‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 84 sur 182 · E PROBLÈME DE LA CHUTE · texte numérisé non relu

E PROBLÈME DE LA CHUTE

nelle de lètiv en soi dans le phénomène comme l'origine du mal, — ce fait : que la raison qui commande étant présente à cet être, quelque autre mobile fût survenu et l'eût entraîné. La loi morale, qui essentiellement oblige, n'aurait pas obligé ! Kant s'est arrêté là, il a laissé à Schopenhauer l'hypothèse formelle de la descente de la Volonté dans le Vouloir-vivre : origine de la causalité phénoménale, et des représentations dans le temps et dans l'espace, et du déterminisme temporel qui fait apparaître l'unité radicale de l'être sous la forme illusoire de la multitude des créatures divisées et successives.

Une doctrine analogue à celle-là ne pouvait guère ne se laisser nulle part deviner, si Kant ne la taisait qu'afm de paraître user de l'hypothèse du noumène exclusivement « pour la pratique », sans en posséder « aucune connaissance théorique ». Nous en trouvons un indice dans un des rares passages où il se montre moins préocupé d'éviter l'apparence de faire de la métaphysique trancendante :

« La nécessité physique, qui ne peut s'accorder avec la liberté du sujet, s'attache exclusivement aux déterminations de cette chose qui est soumise aux délerminations temporelles, par conséquent aux seules déterminations de l'agent comme phénomène. En cela, les raisons déterminantes de chacune de ses actions résident dans ce qui appartient au temps passé, et nestj)lus en son pouvoir, — et à quoi doivent se rapporter aussi, suivant son propre jugement, ses actions déjà accomplies et le caractère déterminable pour lui en conséquence. — Mais le même sujet qui, par un autre côté de lui-même, a conscience de soi comme d'une chose en soi, envisage son existence en tant quelle nest pas soumise aux déterminations temporelles, et lui-même comme pouvant n'être déterminé que par des lois qu'il se prescrit luimôme par la raison. Dans cette existence propre, il n'est

rien pour lui qui précède la détermination de sa volonté ; toute action, toute détermination de son existence comme chose sensible sont à envisager dans la conscience de son être intelligible, uniquement comme conséquence de sa causalité en tant que noumène, jamais comme la raison de cette causalité. A ce point de vue, l'être raisonnable peut dire à bon droit de toute action illégitime dont il est l'auteur, et qui, en tant que phénomène, est suffisamment déterminée dans le passé, et, à cet égard, absolument nécessaire, qu'il aurait pu ne pas la commettre. Elle appartient, en effet, avec tous les phénomènes du passé, par lesquels elle est déterminée, à un certain phénomène unique de son caractère propre, qu'il se donne, et à raison duquel il s'attribue, comme à une cause indépendante de toute sensibilité, la causalité de la suite entière des phénomènes temporels » [Crit. d. l. R.pr., livre P% ch. m).

L'unité du sujet, noumène d'une part, phénomène de l'autre, dans l'exécution d'un même acte, exige, pour être concevable, que nous considérions un moment unique : celui où la liberté du sujet, déterminant le fait constitutif de son caractère, produit en un seul acte toute la série des apparences, successivement déterminables les unes par les autres, qui composent son existence phénoménale insérée dans le cours général des phénomènes. Ce moment est celui oîi Schopenhauer place simultanément l'origine des idées, celle des espèces et des caractères de tous les êtres, avec la production de ce monde phénoménal dans lequel doivent se produire les prestiges de la causalité et de la matière, créés par l'erreur de la Volonté (XLIII). Il nous semble que Kant, quel que soit le sens, grammaticalement équivoque, de trois tnoU de la dernière phrase que nous venons de citer * , présente

' Ces trois mots : dus sie bestimmt, que nous traduisons, suivant en cela Barni et la traduction latine de Bœrne : par lesquels elle est dé-

L'IDÉE m-: DIEU SEU^N KANT 289

à son lecteur une hypothèse analogue, ou qui, en tous cas, 1 oblige à concevoir la prédétermination universelle des actes humains, celle du cours entier du monde temporel en ce ({ui les concerne, comme renfermée en un seul inslant : l'instant, sans doute, de Torigine des choses. Mais im'e conception du monde nouménal, prise en sa généralité, pouvait dévier et permettre des points de vue d'un genre tout ditTérent, selon l'esprit qui animerait des disciples. Par le lait, et sans le vouloir, Kant a ouvert en métaphysique une carrière nouvelle aux systèmes d'émanation.

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