CHAPITRE XII
SUITE DU CHAPITRE PRÉCÉDENT
Les Propylées.
(( Héliodore, dans le premier livre de son ouvrag’e sur l’Acropole « d’Athènes, dit que les Propylées furent complètement terminés en « cinq ans et coûtèrent deux mille douze talents (1). » C’est un peu plus de douze millions de notre monnaie.
'< On a, sur l’époque des Propylées, des chiffres aussi précis que sur leur prix. Ils furent commencés (2) sous l’archontat d’Euthymène, la quatrième année de la lxxxv' olympiade, c’est-à-dire l’an 436. Mnésiclès en était l’architecte, et au bout de cinq années, en 431 par conséquent, ils étaient terminés. Un an avant que l’on construisît les Propylées, Phidias avait placé dans le Parthénon (3) la statue de Minerve en or et en ivoire. On en peut conclure assez naturellement que le temple était achevé (4). »
Les anciens eux-mêmes admiraient la rapidité avec laquelle s’élevaient des édifices qui, par leur g'randeur et leur perfection, semblaient devoir occuper plusieurs g-énérations. « Ce qu’il y a de plus « surprenant, dit Plutarque (5), c’est leur prompt achèvement. Chacun « d’eux paraissait exiger plusieurs âges d’homme pour être terminé, « et tous le furent sous l’administration d’un seul. »
Toutefois, selon M. Chaudet, dans le mémoire à l’appui de ses
(1) L’ouvrage d’IIùliodoro est pei'du; niais ce témoignage est reproduit par Harpocrate.
(2) Selon le même auteur.
(3) Plut., VêrkUs, XITI.
(4) Reulé, Acrop. d’Ath., T, j). 40.
(o) Plut., rériclès, XIll.
dessins de XÈtat actuel des Propylées (l) ; « Les Propylées n’ont jamais « été complètement terminés, ce qui est facile à voir par la quantité « de bossag-es qui sont restés comme témoig-nag'e qu’on n’avait pas « mis la dernière main au ravalement. «
Pausanias, auquel on reproche sa froideur en parlant du Parthénon , Pausanias admirait l’oeuvre de Mnésiclès. « Les Propylées, « dit-il, sont couverts en marbre blanc ; la g-randeur de ces maté- « riaux, la beauté de leur décoration, surpassent ce qui s’est fait, « même jusqu’à nos jours (2). »
« L’Eg-ypte, avant la Grèce, construisit des propylées et, en cela comme en tant d’autres choses, lui servit probablement de modèle. Hérodote raconte qu’Amasis, voulant honorer Minerve, lui éleva, à Sais, des propylées admirables (3). C’est de Sais que Gécrops avait apporté à Athènes le culte de Minerve. Ce rapprochement est curieux. Il n’est pas moins sing’ulier qu’Hérodote admire dans les propylées de Sais précisément ce qu’admirait Pausanias dans ceux d’Athènes (4). » Les Propylées de Sais n’existent plus; mais nous pouvons comparer ceux d’Edfou, l’ancienne Apollinopolis magna, aux Propylées d’Athènes. Ce que nous trouvons de plus intéressant, dans l’un comme dans l’autre, c’est une heureuse combinaison de deux ordres, de hauteur différente, produisant un effet pittoresque fort remarquable (5). Le plan ég’yptien rappelle surtout ce passag’e de Vitruve, dans son chapitre intitulé : « De la distribution des habitations chez les Grecs. » Après avoir décrit la partie antérieure des bâtiments, Vitruve ajoute : « A cette première partie en est jointe une autre beaucoup plus « g*rande et plus étendue, qui a des péristyles plus larg'es, dont les (( quatre portic[ues sont de pareille hauteur, si ce n’est que C[uelque- « fois les colonnes sont plus hautes à celui cpà regarde le midi, et que pour (( cela on l’appelle péristyle rhodien (6). Cette partie de la maison a
(1) Faits en collaboration avec M. Titeux. Biblioth. de l’École des beaux-arts.
(2) Pans., AU., XXII.
(3) Ilérod., liv. II , 175.
(4) Boulé, VAcrop. d’Ath., I, p. 185.
(5) \ oh' Descnpt. de l’Égypte, A, vol. I, pl. 50 à 53.
(0) Vitruve, liv. VI, chap. x.