LIVRE V. — CHAPITRE PL
chelle de ces plans est en modules pris sur le diamètre moyen des colonnes.
Lorsqu’on voit, dans Pausanias, avec quelle vénération on conservait les vieilles idoles de bois, et en g’énéral les plus anciennes statues, on comprend que cette vénération a pu s’étendre jusqu’au sanctuaire qui renfermait ces imag’es. C’est sans doute bien plus par un sentiment relig'ieux que par économie qu’on a tenu, autant que possible, à les perpétuer. On retrouve cet usag'e, même sous la domination romaine. « L’empereur Adrien, faisant construire le temple de Neptune Hippius, à Mantinée, y fit surveiller les ouvriers, afin d’empêcher que personne ne reg’ardât dans l’ancien temple, et pour qu’on ne touchât pas à ses ruines; d’ailleurs, il ordonna qu’on bâtît le nouveau autour de l'ancien (1). »
Il est difficile d’exprimer plus clairement que l’on transforma l’ancien sanctuaire en temple périptère.
Revenant à notre vieux temple de Sélinonte, nous observons d’abord que les colonnes n’ont que seize cannelures (2) et nous pensons sans le vouloir aux colonnes proto-doriques de Benihassan. Naturellement nous comparons les proportions, et nous trouvons, à Sélinonte comme en Eg’ypte, une hauteur de 5 diamètres et un quart. Mais il existe une différence notable. Tandis que les colonnes ég*yptiennes sont à peine diminuées, la diminution de celles du temple F est d’un tiers (3), c'està-dire encore plus exag’érée que la diminution dès colonnes toscanes, qui est d’un quart. Cette analog’ie nous frappe d’autant plus que nous en apercevons une autre. En Sicile comme en Etrurie, les colonnes primitives sont précisément celles dont les proportions sont les plus élég’antes. D’autre part, l’antique chapiteau de Tarquinies nous a prouvé que les Etrusques faisaient aussi des colonnes à seize cannelures, et nous nous posons une première question : lequel des deux,
(1) Pausanias, Arcadie, liv. VIII, cliap. x.
(2) Ces colonnes sont en calcaire poreux qui se décompose par l'aclion du temps. A l’Acropole, le frottement a brisé les arêtes vives des colonnes doriques. Il en est de même ici. Hittorff a eu tort d’indiquer des filets.
(3) Diamètre inférieur, I“,732; diamètre supérieur, 1“,I50; diminution, 0,573. 1/3 —
des colonies siciliennes ou des Étrusques, a fait le premier cet emprunt à l’Ég’ypte? Si l’on penchait vers l’opinion opposée aux idées g’énéralement reçues, on trouverait un argument en sa faveur dans le parallèle des chapiteaux.
Le chapiteau des colonnes primitives du temple F, le plus archaïque de tous ceux retrouvés en Sicile, a une grande ressemblance avec celui de Tarquinies (1); c’est presque le même protîl; seulement, le chapiteau grec est beaucoup plus saillant. Mais ils se composent l’iin
Fig. 50. — Fragment de chapiteau du temple F.
et l’autre d’un tailloir carré, d’une échine, d’un filet, d’un cavet, d’une baguette, et enfin d’un petit g’orgerin séparant cette bag’uette des cannelures dont les arêtes sont en saillie sur ce gorgerin. (Voir la pl. 40.) La baguette, ne reparaissant plus sur les autres colonnes grecques, est surtout un trait caractéristique. Ces chapiteaux n’ont rien d’égyptien. Qui donc les a inventés? Probablement ceux qui, les premiers, ont mis en œuvre des architraves de bois. Nous savons, par Vitruve, qu’ils ont été longtemps en usag’e chez les Toscans. Mais il paraît que les Grecs en ont aussi fait emploi dans leurs plus anciens temples.
(1) Revoir ce chapiteau, liv. IV, cliap. ii, n° 31.