L'IDÉE DU MONDE DANS LA HAUTE ANTIQUITÉ
était l'anéanUssement, donna, par renseignement de rexlinction volontaire de la conscience, une conclusion morale bien adaptée à une doctrine de vicissitudes et de misères de toute existence possible.
Les cosmogonies indiennes portent l'étrange empreinte de ce trait caractéristique : la confusion du type humain avec la forme universelle d'où procèdent toutes les formes de la nature, quelque manque de rapport qu'elles aient avec l'humanité par leurs apparences et par leurs propriétés. Dans celle de ces compositions qui a pris place dans le plus ancien des Védas, on trouve Pouroucha, âme suprême ai premier 7nâle, dépeint comme l'être universel pourvu de tous les organes humains par milliers de chaque espèce. De lui naît ViradJ, individu premier, et, de celui-ci, Adhipoiiroiicha, duquel sortent la terre et les corps. Pouroucha demeure toujours le monde en essence et en être : c'est lui que les Dé vas et les brahmanes offrent en sacrifice à lui-même, et qui lui-même est le Sacrifice, et, grâce au Sacrifice, la création elle-même : Indra, Agni, le Brahmane, le Ciel et la Terre, tous les êtres fils du Sacrifice. L'idée antique de la vertu du sacrifice se montre avec des traits plus grossiers, bien connus, dans les cosmogonies sémitiques, d'oii elles passèrent dans la mythologie grecque.
La cosmogonie brahmanique du Livre de Manon offre plus de rapports avec une conception assez commune en ces sortes de compositions : c'est une autogénèse en laquelle s'identifient tout en s'opposant un principe passif, ou d" obscurité, avec un principe actif qui gouverne le développement du monde. Un œuf d'or, ou lumineux, porté sur les eaux, contient le germe d'oi!i naît Pouroucha, qui est Brahma, qui est Naranayana, et cet œuf se sépare en deux parties qui sont le ciel et la terre, avec l'air leur intermédiaire, et avec le réservoir
des eaux supérieures. En môme temps paraît l'Ame Suprême, de laquelle Brahma fait émaner les principes de la conscience et de rintelligence, de la passion et de l'ignorance, et enfin les qualités élémentaires du corps, et les âmes des Dévas et des hommes, et tous les personnages d'une mythologie d'envergure immense, et les quatre castes tirées, comme on sait, des différentes parties du corps de Brahma. Après cela, vient la tjiéorie des Kalpas, ou évolutions périodiques allant de l'infini à l'infini du temps.
Si nous remontons au premier principe de cette spéculation, nous remarquerons que l'œuf cosmique et les eaux sur lesquelles flotte cet œuf sont eux-mêmes des productions du principe créateur qui trouve en eux les conditions de son développement. C'est, sous une autre forme, la même idée que rendaient plusieurs symboles cosmogoniques égyptiens, analogues à celui que nous avons cité. On ne sait donc s'il faut comprendre qu'il s'agit d'une génération absolum ent spontanée, ou d'une émanation de l'Absolu sans qualité et sans nom. Si nous descendons de trois ou quatre mille ans dans le cours de l'histoire, et jusqu'au moment de la philosophie grecque finissante, c'est la seconde interprétation que nous trouvons établie dans l'école d'Alexandrie, oii revivent des traditions orientales. Mais les deux interprétations se confondent pour nous, quand nous faisons l'effort demandé, mais vain, d'adapter notre imagination au concept de l'éternité des phénomènes, qui est contradictoire en soi. Si enfin nous descendons jusqu'à notre époque, nous ne pouvons que retrouver la même idée métaphysique, illusoire, au fond des prétentieuses inventions philosophiques dont les auteurs posent sous des noms abstraits des principes impliquant l'infinité donnée des phénomènes sans commencement. Ces systèmes, considérés dans leur