AVANT-PROPOS
Dans les livres publiés jusqu’ici sur le sujet que nous traitons, l’histoire de l’architecture étrusque précède immédiatement l’histoire de l’architecture romaine. Nous avons cru devoir adopter un autre ordre; voici pourquoi. Traitant plus particulièrement de la théorie de l’art, il nous fallait, avant tout, expliquer la raison d’ôtre de chaque chose.
Après avoir exposé la théorie des temples toscans , indiqué les modifications qu’ils ont subies aux divers âg*es, nous avons reconnu dans les entablements de bois l’origéne des mutules, mais non celle des trig-lyphes. De là, passant immédiatement aux plus anciens temples g'recs, nous avons pu suivre la marche rég’ulièrement ascendante de l’art, découvrir et constater les principes alors en usag’e et les nombreux emprunts faits à l’Egypte.
L’ordre dorique romain dérivant à la fois de l’ordre toscan et de l’ordre dorique grec, il était indispensable, pour l’apprécier judicieusement, de faire avant tout une étude approfondie des prototypes.
11 est des progrès de nature diverse; ils peuvent se diviser en deux genres.
Le premier consiste à perfectionner, en les imitant, les œuvres de ses devanciers. C’est ce qu’ont fait les Grecs.
Le second g’enre se produit lorsque le développement de la civilisation d’un grand peuple oblig-e l’art à sortir de la voie ordinaire et que des hommes de g’énie le g’uident dans cette nouvelle voie. Ce g’enre de prog’rès appartient plus particulièrement aux architectes romains.
L’ordre dorique romain, bien qu’inférieur en lui-même au dorique g’reo, est un prog’rès du second g’enre. Ce n’est pas, comme paraissent le croire quelques architectes contemporains, une simple dég’énérescence du grec; il en est, selon nous, une transformation, et, qui plus est, une transformation justifiée par son emploi dans un système de construction tout romain , où l’ordre grec ne pouvait entrer avec son caractère propre.
C’est donc un ordre à part, un nouvel ordre, né des nécessités produites par l’agrandissement du domaine de l’art.
Nos usages, nos lois, nos mœurs ayant beaucoup plus d’affinité avec la civilisation romaine qu’avec celle des Grecs, notre mode de construction tenant bien plus des premiers que des seconds, il s’ensuit que, dans nos édifices, les applications judicieuses de l’ordre dorique romain sont plus nombreuses que celles du dorique g’rec.
Aussi avons-nous pensé que le dorique romain méritait d’être sérieusement étudié, depuis son orig’ine jusqu’à ses derniers développements, et ir.ême dans les monuments élevés par les grands maîtres de la Renaissance, et jusque dans les livres publiés par plusieurs d’entre eux.