophes en s'abandonnant à l'incessante contradiction de ses idées, dont la variété des points de vue lui semblait être la justilicalion suffisante. Charmé du succès de cette belle méthode, il a été linventeur d'une aiîectation esthétique de détachement de sa propre opinion, qui s'accompagne de beaucoup de confiance et d'un air de supériorité, et il a su, dans ses jugements, concilier l'estime et le mépris avec un art particulier d'ironie que quelques-uns ont nommé le reiianisme.

Ce genre littéraire est bien l'ait pour justilier le préjugé européen de la frivolité française, parce que l'humour ne s'y montre pas avec le mélange de sensibilité et de mélancolie qui en est un caractère chez d'autres nations. Et l'impression du lecteur n'est pas franche. Religieux à ce qu'il croyait, dans l'irréligion, d'autres disaient plus qu'irréligieux dans la révérence, l'auteur de y Histoire des origines du christianisme n'a pu donner à son œuvre une conclusion ferme. De même, dans les sujets qui louchent à la })hilosophie, là où il faudi'ail de

la précision et de la logique, il s'est montré hostile et dédaigneux. En somme. éj)ris de cette vanité que le monde a aimée et encouragée, nous voulons dire une certaine Iiahilcté dans Fart (Vamenerle cliquetis des mots et des idées, — c'est ainsi qu'il qualifie son propre (aient d'écriture plein de finesse et de nalarel, — Renan a enjolivé par l'accompagnement de ce petit carillon qui étcdt en lui, et auquel le monde se plut, d'éminentes qualités dont le monde n'a pour cette raison retiré que peu de profit : l'érudilion. les connaissances solides dans l'histoire et dans les langues, et le goût de la haule critique. C'est que ni l'érudition, ni les dons de l'intelligence et la pénétration dans la critique ne renferment et ne suppléent l'esprit philosophique, ne fournissent les principes directeurs de la pensée, n'inspirent les sentiments.

Les sentiments, pour autant qu'ils n'étaient point des qualités natives, paraissent avoir heaucoup tenu, chez ce penseur, à son éducation ecclésiastique. On y reconnaît une certaine sécheresse, un certain utilitarisme, joints à la prétention d'un idéal qui n'est pas do l'humanité commune, à l'orgueil de la connaissance, au mépris de l'inféj'ieur dans l'ordre de la pensée. Ses principales idées rectrices. il les trouva dans le milieu qu'il aborda au moment de son émancipation morale, à une épo(iue de révolution politique et de surexcitation des esprits : ils furent ceux d'un positivisme exalté et d'un optimisme, qui, llorissant dans sa jeune âme, en ce temps d'apogée de la doctrine du progrès, s'éleva un jour jusqu'à la prophétie non seulement de l'organisation de la société, mais de V organisation de Dieu jmr la science. C'est à peu près l'idée de Taine sous la môme intluence.

Le positivisme, en ce sens général, est demeuré le fond des convictions du philosophe dilettante, — quoi-

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