LIVRE V. — CHAPITRE I
Dans le passag'e précité sur le temple d’Herciile, à Mantinée, reconstruit par Adrien, Pausanias ajoute : « On dit que ce temple avait, dans l’orig’ine, été érig-é par Ag-arnède et Trophonius (t), qui le construisirent avec des pièces de chêne façonnées et jointes les unes aux autres. » Ces pièces de chêne, façonnées, c’est-à-dire équarries, et jointes les unes aux autres (par des queues d’hironde ou autrement), ressemblent sing-ulièrement à la description des architraves toscanes par Vitruve.
Nous avons fait observer plus haut (liv. IV, chap. P') que la faiblesse des colonnes toscanes à leur sommet avait sa raison d’être, vu la lég’èreté des architraves qu’elles supportent. Retrouvant à Sélinonte des colonnes encore plus amincies, nous croyons être dans le vrai en supposant qu’elles supportaient aussi des architraves de bois. La saillie exag*érée des chapiteaux vient à l’appui de cette opinion. Le tailloir, dépassant en long-ueur plus de deux fois le diamètre supérieur, n’est pas sans analog’ie avec les pièces de bois nommées chapeaux et posées horizontalement sur des poteaux pour soulag’er la portée des sablières. Ces chapeaux, souvent chantournés à leurs extrémités, ont pu fournir la première idée des chapiteaux toscano-g*recs.
Une dernière observation. Lorsque les Grecs ag’randissaient un temple, le respect pour les vieux sanctuaires ne se bornait pas seulement à conserver ce qui existait : on voulait encore que la nouvelle construction fut en harmonie avec l’ancien style. L’architecte du nouveau temple F a visiblement, tout en les modifiant, imité les proportions des colonnes du pronaos et surtout l’archaïsme des chapiteaux.
(I) Noms fabuleux, mais peu importe; cela veut dire, en style grec, que le temple ùtait très-ancien.