LIVRE V. — CHAPITRE V
Ce fut une véritable découverte lorsque, au milieu du xviii' siècle, on sig’nala ces ruines, oubliées depuis deux cents ans.
Par un hasard sing’ulier, nous avons eu, en 1819, l’occasion d’étudier le g*rand temple de Pæstum, publié dès lors par Delag’ardette. Le sujet du g-rand prix d’architecture, cette année-là, était: Un champ de repos avec amphithéâtre couvert pour les oraisons funèbres. L’édifice nouvellement publié nous frappa par la g*ravité de son caractère et nous parut parfaitement applicable au projet que nous devions composer. Au point de vue de l’exécution, l’amphithéâtre funèbre étant isolé au milieu d’un cimetière situé lui-même en dehors d’une ville, le style archaïque n’aurait pas l’inconvénient de produire une discordance fâcheuse avec les constructions modernes.
Donc, lorsque, devenu pensionnaire de l’Académie de Rome, nous débarquâmes à Pæstum, en 1822, nous avions présent à la mémoire l’impression produite par les dessins de Delag'ardette, et nous fumes très-ag’réablement surpris à l’aspect de l’orig’inal. Ce que nous avions cru lourd n’était plus que g’rave, g’râce à la justesse des proportions dans l’ensemble et dans les détails. Le temps, «ce g’rand artiste», comme l’appelait poétiquement Beulé, le temps a complété l'harmonie g'énérale en dorant vigoureusement toutes les surfaces, surtout en effaçant les couleurs crues et discordantes appliquées par les hommes.
Le temple de Neptune, à Pæstum, est l’expression la plus harmonieusement énerg’ique de l’ordre dorique, comme l’Hercule est, en sculpture, l’expression la plus puissante de la nature humaine.
M. Henry Lahrouste et M. Thomas ont mesuré les ruines du temple de Neptune, le premier en 1830, le second vingd ans plus tard, et en ont fait des restaurations remarquables. Nous allons, d’après leurs dessins, supérieurs à ceux de Delag'ardette sous tous les rapports, entreprendre une nouvelle étude théorique.
Ce monument étant exécuté en pierre revêtue de stuc et détérioré par le temps, on ne doit pas s’attendre à une parfaite concordance entre les cotes des deux architectes; cependant les différences sont très-minimes et sans importance. Nous avons pris, d’ailleurs, la
moyenne des eotes et, en outre, fait une vérifîeation sur les façades, dessinées à une g’rande échelle.
La façade de M. Labrouste, mesurée au compas, est très-exactement hexamétrique (1).
La hauteur moyenne de l’entablement et de l’abaque du chapiteau est de 4"’, 224, ou deux modules.
La hauteur de la colonne, moins l’abaque, étant présumée de quatre modules, doit avoir, par conséquent 8”, 448,
Or, cette hauteur, selon M. Labrouste, est- précisément de 8™, 148.
( La cote de M. Thomas donne 2 millimètres de plus.)
Les colonnes extérieures ont de diamètre 2“,035 ; leur hauteur totale est de 8“,89, ce qui donne pour proportion 4 diamètres 369 centièmes, c’est-à-dire 4 diamètres et un peu plus d’un tiers.
Le diamètre supérieur des mêmes colonnes est en moyenne de 1”,493, et, partant, la diminution, de 542 millimètres (2), ou à'un quart, plus une minime fraction.
Le diamètre des colonnes d’ang-le est aug’menté d’un cinquantième, suivant la règ’le citée par Vitruve.
Le fronton a de hauteur la huitième partie de sa larg*eur. Il était couronné d’une cimaise en terre cuite, comme les temples toscans, et n’avait point de chéneau.
Pour les autres mesures, données en modules, voir le tableau comparatif n° I, pag’e 239.
Les colonnes à ving’t-quatre cannelures nous apparaissent pour la première fois dans le péristyle du temple de Pæstum. C’est un premier prog'rcs d’avoir porté le nombre des cannelures de seize à ving*t; mais la proportion hexamétrique exig’eait impérieusement que Ton portât ce nombre à ving*t-quatre. Il semble même qu’on ait appliqué à l’ordre dorique ce vieux précepte ég’yptien :
M) Celle de M. Thomas n’est pas parfaitement d’accord avec ses cotes. Aussi notre moyenne se rapproche-t-elle davantage de M. Labrouste. Ces deux restaurations font partie de la collection des travaux des architectes pensionnaires do l’Académie de France à Rome, conservée à la bibliothèque de l’Ecole des beaux-arts.
(2) La diminution d’un quart juste serait de 0“,o00.