DÉFINITIONS
La révolution cartésienne de la philosopliie se composait de deux parties tout à fait.did'érenles, et qui pouvaient devenir opposées en s'élondant : l'une était la réforme de la méthode; elle exigeait la répudiation du réalisme scolastique des universaux et des formes substantielles, sauf à reconnaître seulement deux sujetsgénéKiux de propriétés en correspondance mutuelle constante, mais irréductibles mutuellement. L'autre était l'application d'une méthode nouvelle à la reconstruction de la doctrine théologique sur des fondements rationnels. Il ne s'agissait pas de toucher à des mystères qu'on tenait à la fois pour révélés et pour incompréhensibles, mais d'éclaircir les principes d'origine spéculative concernant Dieu et la création. L'école cartésienne avait reçu, malgré ce qu'elle conservait du réalisme des substances, une direction idéaliste, dont la source était la définition de la Pensée comme origine et condition de toute perception, tant objective que subjective. Un litige s'y trouvait ouvert, pour les disciples, sur le pro-
" Il
304 LE MATÉRlALlSiME ET LATHÉISME
blême de la « communication des substances » et de la nature des causes (XXVI-XXVII).
La philosophie criticisle naquit, avec Kant, dans la ligne même de la spéculation synthétique, après que l'école critique empirisle, en Angleterre, eut soumis la notion de substance à l'analyse, découvert pour l'idéalisme un terrain nouveau, dans l'étude de la sensation qu'on regarde ordinairement comme le fait même par lequel se constate la réalité externe, et alTaibli, dune autre part, la valeur des arguments par lesquels t'apriorisme se Halle de donner aux objels des idées générales la certitude des vérités positives obtenues pai' les méthodes analytiques. Kant formula la distinction nette des jugements analytiques et d(* ceux qui affirment des synthèses d'idées, soit d'après l'expérience, soit en vertu d'un acte intellectuel dépendant de la constitution de Tentendcment, et n'admettent pas de démonstrations fondées sur le principe de contradiction ; mais ni cette belle théorie, ni celle de l'espace, forme de l'intuition objective, qui présentait l'idéalisme sous un jour tout nouveau, ne lui ouvrirent le chemin d'une doctrine de la nature ; il ne découvrit pas la notion logique de l'être, qui permet de nier les substances en donnant les lois pour lien aux phénomènes ; il ne reconnut pas l'autorité du principe de contradiction pour exclure de tout sujet réel les qualités contradictoires ; il essaya de remplacer les abstractions Iramceiidantes de la vieille métaphysique pjir d'autres abstractions appelées Iranscendanlales ; et ce réalisme, cet absolutisme nouveau ne pouvaient pas ruiner, au fond, le panthéisme théologique, encore moins faciliter à la théologie l'admission d'un anthropomorphisme rationnel .
Dans Fintervalle de l'œuvre de Descartes à l'œuvre de Kant, un grave changement s'était fait dans les es-