LES POSTULATS. LES IDEES DE LA RAISON
penser} comme un être donc d'entendement, avec des sentiments de plaisir et de déplaisir, avec le désir et la volonté por conséquent ' ». La vérité, dont Fétymologie du mot devrait imposer l'aveu, c'est que l'idée de Dieu est le plus nettement anthropomorphiqiie , quand elle prend les qualités caractéristiques de l'esprit humain pour les élever à la perfection. L'idée de Dieu donnée dans le postulat Kantien est ouvertement anthropomorphique en ce sens, et la création y est admise aussi; sans discussion métaphysique, en termes généraux. Mais, dans &adia/pctique transcendantale, Kant explique qu'en admettant cette « idée fondamentale d'un auteur suprême, // n'admet pas l'existence et la connaissance d'un tel être, mais de son idée seulement, et que, en réalité. // ne dérive rien de cet être, mais seulement de son idée, c'est-à-dire de la nature des choses du monde selon cette idée ».
Aux questions de nécessité de nature et à'infinit('\ à juste titre écartées du postulat, se rapporte une deuxième idée de Dieu, qu'on trouve approuvée dans la Critiqne de la Raison pio^e, et acceptée, toujours sans garantie d'une connaissance de théorie qui s'y adapte réellement, et néanmoins en une qualité qui manquait au postulat de la divinité : la qualité d'idéal de la Raison pure. Il s'agit d'un « idéal sans défaut qui termine et couronne, dit Kant, la connaissance humaine: La réalité objective de ce concept ne peut pas être prouvée, mais ne peut pas non plus être réfutée. 11 a son origine dans la tkéolor/ie transcendantale ; il ne serait en cela que problématique encore, mais il s'emploie à déterminer le concept de la théologie morale ».
Les prédicats transcendantaux de l'Être suprême, dans ce concept, sont : « la nécessité, l'infinité, l'unité.
' Critique (le la Raison jutre, appendice à la Dialectique Iranscemlanlale, sub fin.
294 T. \ l'IlILOSOl'lllR CRITIQUE
rexisLence hors du monde (non comme àme du monde), réternilé sans les conditions du temps, l'omniprésenec sans les conditions de l'espace, ia toutepuissance, etc. ». Cette définition de Dieu est la conclusion donnée par Kant à toute la suite des sections de son grand ouvrage qui sont consacrées à la démonstration de Fillogicité radicale des preuves ontologique, cosmologigue et plujaïco-lhéologique de l'existence de Dieu, et à la critique de toute théologie fondée sur les principes spéculatifs de la raison.; elle rétablit donc les thèses mômes qui viennent d'être réfutées, tout en rejetant les preuves que l'École en prétendait donner ; et elle nous les présente comme bonnes pour déterminer le concept trop vague de la théologie morcde (celui du postulat delà Raison pratique). Mais alors on ne voit plus ce qui manquerait à ces preuves elles-mêmes, pour opérer la conviction d'un philosoplie qui ne se ferait pas l'esclave des purs principes spéculatifs, mais qui mettrait sa confiance dans la raison pratique. Et ce philosophe n'est-il pas Kant ?
•La réalité objective de ce concept ne peut être ni prouvée, ni réfutée, dit Kant. Prouvée, assurément, elle ne le saurait; la Critique de la Raison pure s'inscrit irréprochablement contre les prétentions démonstratives. Mais réfutée, pour avoir le droit de soutenir qu'elle ne l'est pas, il faudrait que Kunl eût montré lui-même que l'idée de l'éternité est intelligible sans son rapport avec celle du temps; l'idée de l'omniprésence, hors des conditions de l'espace, et que la thèse de l'infinité n'est pas l'union contradictoire de l'idée d'un assemblage sans terme avec l'idée du môme assemblage terminé ; il faudrait qu'il eût montré cela, ou enseigné clairement que le principe de contradiction n'est pas le régulateur légitime de nos idées, et que la contradiction intrinsèque de notre pensée, partout ailleurs