‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 133 sur 148 · DE L'ABOUTISSEMENT DES ESPRITS AU POSITIVISME · texte numérisé non relu

DE L'ABOUTISSEMENT DES ESPRITS AU POSITIVISME

universel et du fatalisme historique s'y est, sous leur influence, fortement établi.

En somme, l'éclectisme a été une conséquence forcée de ce double fait : que nulle vue générale a priori, de celles qui avaient présidé à la grande élaboration philosophique du xvii'' siècle, n'avait survécu, et non seulement ne s'imposait, mais môme n'était bien comprise, et que cependant on sentait la nécessité, en rejetant la méthode idéologique, rivée à l'empirisme et au sensationisme, de revenir aux anciens principes directeurs de la pensée philosophique. Mais il fallait les retrouver, les reconnaître, en entreprendre la critique. De cette situation sont nés très naturellement, et sur l'incitation même de Cousin, les travaux d'histoire de la philosophie qui seraient l'honneur de son école, si leurs auteurs avaient été plus capables de haute critique et avaient montré plus d'indépendance d'esprit. Le seul ouvrage de cette époque oii se rencontrent ces qualités réunies, l'admirable restitution de la doctrine d'Aristote par Félix Ravaisson ne se rattache d'aucune manière à l'éclectisme.

Nous savons comment le positivisme est sorti du discrédit où la métaphysique était tombée auprès des penseurs soit les plus sensibles à son incertitude, soit hostiles à la théologie, son alliée, à un moment où manquaient toute méthode générale à lui opposer, toute critique des idées, hormis la prévention pour leur origine emi)irique, toujours admise sur Tautorité de Locke et de Condillac, mais impuissante à fournir les moyens d' « organiser » la philosophie. L'éclectisme, contemporain du positivisme, naquit, au contraire de la réaction contre l'empirisme. Ainsi le désir de retrouver les hautes traditions philosophiques, et leur total abandon, avec la confiance de remplacer par une méthode plus sûre les méthodes qui n'avaient pu les soutenir,

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s'unirent pour susôiler ces deux essais de fondation d'une philosophie qui fut capable de prendre hi direction des idées générales. La rivalité parut un moment se dessiner simplement dans ces deux sens; mais, ni d'un coté ni de Fautre, on n'était à la liauleur de Fentreprisc. Toute une classe d'esprits restait en dehors, qui subissaient de vagues inlluences germaniques, ou celle de certaines branches de l'école Saint-Simonienne (dont le positivisme s'était détaché), et qui, tout gontïés de panthéisme, s'indignaient des timidités de l'éclectisme. Dans la méthode philosophique, d'intéressantes nouveautés, l'association isme (en relard de près d'un siècle pour la France) et, bientôt après, l'évolutionisme allaient venir et compliquer l'ancienne matière des débats. Il aurait fallu à une école aspirant à gouverner le mouvement des idées un fondement logique, des principes bien explorés, nettement formulés, auxquels l'examen de toute question du ressort de la philosophie pût être rapporté. La condition essentielle faisait défaut de tous cotés.

Elle manquait au positivisme par le fait niùme de sa pensée génératrice : constituer la pliilosophie par l'assemblage des sciences; car l'assemblage ne fait pas le système ; il faut à chaque science un fondement propre, et il faudrait pour leur réunion un fondement commun. Elles n'existent qu'à l'état divisé; chacune d'elles a ses données et ses postulats : les accepter sans examen serait renoncer à la reconnaissance de principes supérieurs qui les unissent en les justifiant ; en entreprendre la critique, c'est faire de la philosophie indépendamment des sciences, contrairement à ce qu'on proposait. Le positivisme est tombé dans Tillusion commune des négateurs de la métapliysique, qui ne sauraient en combattre les thèses qu'en leur en opposant d'autres. Il a été condillacien et matérialiste, sans se croire obligé

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