‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 119 sur 182 · LA PHILOSOPHIE CHEZ LES PENSEURS DU XIX'^ SU- CLE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE CHEZ LES PENSEURS DU XIX'^ SU- CLE

que dilettantisme et conviction soient des mots qui s'accorderaient difiicilement chez tout autre; — car il n'acessé de penser que tout avancement social serait du au progrès de la science, la métaphysique étant, comme la religion, une chimère, et de plus, moins utile que la religion. Sous ce rapport, on peut dire que Fécleclisme a eu. à coté du positivisme, sa part, et a fait son œuvre, quoique négative, dans l'esprit du linguiste et de lérudit. on cela qu'il a préféré aux études philosophiques la critique historique, dont la méthode permet ou commande le doute, au lieu que la tache de la philosophie serait de le surmonter. Mais l'enseignement des maîtres de réclectisme n'a pas dû la lui faire paraître en état de remplir cette tâche, et il ne se sentait certainement pas les dispositions d'esprit rationnelles nécessaires pour l'entreprendre lui-même.

Le positivisme de Renan se maintint donc, et son optimisme aussi, quoique d'un genre différent de celui des positivistes comtistes. et de celui des politiques socialistes. Le monde présent lui parut acceptable en somme, et plutôt satisfaisant qu'autre chose : opinion contraire à celle d'oii procèdent les utopies, toujours inspirées par le juste sentiment du mal social actuel. Le spectacle des choses humaines, en leur désordre varié, était, disait-il. amusant, et les vices mêmes très excusables, dont certains seraient bons à conserver pour le peuple, qui n'a pas comme nous la ressource des plaisirs d'un genre distingué. On doit considérer d'ailleurs qu'il n'est pas prouvé que nos idées sur la moralité aient un fondement réel, et que la vertu ne soit pas une duperie dont le Grand Etre nous rendrait victimes! Le progrès indéfini de la science, la puissance sur la nature, qui en est la suite, la supériorité de quelques hommes élevés par le savoir et par l'indépendance de tout travail servi le au-dessus de la masse

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lourde et bassement sensuelle des travailleurs, non là morale et le devoir, non la cité parfaite des libres et des égaux, tels seraient, s'il en est de prévoyables. les traits de l'histoire future de l'humanité.

La tyrannie des grands hommes de science, régnant par la terreur sur la planète, qu'ils détruiraient s'ils le voulaient, cet idéal dont la fantaisie ne rachète pas assez le caractère odieux, est celui qu'osait proposer aux Français du xix*^ siècle le plus large esprit, disait-on, qui fût parmi eux. et le plus populaire dans toute la classe lettrée, hormis les afhdés de l'Eglise, cent ans après la Révolution française. Un phénomène moral analogue s'est produit en Allemagne, dans l'école de Schopenhaucr, un siècle après que Kant avait résumé dans son Essai philosophique sur la pair perpétuelle toutes les espérances du xviif sur l'avenir de justice et de paix, le règne des fins. En France, le môme homme qui se laissait ainsi séduire à des imaginations néroniennes manifestait des retours, nous ne dirons pas aux sentiments, mais aux principes politiques de la révolution, qu'il avait professés dans son premier ouvrage (resté longtemps inédit), à sa sortie du séminaire. Il faisait de temps à autre des avances à la démocratie, et ne se croyait pas disqualifié pour servir la République. La contradiction elle-même, chez lui, se contredisait. Si un mot qui ne s'emploie guère, au moral, qu'en ce qui touche les vices du cœur, était de mise pour ceux de l'esprit, on pourrait dire que son esprit était profondément et désespérément corrompu.

La philosophie dont il avait .enterré les grandes doctrines historiques pêle-mêle avec les dogmes et les symboles de la théologie, — et dont sa raison n'éprouva jamais le besoin de contrôler les systèmes sur l'origine et l'ordre de l'univers, avant de les rejeter en bloc, — la philosophie ne tentait pas son imagination dans ce

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