‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 73 sur 148 · DESCARTES. LE LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

DESCARTES. LE LIBRE ARBITRE

tradiction irrémédiable ; c'est celle qui apparaît au simple point de vue de Thomme, dont les actes futurs pourraient être actuellement certains, comme prévus et voulus de Dieu, et à la fois indéterminés, comme n'excluant pas la possibilité de leurs contradictoires, puisqu'on les dit libres.

La notion du libre arbitre est elle-même faussée dans les définitions qu'en donne Descartes, et dont l'une cependant paraît avant toute explication, d'une incomparable clarté. Observons (et ceci constitue si l'on n'avait autre chose à considérer, une rare, une éclatante supériorité de vues sur la généralité des philosophes) que Descartes envisage la liberté dans son siège premier et radical, dans l'acte mental de la volonté qui décide en toute matière de jugement. La question du vrai et du faux n'est pas moins de son ressort que celle du bien et du mal, et du choix délibéré des motifs d'action; et elle est expressément posée sans limites : « Je l'expérimente si ample et si étendue qu'elle n'est renfermée dans aucunes bornes. Et ce qui me semble ici bien remarquable, est que, de toutes les autres choses qui sont en moi, il n'y en a aucune si parfaite et si grande que je ne reconnaisse qu'elle pourrait être encore plus grande et plus* parfaite. Car, par exemple, si je considère la faculté de Fenlendement qui est en moi, je trouve qu'elle est d'une fort petite étendue, et grandement limitée, et tout ensemble je me représente l'idée dune autre faculté beaucoup plus ample, et môme infinie, et de cela seul que je puis me représenter son idée, je connais sans difhculté qu'elle appartient à la nature de Dieu. En même façon si j'examine la mémoire, ■ ou l'imagination, ou quelque autre faculté qui soit en moi, je n'en trouve aucune qui ne soit très petite et bornée, et qui en Dieu ne soit immense et infinie. 11 n'y a que la volonté seule, ou la seule liberté du franc

arbitre, que j'expérimente en moi être si jurande que je ne conçois point Fidée d'aucune autre plus ample et plus étendue : en sorte que c'est elle principalement qui me lait connaître que je porte Fimage et la ressemblance de Dieu. Car encore qu'elle soit incomparablement pluà grande dans Dieu que dans moi, soit h raison de la connaissance et de la puissance qui se trouvent jointes avec elle, et qui la rendent plus ferme et plus efficace, soit à raison de Tobjet, d'autant qu'elle se porte et s'étend à infiniment plus de choses, elle ne me semble toutefois pas plus grande si je la considère formellement et précisément en elle-même.

« Car elle consiste en ce que nous pouvons faire une même chose, ou ne la faire pas [c esl-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir uue même chose)... » il semble qu'on pourrait arrêter là la définition et que Descartes entend par ces mots, nous pouvons : nous pouvons d'une possibilité réelle ; mais de suite il ajoute : « ou plutôt eiie consiste seulement en ce que, pour affirmer ou nier, poursuivre et fuir les choses que l'entendement nous propose, nous agissons de telle sorte que nous ne sentons point qu aucune force extérieure nous y contraigne ». Or l'absence de ce sentiment de contrainte est unanimement reconnue, les adversaires du libre arbitre ne sauraient ne pas l'accorder; mais ses partis^ms entendent de plus que la puissance des contraires, chez l'agent libre, est réelle, parce que cette puissance existe in re^ pour les phénomènes dépendant d'un acte libre, et que ces phénomènes, futurs pour notre pensée, mais futurs en une manière ambiguë, sont actuellement indéterminés. La question véritable est ainsi posée depuis Aristote, en dépit des efTorts faits en tout temps pour l'esquiver (X). Descartes, s'il eût admis des futurs imprédéterminés, des possibles réels, en fondement de la défmition du libre arbitre, aurait implicitement nié que

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