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LIVRE V. — CHAPITRE VIL

Le temple d’Egme.

« Le temple d’Eg*ine est d’une importance capitale pour l’iiistoire de l’art. Aussi a-t-il soulevé de g'randes discussions : son nom et son époque ont été ég’alement controversés. Etait-il consacré à Jupiter Panhellénien ou à Minerve? Est-il antérieur ou postérieur aux g'uerres médiques (1)? » Beulé, selon nous, a parfaitement répondu à la première question. « Une inscription trouvée à un mille de distance, dit-il, parle du sanctuaire de Minerve. Enfin, ce qui me paraît plus décisif encore, la présence de la statue de Minerve au milieu de chaque fronton annonce si clairement que le temple est consacré à cette déesse, que l’on comprend peu les doutes qui se sont élevés jadis (2). »

Le modehexamétrique cesse d’être en usag’e vers la fin du vf siècle, et avec le siècle suivant apparaît un nouveau mode.

M. G. Garnier a exposé, en 1853, une restauration du temple d’Eg’ine, faite d’après de nouvelles fouilles et beaucoup plus complète que celle de Blouet (3).

Le fronton avait en hauteur la huitième partie de sa larg'eur, proportion que nous avons déjà constatée à Pæstum et en Sicile; mais c’est le premier qui se montre orné de fig’ures en ronde-hosse dans son tympan, à l’instar des temples toscans. Les ornements des acrotères paraissent avoir la même orig'ine. Les Etrusques ont fait ainsi, long'temps avant les Grecs; témoin le quadrigæ commandé en Etrurie pour couronner le temple de Jupiter Gapitolin.

Le temple d’Egâne étant présumé le plus ancien monument d’ordre dorique encore existant sur le sol de la Grèce , certaines anomalies pourraient peut-être s'expliquer par une différence d’école. On pourrait croire aussi que l’architecte était un novateur plus hardi que judicieux, et que, au lieu de continuer prudemment la prog’ression tra-

(1) Beulé, llist. de l’art grec, p. 20o.

(2) Ibid.

(3) Publiée dans l'Expédition scientifique de Morée.

ditionnelle, il s’est jeté dans les errements des premiers âg’es. Ses colonnes maig’res sont écrasées par de lourds chapiteaux et paraissent insuffisantes pour supporter l’entablement, bien qu’il soit allég'i. Est-ce la faute du mode qu’il a adopté? Certainement non. Tous les modes intermédiaires sont bons, mais à la condition de donner à chaque partie de l’ordre les proportions convenables, afin d’obtenir une harmonie g’énérale.

Ces anomalies nous font naturellement penser aux g-randes discussions soulevées par cet édifice, et nous ne sommes pas loin de partag*er l’opinion des savants qui ont contesté sa haute antiquité. Quoi qu’il en soit, nous ne lui croyons pas une autorité suffisante pour fig*urer dans nos tableaux synoptiques.

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