SOCRATE
sujet, c'est riiomme, seul objet possible à atteindre pour une étude immédiate. C'est, au fond, ce que les anciens (exprimaient en disant qu'il avait « ramené la philosophie du ciel sur la terre ». Ils voulaient peutêtre parler, sans métaphore, du ciel des astronomes dont il faut en effet laisser aux astronomes l'exploration et les théories ; mais l'autre ciel, on n'en peut rien découvrir qu'à travers la connaissance de l'homme Et la méthode, c'est proprement la logique, c'est l'analyse et la synthèse. Socrate en est l'inventeur, aux termes d Anstote marquant les places de ses prédécesseurs dans l'œuvre de la philosophie : « On ne se trompera pas, dit-il, en donnant en propre à Socrate le raisonnement inducfif et les définitions de l'universel, deux choses qui appartiennent au principe de la science ». Et ailleurs : « Socrate traita des choses morales, et ne s'occupa nullement de l'ensemble de la nature; mais, en morale, il chercha l'universel, et, le premier s'appliqua a donner des définitions. »
Quoique les vues de Socrate aient eu une direction exclusivement morale et politique, à raison de son but qu. était d amener la morale à l'état scientifique • sa' méthode n'a pu être qu'intellectualiste ; c'est pour c'ela qu 11 regarda la vertu comme une science, et les actions comme déterminées nécessairement par le savoir chez celui qui le possède, ainsi que nous en informe un témoignage précieux d'Aristote (X).
Rapprochons des importantes déclarations d'Aristote 1 enseignement qui nous est fourni par les dialogu de Platon sur la difficulté qu'il y avait pour les homm es plus intelligents de son temps à se retrouver dl les détours du raisonnement, et à distinguer ce qS pouvaient admettre et ce qu'ils devaient nier pour ne se point rencontrer en contradiction avec eu^mé Je au cours de la recherche d'une définition. Le"éf!u
d'habitude dans le maniement des termes classés selon leurs rapports de généralité était la cause de cet embarras. De là la marche lente et compliquée de Tanalyse employée pour mettre une idée générale en relation inductive ou déductive avec une autre idée générale ; et de là aussi les jeux d'esprit auxquels peut se plaire le dialecticien, et certains jeux de mots qu'on appelle des sophismes, qui n'ont de sérieux que l'apparence, le vice n'en apparaissant pas immédiatement. Une méthode nouvelle, la démonstration, remplaçait l'exposition pure et simple de la doctrine, autrefois supposée capable de porter avec elle toute sa lumière ; et il fallait, pour faire ressortir les raisons invoquées à son appui, tout un appareil qui cessa d'être nécessaire quand les esprits se furent familiarisés avec les rapports logiques des idées.
Les philosophes antérieurs ignoraient les universaux, en ce sens qu'ils ne faisaient de syllogismes qu'implicitement. Leurs créations réalistes étaient des universaux, sans être des termes de relation. Platon lui-môme, quand il définit les Idées, les posa comme des êtres en soi, tout comme Empédocle avait posé Philotès et Neikos. Socrate avait analysé des faits de conscience, Platon voulut que ce fussent des essences, comme les Nombi'es de Pythagore.
« Socrate, dit Aristote, ne posait pas les universaux et les définitions comme des existences séparées, mais d'autres que lui les séparèrent et donnèrent à des êtres de cette sorte le nom d^ Idées, Ils furent ainsi amenés à admettre des Idées de tout ce qui est dit universellement. »