‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 117 sur 148 · L'IIYPOTHÈSE DU PROGRÈS DE LA NATURE · texte numérisé non relu

L'IIYPOTHÈSE DU PROGRÈS DE LA NATURE

duction naturelle aux spéculations évolutionistes sur le passé et sur l'avenir. Sur le passé, Leibniz n'aurait pu lui-même s'y livrer sans mettre en danger sa thèse officiellede la création, car il est manifeste que la doctrine infmitiste engage le philosophe à faire remonter à l'inlini l'origine des phénomènes. Quant à l'avenir, il avait plus de liberté. 11 a pu émettre des idées du plus haut intérêt, dont sa monadologie lui fournissait la matière, sur les progrès de l'être en organisation. Il a établi la doctrine de l'union indissoluble des monades-âmes avec des corps organiques, et celle de l'indestructibiliié d'une telle union, destinée à traverser l'infinie durée en prenant des foinies successives. Elles ne se produisent point par des métensomatoses des âmes, mais par la voie des développements et enveloppements de semences, qui sont la vie et la mort des animaux, tous impérissables au fond à travers leurs métamorphoses. « Je croirais, dit Leibniz, que lésâmes qui seront un jour âmes humaines, comme celles des autres espèces, ont été dans les semences, et dans les ancêtres jusqu'à Adam, et ont existé, i)ar conséquent, depuis le conimencemenl des choses, toujours dans une manière de corps organique. » H n'est pas trop hardi de prendre en ce passage une perspective des vues réelles que Leibniz pouvait avoir sur un progrès naturel des espèces depuis les animaux, même inférieurs, jusqu'à l'animal de^raison; car il recourt à une sorte de miracle divin, qu il nomme une transcréation, pour expliquer r élévation cVune ibne sensitive au déoré dame raisonnable, à l'aide d'une opération particulière, immédiate, au moment de la génération de chacun des descendants d'Adam. 11 dit bien qu'il a de la peine à concevoir mw moyen nalurel d'élever ainsi une âme, mais il se garde d'affirmer qu'il n'en saurait exister aucun. Observons en outre que l'hypothèse de la Iranscréation oblige à

Renouviek. — Problèmes raétapliys. 23

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regarder le péché d'Adam comme lui ayant été absolument piopre en tant qu'être raisonnabfe, et non transmissible [Théodicée, g 91).

Leibniz se représentait les composés organiques de monades qui constituent les semences des grands animaux, comme les corps mêmes de ces animaux sur une échelle moindre, et par là insensibles. Celte hypothèse de la préformation organique, adoptée pai- llaller et d'autres physiologistes, a été postérieurement démentie, Tobservation ayant constaté la formation des organes par voie de diiïérenciations successives. Mais ceci est d'un intérêt secondaire pour la métaphysique. La préexistence des germes, quelle que soit leur forme à l'état insensible, et la loi de finalité dans les phénomènes embryogéniques sont les points essentiels, et auraient sufli. sans l'hypothèse de ïemboitemenL pour servir de fondement aux spéculations religieuses de palingénésie philosophique du naturaliste Charles Bonnet, disciple de Leibniz.

On peut dire en somme que Leibniz, si l'on écarte les restrictions ou les voiles dont Forthodoxie théologique le força d'entourer ses pensées, fut l'initiateur de Fesprit évolutioniste qui s'étendit après lui, et qui se découvre chez Kant, nous l'avons vu, entre Finhnitisme, quoique inavoué, et l'inconditionné (XLI) . Benoît de Maillet, auteur d'une hypothèse de descendance de Fhomme des animaux marins, Robinet, qui se proposait de montrer la gradation naturelle des êtres en un progrès continu de l'organisation partant du minéral : —

Essais de la nature qui apprend à former r homme,

ne sont pas de grands philosophes, mais des idées semblables aux leurs fermentaienl dans les esprits pendant tout le cours du xvni« siècle, et le commencement du xix*' vit paraître la Philosophie zoologique de Lamarck, premier système scientifique de Vorigine des espèces.

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