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A SÉLINONTE

Ce n’est point préeisément en Grèce, mais en Sicile, chez les colonies grecques, que se trouvent les plus anciennes colonnes doriques épargnées par le temps.

On se tromperait fort en faisant remonter jusqu’à une époque voisine de la fondation des villes l’érection des grands temples de la Sicile. Ce n’est évidemment qu’alors que les colonies furent parvenues à un haut point de prospérité qu’elles purent faire les frais de monuments aussi considérables. Dans l’origine, elles se contentèrent d’élever des autels de construction cyclopéenne. Ainsi, des Chalcidiens, sortis de l’Eubée, furent les premiers des Grecs qui occupèrent l’île de Naxos. Us y élevèrent l’autel d’Apollon Archégète (1). Les habitants de Sélinonte, s’étant révoltés contre Euryléon, le massacrèrent près de Y autel de Jupiter Agoréen, où il s’était réfugié (2). Après les grands autels pélasgiques, on fît des naos couverts pour abriter les idoles. Le sanctuaire fut par la suite précédé d’un pronaos où l’on entrait par une larg’e baie fermée; plus tard encore, le pronaos prit la forme du temple à antes ou du prostyle, puis enfin, entièrement entouré de colonnes, devint un véritable périptère, mais d’abord dans des proportions modestes.

Les plus anciens temples de la Sicile nous apparaissent dans un état de g’randeur et de magnificence témoignant que la prospérité de la colonie était parvenue à son apogée lors de l’érection de ces édifices.

Toutefois, en les observant de plus près, on découvre que plusieurs

(1) Thucydide.

(2) Hérodote, liv. V, s. 46.

de ces monuments n’ont pas été conçus d’un seul jet, et qu’ils sont évidemment de deux âg’es différents assez éloig-nés l’un de l’autre. Autre fait de nature à étonner l’esprit : ces précieuses constructions primitives, révélant le point initial de l’art g’rec, n’existent point à Syracuse, dont la fondation remonte à l’an 735 avant notre ère, mais à Sélinonte, fondée quatre-ving’t-quatre ans plus tard, en 651, selon Diodore de Sicile.

Sélinonte a érig’é à elle seule six g’rands temples doriques dont les ruines se voient encore aujourd’hui. « Mais quel nom doit-on leur donner? C’est ce qu’il faut nous résig’ner à ig’norer. A quels dieux étaient-ils consacrés? L’histoire, qui ne parle avec quelque détail de Sélinonte qu’au moment où elle va périr, l’histoire n’en dit rien. Les antiquaires italiens eux-mêmes, si prompts à donner des noms pompeux à toutes les ruines, se sont trouvés en défaut. Nous désig’nerons donc ces monuments par les lettres de l’alphabet, comme les choses sans nom, en g’ardant, comme déjà consacrées et familières, les lettres que le duc Serra di Falco avait employées dans son ouvragée sur les antiquités de la Sicile. Nous dirons donc le temple A, le temple B, le temple G, etc. (1). »

De ces six g'rands temples, trois s’élevaient au sommet de l’Acropole, qui fut le premier abri de la colonie, et trois sur le plateau opposé à la citadelle. Trois de ces monuments sont de plusieurs époques; celui qui nous offre les colonnes du caractère le plus archaïque ne se trouvant pas sur l’Acropole, sa construction ne saurait être la plus ancienne. C’est, en un mot, le temple désigmé par la lettre F et situé au milieu de la colline orientale.

Dans ce temple périptère hexastyle, les quatre colonnes du pronaos, d’un style fort différent de celui des colonnes extérieures, appartiennent évidemment à un âge antérieur. Ce qui frappe tout d’abord dans le plan de cet édifice, outre la sing’ularité du portique d’enceinte trèsrétréci au-devant du pronaos, c’est la disproportion entre le naos [on sanctuaire) et les portiques, ceux-ci l’égalant presque en larg’eur. Il

(1) Dculù, Uist. du l'art grec avant Périclès, p. 89-90.

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-(20 Mitres

Fig. 47. — Temple F, à Sélinonte.

est incontestable ici que les colonnes archaïques et le naos font partie d’une disposition primitive, laquelle a été, par la suite, considérablement ag’randie.

D’après ce qui reste du plan primitif, le temple devait être nécessairement du g’enre périptère et tétrastyle.

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Fig. 48. — Restauration du temple F primitif.

N. B. Nous avons cherché à rendre sensible le '

degré de ressemblance des 7nojiu)ne?ifs de Sélinojite

avec ceux de l’Égijpte en rapprochant , cet essai de •

restaurcdion du petit ternpjle d’ Eléphant ine.

Fig. 49. — Temple d’Éléphantine

Le périptère tétrastyle n’était pas inconnu à i’Étrurie, ainsi que nous l’avons démontré en traitant de l’ordre toscan. A Sélinonte, le rapprochement avec l’Eg'ypte est encore plus sensible. On peut apprécier le deg'ré de ressemblance en jetant les yeux sur un essai de restauration (N** 1) comparé au petit temple d’Éléplantine (N“ 2). L’é-

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