DOCTRINE D'EMPÉDOCLE
Les dieux et les hommes naissent, suivant Empédocle, à chaque descente du Sphairos dans l'existence. L'anthropomorphisme n'entre pas dans le principe du monde. La conscience est un produit, un phénomène physique, variable selon les mélanges des éléments dont elle est faite. Les actions, dirigées par l'Amour ou par la Haine, ces concepts de la passion réalisés, et placés dans la dépendance des combinaisons des éléments, n'emportent aucune idée d'obligation. La nécessité les domine. L'évolution tout entière, son ensemble et son renouvellemenfont pour unique justification cette nécessité, VAnankè, dont Empédocle qualifie en termes poétiques l'existence comme l'elfet d'un vaste et antique serment. Malgré le caractère en partie physique, en partie mystique, de son système du monde il envisage la descente de l'être du Sphairos sous l'aspect d'une déchéance morale. L'idée du péché commis par les êtres intelligents produits de la nature sous Finfluence de la Haine s'attache pour lui à la division de l'être et à la constitution des individualités.
La doctrine des transmigrations, embrassée par Empédocle, et les pratiques religieuses d'abstinence et de purification, emprunt probable aux pythagorisme, n'ont aucun rapport que nous découvrions avec la physique des éléments, avec le système de l'évolution. De même l'emploi des noms divins de la mythologie hellénique, la divinité attribuée au Sphairos peuvent n'avoir qu'une valeur exotérique, ou toute verbale. Dans la philosophie propre d'Empédocle, le point hautement intéressant, après la théorie de la perfection initiale de l'être et de sa déchéance, est la tentative métaphysique de séparer de la matière le principe actif des phénomènes. Ce principe dualiste est pris dans la passion, dans l'esprit, par conséquent, encore que ce ne soit pas dans l'intelligence; et la fin des phé-
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nomènes est assignée dans le bien, qui est lamour. Nous allons voir Anaxagore entreprendre la réforme du physicisme, au profit du principe intellectuel, cette fois, et avec plus de succès, avec un sentiment tout nouveau de la causalité, non plus comme mode de liaison passive des phénomènes, mais comme pensée motrice et distributrice des éléments à mettre en ordre.
Étranger au pythagorisme et à Téléatisme, attaché à celle des branches antiques de la doctrine ionienne qui avait manqué de disciples, celle de Tinfinité des éléments qualitatifs du sujet matériel, mais ne concevant pas, sans doute, que leur ensemble pût posséder le pouvoir de les ordonner par lui-môme, comme Anaximandre lavait supposé (V), Anaxagore ne fut pas moins frappé de Finsuffisance des propriétés de tel ou tel de ces éléments, choisi parmi les autres, ou de certains groupements et de certaines transformations, pour rendre compte de l'ordre introduit dans les assemblages, tant qu'on ne mettait pas quelque part la connaissance de l'œuvre à faire et le don d'imprimer le mouvement. Il attribua cette double faculté au Noiis, Le Noih, intelligence pure et très subtile, sait tout, disait-il, et dispose tout : les choses qui sont et celles qui doivent être. 11 ne paraît cependant pas que Tintelligence impliquât la conscience et la volonté delibé rative, dans ce concept d' Anaxagore, ni que l'évolution qui, suivant lui, conduisait progressivement le monde de l'état chaotique à un état de plus en plus organisé, différât à ses yeux d'une suite d'actes mécaniques. L'œuvre n'était donc pas à proprement parler celle d'un démiurge, ni l'auteur quelque chose de plus qu'une entité : l'idée de Fintelligence réalisée. La raison cessait d'être, il est vrai, l'attribut du sujet matériel lui-