‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 64 sur 182 · DESCARTES. LA PENSEE · texte numérisé non relu

DESCARTES. LA PENSEE

l'idée logique d'un support de qualités, ne s'était pas, semble-t-il, attaqué à cette tiction autant qu'à celle de la cause transitive, quoique ses arguments généraux ne l'atteignissent pas moins. C'est apparemment pour cette raison que Descartes ne se sentit pas obligé de justifier l'emploi réaliste de l'idée de substance, mais seulement d'en diviser les applications pour donner à l'esprit la prééminence, au point de vue de la certitude. Dans tout le cours des explications dont il accompagne sa démonstration de l'existence de Dieu (voyez Les méditations mHaphysiques. Méditation S*"} , il tient le lecteur attentif à remarquer qu'il se considère lui-même exclusivement comme inir chose qui pense, pendant que, tout à la recherche de Dieu, il demeure dans le doute sur la réalité des sujets externes qui pourraient correspondre à ses difTérentes idées, ou sur leur origine. L'idée qu'il a de Dieu est celle d'un être, ou substance, qui posséderait formellement on actuellement , comme cause de celles de nos idées dans lesquelles nous reconnaissons de la perfection, toide la réalité on perfection qui se rencontre seulement objectivement, ou par représentation, dans ces idées.

La définition de cet être qui serait la cause d'une première idée, patron ou original, en lequel serait contenue formellement et en efTet toute cette perfection que nous n'avons que représentée dans nos idées, est ainsi conçue :

« Une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute puissante, et par laquelle moi-même et toutes les choses qui sont [s'il est vrai qu'il y en ait qui existent) ont été créées et produites. »

Cette définition ne ditTère pas sensiblement, au premier aspect, de celle des théologiens, coui'ante dans l'Ecole, et reproduite encore par Kant comme spécimen

d'un idcal de la raison pure (XXVI); mais, mieux considérée et prise expressément de la manière dont l'idée de Dieuestdéduite par Descartes, elle appelledes remarques qui lui donnent un sens dillércnt.

1° L'idée de Dieu se pose, pour Descartes, dans le rapport unique établi entre le moi et ses idées, imparfaites et douteuses qu'elles sont en leur origine et leur cause, d'une part, et, de l'autre, la pensée dune cause oîi elles auraient leur source en l'état d'intégrité et de perfection dont le moi borné qui prononce le Cogito ergo sum n'envisage que la possibilité. Kn cette abstraction de toutes les choses qui lui sont représentées, et dont la réalité est incertaine, ce moi atteint l'idée de Dieu par une méthode rigoureusement idéaliste. Observons de plus que cette position de la question nous éloigne de la preuve la plus commune de l'existence de Dieu, la preuve cosmologique, a contingentia mundi^ puisque nous ne savons pas encore si ce monde est quelque chose de plus que notre représentation. Et <3n elfet, la démonstration cartésienne est, comme nous allons le voir, étrangère à la considération des phénomènes dont la régression dans le temps exigerait un premier terme, c'est-à-dire une première cause. Ce sont les idées qui, au point de vue de Descaries, réclament l'existence dune idée pu-mière : première en nature et parfaite.

2'' La filiation platonicienne du cartésianisme s'impose ici à notre attention ; mais le principe est complètement changé, ainsi que la raison de la descendance des idées. Au lieu du Bien, Père des Idées en un sens vague et symbolique (VII), c'est la Cause proprement dite que nous trouvons, c'est l'auteur de l'être des idées; et, au lieu de la participation, terme inexpliqué qui, en s'éclaircissant, devint l'émanation, avec des hypostases, nous avons les idées elles-mêmes en tant que

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