LIVRE V. — CHAPITRE V
donia, comme en Sicile, on aura d’abord élevé un simple autel à Neptune, puis un sanctuaire pour abriter une vieille idole, et ce n’est que long'temps après son établissement, lorsqu’elle fut parvenue à une prospérité florissante, que la colonie aura érig'é un monument dig-ne de son dieu protecteur.
Un événement g’éolog’ique , analogue à celui qu’on remarque à Pouzzcles, a submergé le grand temple de Pæstum. Son séjour dans la mer est attesté par de nombreuses cavités empreintes sur les colonnes, les antes et les murs; les pierres de travertin sont visiblement rongées par l’action corrosive des eaux salines jusqu’aux deux tiers environ du fût des colonnes et dans toute l’étendue de l’édifice. Il est évident qu’une convulsion volcanique a produit un affaissement du sol, et que le temple, peut-être aussi la ville entière, ont séjourné sous les eaux, à demi ensevelis, pendant un temps qu’il est difficile d’apprécier, mais assez long pour laisser des traces que les siècles n’ont point encore effacées. Une nouvelle convulsion souterraine a fait sLirg’ir le temple au-dessus du niveau de la mer; mais il paraît que, toujours comme à Pouzzoles, il est resté au-dessous de son niveau primitif, puisque, avec le temps, la plaine est devenue marécageuse.
Cet affaissement du sol, suivi d’un soulèvement, s’est-jl produit en même temps à Pæstum et à Pouzzoles? Enfin, a-t-il une corrélation quelconque avec la grande éruption du Vésuve qui ensevelit quatre villes, l’an 79 de notre ère? Nous laissons à plus savant que nous le soin de décider ces questions. Quoi qu’il en soit, cette catastrophe doit être postérieure à la prospérité de la ville. S’il en était autrement, on eût réparé les dégradations en refaisant les stucs rongés par les eaux de la mer.
Détruite en 915 par les Sarrasins, Pæstum se releva cependant, mais pour dépérir pendant cinq siècles. Les eaux avaient formé des marais dans cette plaine basse, et, la campagme étant devenue malsaine, Pæstum fut enfin abandonnée dans l’année 1580. C’est sans doute à cet état de choses, conséquence naturelle de la catastrophe que nous venons de raconter, que l’on doit la conservation plus qu’ordinaire des temples de Pæstum.
Sud