‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 49 sur 182 · LE SYSTÈME DES IIYPOSTASES DANS LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DES IIYPOSTASES DANS LE CHRISTIANISME

En ce qui touche les concepts inventés pour la conciliation de l'absoluité divine avec l'ordre des relations qui est le monde, œuvre de Dieu, la différence n'était pas grande entre un philosophe polythéiste et un chrétien philosophe, à la fin du n' siècle, à l'époque ou Ammonius Saccas, chrétien de naissance, retourné au paganisme, avait dans son école des disciples des deux religions. Il leur enseignait, sous le sceau du secret, ce qu'il appelait peut-être le mystère de Platon, et qui n'était autre chose que la doctrine des hypostases, déjà connue sans doute à Alexandrie, depuis le temps de Philon le Juif, mais non pas fixée et enseignée comme elle le fut par Plotin, disciple de cet Ammonius. Sur l'hypostase du Père, d'abord, un chrétien ou un Juif, un gnostique ou un platonicien s'entendaient pour déclarer la nature divine première hors de l'atteinte de la connaissance. Dans cette vue, très expressément et de tous côtés, une deuxième hypostase avait paru nécessaire pour représenter un dieu connaissable, sous les attri-

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buis caraclc'ristiques de la nature humaine : rinlelligcnce, ou les idées, la raison, la parole. On se les représentait portés à leur perfection et formant une entité sous un terme convenu, le Logos, distingué de Dieu. Il restait seulement à expliquer le rapport de ce Dieu second avec le Dieu premier, inconnaissable. Une troisième hypostase devait ensuite répondre au besoin d'appliquer la seconde, stable par détinition. à la vivitication du monde et des âmes, sans que son immutabilité propre eût rien à souffrir. La même notion réaliste qui, pour nn certain panthéisme vague, est l'esprit universel [spirilus inius alU)^ pour le stoïcisme, l'Ame du monde (reconnue et spiritualiséc par le néoplatonisme), pour Philon l'Esprit saint, devient pour le christianisme, en gardant ce dernier nom. l'agent mystique, qui accomplit dans les âmes l'œuvre de la rédemption, cl auquel est attribuée dans la totale essence divine une valeur hypostatique. Ainsi, à ne considérer que la conception logique, il y aurait à reconnaître au christianisme et au néoplatonisme une seule et même application de la métaphysique réaliste à la constitution de l'idée de Dieu.

Mais la signification des hypostases, polylhéisle en la forme, passe, dans le christianisme, au sens voilé de ce que la théologie greffée sur la religion a nommé un mystère. Les fondateurs du dogme catholique visèrent à conserver ces entités en accordant la méthode qui les crée avec les croyances essentielles du christianisme. Elles s'imposaient à eux, parce qu'il n'y avait plus pour les penseurs, après le premier siècle, et pour longtemps, qu'une seule méthode philosophique. Cette méthode en commandait l'emploi aux docteurs chrétiens, et devciit en même temps les engager en d'inévitables contradictions, différentes de celles qu'impliquait la doctrine de l'émanation, mais plus choquantes, parce

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qu'elles n'étaient plus du seul ressort de la métaphysique. La foi chrétienne est inséparable de la croyance à la personnalité de Dieu, et la théorie des hypostases semblait inventée pour remplacer la personnalité par des symboles. Elle n'était même pas autre chose au fond.

Sur les deux points fondamentaux de la religion : la nature de Dieu, l'origine du mal, la séparation était profonde entre le christianisme, à sa naissance, et le polythéisme antique résumé et condensé par le néoplatonisme. Sur tous deux, la méthode réaliste, que les docteurs chrétiens ont embrassée comme les alexandrins, a fait dévier la doctrine chrétienne de sa voie logique. Le monothéisme et la personnalité de Dieu créateur du monde, croyances qui. réunies, étaient l'héritage du prophétisme israëlite, régnaient au premier siècle parmi les chrétiens; ils y ajoutaient, sans songer à les démentir, la filiation divine de Jésus le Christ, c'est-à-dire le Messie, avec un sens mal délerminé qu'ils attachaient à l'idée de iiliation. Pendant ce môme siècle, et par l'œuvre de Y Ap<kre des nations, s'introduisit dans le christianisme la doctrine du péché comme inhérent à la nature humaine, mais dont la peine, qui était la mor^ (inhérente à cette même nature), était rachetée par la foi du Christ chez ceux qui s'unissant par l'esprit à son sacrifice obtenaient après cette vie la résurrection en lui. Cette religion toute relative à l'homme naturellement mortel, à sa condition terrestre et à sa fin individuelle, était très opposée au mythe de la chute des âmes. Elle ne l'était pas moins, dans V origine, à l'idée que l'état de pécheur fût imputable à l'individu autrement que comme homme et membre de sa nation, et lui méritât une peine éternelle à titre d'expiation d'un certain acte de prévarication de l'ancefre commun des hommes.

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La mélhode réaliste a rendu, par l'inlroiliiction des liyposlases dans le monothéisme, la personnalité divine inconcevaljle dans son sens intégral, et, par la concen- Iration du péché sur une tète unique, le caractèi'e de la faute insaisissahle chez les autres hommes, sa transmission incompréhensible. La peine ne pouviiit, à ce point de vue, paraître juste qu'en donnant un sens réel à la iiction des personnes humaines réduites à l'unité, ce qui est contradictoire à l'idée morale de personne. Ce double eiïet du réalisme s'explique en ce que cette méthode, visant partout à l'aire passer les propriétés de l'individuel à l'universel, tend à annihiler l'individuel, et })orte atteinte à la réalité de la personne en séparant d'elle des attributs pour les ériger en entités métaphysiques.

L'acceptation de l'Evangile selon Jean par les b^glises, au commencement du second siècle, identifiant le Loç/os hypostatiquede l'alexandrin Pliilon avec le Messie, Fils de Dieu, de la tradition des prophètes palestiniens, fut une alliance du christianisme avec la philosophie de ce temps, sous la forme qui était et allait être de plus en plus en vogue pour représenter l'essence intelligible de Dieu, sans touchera la dignité supérieure, incognoscible de sa nature. Ce dut paraître une meilleure invention d'exégèse, de pouvoir dire aux païens : votre Loyos, dont vous faites un arcane de spéculations abstraites, est un être vivant ; c'est lui, descendu dans le monde, ce Messie Jésus, que vous méconnaissez, dont l'œuvre théurgique incomparable atteste la mission divine. Le succès de cette imagination d'un disciple de lapotre Jean, dans l'Eglise d'Éphèse, a rendu pour jamais impossible l'accord logique de la personnalité de Dieu avec la personnalité dnC/irisl, Humnic-Du'U. On nie logiquement ou le monothéisme, ou la distinction des personnes, en donnant un sens confus à l'idée de personne

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