‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 9 sur 148 · LA THÉORIE MÉCANIQUÏ: DU MONDE · texte numérisé non relu

LA THÉORIE MÉCANIQUÏ: DU MONDE

réel et indispensable pour la réalité du mouvement. Le mouvement des atomes en divers sens amène les chocs, les impulsions et les enchaînements, desquels résultent, grâce à la variété des figures et des volumes, ces agglomérations plus ou moins fixes et durables qui sont les corps avec leurs propriétés. Les atomes et les corps qui en sont faits, seuls sujets réels, sans aucun rapport de nature avec les vrais objets corporels sensibles, leur sont assimilés, quoiqu'ils soient complètement imperceptibles, et ils ont la charge de produire la vraie matière empirique, celle de la sensation. Les corps émettent à cet effet des images réelles, c'est-àdire encore composées d'atomes, mais plus subtils, et ces images ont, comme il est dit plus haut, le don de devenir des images-idées, en leur rapport avec d'autres composés atomiques , dont la composition se prête à une telle transformation.

La physique de Démocrite est en elle-même d'un grand intérêt pour l'histoire de la philosophie et des sciences. Elle est la conception qui, la première, a donné du monde une représentation, exclusivement prise des propriétés universelles des corps, abstraction faite de leur essence et de tout ce qui en eux dépasse l'étendue figurée et le mouvement. La mécanique rationnelle et son application capitale, la mécanique céleste, ont été cela même pour les savants modernes, si nous ajoutons que, dans leur pensée, toutes les branches de la physique ont le même sujet au fond et dépendent des mêmes principes. Or, la doctrine de Démocrite avait déjà ce caractère, si ce n'est que, ne connaissant des lois de ce domaine que les traits les plus simples et les plus saillants, le philosophe ne pouvait expliquer les phénomènes que par des vues sommaires et vagues. L'hypothèse moléculaire, l'impulsion et ses effets observables les plus communs, les tourbillons,

Rexouviek. — Problèmes métaphyg. 3

les agglomérations de stabilité variable, la pesanteur, résultante empirique des mouvements régnants qui oui dii déterminer la grande agglomération terrestre, telles sont ces vues fondamentales ; elles ont suffi pouitransformer et pour réduire la forme d'un mécanisme la primitive et très dilTérente hypothèse d'Anaximandre sur la génération et la destruction des mondes, et sur leur dispersion dans l'espace sans bornes. Llnfmi, dérogeant au concept indéterminé qui était sa définition aux yeux des philosophes antérieurs, tant ioniens que pythagoriciens ou éléates, prit alors formellement le sens réaliste des espaces vides séparant des mondes sans fin, de même que séparant les atomes dans l'intérieur des corps ; et celte imagination est restée, depuis ce temps, le grand rémora pour les progrès de l'idéalisme.

Le principe de l'atomisme était complété, chez Démocrite, par la loi du déterminisme universel : loi sans commencement et sans exception du mouvement des atomes, causalité unique, dont la raison ne serait point à chercher. L'éternité des phénomènes du temps passé n'était, selon lui, que le fait de leur nécessité, fondée sur l'impossibilité de leur assigner un antécédent dans Tordre des conceptions empiriques. Les choses ont toujours été de même, disail-il. L'unité absolue du principe ne permettait cependant pas à Démocrite de supprimer le dualisme, qui lui-môme est une donnée irrécusable : à savoir, le rapport entre le fait de la vérité (qu'on croit savoir) du mjet de l'expérience (le vide et les atomes), et le fait (que l'on sait) de sa représentation comme objet, sous condition d'une conscience donnée. 11 faut expliquer le second par le premier : la conscience par une association d'atomes.

Le mystère s'éclaircit par une sorte d'identité impénétrable supposée entre l'image dans l'espace, où

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