THÉORIE DES MILIEUX
voir conçu l’enscnrible do colle the'orie. C’est eu jiiillel 1849 (|ue, fidèle à la loi philosophique qui prescrit de ne concevoir les termes intermédiaires qu après et d’après les termes extrêmes dont ils forment à la fois le lien et la sé parution, i'aï fixé définitivement la position systématique de cette grande théorie organique. Quelle consistance pouvait avoir la science des milieux étudiée avant que les êtres vivants fussent connus au point de vue dynamique? Qui ne comprend que le rapport entre les êtres vivants et les milieux ne pouvait être saisi qu’après et d après les termes extrêmes de ce rapport? Celle importante rectification étant aujourd’hui effectuée, je vais donner l’aperçu général de celte science et la méthode qu’il convient d’y adapter.
En appliquant rigoureusement dans les questions qui vont se présenter la loi de classement dont j’ai déjà déduit la méthode anatomique, on arrive à établir que, les phénomènes biologiques étant infiniment plus complexes et moins généraux que ceux de la cosmologie, c’est dans la considération des milieux physico - chimiques qu’il faut puiser les divisions principales de la théorie des milieux. Bien que l’être vivant
soit dans celle ctnde l’ohjel principal des recherches , 'Cependanl ce serait employer une marche vicieuse que d’cludier à la fois par fonctions d’oi ganes Ions les rapports que l’être peut affecler. Si chacun des milieux ne se trouvait en relation biologique qu’avec un appareil déterminé, celte marche n’aurait pas d’inconvénient ; mais l’animal, à part des influences spéciales de l’ordre chimiqneou sociologique, tend à se mettre en rapport par l’ensemble de l’organisme; aussi arriverait-il qn’après avoir étudié successivement toutes les relations extérieures d’un appareil, on resterait dans le vague relativement à la notion théorique exacte d’un rapport déterminé entre les êtres vivants cl tel ou tel milieu. Il faut donc développer, à tous les points de vue, les rapports des êtres avec un milieu donné, au lieu d’accumuler par sections d’organes l’ensemble des relations que l’être peut contracter avec l extérieur. La marche inverse, outre l’inconvénient que je vien»! de signaler, tendrait à fausser le caractère de la théorie des milieux, en ce sens que tous les êtres vivants n’élanl pas susceptibles d'établir un rapport semblable avec tel ou tel milieu, il faudrait refaire le travail pour chaque type biologique. Si
throrik des milieux.
jusqu’à ce jour ce vice de méthode n’a pas été senti, c’est qu’on a borné la science à la considération unique dcl’homme; et encore, maigre cette restriction, comme un meme animal, surtout quand il est très-complexe, peut présenter de grandes oscillations par rapport aux modifications physico-chimiques, il s’ensuivrait le même défaut de précision que j’ai signalé plus haut. La considération du terme le plus fixe doit donc précéder celle du plus mobile. Lu prenant pour exemple l’étude des rapports entre les phénomènes biologiques et la loi de la pesanteur, il faut, d’après les considérations précédentes, étudier toutes les relations des êtres vivants par rapport à cette loi, et baser naturellement l’analyse sur le plan d’étude de l’anatomie et de la physiologie. De cette manière on voit se déduire de la nature complejfle de la science des milieux une méthode également complexe dans laquelle, tout à la fois, les milieux et l’organisme servent à diriger la marche. Je vais préciser davantage ce mode d’exposition, qui n’est applicable qu’aux phénomènes de l’ordre physico-chimique; car, lorsque j’aurai à considérer un organisme par rapport à des milieux plus complexes que lui, il faudra,
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pour èlrc conséquenl avec la loi do classemcnl, rciiversoE la marche que je viens d’indiquer ; c’est ce que J’expliquerai plus loin.
Parmi les conditions extérieures des corps vivants, les iines, plus permanentes, plus générales^ sont de l’ordre physique ou mécani(|ue; c’est par elles qu’il faut évidemmentdébuter. La pesanteur, la pression exercée sur l’organisme, Je mouvement et le repos, la chaleur, l’électricité, la lumière, le son, seront successivement étudiés par rapport à l’ensemble des êtres vivants. Viendront ensuite les conditions de l’ordre chimique, qui, réduites à ce qu’il y a de plus général, comprennent l’étude biologitiue de l’eau et de l’air. Mais, pour que ce second ordre de considérations puisse finalement servir de base à l’hygiène et à la thérapeutique, il sera nécessaire d’étendre l’analyse à toutes les matières solides, liquides et gazeuses, qui peuvent entrer en relation avec l’organisme, et procéder des substances minérales les plus simples aux composés organiques les plus complexes.
Deux points de vue essentiels disting.uent ces deux premières parties de la science des milieux : c’est que, pour les phénomènes mécaniques, le rapport est exprimé simplement par une modifi-
THÊOniE DES MILIEUX.
calion de l'èlre vivant; tandis que dans les phénomènes de l’ordre chimique le changement d’état de l’organisme est suivi, dans la plupart des cas, d’une modificalion correspondante de l’agent.
J’aborde maintenant la troisième partie dans laquelle le rapport exprime au plus haut degré la réaction de l’être vivant sur le milieu lui-même; je veux parler des conditions extérieures de l’ordre sociologique qui, tout en étant primitivement subordonnées en partie à l’état biologique des vivants, tendent néanmoins à constituer à l’égard de ces êtres un milieu des plus actifs.
Cette troisième partie résulte de la considération des espèces supérieures et de l’humanité en particulier, qui, par son degré extrême de complication et d’indépendance, a pu en définitive se rendre maîtresse d^une portion de notre planète et y développer librement tous les genres d’activité. 11 faut, ici, ne pas perdre de vue les deux aspects .sous lesquels se présente la relation des êtres vivantset des milieux : c’est que si, d’une part, l’être est d’autant plus modifiable qu’il est plus élevé , d’autre part, son aptitude à réagir sur le système ambiant est en rapport direct avec son degré d’é-
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lévation et decomplicalion. Levégétal, étroitement lié à un petit nombre de conditions extérieures, en subit les plus légères variations, et n’a presque pas d’action sur les milieux ; tandis que l’homme, dont les conditions extérieures d’existence sont très-nombreuses, mais qui supporte sans danger de plus grandes limites de variations, se trouve en définitive le plus libre et le plus puissant des êtres vivants. C’est donc particulièrement des milieux résultés de l’action de notre espèce sur le monde extérieur, pour le modifier à notre avantage, qu’on doit traiter dans cette troisième partie.
Si la société humaine était un fait éventuel, il serait illusoire d’y chercher l’indication positive de telle ou telle théorie sur les rapports ; car l’extrême variabilité des modes qu’on y rencontrerait, rendrait impossible toute conception théorique. Mais la sociabilité étant une propriété commune aux individus de plusieurs espèces et, par-dessus tout, à ceux de la nôtre, on doit s’attendre à ce qu’une association représente un organisme plus ou moins cohérent et assujetti comme les organes dont elle se compose à des lois déterminées ; et nous avons vu que dès que certaines conditions intellectuelles et politiques se sont trouvées réali-