CHAPITRE XI
« ment que Ton étudie, l’application de certains principes; car cette « préoccupation pourrait être telle, qu’elle influerait nécessairement « sur les résultats que l’on obtient, en les dénaturant pour les plier à « ses principes. »
M. Paccard s’est bien g’ardé d’indiquer ces prétendues courbes dans ses dessins du Partbénon.
Une courbure très-réelle existe non-seulement au Partbénon, mais encore au monument héroïque de Thésée : c’est la courbure des fûts de colonne,
Vitruve ne dit sur ce sujet que quelques mots, mais ils sont d’autant plus précieux qu’il les a évidemment pris dans un auteur g’rec, et qu’ils vont nous permettre d’expliquer ce passag'e fort controversé. Voici d’abord le passag’e de Vitruve : « Pour ce qui est de l’accroisse- « ment qu’on ajoute au milieu des colonnes, qui est appelé par les « Grecs entasis, j’en mets une figure à la fin de ce livre, afin de faire (( connaître la méthode au moyen de laquelle on peut le rendre doux (( et imperceptible (1). »
Perrault, dans sa traduction, ajoute ici une longue note où il tombe dans une erreur déplorable. Il comprend que l’accroissement, qu’il appelle renflement , doit être en sus du diamètre inférieur et s’ajouter à la colonne, au tiers de sa bailleur, ce qui, dit-il, est synonyme de milieu. Et il a malheureusement appliqué ce faux principe à toutes ses colonnes du Louvre, même dans la cour, où les anciennes colonnes sont simplement g’alhées et non renflées. Cependant Perrault n’est pas le promoteur de cette difformité, puisque Boccador l’avait produite avant lui dans sa façade de l’Hôtel de ville de Paris.
Le passage de Vitruve s’explique clairement par les colonnes du Parthénon, et nous pourrions même reproduire la figure perdue qui était à la fin de son troisième livre.
Selon M. Paccard, « la flèche de la courhe, au milieu, est de deux centimètres ». Il s’agit donc simplement d’?/n segment de cercle dont, la corde (2) et la flèche étant connues, il est très-facile de trouver le
(1) Vitr., liv. III, chap. ii.
(2) La corde est égale à la hauteiii du fût, soit 10 mètres.
centre. Mais eeci n’est bon que dans une démonstration g’éométrique, le point de centre étant trop éloig’né pour servir de base à une opération manuelle. Dans la pratique^ on se servait déjà probablement d’une règ*le pliante.
Passons maintenant à l’inclinaison des colonnes. Selon Vitruve (liv. 111, chap. iii), ce principe s’applique seulement aux colonnes latérales des périptères, et l’on en voit encore l’application à Rome dans trois grands temples eorinthiens, où l'on peut comprendre qu’il a sa raison d’être. Nous admettrions donc que cette doctrine fût empruntée aux Grecs. Mais, au Parthénon, tous les murs ont la même inclinaison que les colonnes et sont de même inclinés vers l’intérieur. C’est,
disent les archéologues, en vertu du prineipe de5/«'é?7?7é; c’est la forme d’une pyramide tronquée. Bien, si les murs avaient simplement un talus en dehors ; mais ils sont d’égale épaisseur dans toute leur hauteur et surplombent de 128 millimètres en dedans. Or, un surplomb est précisément le contraire du principe de stabilité, du principe pyramidal.
Voici, selon nous, la seule explication raisonnable qu’on puisse donner de ce fait étrangle, que M. Paccard lui-même appelle une bizarrerie, et qui heureusement est un fait unique :
C’est que l’esprit humain ne sait pas se borner; il veut aller quand même en avant, au risque de se fourvoyer. Après les perfectionnements, viennent les raffinements, puis les utopies. Quand on est parvenu à bien faire, on veut faire mieux que bien et l’on dépasse le but. Nous verrons cela à toutes les grandes époques de l’art.