‹ Histoire et théorie de l'architectureChapitre 108 sur 296 · PRIMITIF. LE TEMPLE G ET LE TEMPLE D, A SELINONTE · texte numérisé non relu

PRIMITIF. LE TEMPLE G ET LE TEMPLE D, A SELINONTE

Ce n’est point à Syracuse que nous conduit encore une fois l’ordre chronolog’ique. Des trois temples périptères que renfermait l’acropole de Sélinonte, le plus spacieux offre un vif intérêt par le caractère d’extrême antiquité qu’il porte dans tous ses détails. Il est devenu particulièrement célèbre par les métopes scupltées qui le décoraient.

Après avoir reconnu, par l’analyse et par la comparaison, que cet édifice est bien le plus ancien des g*rands temples g’recs, après avoir admiré l’ampleur de sa disposition g’énérale, ressenti l’effet de son aspect imposant, on est frappé d’étonnement en trouvant déjà tous les éléments de l’ordre dorique clairement accusés, ses proportions si près d’être établies, et l’on se demande avec Beulé : « L’architecture grecque est-elle arrivée d’un seul coup, par l’effort d’un seul homme, à une telle unité? Personne ne le croira, ajoute Beulé, et Dorus, cet inventeur supposé de l’ordre dorique, ne sera jamais à nos yeux qu’un mythe (1). »

Nous ne croyons pas non plus qu’une chose aussi importante que la création d’un ordre d’architecture puisse être l’œuvre d’un seul homme, et nous allons tâcher d’expliquer le fait extraordinaire que nous venons d’exposer. 11 nous faudrait d’abord une date, ne fùt-elle qu’approximative, et nous croyons que la sculpture des métopes du temple C, dont le style est des plus archaïques, peut nous mettre sur la voie en nous faisant remonter jusqu’à l’enfance de l’art grec.

(1) Hist. de l’art grec av. Périclés, p. 34.

Nous passerons sous silence Dédale et sa fabuleuse école, pour nous en tenir aux faits purement historiques. Pline, après avoir cité la fable ing-énieuse de Dibutade et de sa fille, ajoute : « D’autres prétendent que les premiers inventeurs de la plastique furent Rhœcus et Théodore à Samos (1). » Nous apprenons d’ailleurs, par Pausanias, que « Théodore, associé de Rhœcus, avait gravé le cachet d’émeraude que Polycrate, tyran de Samos, portait le plus ordinairement (2). » Or, Polycrate était allié et ami d’Amasis, roi d’Egypte, qui régna de l’an 570 à l’an 526 av. notre ère.

Pausanias nous dit encore : « Dans le temple de Diane à Éplièse, la statue de la Nuit est un ouvrage de Rhœcus; cette statue me paraît bien plus archaïque et d’un travail bien plus grossier que la statue de la Minerve d’Amphisse (3). »

Lorsque Amasis monta sur le trône, les Grecs faisaient un grand commerce avec l’Egypte depuis près d’un siècle (4). Amasis, surnommé le Philhdlène, « avait pris les Grecs en affection et leur en donna différentes preuves; entre autres, il concéda la ville de Naucratis pour demeure aux Grecs qui désiraient se fixer en -Egypte. Quant à ceux qui ne voulurent point y transporter leur habitation, mais que le commerce maritime y amenait, il leur assig’na des terrains où ils purent élever des autels et des enceintes sacrées pour le culte de leurs dieux. Le monument de ce genre le plus célèbre et en même temps le plus somptueux est le temple qui porte le nom à' Hellenium. Neuf villes ont contribué en commun à sa construction. En outre, les Éginètes, les Samiens et les Milésiens ont élevé pour leur compte (en Eg’ypte), les premiers un temple à Jupiter, les seconds un à Junon, et les troisièmes un à Apollon (5).

« Aussi, dit Reulé, les ruines de Naucratis ont-elles une importance singulière, et je ne saurais trop les signaler aux recherches des

(1) Pline, liv. XXXV, cliap. xliii.

(2) Liv. VIII, cliap. xiv.

(3) Liv. X, clia[). xxxvni.

(i) De Psamiiiéliclius, en 004, à Amasis, en 370, on compte c^uatre-vingt-quatorze ans.

(3) Hérodote, liv. Il, clia[). lxxviii.

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