‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 26 sur 148 · ATISTOTE : LA THÉORIE DE L'AME · texte numérisé non relu

ATISTOTE : LA THÉORIE DE L'AME

obligé de la séparer des formes phénoménales de la vie. 11 y avait, à cet endroit, une fissure dans sa doctrine, et ses commentateurs se sont divisés sur la conclusion qu'il fallait en tirer.

Les quatre parties successives de l'âme, suivant l'ordre du progrès de l'organisation, se rapportent, dans la théorie d'Aristote, à la nutrition, à la sensibilité, à V intelligence (non pas encore spéculative, mais qui raisonne en vue d'un but) et à la locomotion. La locomotion dépend de l'intelligence et de l'appétit. L'intelligence est avant tout l'imagination; l'appétit comprend la volonté. Une âme appétitive vient ainsi, avec la puissance locomotrice, compléter la nature de l'âme. Chez l'animal rationnel, la volonté compare pour juger et opiner, s'élève au-dessus de l'appétit et peut le dominer. La description de l'âme, chez Platon, était grossière auprès d'une telle analyse, mais elle se prêtait par sa simplicité à la doctrine de Timmortalité, tandis que la méthode physiologique d'Aristote n'offrait pas la possibilité de cette séparation des âmes, ou parties de l'âme, qui semble nécessaire pour qu'il y ait survivance d'une âme consciente, alors que disparaissent tous les objets empiriques de la conscience.

Toutes les puissances de ce corps humain dont une âme est l'entéléchie sont données dans un sujet matériel ; la nutrition est une fonction physiologique ; la sensation est « une forme du sensible, un acte commun^ de l'objet senti et du sentiment » ; l'âme, par le moyen des sensations, « est les choses qui sont » : sorte de réalisme aussi éloigné que possible de la doctrine moderne des sensations, modes propres de l'âme. La mémoire est expliquée par les traces que la sensation laisse dans les organes. L'imagination est « un mouvement causé par l'acte de la sensation après qu'elle a cessé d'être présente », un effet laissé par l'objet sensible et qui se

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réveille plus ou moins exactement. Vintellect passif est la forme de ces formes ; il n'y a ni savoir, ni conception sans image ; Fintolligible et l'abstrait sont dans le sensible. Sans doute, affirmer ou nier n'est pas la même chose qu'imaginer, et il y a de l'initiative dans nos pensées, mais toujours avec des images. L'intelligence qui raisonne, qui peut déterminer le vouloir, gouverner ou surmonter la passion, ne laisse pas d'avoir le caractère pratique ; elle opère en vue d'un but, pour un changement possible en deux sens opposés : elle est toujours attachée à l'enléléchie du corps. Elle ne peut donc se séparer du monde sensible pour survivre à ce

corps,

L'inséparabilité de Fâme et de l'organisme, leurs

progrès liés dans la nature sont ainsi des points bien établis de la doctrine d'Aristotc. L'individu psychique est un sujet de sentiments et de pensées qui, en supposant la conscience, suppose les images et, par les images, leurs originaux externes. Mais les dons supérieurs de Vintellect, chez l'homme, introduisent pour le philosophe la question de l'indépendance de ces nouvelles facultés. Cette question est celle de la possibilité de l'immortalité de l'âme; elle se pose, encore que combattue par l'expérience de la liaison constante des pensées les plus pures avec les choses passagères et mortelles et avec leurs images; car il reste toujours que l'intellect passif n'épuise pas la puissance intellectuelle. Aristote admet donc un inieliect «c///, étranger aux sensations, à l'imagination, à la mémoire, séparé de toutes les choses de l'expérience. C'est une essence indestructible, indépendante du temps, identique à son objet, acte par soi, et immortel, éternel en sa séparation. En puissance seulement chez l'individu, qui tantôt pense et tantôt ne pense pas, reçoit des impressions et en garde la mémoire, l'intellect actif est en dehors de ce»

ARISTOTE : LTNTELLECT ACTIF 7S

propriétés, invariable, infaillible, ne jugeant que de ce qui est constant, et ne s'en séparant pas.

L'identité de l'intelligence et de l'intelligible, cette thèse qui fait, dans l'ordre spéculatif pur, le pendant de l'identité de la sensation et du sensible dans l'ordre de l'expérience, établit une inconcevable rupture (un hiatus pour la doctrine) entre la nature et la pensée parfaite. On n'aperçoit aucun lien de l'une à l'autre, aucune raison, aucun moyen de prêter l'existence à cette intelligence pure que la psychologie et l'histoire de l'homme ignorent également. D'un côté, le philosophe a commencé par méconnaître le champ de la conscience, qui est celui de toute connaissance, en identifiant les représentations sensibles avec les qualités du sujet matériel réalisé, et en enchaînant à ces qualités la mémoire, l'imagination, tous les phénomènes intellectuels qui se rapportent à l'expérience ; de l'autre, il transporte dans le domaine de l'abstraction, hors de la conscience pratique et de l'expérience possible, l'acte propre de l'intelligence. La première partie de la théorie fait plus qu'affirmer la thèse qu'on a prêtée communément à Aristote : Nihil est in intellectu quod prius non fiierit in sensu; elle la dépasse parce qu'elle pose le sensus comme identique dans l'objet externe et dans le sujet qui le perçoit, et Vintellect passif comme n'en offrant jamais que des /ormes. Dans la seconde partie, la mémoire, avec tout ce qui, dans la conscience, a rapport à l'expérience est bannie de Vintellect actif comme ne renfermant rien qui ne dépende du corps, et ne doive périr avec lui. A l'état séparé, ce dernier intellect est tout contemplatif et n'a pour objet que l'abstrait et l'universel.-11 est l'essence d'une âme qui s'ajoute, chez l'homme, à l'âme sentante, mais il n'est pas comme celle-ci un produit de la puissance du corps, et seul il est immortel. La personne est périssable comme le soiit

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tous ses objets empiriques. Ainsi la conscience n est point par elle-même un principe suffisant de dignité et d'existence durable aux yeux d'Aristote.

L'intellect actif ne venant point à l'homme par les voies du progrès de la nature corporelle, il lui faut une autre provenance. Aristote la trouve dans les corps célestes, dans la région élhérée, lieu des mouvements éternels et siège des êtres divins. C'est là qu est la source des formes, c'est de là aussi que descend le feu pur d'où procèdent toutes les semences de vie; mais, dans la région de la génération, nul individu ne possède rimmortalité comme être intelligent, non plus que comme être sensible. L'éternel seul est immortel. L'individualité est donc, comme la personnalité, exclue de l'idée qu'on doit se faire de l'intellect actif. L'intelligible étant essentiellement l'universel, l'identité de l'intelligent et de l'intelligible répugne à la division du sujet en plusieurs unités. L'immortalité de l'âme est l'immortalité d'une abstraction, un idéal proposé à l'individu, analogue à cette Pensée de la pensée, acte pur de l'intelligence pure qui est le dieu absolu d'Aristote, quand il est considéré dans l'universel.

Le monde d'Aristote est suspendu à ce principe divin, qui est sa cause finale. Son mouvement est éternel. Il est toujours possible de remonter du conséquent à l'antécédent dans l'ordre du temps; mais l'objet de Fattrait universel ne doit pas reculer à l'infini. Le premier moteur, en tant (jue fin, doit être un constant moteur immobile. On cherclie vainement, en cette théorie, comment le moteur immobile est la cause d'un mouvement local, la cause de la révolution circulaire, continue, uniforme d'une sphère de matière éthérée ; et d'où procède, chez un être divin, l'étrange passion de se contempler tournant éternellement, et ce qu'il y a, chez un premier moteur, un, absolu, sans grandeur,

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