‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 63 sur 182 · DESCARTES. LA PENSÉE ET L'ÉTENDUE. L'EXISTENCE DE DIEU. LA CRÉATION · texte numérisé non relu

DESCARTES. LA PENSÉE ET L'ÉTENDUE. L'EXISTENCE DE DIEU. LA CRÉATION

La question de la siibslaiice, la difliciiUc de jiislilier la signification siibstanlialisto du Cot/ito ergo sum détournent l'atlenlion de l'importance de ce principe du cartésianisme comme expression d'un fait mental qui, bien posé et compris dans ce qu'il implique, est la rupture méthodique entre l'idée de la pensée et l'idée de l'étendue en soi. Oublions la question métaphysique de l'existence d'un sujet en soi de l'étendue représentée ; la seule possibilité de mettre cette existence en doute éclaire le principe dont nous parlons. Nous sommes, en etTel, assurés immédiatement de ridée, que ce soit celle de la pensée, ou celle de létendue, mais l'idée que nous avons de l'étendue ne peut que par hypothèse, ou en qualité de croyance, passer pour quelque chose au delà de la représentation que les êtres sensibles en ont, tandis que l'idée de la pensée s'affirme et se suffit comme représentation en embrassant l'autre aussi comme telle. Descartes et ses disciples ont introduit dans la philosophie celte vérité radicale.

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Si nous rassemblons sons lo nom (resprit tout ce qui est du ii'enre de lu penser et a des idéesi pour modes, loljjet de ridée peut ùtre ou n'être pas extérieur à l'esprit, mais, en tout cas, il n'est point en nous une connaissance que nous puissions affirmer comme étant celle de l'étendue, essence ou qualité matérielle, donnée hors de toute pensée, et cause de nos perceptions de l'étendue et de ses modes ; non plus qu'il n'est rien, en nos pensées, qui nous explique certaines d'entre elles comme causes des modifications que nous désirons qui s'opèrent dans nos représentations de l'étendue, de la figure et du mouvement. De la reconnaissance de cette vérité est sorti, avec le cartésianisme, le progrès capital que la philosophie a fait depuis l'antiquité.

Par la séparation de la matière, c'est-à-dire de l'étendue en tant que concept, et quoi qu'il en fût de son existence en soi, à laquelle il croyait cependant, et à laquelle il réduisait toute l'essence de la matière, Descartes a institué le sujet propre de la physique et de ses théories, où n'entrent comme variables, dans les relations qu'elle étudie, que les modes de l'étendue ou ceux qui s y peuvent ramener, et le temps. Et cette physique est la physique moderne.

Par cette même séparation, et en ramenant les qualités sensibles des corps à des modes de penser, quoique sans réduire encore l'étendue à sa forme intelligible, Descartes a été le véritable initiateur de l'idéalisme embrassé par les grands philosophes ses successeurs : Malebranche, Leibniz, Berkeley. Spinoza lui-même est étranger aux idées des anciens sur l'essence de la matière.

Le réalisme substantialiste ne soulevait aucun doute, au siècle de Descartes. Le pyrrhonisme lui-même, gagné secrètement peut-être par l'intluence si particulièrement puissante de l'imagination pour matérialiser

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