‹ Histoire et systématisation générale de la biologieChapitre 10 sur 12 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

Remarque générale.

La plupart des procédés d’observation ayant acquis aujourd’hui un remaïquable développement, j’ai pensé que, outre les observations théoriques contenues dans la première partie, je devais également les compléter par des documents historiques particuliers, dans le but de régler convenablement leur emploi. Chacun tient en grande faveur l’observation directe, l’expérimentation , la comparaison ; mais l’usage irrégulier qu’on en fait ne permet pas , dans beaucoup de cas , d’en apprécier tonie la portée, il est donc utile d’étudier maintenant les progrès des principaux moyens de démonstration, afin d’arriver à une coordination des procédés qui , pour toutes les questions de biologie, nous permette de compenser les difficultés du sujet par des moyens aussi variés que possible, et appliqués de manière à révéler les lois efieclives des phénomènes ob-

OnSF.nVATlON DIRECTE.

serves. Celle seconde partie comprendra donc

l’aperçu historique des points principaux de l’observation directe, de l’expérimentation, de la comparaison et même de la nomenclature, et servira de complément à l’appréciation des moyens de la biologie déjà envisagés théoriquement dans la première partie.

Art. I. — Obiervation directe.

L’observation directe, d’abord appliquée aux problèmes de l’espace, puis aux phénomènes célestes et terrestres, a dû, de bonne heure, se porter sur les êtres vivants; et dès les premières spéculations sur la nature , nous voyons la simple contemplation établir une distinction marquée entre les choses qui vivent et celles qui ne vivent pas. A propos de la méthode anatomique, nous avons cité ce passage caractéristique du Traité de l’âme, dans lequel Aristote détermine avec tant de netteté la vraie nature des corps organisés et dilïérencie si bien ensuite les divers degrés de la vie. Quand celle observation directe fut spécialement attachée à la considération des

types supérieurs, on en relira les premières no-

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lions sur les diverses régions de la surface exlérieure du corps. L’anciennelé de ces premières observations se manifeste par les nombreuses dénominations que nous retrouvons dans les poèmes d’Homère (1), et surtout dans les livres d’Hippocrate (2), Cette observation s’étendit bientôt aux organes correspondant à chaque partie externe, et elle permit même de distinguer grossièrement les tissus composants de l’organisme des animaux. Enfin, dans le grand Aristote, outre les caractères différentiels des animaux , l’observation commence à développer le sentiment des analogies, qui ne devait avoir que plus tard son entier développement par l’usage systématique du procédé comparatif.

La séparation des organes, très-imparfaite dans Aristote, se perfectionne dans Galien ; mais c’est dans l’évolution moderne, par suite de la liberté ouverte aux dissections humaines, que s’organise l’anatomie descriptive. Le mouvement préparé par Benedetti, Bérenger, Massa, Sylvins, Gniniber, prend un caractère définitivement progres-

(1) Malgaigne, Eludes sur l'analoinie et la phynologie d'Homère. Paris, 1842.

(2) OEuvres complètes d'Hippocrate, iiouvd'e iradiiciion avec le Icixloprec en rcganl, par E. I.illré. Paris, IH'iO.

ORPI'RVATinN niTîI'fTE.

sif, par les lonlalivrs harflies de Vésalo el de son école; el depuis, le perfeclionnemenl des descriptions d’organes a assez oiilre-passé le besoin du détail pour que de bons esprits n’aient pas craint de protester contre un tel abus (1). L’analyse anatomique en était néanmoins réduite à la séparation minutieuse des organes, lorsque enfin l’éminent Bichat vint la poursuivre dans les systèmes et les tissus, tandis qu’il prévoyait même les éléments anatomiques dont la distinction exacte ne pouvait s’opérer que de nos jours, sous l’influence des derniers perfectionnements des inslruinenls d’observation. A. l’égard de ces moyens artificiels, par lesquels l’observation directe reçoit une si grande extension, je signalerai comme devant m épargner ici toute ap[)récia(ion particulière, l’interessant Traité rur le Microscope el les hijeclions de M. Ch. Robin (2), dans lequel tout ce qui est relatif aux moyens artificiels d observation se trouve judicieusement exposé, de manière à faire neltement sentir fout ce que les observateurs doivent attendre de ces procédés techniques.

fl) niolial. Anatomie dexcriplive. Paris, 18H, i. I, p. |j.

(2) Du Microscope el des Injections datis leurs applications à l anainniir il à la pathologie. Paris, 1849,

140 niSTOimî dk la biologir, — ii*' partir.

L’ol)SPrvalion (liredn nndevail pas senlomenl conduire à l’analyse complète de l’organisme, elledevaitdès l’origine inlrodniredans la détermination d’un organe la considération de son usage. Bien que les grandes notions positives de physiologie soient résultées de l’application du procédé expérimental, cependant bien des relations d’organe à fonction ont dû être spontanément saisies par la seule observation directe. Aussi dans Aristote et surtout dans Galien trouve-t-on les parties du corps caractéi'isées par l’indication de leur usage. Le mémorable traité De Usu partium représente à cet égard une tendance remarquable, aussi manifeste qu’elle pouvait l’être du temps de Galien. Mais, pour admirer cet ouvrage, il faut bien se garder de le considérer comme un traité de physiologie ; car ce serait exiger de Galien une conception qui n’a pu se réaliser que dans la dernière phase de l’évolution moderne , sous l’intluence du procédé expérimental; il faut voir dans le traité De Usu partium un ouvrage d’anatomie, dans lequel l’observalion directe surtout et quelques expériences, faites par hasard et sans direction, ont permis d’introduire , très-imparfaitement, il est vrai , la considération de 1 usage

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