CHAPITRE X
La g’Lierre dont parle Pausanias, et qui se termina par la destruction de Pise, « fut celle qui dura depuis la troisième année de l’olympiade Lxxviii'’ jusqu’à la première de l’olympiade lxxxP, c’est-à-dire de l’an 465 à l’an 455 av. J.-C. C’est donc à cette dernière date, ou peu après, qu’il faut porter la fondation du temple de Jupiter Olympien, puisqu’il fut fait avec le produit du butin provenant de la destruction de Pise, quatorze ans après que Cimon eut rapporté à Athènes les ossements de Thésée. D’autre part, la construction du Parthénon était déjà parvenue à un certain deg’ré d’avancement à l’époque de l’exil de Thucydide, en 444, onze ans après la g’uerre de Pise. Ces trois monuments importants (1), surtout les deux derniers, fait très-remarquahle, devaient être, par conséquent, presque contemporains.
Les fouilles entreprises par l’expédition de Morée, sous la direction de Blouet, en révélant le plan et les principaux détails du temple d’Olympie, ont renversé bien des hypothèses. C’est un périptère hexastyle, avec treize colonnes sur les long’s côtés, et non un octostyle, comme l’a fait Quatremère.
Ce qui nous frappe tout d’abord dans le plan restauré par Blouet, c’est sa non-conformité avec l’état actuel. Il est pourtant facile de saisir l’idée de l’architecte. Il a voulu évidemment, contrairement à la tradition, faire l’entre-colonnement milieu beaucoup plus largue que de coutume, et les quatre autres ég’aux entre eux (2). D’autre part, les métopes retrouvées, étant toutes de même larg’eur, permettent peu de douter que la distribution des trig'lyphes était parfaitement rég'ulière, et c’est ainsi, en effet, que Blouet les a distribués dans sa façade restaurée (3). En pareil cas, comme on voit, les trig'lyphes ne se rapportent plus sur le milieu des colonnes, et l’on s’étonne que Blouet, loin de laisser à l’architecte Lihon la responsabilité de l’effet que produit cette disposition, ait osé, en manquant de sincérité, déplacer arbitrai-
(1) En comptant le temple de Thésée.
(2) Ou, si l’on veut, à une différence inappréciable d’un centimètre. Voici les cotes, d’axe en axe, des colonnes : entre-colonnement milieu, o™,io7; cntre-colonnemcnts d’angle, 4“,9o; entre-colonnemeuts intermédiaires, 4“,96.
(3) Expéd. de Morée, t. I, pl. Gi, 65.
rement les quatre colonnes intermédiaires pour les reporter sous les trig-lyplies (!).
Le système radical adopté par Libon nous remet en mémoire ce passag’e de Vitruve, qui paraît emprunté, du moins en partie, aux livres des architectes g’recs :
(( Il y a eu quelques anciens architectes qui n’ont pas cru que Tordre dorique fût propre aux temples, parce qu’il a quelque chose d’incommode et d’embarrassant dans ses proportions. Tarcliésius et Pythéus ont été de ce sentiment; Ton dit aussi qu’Hermog’ène, ayant beaucoup de marbre pour bâtir un temple d’ordre dorique à Bacclms, cbang’ea son dessin et le fît ionique. Ce n’est pas que le dorique ne soit beau et majestueux , mais la distribution des trighjphes est trop assujettissante, parce qu’il faut nécessairement que les trigdyphes se rapportent sur le milieu des colonnes et que les métopes soient aussi long’ues que larg’es. Cependant les trigdyphes, qui se mettent à l’extrémité des encoig’nures, ne peuvent se rapporter au milieu des colonnes, et la métope qui est auprès du trigdyphe de Tencoigmure ne peut être carrée. Si Ton veut que les métopes soient ég’ales, il faut que le dernier entrecolonnement soit plus étroit que les autres; or, soit qu'on élargdsse la métope, soit qu’on étrécisse Tentre-colonnement, il y a toujours défaut quelque part (d). »
Ce Pythéus, qui trouvait Tordre dorique incommode et embarrassant, est bien le meme architecte cité plus bas par Yitruve (3), et qui, en collaboration avec Satyrus, écrivit sur le Mausolée auquel ils avaient travaillé tous deux et qu’ils se g’ardèrent bien de faire d’ordre dorique. Nous savions donc que les opinions rapportées par Vitruve étaient assez répandues en Grèce à l’époque du Mausolée, c’est-à-dire au siècle d’Alexandre; mais nous ig’norions qu’elles eussent déjà des partisans même avant Taclièvement du Partliénon. Le temple d’Olympie nous révèle ce fait important pour Tbistoire et la théorie de Tar-
cbitecture.
(1) Expcd. de Morce, t. 1, [il. OG.
(2) Viti'., liv. IV, chap. ui.
(:i) Préface du liv. VII.