‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 132 sur 148 · DE L'ABOUTISSEMENT DES ESPRITS A L'ÉCLECTISME · texte numérisé non relu

DE L'ABOUTISSEMENT DES ESPRITS A L'ÉCLECTISME

grande matière pour les historiens de la philosophie, mais dont les interprétations sont disculées, et dont les adhérents ne montrent ni fixité ni rigueur pour la définition des premiers principes. L'une de ces causes s'est rencontrée dans le mérite éminent même, et dans rexlrème élévalion de certaines vues sur l'infinitisme divin (quoique irrationnel en lui-même), et sur l'ordre universel de création et de conservation du monde. En rajeunissant le fond panlhéistc de la théologie, ces théories pouvaient donner une forme et une vie nouvelle aux anciennes hérésies, et rendre plus difficile le maintien des superstitions et de toutes les parlies de bas anthropomorphisme dont l'Eglise ne croit pas que l'abandon fût avantageux, pour elle. Jamais l'Église, en son enseignement, n'a autorisé de la méthode cartésienne autre chose que certaines généralités, avec ceux des articles opposés à la scolastique qui ne contenaient pas de mehaces d'amendements pour ses dogmes. 11 est résulté de là que l'Église n'a rien fait pour favoriser la consécration de la grande philosophie théiste du xvu*' siècle, loin de là, et qu'affaiblie elle-même, en ce qui touche les théories, par la chute de la scolastique, nous la voyons chercher aujourd'hui à laquelle des doctrines du moyen âge il lui serait utile de se reprendre pour le soutien de l'orthodoxie théologique.

L'autre cause, inverse de la première, est, à la suite du mouvement anticatholique du xvni*' siècle, la réaction contre des systèmes philosophiques que les nouveaux philosophes regardaient comme liés aux dogmes de l'Église, et que leurs auteurs y avaient en effet plus ou moins volontairement ajustés, bien au delà de ce que les principes communs du théisme auraient exigé. D'ailleurs cette réaction, dans sa forme générale, était l'empirisme, qui, en France, où la psychologie anglaise ne pénétra pas, ne produisit d'abord aucune œuvre ori-

ginale, et s'employa tout entière à déprécier et à ridiculiser u les systèmes » quels qu'ils fussent. L esprit public sV^loigna donc de la métapliysique et, en grande partie, de ce qu'on avait compris sous le nom de philosophie, dans le siècle précédent. C'est par le sentiment, ou par des raisonnements qui ne tenaient pas a des prémisses rationnelles bien arrêtées, que Rousseau, Voltaire, Diderot (XL-XLI) exercèrent sur leurs contemporains cette influence qui fit croire que ia philosophie entrait pour la première fois dans le monde, et allait le conduire à la vérité et à la vertu. Après Gondillac, la méthode empiriste parut un moment s'être constituée dans Vidéologie pour résoudre, le plus souvent par la négation, les questions ordinaires des anciennes doctrines que l'on continuait a

traiter par le mépris.

Quand vint la réaction religieuse, antirévolutionnaire, on n'osa réhabiliter que jusqu'à un certain point les systèmes, ou seulement les principes aprioriques sur lesquels ils étaient fondés. On les affaiblit, ou on les mutila. Mais il se trouva surtout qu'on ne les comprenait plus. Maine de Biran passa pour avoir découvert Leibniz, qu'il regardait comme le théoricien de l'activité par excellence, et dont l'hypothèse de l'harmonie préétablie lui semblait inintelligible ! Cousm voulait qu'on se rattachât à Descartes, autant que le danger des principes le permettrait ; mais les idées capitales du cartésianisme sur l'esprit, la matière et la causalité devaient alors être laissées de côté î Cousin pensait aussi que le scepticisme était le fond de la Crittqtie de la Raison pure. Il propagea les idées panthéistes et déterministes de Schelling et de Hegel, sans les approfondir, et put ensuite les désavouer. Ces idées, en tant que systématiques et construites, n'ont été qu'un objet de curiosité, en France, mais l'esprit hégélien du devenir

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