‹ Histoire et systématisation générale de la biologieChapitre 8 sur 12 · THÉORIE DE? MILIEUX · texte numérisé non relu

THÉORIE DE? MILIEUX

sées, on a pu découvrir des lois d’évolution à l’égard de l’espèce qui, en raison de ses propriétés, devait finalement se développer le plus librement. Il est bon d’observer, en outre, que, si telle condition sociale a toujours été le résultat d’un degré de développement préalable des organes d’une société, en définitive, cette condition une fois établie, aura dû réagir sur les individus eux-mêmes, en provoquant l’exercice de telle ou telle faculté. En un mot, si, dans un moment donné, les hommes ont produit telle civilisation, il faut également reconnaître que cette civilisation, présidant finalement à l’éducation physique et morale, a dû modeler les hommes qui se produisaient sous ce même régime, jusqu’au moment où de nouvelles aspirations résultées d’un nouveau développement ont entraîné l’ébranlement d’une constitution sociale qui, tout étant provisoire, s’était assez maintenue pour exercer une influence biologique profonde.

Pour mener à bonne fin cette dernière partie de la science des milieux, il faut, en restant fidèle à la loi de classement, suivre une marche inverse à celle que j’ai tracée pour les deux premières parties. En effet, tandis que les phénomènes de

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l’ordre chimico-physique sont plus généraux, plus simples, plus permanents que ceux de l’être vivant, nous reconnaissons, au contraire, que 1 individu se manifeste par des propriétés moins complexes, moins particulières, moins variables que celles de l’espèce entière. Ce n’est donc plus ici le milieu qui sera envisagé par rapport aux êtres vivants, mais bien l’être vivant qui sera étudié suivant toutes les conditions de milieu. Cette manière de procéder, rigoureusement assujettie au principe de généralité et d’indépendance réciproque, peut seule préserver du vague et de la prolixité qui s’attachent si facilement à cet ordre de considérations quand il n’est pas soutenu par une théorie.

L’examen de ce dernier ordre de relations sera dirigé d’après les principales phases parcourues par l’élite de l’humanité, et qu’on peut d’ailleurs étudier directement aujourd’hui par suite de la coexistence sur notre planète de populations correspondant à chacun de ces degrés. En acceptant pleinement la loi d’évolution intellectuelle découverte par M. Auguste Comte, nous reconnaissons qu’il y aura lieu de considérer les êtres par rapport aux trois régimes par les(juels a passé

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riuimanité : l’état théologique ou fictif; l’état métaphysique ou abstrait; l’état scientifique ou passif; en tenant compte parallèlement de l’activité correspondante à chacun de ces régimes. On arrive de cette manière à saisir les rapports les plus complexes de l’être vivant avec les milieux; et en se représentant maintenant les trois ordres de considérations que nous venons de parcourir, on voit s’établir une proportion inverse entre la prépoudérauce de l’un des deux termes et leur degré réciproque de complexité : c’est-à-dire que dans les différents ordres de rapports que je viens de coordonner, on peut établir abstraitement trois degrés principauxenlrelesquels, par des recherches concrètes, on établira des rapports plus précis.

Si le milieu esl de beaucoup plus permanent, plus simple, plus général que Vôtre vivant, celuici seul est modifié.

Si le milieu est aussi complexe que l'être vivant, les modifications se correspondent dans les deux termes.

Enfin, si Vêlre vivant est plus simple que le milieu, celui-ci est plus modifiable par l'être vivant que l'èlre vivant n'est modifiable par le milieu.

La vaste science des rapports, soumise désormais à la marche que je viens de lui tracer, peut bientôt, malgré la difficulté et la complexité des phénomènes qu’elle étudie, prendre un libre essor scientifique, et répondre enfin aux nombreuses exigences de la pratique. Je me contenterai donc, pour le moment, d’indiquer les principales sources auxquelles il faut puiser dès à présent, pour effectuer une première ébauche de cette grande théorie^ d’après un assez grand nombre de documents.

L’histoire n’a aucune opération systématique à signaler dans le passé relativement à la théorie des milieux. 11 y aurait, du reste, tout lieu de s’étonner qu’il en lût autrement; car, si, de nos jours, la notion de l’organisme et de la vie est encore si peu fondée, comment supposerait-on que la science des rapports entre les êtres vivants et les milieux cosmologiques et sociologiques aurait pu être constituée? 11 ne peut y avoir à cet égard que des documents particuliers qu’à toutes les époques le besoin a suscités et qu’il s’agit de coordonner aujourd’hui. L’immortel traité d’Hippocrate, mentionné plus haut, est l’aperçu le plus remarquable que nous ayons conservé dans l’antiquité; et, toute proportion gardée, comme

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l’observe très-bien M. Littré (1), le sujet d’Hippocrate a reçu moins de développement parmi les modernes qu’il n’en a eu parmi les anciens. La seule acquisition que nous ayons à mettre en parallèle, dans les temps modernes, avec le traité des Airs, des Eaux et des Lieux, est la collection des faits enregistrés par la médecine physiologique (2). L’observation énergiquement ramenée par la dernière doctrine médicale à la considération des milieux, peut déjà fournir une très-précieuse catégorie de renseignements. La chirurgie a également contribué, au point de vue statique, à faire saisir des rapports importants ; enfin deux autres arts, l’un bien ancien, l’autre bien nouveau , l’hygiène et la médecine légale ont accumulé de nouveaux faits. Comme c’est l’hygiène qui, à certains égards, a tenu, jusqu’à ce jour, la place de la science des milieux, je vais terminer celte expbsition par l’examen de la constitution actuelle des ouvrages écrits sur celte matière, et à 1 aide de la systématisation générale

(1) OEuvres complètes d’Hippocrate, nouvelle traduction avec le texte grec en regard. Paris, IS-iO, ti II, p. 2.

(2) Brous.sais, Traile de Physiologie appliquée à la pathologie. Paris, 1822, îe édit., 1834. ! ^

précédente il deviendra facile d’indiquer ce qui reste à faire.

Le vrai point de vue de la théorie des milieux est masqué dans les ouvrages d’hygiène par la manière très-étroite d’y considérer simplement les modificateurs comme des moyens. La direction trop technique de ces traités fait ainsi disparaître toutes les questions relatives à la vraie notion de rapport. Ce qui contribue, en outre, à augmenter le vague de ces ouvrages c’est que , à côté des moyens pratiques, la science même de l’hygiène se trouve remplacée par une section de la physiologie proprement dite. La plupart des auteurs, cherchant à constituer un domaine scientifique particulier à l’étude des modificateurs, commencent par un préliminaire sur l’organisme, et considèrent ensuite l’hommesuivant la prédominance de tel ou tel appareil, suivant l’âge, le sexe, les habitudes, les dispositions héréditaires, etc. Cette première étude forme la base théorique, et les modificateurs sont ensuiteétudiés à titre desimples moyens, ainsi que je l’ai observé. 11 est facile de prévoir que, d’après une telle façon de procéder, on ne doit rencontrer nulle part la notion de? rapports.

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C’est l’anatomie qui doit fournir la notion de l’organisme. Quant à l’étude des âges, des sexes, des habitudes, de l’exercice, elle fait partie intégrante de la physiologie; et cette connaissance, préliminaire à l’étude des milieux, est nécessaire au même titre que l’ensemble de l’anatomie et de la physiologie. Il est vrai de dire que la physiologie actuelle, bornée à l’étude des fonctions, a été heureusement suppléée parles traités d’hygiène, relativement aux questions sur les âges, le sexe, les tempéraments, etc., qui devront être finalement étudiés dans la physiologie des résultats. Mais l’étude des modificateurs doit supposer que l’être vivant est préalablement connu aussi complètement que les modificateurs eux-mêmes ; et alors la vraie base scientifique se tire de la con naissance des phénomènes intermédiaires, nouveau terrain sur lequel 'il faut définitivement se placer. La situation actuelle de l’hygiène fait que la plupart des ouvrages qu’elle a suscités sont des ouvrages d’art et non des ouvrages de science; et comme on est |)rivé jusqu’à présent de la véritable base théorique, cet art se borne à des piescriptions vulgaires qui ne sauraient avoir

par elles-mêmes une grande consistance. L’hy-

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giotcclinie aussi bien que tous les arts biologiques sont en grande partie abandonnés aux inspirations et à la sagacité du génie pratique, et les savants doivent essentiellement s’imposer pour tâche de tracer les règles théoriques les plus capables de diriger les praticiens. Or, la science des ouvrages d’hygiène n’est qu’une redite d’un fragment delà physiologie, et la vraie théorie des rapports n’est conçue nulle part. Je dois dire cependant que la majeure partie des renseignements qui peuvent être utilisés aujourd’hui par une saine théorie se rencontrent dans ces traités, dont le mérite et l’utilité, à certains égards, sont d’ailleurs incontestables. En un mot, l’histoire de l’art de l’hygiène est la plus ancienne en biologie ; mais la science des milieux en est à ses premiers linéaments.

En étendant encore davantage le vrai point de vue de la théorie des milieux , on prévoit qu’à la suite de l’enseignement encyclopédique des sciences, un nouvel ordre de notions se présente pour l’étude de chaque degré de la hiérarchie scientitique, en y appliquant ce que je viens de préciser pour la biologie. En effet , l’échelle des conceptions étant parcourue, il restera toujours à faire, pour chaque degré, une étude des

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