LIVRE VI. — ÜHAPITRE V
Détail (le la salle des Cariatides, au Louvre.
son second propriétaire, l’un des mig-nons d’Henri III, ne l’eussent abandonné au commencement de la révolution, lors de la suppression des maisons relig*ieuses, ce qui permit aux amateurs d’une belle et riche architecture de le visiter jusqu’en 1795, époque fatale de sa démolition...
« Lors de la démolition de ce monument, j’ai profité de cette occasion pour enrichir de plusieurs beaux frag’ments de sculpture la cour et le jardin de ma maison, rue de la Pépinière, n° 48 (1). »
« Il parut, en 1547, dit Quatremère de Quincy (2), une traduction de Vitruve par Jean Martin, laquelle fut non-seulement ornée de dessins g“ravés d’après Jean Goujon, mais encore accompagnée d’un petit traité de cet artiste sur l’architecture. Le traducteur Jean Martin mit en tête de cet ouvrage une dédicace adressée au roi Henri H, dans laquelle on lit le passage suivant : « Cette œuvre est enrichie de figures « nouvelles concernant la maçonnerie, par maître Jean Goujon, na- « guère architecte de Monseigneur le Connétable, et maintenant ïun « des vôtres. »
Quatremère dit, un peu plus loin, parlant de la fontaine des Innocents : « Il faut, soit en idée, soit d’après les dessins qui en existent, remettre ce petit monument dans son état primitif, pour se convaincre que Jean Goujon fut l’auteur à la fois de son architecture comme de sa sculpture... Jamais plus grande conformité de style, de goût et d’exécution n’a régné nulle part entre l’œuvre de l’architecte et celle du sculpteur. »
Nous ferons observer qu’on en peut dire autant des autres ouvrages attribués à Pierre Lescot; Quatremère est bien près d’adopter cette opinion.
« Il faut admirer, dit-il, la manière noble et ingénieuse dont se trouvent terminées les deux extrémités de cette vaste salle (la salle dite des Antiques, au Louvre). D’un côté, la sculpture a décoré, avec
(1) Grâce à mon intimité avec Félix Gallet, j’ai eu souvent l’occasion d'admirer ces fragments de sculpture architecturale, rpii sont, en effet, du style le plus noble, le plus élevé , dignes, en un mot, du grand maître aucpicl on les attribue.
(2) tint, des 2>his célèbres architectes, etc., t. II, p. 64.
une très-grande mag'nifîcence, la cheminée placée en face de la tribune située à l’autre extrémité. Je parle de cette belle tribune dont les supports sont des cariatides colossales, ouvrages de Jean Goujon, qui, associé à Lescot dans les travaux du Louvre, a donné tant de prix à son architecture, s’il n y coopéra pas lui-même, comme on te soupçonne. En effet, il est très-probable qu’il dut donner les dessins de cette tribune, qui, sans doute,, s’annonce plutôt comme production de sculpteur que comme conception d’arcbitecte, La chose paraîtra d’autant plus croyable, que Jean Goujon fut aussi incontestablement architecte.
« On a donc pu supposer, sans invraisemblance, qu’étant un des arcbitectes d’Henri II en 1547, un om avant la date de l’inscription placée sur la porte de la grande salle où est la tribune des cariatides, Jean Goujon aura pu être lui-même l’architecte aussi bien que le sculpteur de ce bel ouvrag’e (1 j. »
Pour soutenir que la salle entière a été conçue par un autre architecte que l’auteur des cariatides, il faudrait d’abord admettre que cet architecte a composé aussi les chapiteaux et les piédestaux de ces statues-colonnes. Voici pourquoi. La voûte de la salle est soutenue par des accouplements de colonnes d'un ordre dorique nouveau, très-enrichi de sculptures, et dont le fût est orné d’un g’enre de cannelures plus fines encore que celles des colonnes ioniques et parfaitement en harmonie avec l’ensemble, où la cannelure dorifjue aurait produit une discordance. Or, tous ces détails originaux sont également adaptés aux colonnes comme aux cariatides. Celles-ci ont la même base, composée d’un tore orné d’entrelacs, sur laquelle s’élève une espèce de piédestal circulaire qui n’est autre ((u’un tambour des colonnes et orné des mêmes remarquables cannelures (2); les moulures et les ornements des chapiteaux sont semblables de part et d’autre, sauf legorgerin; enfin, les deux entablements sont identiques. (Voy. plus haut fig. 70, 71 .)
(Ij Ihid., p. O.'i.
(2) D'autant [lius reinai(pahles , (pi’allus sont |u-éexistantcs sur dos colonnes égyptog'rec(]ues, au fond de rMtliit>|iie , où .). (loujoa n'a cej'tainemeul pas été les chercher. Nous en re|)arlerons.