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APERÇU HISTORIQUE DES IDÉES DE DIEU ET DE MATIÈRE

coure à un autre genre d'application de la méthode réaliste, et prenne, au lieu à'iine matière et de ses forces inhérentes, une idée, ou symbolique ou abstraite, celle qui lui semblera propre à fournir un système intellectuel de déduction des phénomènes.

L'histoire de la philosophie ne présente que ces alternatives pour répondre à la question de l'origine des choses. Il y a seulement des subdivisions, telles, par exemple, que le matérialisme, ou panthéisme de la matière vivante, capable de se transformer et d'évoluer par elle-même, système qui a trouvé sa plus haute expression dans le stoïcisme et dans les doctrines de l'Ame du monde, et, d'un autre côté, l'atomisme créé par Dômocrite et popularisé par Epicure. Tous deux admettent, quoique dilleremment, l'éternité des phénomènes, et tous deux le déterminisme universel (en ne tenant pas compte de l'expédient de la physique d'Epicure pour se sauver de l'étreinte du destin), parce que le déterminisme est l'unique mode intelligible de satisfaire à la loi de causalité et de régir les successions de phénomènes, quand on ne dispose pas d'un principe d'activité volontaire pour expliquer les commencements, les variations et les initiatives. Or l'atomisme épicurien n'a accordé ni intelligence, ni appétit ou volonté à l'atome.

Le réalisme intellectualiste ne s'est pas montré beaucoup moins éloigné, en général, que le réalisme matérialiste de chercher le fondement du réel dans la personnalité, quoique par la nature de son principe il semblât se rapprocher de la conscience. Mais c'est que, pour réaliser ce principe et en faire celui de l'univers, il a dû lui donner le caractère de substance universelle, ou. de cause immanente, et la personnalité a été, pour ainsi dire, absorbée en même temps que l'individualité, par cette méthode.

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Le panthéisme, — ou la doctrine vague, en ce qui touche ridée de Dieu, à hiquelle on donne volontiers ce nom, — a été pour les systèmes procédant du réalisme intelleclualisie ce qu'est le matérialisme pour ceux dont le principe est ou la substance universelle vivante, ou le sujet abstrait des propriétés mécaniques. La personnalité s'y est trouvée bannie, en p/inripc, de l'idée de Dieu, parce que celte idée s'est confondue avec celle d'une hypostase prise pour support el pour unité du développement inlini des phénomènes; et la personnalité n'a pu entrer, eti principe^ dans l'idée de l'homme, dont les modes de vie et de pensée, rapportés à l'universel immanent, ne s'assemblent, à ce point de vue, que transitoirement, pour constituer l'individu empirique qui a sa conscience tempoiaire pour borne.

Ce panthéisme serait mieux nommé athéisme: l'universalisation y fait disparaître son objet en refusant, après l'avoir constitué en qualité de tout, de lui garder l'individualité nécessaire à l'existence. Ce vice de la synthèse divine était corrigé ou atténué dans les doctrines antiques, dont les auteurs restituaient de manière ou d'autre une divinité définie aux idées générales qu'ils réalisaient; il l'est encore chez les grands mystiques, à cause du puissant subjectivisme de leur idée de Dieu, autant que possible uni à leur propre personne; et il l'est même chez Spinoza, malgré l'intellectualisme de sa méthode, parce que les grands attributs de la Substance, unis et indivisibles en elle, constituent une unité à laquelle il se rapporte lui-même comme à son objet hors de lui, tout en la disant le sujet universel dont son àme n'est qu'un mode d'être infinitésimal; et cette contradiction rétablit pour la conscience du philosophe un dieu qui, envisagé métaphysiquement, se présentait comme une abstraction. Mais les systèmes d'évolution d'une substance, d'une force ou d'une idée,

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qui ne se prêtent pas à ce retour de la conscience sur elle-même pour retrouver le dieu que la spéculation sur l'universel fait évanouir, ceux-là sont réellement athées, même en faisant un emploi nominal de la divinité.

Les disciples de Locke, que la réaction contre l'intolérance ecclésiastique et l'iioslililé contre le dogme, jjoussèreiit les premiers à joindre, à peu près ouvertement, à la libre-pensée la profession d'atliéisme, se guidaient sur des maximes dont Berkelev nons a donné,

dans son A/cip/trofK des aperçus qui nous expliquent comment il a pu croire qu'il lui serait possible de rendre au théisme chrétien son ancienne autorité en réfutant comme il faisait le matérialisme. Le réalisme vulgaire de la matière sensible, utilisé pour représenter un siège suffisant des i)hénomènes mentais, était bien réellement, avec le déterminisme, tout le fondement que les amateurs philosophes de ce temps et leurs maîtres plus sérieux, tels qu'Antbony Collins, donnaient à la négation. Ces derniers dirigeaient contre les doctrines reçues dans ri^]glise, et contre les démonstrations des défenseurs de la « religion naturelle », des arguments qui étaient certes bien loin de reposer sur des prémisses mieux éclaircies que les prémisses des thèses adverses. Les analyses psychologiques nouvelles s'appuyaient sur des vues empiriques non justifiées. Mais Berkeley avait le tort de faire un seul bloc des intérêts dont il prenait la défense, et de compter sur la ruine de la substance matérielle pour sauver la théologie. Ce fut ce qu'il ne répudia pas de la théologie, qui lui devint un obstacle pour délinir en philosophe les idées de l'esprit, de la personnalité et de la cause première (XXX). Son succès fut tout dans la métbode; il apprit aux psychologues • à remplacer leur constant sujet d'investigations, le sujet sensible hypothétique, par les phénomènes de la perception : les impressions et les idées, comme devait les.

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nommer Hume, en cela son disciple. Il préserva du matérialisme dogmatique l'école empirique, dont le principe de lassocialion des idées allait diriger les travaux et maintenir, au moins le plus souvent, les recherches dans les termes d'une étude de l'esprit.

Il est vrai qu'il a régné dans cette école ime obscucurité persistante sur ce qu'il fallait entendre par le sujet lui-même d'une telle étude. On n'y est pas tixé sur ia nature de la pensée, ni disposé à reconnaître /a conscipncp (et non la cause de la conselencf) pour le principe même des phénomènes mentais, la condition de toute représentation, la loi roiidamentale de l'existence, dont la personnalité est la plus haute expression. Tn substantialisme confus s'oppose à racceplation de la loi comme Tunique objet de la connaissance, laquelle ne porte jamais que sur des relations; et naturellement, c'est au profit de la matière, au sens le plus confus et le plus commun du mot, que se soutient cet obscur réalisme d(î la substance. Le pliénoménisme psychologi([ue verse dans la physiologie, c'est-à-dire la philosophie dans une science subordonnée; car les pliysiologistes peuvent supposer méthodiquement une pure matière empirique des corps organisés, comme les géomètres le sujet géométrique de l'étendue et du mouvement. Les psychologues ne le peuvent pas.

Le matérialisme avait fait son apparition presque en même temps que la méthode de Descaries, en Hollande, et comme une tentative, mais vicieuse, de réduire à Funité les deux substances en Ire lesquelles cette méthode partageait tous les modes de la connaisssance. La tendance unitaire inverse, profondément logique, en vertu du principe du Cogito^ était celle d'où procéda l'idéalisme, et ce fut aussi celle qui prévalut chez Malebranche ; mais Spinoza et Régis n'y obéirent pas, et le physiologiste Pierre Leroy, l'un des premiers disciples hollandais

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de Descartes, lui devint infidèle en remarquant qu^on pouvait faire légitimement passer tous les modes sous la matière, sujet unique, dès qu'on lui donne le titre de substance. A la même époque, Hobbes posait d'emblée la matière et le mouvement comme la réalité par excellence, en opposition avec les phantasmata i[Q?> sens. Les phantasmatade ce philosophe étaient toutefois une intéressante ouverture à l'idéalisme dans la voie d'un sensationisme radical (XXX).

Le matérialisme était donc assez répandu avant que Locke présentât l'hypothèse de la matière pensante. Après que Berkeley et Hume eurent par leurs analyses, ôté tout int(îrét à cette tentative qu'on pouvait dire antiméthodique, l'idéalisme équivalant pour l'opinion commune (et dans celle de Hume lui-même) à l'aveu forcé du scepticisme, priverait les deux partis à la fois de leurs armes réputées les meilleures. Et en effet, le doute philosophique avait souvent servi, depuis le siècle de la Renaissance, à défendre les mystères inintelligibles contre les attaques de la raison, par cet habile sophisme : que nos croyances les plus naturelles se trouvent ne pas renfermer de moindres incompréhensibililés, quand on entreprend d'en creuser le sujet profondément (XXV). Mais alors la polémique se transporta sur un terrain positif. La considération du fait universel, la Nature, empirique, non métaphysique, dont l'existence ne se peut écarter, remplaça les notions abstraites de substance ou matérielle ou spirituelle, comme sujet direct de comparaison avec les idées de Dieu et de création. Le problème de la théodicée fut en quelque sorte transposé par Hume, et soumis à l'analyse sous la forme d'une critique de la religion naturelle.

Les observations et les raisonnements sur ce que doit être un ordre des fins se présentent au premier plan, à ce point de vue. Ce ne serait pas une raison pour né-

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gliger les éléments de spéculation que la métaphysique et la psychologie attachent nécessairement à la question, parce que le jugement sur le hien et le mal dans le monde ne saurait être séparé des hypothèses sur le bien et le mal à lorigine des choses et sur hi fin dernière où tendent les phénomènes. Mais les libres-penseurs du xvnf siècle, passionnés pour leur objet principal, la lutte contre la religion d'intolérance qui prétend soumettre et gouverner l'esprit, écartèrent systématiquement les vues profondes qui les auraient conduits sur le terrain de l'adversaire, et forcés d'en reconnaître la {)arlie forte. Révoltés par l'absurdité et par l'iniquité des dogmes quel'Eglîse enseigne, et qu'elle impose aux croyances chrétiennes, en ce qui touche le problème du mal. ils n'enlreprirent ni une exégèse sérieuse de la théologie et de ses origines, ni une étude de ceux des points de doctrine el de tradition qui seraient conciliables avec la raison. Ils ne réussirent ainsi qu'à affaiblir, si ce n'est à ruiner tout à fait les sentiments théistes chez leurs disciples et dans la partie éclairée du peuple, tandis que l'autorité de la déraison, dont le clergé est investi, s'exerce autant que jamais sur la multitude ignorante, et paraît inébranlable. •

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