‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 53 sur 182 · I.I£t^ DlilX DOCTRINES DE LORIGINE DU MAL · texte numérisé non relu

I.I£t^ DlilX DOCTRINES DE LORIGINE DU MAL

une division ot un classomont des formes des êtres, dieux, esprits, liomnies et animaux de toutes espèces, et, pour loi de transformation selon les mérites, la métempsychose. En ce ([ui louche le péché et la punition, on reconnaissait encore là la démiurgie du Timée; mais lémanation. en suhslituant au mythe démiuriiique une évolution descendante, rattachée au premier principe, pouvait remettre la doctrine qui avait séduit jadis Pythagore et Platon sur la voie du panthéisme brahmanique, d'où peut-être elle était jadis venue jusqu'à eux.

La question de l'origine des âmes et du mal se présentait au christianisme sous des termes bien différents, au moins du côté de la tradition judaïque. Là, dans la haute antiquité, il ne s'était pas agi d'àmes séparables des corps, mais d'hommes terrestres punis ou récompensés par leurs dieux. L'œuvre des prophètes répandit chez les juifs l'enseignement de l'unité de Dieu et de la loi morale. Puis les emprunts au mazdéisme introduisirent la doctrine de la résurrection des corps et de la rétribution après la vie. Ce fut aussi, avec la loi d'amour substituée à la loi rituelle et au formalisme judaïque, le thème principal du messianisme de Jésus. L'Apôtre des nations enseigna la corruption et la mortalité naturelle de l'homme, la rédemption, la résurrection par la foi, et ne mentionna point de peine autre que la mort pour le pécheur. Le péché originel était, à ses yeux, le vice inhérent à la nature animale de l'homme, vice hérité du protoplaste, en ce sens, qu'il est commun à ceux de la race, tout ainsi qu'il a été le fait de l'ancêtre. Si l'Eglise eût suivi la doctrine pauliniste, au lieu de l'interpréter grossièrement, et même à la fin dans un sens odieux, le problème de l'origine première de l'inclination au mal serait resté dans le recul obscur delà création de l'âme, où l'Apôtre n'avait

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pas tonte de pénétrer, ot le christianisme n'aurait pas été engagé, parunc application fatale de la métaphysique réaliste, dans la doctrine augustinienne, la plus grande aherration peut-être du sens moral dont on puisse accuser le dogmatisme.

L'inllucnce du platonisme sur les docteurs de l'Eglise, après le premier siècle, lit accepter peu à peu la formule de Yimmorlalitr de Vâme, au lieu de celle de la résurrcclion strictement entendue (celle des Juifs et- de saint Paul), pour exprimer la foi chrétienne en la vie future. Mais la théorie des âmes, sauf une grande exception, dans l'origénisme, qui fut proscrit, et, après de longs efforts, exterminé, allait aisément au panthéisme polythéiste : on le voyait par l'exemple du néoplatonisme. En effet, l'hypothèse de la chute des âmes faisait sortir l'origine du péché de l'enceinte de l'espèce humaine; la création de l'àme elle-même se présentait avec une généralité qui franchissait les hornes hors desquelles la tradition hihlique ne fournissait aucun moyen de s'éclairer sur l'origine et la destinée de l'homme. Le mythe de la révolte des anges occupait une trop petite et obscure place dans les livres saints pour sup[)orter une construction dogmati({ue en se liant au mythe de la tentation dans le paradis terrestre. Le rapport du second de ces documents au premier ne vint que de l'assimilation du Serpent symbolique du livre de hi Genèse à l'un de ces esprits mauvais, ou envieux, dont les traditions, si communes dans l'antiquité, sous diverses formes, rapportaient les tentatives d'usurpation sur la divinité.

En somme la question générale des âmes était écartée, et les anges laissés à l'arrière plan mystérieux et sacré dune création d'une autre nature que celle de l'homme, parce qu'on craignait les hypothèses transcendantes des néoplatoniciens. Les Pères de l'Eglise, ceux de

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l'Eglise laline surtout, qui remportèrent sur les Pères grecs, après une lutte prolongée, avaient adopté une méthode d<^' limitation des dogmes à définir, qui retint le christianisme sur un chemin dont ils croyaient voir lissuedans la philosophie alexandrine, c'est-à-dire dans la croyance à l'éternité des carrières de la vie avec les vicissitudes de la transmigration. Ils eussent été en cela bien inspirés, s'ils n'étaient tombés dans une imagination pire : l'éternité des peines pour la plus grande partie du genre humain. L'état de la question, après la mort dOrigène. pour les penseurs de ce temps qui, tout en combattant avec ardeur l'opinion que les âmes seraient des émanations du principe divin, tombées dans la matière. — la matière qui serait le mal, — ne trouvaient dans leurs livTes aucune doctrine positive à opposer aux: vues de cette espèce, l'état de la question, disonsnous, était le choix laissé entre trois hypothèses :

Croire que les âmes humaines, toutes antérieurement créées, viennent, par ordre divin, animer les corps à un certain moment de la génération physique ; — ou que Dieu crée séparément les âmes, chacune au moment seulement oiî le requiert l'acte de la conception d'un corps humain ; — ou qu'elles descendent toutes de Tàme du premier homme par une transmission parallèle à celle de la vie animale; qu'elles en descendent et quelles en portent la coulpe et en méritent la [)unition. Ces opinions épuisaient réellement le sujet, dans les limites convenues, et pourtant pas une des trois n'était conciliable avec la situation faite au penseur chrétien par l'acceptation littérale ou par une interprétation plausible des légendes de l'origine de l'homme et du péché originel.

La première avait contre elle, outre la difficulté physiologique du choix du moment, l'embarras de savoir que faire des âmes entre l'époque de leur création

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et les temps où elles sont appelées à entrer dans les corps, alors qu'on ne connaissait aucune hypothèse, — en dehors de celle d'Origène, qu'on repoussait, — qui permît de lier la vie humaine teri'estre à une vie antécédente, et de trouver un lieu autre que la terre où placer l'hahitation et les conditions de vie de l'homme, et le lieu du péché, et le théâtre de la corruption de la nature.

La seconde opinion rompait l'unité de la création sur le point principal : la création de l'homme, en supposant les âmes créées accidentellement, sans rapport entre elles, sans aucune raison donnée qui les destine à un corps plulôl (ju'à un autre, et placées dans des conditions inégales et arhitraires; car le péché originel, dont le concept implique une liaison entre les individus qui en portent le poids, ne se comprend plus si chaque particulier doit avoir le sien et subir l'épreuve dans des circonstances qui lui sont particulières. Celte hypothèse, imaginée en réaction absolue contre celle d'Origène, par un des plus illustres Pères de l'Eglise, qui avait d'abord été origéniste, compose l'humanité d'àmes créées hors de son sein, et ne fournit aucune explication de la destinée qui les soumet de prime abord aux misères de l'existence humaine en les créant.

Le troisième système prend le contrepied du second, tout en restant dans un égal éloignement de loi'igénisme. A l'individualité de l'àme il oppose l'uni le de la race. L'àme d'Adam, premier géniteur, est aussi l'àme de ses descendants : son péché est leur péché. C'est un réalisme à la seconde puissance, qui lire des subtances d'une substance, des individus d'un individu, comme le réalisme ordinaire fait sortir d'un sujet des attributs et des modes! Nous étions tous, dit saint Augustin, dans cet un, et nous ('lions cet un qui, tenté par la femme, a péché. Les individus n'étaient pas encore là

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