‹ Histoire et systématisation générale de la biologieChapitre 4 sur 12 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

PX.AN GÉNÉRAI

Quand on observe la marche de l’esprit humain dans la conception hiérarchique des idées scientifiques, on le voit, à mesure qu’il arrive aux notions les plus complexes, lutter de plus en plus entre ses tendances réelles et l’esprit théologico-métaphysique; mais, par suite de l’accomplissement de son évolution normale, les êtres surnaturels et les entités cèdent peu à peu le terrain et sont finalement culbutés par l’avénement fatal des idées positives. Tel est, quant à cette dernière phases l’aspect caractéristique de la biologie se dégageant à peine des dernières entraves de la métaphysique. Dans cette dernière science, comme dans les autres parties de la philosophie

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naturelle, certains points ont pu de bonne heure recevoir un premier degré de positivité. L’anatomie, pour tout ce qui ressort de l’observation directe, a devancé de beaucoup la physiologie; et cette dernière, bornée à la considération de l’être vivant, a dû, pour des raisons analogues, précéder dans sa fondation la théorie des milieux, dont les points de vue offrent la plus grande complexité. Anatomie, physiologie et théorie des milieux, telles sont donc les trois époques de cette histoire que je vais d’abord parcourir, soit pour démontrer le développement réel qu’a suivi en effet la science des êtres vivants, soit pour trouver dans la marche spéciale de chaque partie de nouvelles bases pour l’extension de la méthode.

Le travail que j’entreprends, par son but et sa nature, exclut toute recherche minutieuse de la série des découvertes effectuées sur chaque question de biologie. C’est évidemment sur les éléments historiques de la coordination de celte science que va principalement porter l’examen. Tout dans une science n’a pas, à beaucoup près, le même degré d’importance et de généralité; c’est en confondant des points de vue trèsdistincts que beaucoup d’historiens de la science

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ont malheureusement accolé dans les mômes appréciations des travaux d’un ordre bien différent, et des observateurs d’un inégal mérite. La faveur obtenue par ces narrateurs n’a que trop dépendu de ce régime moderne dans lecjuel les découvertes machinales ont souvent plus de succès que les coordinations les plus essentielles. Il suffit heureusement aujourd’hui de signaler de pareilles anomalies à la génération scientifique naissante, pour qu’elle en soit préservée. Mais qu’on ne s’y trompe point, l’ histoire générale ne peut dispenser, dans tous les cas , de l’étude délicate des progrès successifs effectués dans chaque question particulière de physiologie; il est, au contraire, facile de prouver la grande efficacité de cet ordre de notions historiques dans l’enseignement des sciences. La grande complexité des phénomènes s’oppose bien souvent aux succès de l’éducation scientifique; et, à beaucoup d’égards, on comprend combien l’histoire précise de l’évolution positive d’une théorie peut offrir d’intérêt pour sa vulgarisation. En considérant la profonde inégalité intellectuelle et morale des individus, il faut prévoir qu’un professeur, malgré son mérite, sera compris à des degrés très-variés dans une théo-

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rie exposée avec son entier développement. Un auditoire, en un mot, ne peut être composé d’individus appartenant tous à leur siècle : dès lors on conçoit tout l’avantage qu’on peut retirer, dans l’enseignement, de l’exposition historique d’une question , prise aux diverses époques de son évolution positive et offrant à chaque progrès un développement nouveau. Du reste, quel que soit le degré d’intensité de notre esprit, on peut assurer que, pour la conception d’une idée, rien n’est plus propre à dresser notre intelligence que l’aspect des degrés successifs de maturité acquis par la raison humaine dans tout problème d’une certaine complexité ; çt de même que l’humanité a conçu l’espace avant de concevoir les corps, marche rationnelle qu’il est nécessaire de suivre dans toute éducation scientifique, de même, dans les notions particulières, la raison humaine a passé par divers degrés de simplicité qu’il est indispensable de parcourir pour que toute intelligence puisse, à un degré quelconque, se les approprier.

L’esprit philosophique qui domine toute opération historique doit être essentiellement pris en considération. Il est certain que le peu de cas que

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beaucoup d’esprits paraissent faire de la méthode historique dans les sciences vient précisément d’un mauvais emploi de l’histoire elle-meme. Quel exemple plus caractéristique h citer, à cet égard, que celte Histoire des sciences, publiée il y a peu d’années par le dernier penseur de la biologie, et dans laquelle le choix des types est dirigé d’après une déplorable rétrogradation Ihéologique?Parquelleétrange aberration, dansnotre siècle, l’histoire du réel, du précis, du positif, peutelle être conduite parla philosophie du chimérique, du vague et du fictif? Cette observation est aussi capitale pour l’histoire générale de la biologie que pour l’examen particulier desnotions secondaires; et le rôle important que j’essayais plus haut d’assigner à l’histoire dans l’enseignement des sciences deviendrait très-préjudiciable, si les diverses phases d’une question se trouvaient ainsi caractérisées par de mauvais types. Le succès d’un tel procédé dépend surtout de la vraie conception théorique du j>assé ; et ce n’est que d’après l’histoire de l’humanité considérée dans ses divers modes d’existence qu’il faut régler l’histoire particulière des sciences, condition qui ne pouvait être remplie avant la découverte des lois d’é-

volution, que j’ai exposées dans ma première partie.

Pour éviter la confusion que je reprochais plus haut à beaucoup d’historiens, j’aurai soin de préciser pour chaque division de la biologie les divers degrés de l’analyse historique. La principale précaution consistera à séparer les documents relatifs à l’ordre de ceux relatifs au procédé. Étudier tel organe après tel autre organe, tel appareil après tel autre appareil, c’est se conformer à un ordre; décrire un organe dans sa forme, ses rapports, suivant l’âge, le sexe, l’état normal ou anormal, etc., c’est employer des procédés divers de démonstration. C’est en distinguant l’examen de la série des perfectionnements relatifs à ces deux parties de la méthode qu’on peut arriver sûrement à un jugement équitable de l’importance des services rendus à la science par tel ou tel travailleur.

Du reste, pour donner encore plus de cohérence à cette seconde partie historique, j’aurai soin pour chaque division de procéder par à priori, c’està-dire que je commencerai toujours par une détermination théorique du problème que je résoudrai ensuite par l’exploration historique; et de

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même que l’ensemble de cette seconde partie va servir de démonstration à la première, de même chaque examen historique correspondra à la théorie particulière qui s y rattache. La rigueur que je mettrai dans celte marche en fera sentir aisément toute la portée générale.

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