‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 45 sur 182 · LES HYPOSTASES DE PLOTIN · texte numérisé non relu

LES HYPOSTASES DE PLOTIN

Les premiers au leur?, après Philon, d'une lliéorie do l'émanation et des hypostases admirent, comme l'avait fait Platon, un principe matériel, et l'éternité du monde : celle-ci tout au moins vraisemblable, chez eux, à cause du caractère symbolique de la démiurgie. Ces philosophes furent donc des dualistes, et Ammonius Saccas, fondateur de l'école néoplatonicienne, Plotin, qui en fixa la doctrine, ne parvinrent pas, comme ils l'auraient voulu, à justifier leur optimisme par la perfection du monde, tel qu'ils le concevaient, c'est-à-dire, en dépouillant la matière de tout caractère positif; car la descente de l'être par voie d'émanation, et son retour possible à son principe, après les vicissitudes de la vie de l'âme, ces termes, premier et dernier d'une loi nécessaire, répondent à une conception qui pose a priori la contrepartie du bien. Le mal est impliqué : 1° à l'origine, en ce que le Bien est le premier principe, que l'Être est ce qui déchoit et s'oppose, et que ce fait constate par lui-même l'introduction de la contradiction pour constituer le monde ; 2" dans l'ensemble des êtres, en tant que placés dans des conditions de plus ou moins grande déchéance, par le fait de vivre seulement, c'està-dire d'être limités par une matière dont la nature, quoique négative, est symbolisée par les ténèbres et fait obstacle à l'affranchissement de l'àme. La carrière donnée à parcourir à l'âme a, comme celle du monde brahmanique et du monde sto'icicn, — quoique ce ne soit pas lace qui attire le plus ordinairement l'attention dans le néoplatonisme, — un caractère évolutif et pé-

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riodiqiio. Plotin admet la doctrine que les anciens nommaient de la fjvanch' aniK'e, suivant laquelle le monde revient à son principe, en ressort, et se renouvelle, à de longs intervalles astronomiques. 11 croit qu'il est donné à des âmes de rentrer temporairement, par l'extase, à certain moment d'une vie sainte, dans l'àme universelle dont elles émanent, et de s'élever même plus haut, jusqu'à rUn pur, première hypostase; mais celleslà sont singulièrement favorisées, et le monde, suspendu entre ses limites supérieure et inférieure, ne peut réaliser le Bien ni en lui-même, ni dans rien qui lui ressemble, hormis à ce point de départ ou d'arrivée dont l'idée s'atteint par l'état mental que les indiens ont nommé le véhicule de la di'-livrance.

Le néoplatonisme ne pouvait pas plus que le stoïcisme, et nul système d'émanation et de résorption des phénomènes ne doit être admis à motiver, sur le monde, un jugement optimiste ; ou du moins c'est un acte personnel et volontaire de satisfaction, et qui est contradictoire, dans le renoncement, que d'accepter comme une bonne et belle destinée universelle un cours éternel des choses oii l'ordre et le désordre, les joies et les douleurs, la vie et la mort forment un si misérable tableau qu'on ne trouve rien de mieux que* d'imaginer l'univers ramené au néant dans son état final, le même oîi il était avant qu'il commençât d'être.

Il semble que, fidèle à la première exigence de l'idée d'émanation, d'après laquelle l'émanant, pour ne pas déchoir lui-même, doit ignorer l'émané, Plotin aurait dû chercher une raison de vivre pour le monde, indépendamment de toute action efficiente de son principe et, par exemple, en n'attribuant à celui-ci que la cause finale au cours de la période de retour des êtres descendus. Mais au lieu de suivre en cela la doctrine d'Aristote, il se jeta dans une contradiction qui fît de son

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sysLèmo un vrai panthéisme. Sa troisième hypostase, l'Ame universelle, est supposée exister entière et indivisée dans chaque âme particulière qui en est émanée, et lésâmes individuelles ne sont ainsi que les phénomènes de l'universelle, car c'est cela seul qu'on peut comprendre pour allier les deux genres d'existence. De même, les Idées données dans les âmes, avec un rôle semblable à celui des ?riisons séminales des stoïciens, remontent à l'Intelligence, qui les possède en son unité, et existe tout entière en chacune de ses formes divisées et localisées du monde sensible. Le tout est dans chaque chose. L'Intelligence, identique à l'Etre, remonte enfin au Bien, ou à l'Un, au-dessus de l'Etre, sans attribut et, à vrai dire, sans nom, car ce nom lui-même, l'Un, comme corrélatif du multiple, ne lui convient plus. Une définition négative est la seule qui convienne à l'acte absolu, où finissent tous les rapports.

Le dernier mot du néoplatonisme est une définition commune donnée à la puissance indéterminée, qui est la matière des phénomènes, néant placé à l'extrémité de la descente de l'Etre, et à la puissance indéterminée, ■ autre néant, origine et essence de toute existence réelle. Chacun de ces concepts est, en tant que réalisé, contradictoire à lui-même. Le premier affirme ce qu'il nie, le second nie ce qu'il affirme : l'un, la matière, fournit, à titre de condition de toute chose sensible, la détermination de tous les objets de la nature ; l'autre, l'acte suprême, écarte par définition toute qualité par la pensée de laquelle il pût devenir intelligible comme sujet en soi, et il est, en son rayonnement, la source unique des êtres et leur providence universelle. Ainsi le terme logique de la spéculation réaliste, au sommet de la généralisation ascendante de l'être, et à sa base, est la réalisation du néant.

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