‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 12 sur 148 · DOCTRINE D'EMPÉDOCLE · texte numérisé non relu

DOCTRINE D'EMPÉDOCLE

très des qualités de la matière. Trois d'entre eux avaient tenu l'emploi de commun sujet des qualités, et le quatrième, la terre, l'occupait dans le système du monde phénoménal de Parménide. Empédocle les posa tous les quatre comme inengendrés à aussi bon titre que l'Etre des éléates, invariables dans leurs qualités respectives, et impérissables. L'explication des phénomènes devait dès lors être cherchée dans leur union ou leur séparation, sans aucun transformisme. Il n'était pas non plus question de la demander à la division de la matière et à ses propriétés mécaniques, comme le faisait Démocrite au même moment, ce qui eût été revenir au point de vue de l'unité. Empédocle avait besoin d'un principe moteur dont les corps, tels qu'il les concevait, ne pouvaient, ni ensemble, ni séparément, lui paraître les sièges. 11 rompit complètement, à cet égard, avec la tradition ionienne, il s'attacha au dualisme pythagoricien en appliquant la méthode réaliste à deux concepts opposés entre eux, mais d'un genre tout nouveau, et composa une doctrine d'évolution qui présente une grande ressemblance de forme avec celle d'Heraclite, mais qui en diffère profondément par la fin qu'elle vise, et par l'esprit dans lequel elle est conçue. Au lieu du Nombre et de l'Infini, principes abstraits d'une cosmogonie unique, Empédocle donna la direction d'une évolution périodique à deux notions du genre passionnel réalisées : l'Amour et la Haine; et, au lieu de la dissolution universelle pour terme de la môme action qui a tout produit, il conçut son Sphairos comme la fin de la lutte des deux agents cosmiques, et comme une ère de paix et de bonheur pour les êtres.

L'analogie n'est que superficielle, — sauf le principe de l'évolution commun des deux parts, — entre la conception d'Heraclite, Zeus-Polémos, qui est à la fois la paix et la guerre dans l'écoulement des phénomènes,

€t la dualité, Neikos-Ph ilotes, imaginée par Empédocle pour l'explication de deux phases de la vie du monde, inverses Tune de lautre. Heraclite n'admet qu\m mouvement : l'opposition et Faccord y sont des elïets constants et concomitants, desquels ressort Tharmonie qui mène finalement les choses à une involulion, origine d'un renouveHement général. Pour Elmpédocle, l'étal du monde que gouvernent la Haine et TAmour s«' divise en deux périodes dont les mouvements sont de sens inverse ; l'Amour règne seul au commencement, et il se fait un passage graduel de l'Amour à la Haine : c'est la chute de l'être; puis il s'opère un retour progressif de l'Amour dans les phénomènes. Le monde est ramené à son état originaire en l'état d'union parfaite des éléments. Cet état initial est le Sphairos où la perfection de l'ôtrc s'obtient par l'abolition de l'individualité. Ainsi, tandis qu'Heraclite se représentait le monde comme toujours opposé à lui-même et déchiré, n'arrivant à sa fin que dans sa ruine totale, Empédocle distribuait la vie proprement dite, celle de l'être individualisé, en deux phases, l'une de descente et l'autre d'ascension, séparées par un temps de division et d'entière anarchie des éléments qui n'était point la grande fm du Cosmos, mais son contraire. Le bien et le mal mêlés se partageaient l'ère du temps ; la vie actuelle était le résultat de la chute du Sphairos. Le Sphairos de Parménide, inventeur de ce terme, était l'être unique, éternel, immuable, par rapport auquel le monde de la vie ne serait qu'un système de formes illusoires (HI]. Le Sphairos devenait, chez Empédocle, un idéal pour les vivants, et restituait la réalité à Tordre phénoménal considéré comme le double mouvement de composition et de décomposition d'un ordre absolu qui en est le terme. Mais cet idéal est une conception supérieure ii la vie.

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