LIVRE V. — CHAPITRE IL
placée la statue dont parlent les auteurs et que son caractère archaïque rendait encore plus vénérable (1). »
Il ne reste de cet édifice que deux colonnes; mais elles sont encore debout, parfaitement conservées et surmontées de leur architrave monolithe ; le fût est orné de seize cannelures comme au temple F. Ce qui nous frappe tout d’abord, dans les proportions extraordinaires de ces ruines, c’est l’entre-colonnement ayant moins d’un diamètre, de manière que les chapiteaux se touchent presque. Cet espace étroit étant inadmissible du côté de l’entrée, il faut naturellement admettre que ces colonnes, serrées outre mesure, appartenaient à l’une des façades latérales, et que les entre-colonnements de la façade principale étaient sensiblement plus larg’es. Ceci nous porte à croire que le plan de ce temple devait être assez semblable au plan primitif du temple F à Sélinonte, c’est-à-dire du g’enre périptère tétrastyle. (Voir le plan primitif restauré, ch. VL)
Mais à Syraeuse se manifeste une différence considérable. Les colonnes sont beaucoup plus courtes, diminuent à peine d’un sixième et supportent l’arebitrave le plus lourd que nous connaissions. Ces colonnes et ces chapiteaux alourdis ne témoig’nent-ils pas d’un changement radical dans le mode de construction de l’entablement? Ce brusque passage de l’élég’ance à la lourdeur, si contraire aux tendances naturelles de l’esprit humain, serait un monstrueux contresens s’il n’avait sa raison d’être.
Nous sommes ici en présence d’un pas décisif, d’une espèce de révolution* dans l’art. On abandonne les architraves de bois; l’influence étrusque s’efface, et nous voyons clairement apparaître l’influence égyptienne. Le temple de Diane Ortygie offre le plus ancien exemple connu de colonnes grecques supportant une architrave de pierre, et en même temps la première application, bien qu’incomplète, d’un module égyptien. Les Grecs auraient donc emprunté tout à la fois à FEgypte son mode de construction et son système de proportion.
(1) Beulé, Hist, de l’art grec, p. 73.
Rappelons-nous maintenant que « Psamméticbus de Saïs, l’un des douze rois qui, dans le district dont il était souverain, avait les côtes
Fig. 51. — Temple de Diane, à. Syracuse.
de la mer, faismi un grand commerce avec les marchands êlrangers et 'principalement avec les Phéniciens et les Grecs. De cette manière, nonseulement il se procura de g-randes richesses, mais il acquit encore