CHAPITRE PL
de l’ordre dorique romain. Parmi les nombreux monuments de cet ordre qui nous restent à Rome, deux seulement ont leur frise ornée de trig-lyphes : le Tabularium et le théâtre de Marcellus.
Labacco, contrairement aux dessins de B. Perruzzi, qu’il a d’ailleurs suivis, a cru devoir indiquer des trig'lypbes dans la frise du temple de l’Espérance, mais sans aucune autorité. La moulure sous le larmier n’a point la saillie nécessaire pour recevoir le relief des trig’iyphes, et, ce qui est encore plus péremptoire, la cymaise de l’architrave ne comporte point de g’outles; enfin, la frise est trop haute, comparativ^ement aux entre-colonnements, pour recevoir des trig’lyplies et des métopes bien proportionnés. D’ailleurs, à cette époque reculée où l’on faisait des stucs très-minces, la pierre eut été bien certainement préparée pour recevoir les trig'lyphes.
La remarque la plus essentielle à faire sur eet édiOce est que la hauteur de l’architrave, ayant 1 module (1) et 1/6, dépasse fort heureusement la mesure fixée par Vitruve. Nous reviendrons sur cette importante observation.
Parmi tes monuments encore existants à Rome, le seul qui puisse nous donner une idée de l’ordre dorique avant Vitruve est le Tabularium. Ce portique, suivant une inscription qui se voyait encore du temps de Nardini, appartenait au Tabularium, c’est-à-dire aux archives publiques, et avait été construit par Quintus Lutatius Catulus, second consul, l’an de Rome 675 (78 ans avant notre ère). 11 précéda, par conséquent, de ving’t-deux ans la dédicace du théâtre de Pompée.
L’extérieur du portique est décoré d’un ordre de demi-colonnes doriques étrusco-g-recques , cannelées dans la partie supérieure et à facettes jusqu’au tiers de sa hauteur, comme au temple d’Hercule, à Gora. Seulement, ici, le nombre des cannelures serait de ving’t-quatre si la colonne n’était point engvag’ée à demi dans les pieds-droits. Entre les colonnes sont des arcades avec imposte, mais sans archivolte. Toute la construction est en péperin, excepté les impostes, les chapiteaux et l’architrave, qui sont en travertin. La frise et la corniche manquent.
(1) Nous nous servons ici du module de Vitruve, qui est égal à un deiui-diainètre.
La combinaison d’un ordre g’rec avec des arcades romaines estelle une création due à l’auteur du Tabularium, ou cet architecte n’a-t-il fait que suivre une tradition? Nul ne le sait, mais peu importe; toujours est-il que cette combinaison nous apparaît ici pour la première fois et dans une simplicité native permettant de croire que, si ce n’était point alors chose nouvelle, le type origânel ne remontait pas beaucoup au delà.
L’ordre dorique du Tabularium, en effet, n’a encore subi aucune des modifications commandées par l’alliance intime du style g’rec et du style romain. Les colonnes y sont exactement ce qu’elles seraient dans un temple étrusco-gn’ec. L’arcade sans archivolte est d’une crudité qui disparaîtra plus tard.
Nous devons donc considérei’ ce portique comme un point de départ, un premier essai de la fusion des deux styles. Il servira de terme de comparaison pour analyser d’autres édifices et suivre la marche progTessive de l’art dans les portiques du même g’enre.