LIVRE V. — CHAPITRE IV
C’est à tort aussi, dans la même restauration, qu’Hittorff a surmonté l’entablement, déjà lourd, d’un lourd chéneau en terre cuite peinte. Ce chéneau, par le style de ses ornements, appartient à une époque beaucoup plus récente, et ce n’est point en Sicile, mais à Métaponte, qu’on en a retrouvé les débris. D’ailleurs, Tusag-e des chéneaux est postérieur au siècle de Périclès ; du moins, il n’y en a point au Parthénon ni aux Propylées.
Quant aux métopes sculptées du temple E, elles furent découvertes dans les fouilles entreprises en 1831. Deux furent trouvées dans le jwsticum et trois dans le pronaos, au pied de l’emplacement qu’elles occupaient jadis. D’après cette indication, elles ornaient évidemment les frises de ces deux parties du monument, mais les métopes du péristyle étaient nues. Ces sculptures de haut-relief sont dans le style archaïque de la deuxième époque, ou époque intermédiaire entre les métopes du temple G et le style ég’inète.
Cet important prog*rès permet de classer chronolog’iquement cet édifice après le temple A.
Un autre fait, non moins remarquable, nous porte à croire que le temple de Junon est de date postérieure aux deux premiers du même mode. Dans son plan, deux escaliers précèdent la cella, comme au temple de Pæstum, avec lequel il a beaucoup de ressemblance. « Il est donc présumable, dit le duc Serra di Falco, qu’il avait deux rang’s de colonnes à l’intérieur. » C’est bien possible ; mais, comme les preuves manquent, ce n’est là qu’une hypothèse.
Temple de Corinthe.
Nous avions d’abord classé ce temple dans l’époque à laquelle il semble appartenir par ses proportions et par son caractère ; mais, en l’étudiant de plus près , nous avons découvert des indices certains prouvant que son apparence de haute antiquité n’est qu’un masque , en un mot, que son style n’est que du faux archaïsme.
Il serait difficile d’expliquer, en effet, comment ce monument aurait échappé à la destruction totale de Corinthe par le consul Mummius,
qui la prit l’an 146 avant notre ère. En considérant que, quatreving'ts ans après, Jules César en fit relever les murailles et y envoya une colonie romaine, nous comprenons facilement, au contraire, pourquoi les fûts monolithes du temple de Corinthe sont de construction toute romaine. 11 n’existe nulle part une seule colonne grecque monolithe, ni surtout de proportion aussi lourde (quatre diamètres).
Imiter la simplicité vraie, la naïveté des âges primitifs, n’est pas aussi facile qu’on le pourrait croire. Ici l’imitation se trahit par sa maladresse. La courbure ou galbe des fûts de colonne, que les Grecs nomment entasis, y est affreusement exagérée. Or, on ne trouve aucune trace de ce raffinement dans les édifices du vi® siècle. Ce n’est qu’au siècle suivant, lorsque les colonnes devinrent plus sveltes, qu’on imagina de les galber; encore les architectes de Périclès n’en usèrentils qu’avec une extrême modération. Le galbe n’est d’une nécessité absolue que pour les fûts posant sur une base; appliqué aux colonnes robustes du mode hexamétrique, il produit le plus mauvais effet.
Les chapiteaux du temple de Corinthe révèlent aussi un indice de postériorité. Les coupures séparant les annelets sont refouillées à une profondeur très-extraordinaire dont ils offrent l’unique exemple.
Ce n’est pas seulement à Corinthe qu’il existe des colonnes entachées de faux archaïsme; nous en retrouverons bientôt.